Le Lycaon, parfois désigné sous les noms de Cynhyène ou encore de Chien sauvage d’Afrique, est un mammifère carnivore de la famille des canidés. Le nom « Lycaon » désigne à la fois le genre Lycaon, ainsi que la seule espèce actuelle : le Lycaon peint (Lycaon pictus). Il vit généralement en Afrique subsaharienne australe et centrale, dans les steppes et les savanes. Ce canidé dont les formes et les vocalises évoquent celles d’une hyène, vit dans de grandes meutes très soudées, et a la réputation de faire un grand nombre de petits. Cependant, il reste gravement menacé par l’activité humaine causant une forte fragmentation de son habitat et l’obligeant à lutter sans cesse contre les lions et les hyènes tachetées.

Dénominations Nom scientifique valide : Lycaon pictus (Brookes, 1827) ; Nom normalisé anglais : African wild dog ; Noms typiques en français : Lycaon (terme valise comprenant le genre et l’espèce) ; Noms vulgaires : Lycaon peint, Loup peint ; Autres noms vulgaires : Chien-hyène, Cynhyène (au féminin)Nom vernaculaire en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, Chien hyénoïde, Chien sauvage d'AfriqueMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad. Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. , 9780444518774. 857 pages. Rechercher dans le document numérisé, Chien chasseur.

Étymologie et dénominations Le mot Lycaon (prononcé li.ka.ɔ̃) est une retranscription latine du grec ancien , qui signifie « semblable au loup ». La mention de cette terminologie dans la littérature française remonterait au , mais aurait pu désigner un tout autre animal comme le guépard. Il a été repris dans diverses langues : des langues latines comme Licaone en italien, Licaón en espagnol, ou même des langues extra-européennes comme le japonais , dont la prononciation est identique au latin.

L’épithète spécifique pictus (du latin « peint »), issue de la première dénomination picta, lui fut ensuite restituée conformément aux règles internationales de nomenclature taxonomique.

Les dénominations de « chien sauvage d’Afrique » ou encore « chien chasseur » sont des traductions littérales de l’anglais. Bien que la dénomination painted lycaon soit attestée dans la langue de Shakespeare, la dénomination de « Lycaon » demeure marginale et plusieurs appellations pour désigner l’animal existent, parmi lesquelles les plus fréquentes sont : African wild dog, African hunting dog, Cape hunting dog, painted hunting dog, painted dog, painted wolf. Bien que le nom African wild dog (« chien sauvage d’Afrique ») soit largement utilisé, elle pose problème : en effet, selon certaines organisation locales comme internationales, l’utilisation de l’expression wild dog (« chien sauvage ») est jugée comme ayant des connotations négatives pouvant nuire à l’image de l’espèce. Une organisation promeut l’appellation painted wolf (« loup peint »), tandis que le terme painted dog (« chien peint ») serait celui qui contrecarre le mieux les perceptions négatives.

Histoire et Taxonomie vignette|gauche|Illustration de la « Hyène peinte » (Hyaena picta) de Temminck dans General and particular descriptions of the vertebrated animals, 1821. Histoire La plus ancienne mention écrite de l’espèce semble provenir d’Oppien, qui évoque le thoa, un hybride entre le loup et le léopard, ressemblant au premier par sa forme et au second par sa couleur. Dans son Collea rerum memorabilium du , Solin décrit un animal de forme lupoïde au pelage bariolé et doté d’une crinière, originaire d’Éthiopie.

Le Lycaon a été décrit scientifiquement en 1820 par Coenraad Jacob Temminck à partir d’un spécimen de la côte du Mozambique, qu’il a nommé Hyaena picta. Il fut ensuite reconnu comme un canidé par Joshua Brookes en 1827 et renommé Lycaon tricolor.

Le paléontologue George G. Simpson regroupa le Lycaon, le dhole et le Chien des buissons au sein de la sous-famille des Simocyoninae, sur la base de carnassières particulièrement développées. Cette classification fut contestée par Juliet Clutton-Brock, qui souligna que, hormis la dentition, trop de différences séparaient ces trois espèces pour les réunir dans une même sous-famille.

Évolution Le lycaon possède les adaptations les plus spécialisées parmi les canidés en ce qui concerne la couleur de la fourrure, le régime alimentaire et la poursuite de ses proies grâce à ses aptitudes à la course. Il a un squelette gracile, et la perte du premier doigt de ses pattes antérieures augmente sa foulée et sa vitesse. Cette adaptation lui permet ainsi de poursuivre ses proies sur de longues distances en terrain découvert. Les dents sont généralement de forme carnassières et ses prémolaires sont les plus grandes relativement à la taille corporelle parmi tous les carnivores actuels, à l’exception de la hyène tachetée. Sur les premières molaires des carnassières inférieures, le talonide a évolué pour devenir une lame tranchante adaptée à la découpe de chair, avec une réduction ou une perte des molaires post-carnassières. Cette adaptation se retrouve également chez les deux autres canidés hypercarnivores : le dhole et le chien des buissons.

Le lycaon présente aussi l’une des plus grandes variabilités de couleur de pelage chez les mammifères. Les individus diffèrent par leurs motifs et leurs couleurs, ce qui reflète une grande diversité des gènes sous-jacents. L’utilité de ces motifs pourrait être liée à la communication, au camouflage ou à la régulation thermique. En 2019, une étude a montré que la lignée Lycaon s’est séparée des Cuon et des Canis il y a 1,7 million d’années à travers cet ensemble d’adaptations, lesquelles sont apparues simultanément à la diversification des grands ongulés composant son alimentation. Ces résultats suggèrent également que le lycaon est largement isolé des phénomènes de transfert de gènes avec les autres espèces de canidés.

Le plus ancien fossile de lycaon connu date de et a été découvert dans la grotte de HaYonim, en Israël. L’évolution du lycaon est mal connue en raison de la rareté des fossiles. Certains auteurs considèrent l’espèce éteinte Canis (sous-genre Xenocyon) comme ancestrale à la fois du genre Lycaon et du genre Cuon, qui a vécu en Eurasie et en Afrique du Pléistocène inférieur au début du Pléistocène moyen. D’autres proposent que Xenocyon devrait être reclassé dans le genre Lycaon. L’espèce Canis (Xenocyon) falconeri partageait avec le lycaon moderne l’absence du premier métacarpe (ergot), bien que sa dentition fût encore relativement peu spécialisée. Ce lien a toutefois été rejeté par certains chercheurs, l’absence du premier métacarpe étant jugée insuffisante pour conclure à une proximité phylogénétique, et la dentition apparaissant trop différente pour suggérer une ascendance directe.

Hybridation avec le dhole thumb|Fossile de Lycaon sekowei, un possible ancêtre du lycaon moderne Le lycaon possède 78 chromosomes, soit le même nombre que les espèces du genre Canis.

En 2018, le séquençage complet du génome a permis de comparer le dhole (Cuon alpinus) avec le lycaon ; Les résultats ont montré de fortes preuves d’un ancien brassage génétique entre les deux espèces. Aujourd’hui, leurs aires de répartition sont très éloignées ; toutefois, durant le Pléistocène, le dhole était présent jusque dans l’Europe. L’étude propose alors que sa distribution ait pu autrefois inclure le Moyen-Orient, d’où il aurait pu s’hybrider avec le lycaon en Afrique du Nord. Cependant, aucune preuve n’atteste de la présence du dhole au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord.

Phylogénie

Sous-espèces En 2005, cinq sous-espèces sont reconnues par MSW3, elle se retrouvent dans la plupart des documents comme Selon et selon José R. Castelló dans le guide Delachaux :

Sous-espèceDescriptionSynonymes L. p. pictusLycaon d’Afrique australe(espèce-type) 150pxCette sous-espèce nominale est aussi la plus grande, avec un poids compris entre 20 à 25 kg. Elle possèdes un pelage bien plus riche en teintes que la sous-espèce Est-africaine, bien qu’il existe des variations géographiques notables au sein même de cette sous-espèce : les spécimens du Cap se caractérisent par une large proportion de fourrure aux teintes jaune orangée recouvrant le noir, le revers des oreilles partiellement jaunâtre, la face ventrale est jaune et possède quelques poils blanchâtres sur la crinière de la gorge. Ceux du Mozambique se distinguent par une répartition presque égale du jaune et du noir sur la face dorsale et ventrale, ainsi que par une moindre quantité de poils blancs que la forme du CapBryden, H. A. (1936), Wild Life in South Africa, George G. Harrap & Company Ltd., p. 19-20.cacondae (Matschie, 1915) fuchsi (Matschie, 1915) gobabis (Matschie, 1915) krebsi (Matschie, 1915) lalandei (Matschie, 1915) tricolor (Brookes, 1827) typicus (A. Smith, 1833) venatica (Burchell, 1822) windhorni (Matschie, 1915) zuluensis (Thomas, 1904)L. p. lupinus150pxCette sous-espèce se distingue par son pelage plus sombre, comportant très peu de teintes jaunâtres.dieseneri (Matschie, 1915), gansseri (Matschie, 1915), hennigi (Matschie, 1915), huebneri (Matschie, 1915), kondoae (Matschie, 1915), lademanni (Matschie, 1915), langheldi (Matschie, 1915), prageri (Matschie, 1912), richteri (Matschie, 1915), ruwanae (Matschie, 1915), ssongaeae (Matschie, 1915), stierlingi (Matschie, 1915), styxi (Matschie, 1915), wintgensi (Matschie, 1915)L. p. somalicus150pxCette sous-espèce est plus petite que le lycaon d’Afrique de l’Est, possède un pelage plus court et plus rêche, ainsi qu’une dentition plus faible. La couleur du pelage se rapproche de celle des populations du Cap, les parties jaunes tirant d’avantage sur le fauve.luchsingeri (Matschie, 1915), matschie (Matschie, 1915), rüppelli (Matschie, 1915), takanus (Matschie, 1915), zedlitzi (Matschie, 1915)L. p. sharicusLe pelage est bariolé de teintes vives avec un poil très court d’environ 15 mm. La boîte crânienne est plus développée que chez L. p. pictus.ebermaieri (Matschie, 1915)150pxCette sous-espèce était autrefois largement répandue de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à l’Afrique centrale, du Sénégal au Nigeria. Il ne subsiste aujourd’hui que deux sous-populations : l’une dans le parc national du Niokolo-Koba au Sénégal et l’autre dans le parc national du W couvrant le Bénin, le Burkina Faso et le Niger On estime qu’il reste environ 70 adultes dans la nature.mischlichi (Matschie, 1915)

Bien que l’espèce soit génétiquement diversifiée, ces désignations infra-spécifiques ne sont pas universellement acceptées. Les populations d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe furent autrefois considérées comme génétiquement distinctes sur la base d’un petit nombre d’échantillons. Des études plus récentes portant sur un plus grand nombre de spécimens ont montré qu’un important métissage a eu lieu entre ces populations par le passé. Certains ADN nucléaires et mitochondriaux particuliers se retrouvent chez les populations d’Afrique australe et d’Afrique du Nord-Est, avec une zone de transition englobant le Botswana, le Zimbabwe et le sud-est de la Tanzanie. Le lycaon d’Afrique de l’Ouest pourrait posséder un haplotype unique, constituant ainsi une sous-espèce véritablement distincte. La population originelle de Serengeti et de Masaï Mara de lycaons possédait un génotype unique, mais celui-ci pourrait désormais être éteint Voir p. 147..

Description Le lycaon est le plus grand et massif de tous les canidés sauvages d’Afrique. L’espèce mesure de 60 à 75 cm au garrot, pour une longueur tête-corps de 71 à 112 cm et une queue de 29 à 41 cm. Les adultes pèsent de 18 à 36 kg, les individus d’Afrique de l’Est pesant en moyenne entre 20 et 25 kg. En termes de masse corporelle, seuls les loups dépassent le lycaon parmi tous les canidés actuels. Les femelles sont généralement 3 à 7 % plus petites que les mâles.