L'histoire de l'Auvergne est celle de l'une des plus anciennes provinces de France, mais aussi une de celles dont les frontières ont le moins varié. Étendue sur les montagnes du Massif central, elle est le territoire du peuple celte des Arvernes, qui impose en Gaule son hégémonie politique et dont le chef prend à deux époques la tête de la résistance militaire à la conquête romaine.

Rattachée à l'Aquitaine romaine, au royaume wisigoth puis au royaume des Francs, elle devient largement autonome dans le duché d'Aquitaine. À partir du , l'Auvergne est marquée par un grand élan spirituel, intellectuel et artistique, sous l'impulsion de ses évêques et de ses abbayes, dans une relative indépendance qui durera jusqu'au . Disputée entre le royaume d'Angleterre et le royaume de France, elle est rattachée à ce dernier à la fin de la guerre de Cent Ans et perd son autonomie au avec l'extinction des ducs de Bourbon. Sous la République, elle est une province rurale, isolée par son relief, son mode de vie traditionnel et un particularisme solidement ancré, tout en fournissant à la capitale une main-d'œuvre laborieuse et un certain nombre d'hommes d'État.

vignette|redresse|Blason de l'Auvergne.

L'Auvergne préhistorique vignette|Le dolmen du Parc à Saint-Nectaire.

Le peuplement de l'Auvergne est attesté dès le Paléolithique. Les vestiges de Chilhac (Haute-Loire) représenteraient la plus ancienne trace d'habitat en EuropeQuid, Robert Laffont (2003), p:828b. De nombreux menhirs et dolmens du Néolithique sont encore visibles dans la région.

Le site de Chilhac Découvert à la fin du , mais fouillé de façon approfondie à partir de 1968, le site paléontologique de Chilhac a révélé des fossiles d'animaux et de végétaux remarquables par leur quantité et leur qualité de conservation, dues à des conditions géologiques particulières, liées au volcanisme. Les galets aménagés mis au jour en 1974 indiqueraient la présence d'hominidés sur le site il y a deux millions d'annéesOdile Bœuf, Réflexions concernant le Pliocène terminal [entre 2,60 et 1,80 Ma.], Université de Poitiers, faisant ainsi reculer considérablement dans le temps l'arrivée supposée des premiers hommes sur le continent eurasiatique.

Les découvertes controversées de Glozel

Le site du Champ des morts, à Glozel, sur la commune de Ferrières-sur-Sichon à au sud-est de Vichy, est le lieu de la découverte, en 1924, d'un grand nombre d'objets (pierres taillées, poteries, fragments de verre, tablettes). Rattaché d'emblée au Néolithique, en raison de la présence de harpons en os et de gravures représentant des rennes (espèce disparue en Auvergne 10000 ans ), le site provoque immédiatement une grande polémique scientifique, plus violente querelle qu'ait connue l'archéologie, quant à la datation des vestiges, très divers, évoquant certaines périodes très éloignées, certains présentant même des éléments anachroniques troublants.

Certaines gravures de rennes, en particulier, sont accompagnées d'inscriptions présentant des similitudes avec l'alphabet phénicien, ce qui conduit certains scientifiques à faire de l'écriture une invention européenne datée de avant son apparition au Moyen-Orient. La controverse s'est en particulier développée au cours des années 1920 et 1930, accompagnée de soupçons de contrefaçons.

Selon les derniers travaux officiels, datant des années 1980, dont le ministère de la culture a rendu public juste un rapport résumé en 1995, les vestiges dateraient principalement de trois époques distinctes : âge du fer, Moyen Âge, et contrefaçons modernes d'origine inconnue.

Des recherches privées continuent cependant, comme celles de Gigi Sanna qui aurait trouvé une analogie avec des tablettes sardes.

L'Auvergne celtique : les Arvernes

vignette|L'expansion de la civilisation celtique de 800 à 400 av. J.-C.

L'Auvergne est entrée dans l'histoire avec les écrits de Tite-LiveTite-Live : Ab Urbe cordita libri, XXVII-39, qui évoque un ambassadeur arverne venu rencontrer le Carthaginois Hasdrubal au cours de la deuxième guerre punique (218 av. J.-C. - 202 av. J.-C.). De nombreux autres témoignages suivent, en particulier ceux du grec Posidonios d'ApaméePosidonios d'Apamée, Histoire, qui a voyagé en Gaule Celtique et nous décrit les fastes de Luern, roi des Arvernes, et aussi ceux de Jules CésarJules César, De Bello gallico qui nous décrit un autre prince arverne, Vercingétorix. Ces témoignages, complétés par des découvertes archéologiques significatives, nous permettent de nous représenter les Arvernes dès le comme un des peuples qui comptait dans l'Antiquité.

L'arrivée des Celtes vignette|gauche|La Gaule et les peuples gaulois

Les découvertes archéologiques faites en Europe centrale, à Hallstatt et à La Tène en particulier, ont amené à considérer que les Celtes, peuple indo-européen protohistorique, ont d'abord habité cette région, à l'Âge du bronze et au premier Âge du fer (civilisation de Hallstatt), avant de commencer à migrer au second Âge du fer (civilisation de La Tène)Quid, Robert Laffont, 2003, p. 626a.

Le processus, qui aurait duré plusieurs siècles, se serait fait par l'arrivée progressive de peuples organisés en groupes peu nombreuxHenri Hubert, Les Celtes et l'expansion celtique jusqu'à l'époque de La Tène, Paris, Albin Michel, 1932, réédition (1974), réédition Jean de Bonnot (2007).. Dans le Massif central, les Celtes imposent peu à peu leur civilisation, qui s'épanouit au , aux peuples déjà présents : Ibères et Ligures. Cette installation est toujours attestée par de nombreux toponymesAlbert Dauzat, « Le problème des bases pré-indo-européennes », et « Toponymie gauloise et gallo-romaine de l'Auvergne et du Velay », in La Toponymie française, Paris, Payot, 1971, , et 175-321..

Parmi les territoires qui voient l'installation de peuples celtes, ceux qui correspondent aux territoires actuels de la France, de la Belgique, de la Suisse et de l'Italie du Nord, sont nommés Gaule par les RomainsQuid, Robert Laffont, 2003, p. 626b.

Divisés en de nombreux peuples, qui cependant se comprennent et sont conscients de l'unité de leur filiation, les Gaulois s'allient en plaçant certains peuples en position de clients de grandes fédérations.

Ainsi, les Arvernes constituent en Gaule Celtique une puissante fédération, qui compte dans sa clientèle ses peuples voisins : Gabales, Vellaves, Lémovices et Rutènes.

L'hégémonie arverne en Gaule celtique vignette|La cité des Arvernes superposée aux quatre départements de l'Allier, du Cantal, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme Le géographe et historien grec Strabon décrit une royauté arverne imposant au son hégémonie sur les peuples gaulois, de la Méditerranée jusqu'à l'océan Atlantique et au RhinStrabon, Géographie, Livre IV, II, 3, traduction. Si beaucoup d'historiens, dans la ligne de Camille Jullian, ont décrit la Gaule Celtique comme un « empire arverne »Camille Jullian, Histoire de la Gaule, 1907-1921., la vision prédominante aujourd'hui est celle d'une « hégémonie » similaire à celle de certaines cités grecques classiques, comme celle qu'exercèrent Athènes ou Sparte, c'est-à-dire non pas une structure politique, mais une ascendance diplomatique, militaire, culturelle et économique.

La puissance arverne, qui semble déjà établie de longue date lorsqu'elle est décrite, est favorisée par plusieurs éléments : une position géographique au centre des Gaules et la présence d'un massif montagneux dont ils contrôlent l'accès et la traversée, des ressources naturelles abondantes en eau, en bois, en fer, une démographie forte, une agriculture prospère, une grande vitalité religieuse, un bon développement technique, et une suprématie militaire certaine.

La technique arverne est illustrée par la maîtrise de la poterie, de la métallurgie, la fabrication du fromage qu'ils exportentSelon Pline l'Ancien. L'exploitation des terres agricoles fertiles de la plaine de la Limagne, associée à des techniques agricoles performantes, a certainement permis l'essor démographique de la région. Les fouilles récentes permettent en effet d'estimer la population arverne à individus environSite sur les fouilles de Gondole avec les rapports de fouilles téléchargeables. Comme dans les autres régions de Gaule, l'habitat s'organise, au , en gros villages assez étendus, mais en Auvergne, ils sont extrêmement proches et denses. Ce qui permet d'expliquer l'ampleur des troupes que les rois arvernes seront capables de mobiliser. La richesse du monnayage est tout aussi remarquable, en particulier en or, bien que le territoire des Arvernes ne soit que peu aurifère. Il semble avoir été acquis par le versement de tributs, ou de forts échanges commerciaux, des prises de guerre, mais peut-être aussi par des opérations de mercenariat. Le lieu-dit de la Source des Roches, à Chamalières, à la limite de l'actuelle Clermont-Ferrand, qui illustre quant à lui la vitalité spirituelle des Arvernes et son rayonnement, a révélé un sanctuaire de pèlerinage antique d'importance considérable, actif jusqu'au Fouillé à la fin des années 1960, il a permis de mettre au jour des milliers d'ex-voto, principalement en bois, offrandes faites aux divinités pour obtenir une guérison. vignette|Sanctuaire de Corent (partiel, mise en valeur).

Corent, capitale des Arvernes

Le site archéologique du puy de Corent, à une quinzaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, a permis de mettre au jour une grande ville gauloise, oppidum de plusieurs dizaines d'hectares.

Les fouilles menées depuis 2001 sur le centre de l'agglomération, vue l'ampleur, la variété et la richesse des vestiges, conduisent à considérer à l’heure actuelle l'oppidum de Corent comme la capitale politique et économique des Arvernes jusqu’à la veille de la conquête romaine et pourrait, à ce titre, être la Nemossos dont parle Strabon dans sa GéographieRapports de fouilles du puy de Corent : Luern.fr.

Le centre de l'oppidum est occupé par un vaste sanctuaire du , lieu d'énormes banquets rituels où l'on consomme des tonnes de viande et des centaines de litres de vin dans des grandes cuves. Ce lieu est marqué par les signes du pouvoir de la dynastie du roi Luern (voir plus loin), comme en témoignent les monnaies et les crânes de renard décoratifs retrouvés.

Autour du sanctuaire, s'étend un vaste quartier de centre-ville, avec de grandes habitations et des aires dédiées à l'artisanat et au commerce. Les objets retrouvés montrent que la ville est occupée par une catégorie sociale très aisée, et déjà influencée par le mode de vie romain.

Luern, roi des Arvernes vignette|Arvernes (vert foncé) et peuples clients (vert clair) sous le règne du roi Luern. Selon Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin. Premier roi arverne dont le nom nous est parvenu, Luern, fameux pour sa richesse et ses largesses, règne en Auvergne au . Son nom pourrait signifier « renard » en langue gauloise, forme que l'on retrouve dans les différentes langues celtiques (loarn en irlandais).

Bituitos en guerre contre Rome

Bituitos, fils de Luern, règne sur les Arvernes à la fin du