Le Briançonnais est une région naturelle de France située dans le nord du département des Hautes-Alpes, autour de la ville de Briançon. Il fait partie des Alpes françaises et se situe au nord de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il est également situé à la frontière avec l'Italie.

Il est composé notamment de la haute vallée de la Durance en amont de L'Argentière-la-Bessée, de la haute vallée de la Guisane, de la Vallouise et de la Clarée. Dans son acception historique, il faisait partie du Dauphiné, et incluait la haute vallée du Guil (Queyras).

Plusieurs savoir-faire locaux ont été inscrits à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Géographie

Situation Le Briançonnais se trouve dans le sud-est de la France, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans la partie nord du département des Hautes-Alpes. Il tient son nom de sa principale ville, Briançon, sous-préfecture du département et siège de la communauté de communes du Briançonnais.

Le Briançonnais est limitrophe de l'Isère (Oisans) au nord-ouest, de la Savoie (Maurienne) au nord et de l'Italie (Piémont) à l'est.

Voies de communication Les principales routes sont la nationale 94, qui relie Gap à Montgenèvre (à la frontière de l'Italie) en passant par Briançon, et la départementale 1091 (ancienne nationale 91), qui relie Grenoble (Isère) à Briançon en passant par le col du Lautaret.

Une route partant du col du Lautaret vers le col du Galibier mène à la vallée de la Maurienne en Savoie, mais le col du Galibier est fermé en hiver.

La frontière franco-italienne est franchissable principalement au col de Montgenèvre (vers Turin) ; il existe aussi des cols secondaires vers l'Italie, tels le col de l'Échelle, mais ils sont fermés en hiver.

Le chemin de fer relie Briançon à Marseille et à Valence.

Relief et hydrographie vignette|Vue panoramique orientée nord-sud à partir de la Croix-de-Toulouse, sommet situé en amont de Briançon.

Le Briançonnais, situé pour la plus grande part en moyenne et haute montagne, recouvre plusieurs massifs des Alpes françaises : le massif des Cerces au nord, le massif des Arves au nord-ouest, le massif des Écrins à l'ouest, le massif du Queyras et le massif d'Escreins à l'est.

Le principal cours d'eau est la Durance, dont la vallée traverse le Briançonnais de ses sources jusqu'à L'Argentière-la-Bessée. Une autre vallée importante est celle de la Guisane, qui vient du col du Lautaret et conflue avec la Durance à Briançon.

Géologie et sismicité

Climat

Histoire

Préhistoire et Protohistoire

Vers 10 000 avant notre ère, le col de Montgenèvre est déjà un lieu traversé par des humains.

Tous les cols qui séparent actuellement les Alpes du Nord et l'Italie sont utilisés dès 700-600 avant notre ère, période qui correspond à la fin de l'Âge du Fer.

La contrée est habitée par les Brigiani, peuplade celto-ligure, dont le nom est à l'origine du nom romain de Briançon : BrigantiumLa forme Brigantio correspond à l'ablatif de Brigantium..

Antiquité romaine gauche|vignette|L'arc d'Auguste, à Suse (Italie).|137x137px vignette|La Gaule narbonnaise (A.H. Dufour, La Gaule sous l'Empire romain, 1846). ; Brigantio est mentionné près de la frontière est. vignette|Les voies romaines dans les Alpes vers le IVe siècle, extrait de la Table de Peutinger.

Sous le règne (-27/+14) de l'empereur Auguste, cette région appartient au royaume de Cottius, qui en devient le préfet lorsque son territoire est rattaché à l'Empire romain.

, la partie du royaume formée du Briançonnais, du val de Suse et de la Maurienne est intégrée à la province romaine impériale des Alpes cottiennes.

Le Briançonnais est traversé par deux voies romaines. La voie Domitienne relie le nord de l'Italie (vallée de Suse, accessible de Turin) au nord l'actuelle Espagne, par le col de Montgenèvre, Briançon, la vallée de la Durance, puis la province de Gaule narbonnaise jusqu'à la limite de la province de Tarraconaise en Hispanie.

La Table de Peutinger mentionne aussi une voie reliant Briançon à Grenoble par le col du Lautaret, avec quatre étapes, dont Stabatio, identifiée au Monêtier-les-Bains.

À partir de 297, le Briançonnais passe à la province des Alpes Maritimes, dont la capitale est alors Embrun (actuelles Hautes-Alpes).

Haut Moyen Âge Après la chute de l'Empire romain d'Occident (476), le Briançonnais fait partie du royaume des Burgondes, puis après la conquête de ce royaume par les Francs (534), du royaume de Bourgogne mérovingien, puis carolingien.

Epoque des rois burgondes (476-534)

Époque des rois francs mérovingiens (534-751) Le Briançonnais est rattaché au diocèse de Maurienne au . jusqu'au , voire au .

Abbon (vers 685-vers 739), recteur de Maurienne et de Suse, dont la famille commande les passages alpestres de Suse, Briançon, Embrun et Gap, devient patrice de Viennoise en 722, puis patrice de Provence. Son testament décrit ses possessions, qui comprennent le Briançonnais (Briantinus). Une partie de ses biens, dont des biens briançonnais, est léguée à l'abbaye de la Novalaise (après l'incendie de cette dernière en 906, une partie des biens de l'abbaye de la Novalaise iront à l'abbaye Saint-Laurent d'Oulx).

Epoque des rois et empereurs carolingiens (751-962) gauche|vignette|Les pagi de la Bourgogne viennoise aux .

vignette|320x320px|Pagi de l'époque carolingienne. On trouve sur cette carte Brigantio (Briançon) et le pagus Brigantinus.

Après les règnes de Pépin le Bref, de Charlemagne et de Louis le Pieux (mort en 840), lorsque les fils de celui-ci concluent le traité de Verdun pour partager l'empire (843), le territoire du Briançonnais relève de la Francie médiane, qui échoit à l'aîné, Lothaire.

En 962, le Briançonnais est intégré au Saint-Empire romain germanique, qui s'étend jusqu'au Rhône et à la Saône.

Moyen Âge (962-1492) Le Briançonnais et les comtes d'Albon/dauphins de Viennois Le Briançonnais est intégré au Dauphiné de Viennois dans la première moitié du .

On sait que le comte d'Albon Guigues (Guigues le Vieux, ancêtre des dauphins de Viennois) le détient en 1053 et que les comtes d'Albon à Briançon ont un châtelain en 1063 et un tribunal en 1096.

À cette époque, l'empereur Conrad II (règne de 1027 à 1039) rattache le Briançonnais à l'archidiocèse d'Embrun. Le Briançonnais dépend aussi de la prévôté de Saint Laurent d'Oulx, fondée aux alentours de 1050.

En 1155, le comte d'Albon obtient de l'empereur le droit de battre monnaie à Césane (actuelle Italie).

Significations du terme « Briançonnais » au cours du Moyen Âge

Au , le terme « Briançonnais » n'est utilisé que pour la châtellenie delphinale de Briançon.

Les enquêtes delphinales de 1250 font apparaître que ce mot désigne l'ensemble des vallées situées entre les cols du Lautaret, de Montgenèvre et d'Izoard (au sud)

En 1237, il recouvre les domaines delphinaux précédemment cités ainsi que ceux situés du côté italien des cols ; en 1244, l'exemption de la taille accordée aux habitants de Briançon est d'ailleurs étendue à tout ce territoire.

Le Briançonnais forme à cette époque un bailliage, sous l'autorité d'un bailli delphinal. Composé des vallées de la Clarée, la Guisane, la Gyronde, Bardonnèche, les hautes vallées de la Durance, du Guil, de la Doire Ripaire, du Cluson et de la Varaita, son territoire restera inchangé jusqu'en 1713.

Les mandements du Briançonnais en 1339

Lors de l'enquête pontificale de 1339, menée alors que le dauphin Humbert II de Viennois propose au pape Benoît XII d'acheter ses États du Dauphiné, il est mentionné que le Briançonnais comprend cinq mandements. Celui de Vallouise (alors appelée Vallispute en latin) a pour centre le château de Lucerne (disparu par la suite), ne compose qu'une unique paroisse, et compte entre 600 et 650 feux, dont 14 sont à des nobles. Le mandement de Saint-Martin-de-Queyrières, également une unique paroisse, compte 223 feux. Le mandement ou châtellenie de Briançon, composé de 8 paroisses, totalise plus de (dont 358 à l'intérieur des murailles de Briançon et 128 au-dehors). Le mandement de Montgenèvre inclut Val-des-Prés et le Pont-de-Névache, bien que ces deux localités soient dans la paroisse de Briançon. Le mandement du Queyras comptait sept paroisses (correspondant aujourd'hui aux communes du canton d'Aiguilles) et 1118 feux (dont 35 appartenaient à des nobles). Le mandement de Casteldelfino (Châteaudauphin, qui est de nos jours situé en Italie) dépend du Briançonnais et a un statut particulier. La paroisse de Névache constitue le seul fief du briançonnais.

Construction de canaux (à partir de 1335) Les premiers canaux du Briançonnais sont construits entre 1335 et 1345, d'autres suivront dans les siècles suivants : certains alimentaient les « gargouilles » de Briançon (rigoles descendant les deux rues principales de la vieille ville) et permettaient notamment la lutte contre les incendies, d'autres servaient et servent encore pour l'irrigation du territoire

Cependant, l'existence de ces canaux a aussi des impacts bénéfiques sur l'écologie globale des paysages...

Création des Escartons du Briançonnais (1343)

vignette|Le Dauphin Humbert II de Viennois.

Le 29 mai 1343, une charte du dauphin Humbert II crée les Escartons du Briançonnais (qui ne portent pas encore ce nom à l'époque) avec des privilèges particuliers ; certains historiens estiment que les privilèges concernés pouvaient exister avant cette date. La région concernée bénéficiera de ce statut spécial jusqu'à la Révolution française.

« Transport » du Dauphiné au royaume de France (1349)

En 1349, le Dauphiné (et donc le Briançonnais), est rattaché au royaume de France et devient la province du Dauphiné, traditionnellement détenue par le fils aîné du roi (donc son successeur présomptif), qui porte le titre de dauphin.

Epoque moderne (1492-1789)

Briançon, place frontalière fortifiée par Vauban Sous le règne de Louis XIV, Vauban améliore les fortifications de Briançon (enceinte et forts alentour), renforçant le statut de place forte de cette ville défendant un point d'accès important du royaume (la vallée de la Durance).

Les traités d'Utrecht et la modification de la frontière française (1713) left|vignette|Carte des Gouvernements de Dauphiné et de Provence (avec le Comtat Venaissin), comprenant les bailliages dauphinois. Carte du . vignette|Territoires du duc de Savoie Victor Amédée II. En saumon hachuré : territoires acquis lors du traité d'Utrcht (dont le Val "Pragelato", auparavant Briançonnais) ; en bleu hachuré : territoire perdu lors du même traité (région autour de Barcelonnette, gagnée par la France).

En 1713, les traités d'Utrecht, signés entre la France et la Grande-Bretagne à la fin de la guerre de Succession d'Espagne, redéfinissent les frontières françaises dans la région : le val de Suse est cédé au duc de Savoie en échange de la vallée de l'Ubaye qui devient française.

Le Briançonnais est ainsi scindé en deux parties, perdant son versant tourné vers le Piémont. Cependant, les populations de part et d'autre de la frontière ont longtemps gardé des liens, jusqu'au début du , voire du pour certains. Il est possible que des tensions aient existé déjà auparavant entre les communautés de part et d'autre de la ligne de partage des eaux qui a défini la nouvelle frontière.

Fiscalité royale et contrebande Le Dauphiné fait partie des territoires du royaume de France soumis au régime de la petite gabelle depuis le : le sel, monopole royal, est entreposé dans des greniers et vendu taxé, le régime de petite gabelle permettant le choix du grenier d'achat et de la quantité achetée. L'un de ces greniers à sel se trouve à Briançon.

À partir de 1715, les communautés du Briançonnais deviennent des territoires privilégiés : le sel s'y vend moins cher que dans d'autres endroits ; ce territoire devient un lieu de forte contrebande. Sa situation frontalière favorise également la contrebande de produits divers.

Population et société