vignette|L'aire linguistique du luxembourgeois en Moselle (bleu foncé). Le francique luxembourgeois de Lorraine, communément appelé platt luxembourgeois, est la variété dialectale du luxembourgeois qui est géographiquement située en Lorraine et plus précisément dans le Nord-Ouest de la Moselle. Jusqu'au , le luxembourgeois dialectal était également parlé dans le Nord de l'actuelle Meurthe-et-Moselle.
Le francique luxembourgeois de Lorraine représente l'une des trois formes du francique lorrain, les deux autres étant le mosellan et le rhénan.
Concernant le luxembourgeois standardÉgalement appelé « koinè » pour ce qui est des aspects phoniques, le luxembourgeois standardisé existe officiellement au Luxembourg depuis 1976, à la suite d'un arrêté ministériel du ., il est enseigné dans des écoles de la Moselle depuis les années 1990 et dans des écoles de Meurthe-et-Moselle depuis les années 2010.
Appellation Au , ce sont les termes « patois allemand » et « allemand » qui sont utilisés pour désigner les dialectes franciques qui sont parlés dans l'arrondissement de Thionville. De plus, en 1863, Théodore de La Fontaine utilise deux fois l'appellation dans des explications étymologiques concernant deux localités du Luxembourg français, en l'occurrence Helpert (une ferme isolée) et Logne.
En 1939, Emile Guelen mentionne le francique luxembourgeois de Lorraine sous le nom allemand de Westmosellothringisch Emile Guelen, die deutschlothringischen Mundarten, Forbach, 1939..
D'un point de vue général, le luxembourgeois dialectal est désigné par les appellations germaniques : lëtzebuerger Platt Gesellschaft für deutsche Sprache, Muttersprache, volumes 98 à 99, 1988 « Du Westmoselfränkisch à la langue nationale du Grand-Duché de Luxembourg », dans Lengas, , 2006 , « Lëtzebuerger Platt », dans Jean-Marie Zemb (), Vergleichende Grammatik Französisch - Deutsch, volume 2, Mannheim, Bibliographisches Institut, 1984., lëtzeburger Platt Pharmaceutisch weekblad : voor Nederland, volume 77, 1940 , Die Therapie der Gegenwart: Medizinisch-chirurgische Rundschau für praktische Ärzte, volume 109, Urban & Schwarzenberg, 1970, . Heiko F. Marten, Sprach(en)politik: Eine Einführung, Narr Francke Attempto Verlag, 2016 , , plattdeitschWörterbuch der luxemburgischen Mundart, M. Huss, 1906., plattdäitsch etc. En Moselle, il y a au moins la première (lëtzebuerger Platt) qui est utilisée dans ce départementPhilippe Mouraux, « Quelle forme normée pour la langue régionale de Lorraine germanophone ? », dans Quem fala a minha língua?, volume 2, 2015., en même temps qu'une autre appellation mi-germanique et mi-française qui est platt luxembourgeoisElia Bortignon, Les Passagers du solstice : Mémoire et itinéraires en Lorraine du fer, Éditions Serpenoise, 1987 , Le Platt lorrain Pour les Nuls, Éditions First, 2012 .
La dénomination lëtzebuerger Platt signifie « patois luxembourgeois », de même que plat Vlaams veut dire « patois flamand ».
Le mot platt se traduit en français par « patois » et aussi par « dialecte ». Daniel Laumesfeld ajoute que : . Le « luxembourgeois non-standard » est en effet un « patois », mais plus précisément un « patois francique ». La revue Hemechtsland a Sprooch utilise le mot fränkesch pour dire « francique », par exemple dans Fränkeschland (pays francique) ; un mot qui correspond à fränkisch en allemand standard.
Il est dit aussi par rapport aux localités : Woolkrénger platt (dialecte de Volkrange), Opécher platt (dialecte d'Apach), Metzerwiser platt (dialecte de Metzervisse), etc. Ou encore, par rapport à la région : Lotrénger platt (dialecte de Lorraine / dialecte lorrain).
Situation géographique vignette|Le luxembourgeois de Lorraine représente une partie de l'aire linguistique du luxembourgeois (). Située au Nord-Ouest du département de la Moselle, l'aire linguistique du luxembourgeois est délimitée à l'Est par l'isoglosse op/of. Cette isoglosse, qui sépare le francique luxembourgeois du francique mosellan, est située à l'Est des localités suivantes : Hestroff, Edling, Hobling, Chémery-les-Deux, Neudorff, Bibiche, Rodlach, Waldweistroff, Flastroff, Zeurange, Bourg-Esch, Cottendorff et Otzwiller. Elle est également située à l'Ouest des lieux suivants : Bockange, Piblange, Anzeling, Freistroff, Beckerholz, Colmen et Schwerdorff. Concernant le village de Schwerdorff, qui est du côté du francique mosellan, il est quasiment enclavé : puisque Flastroff et Zeurange à l'Ouest, Cottendorff au Nord et Otzwiller à l'Est sont du côté du luxembourgeois, tout du moins par rapport à l'isoglosse op/of.
L'aire linguistique luxembourgeoise est également délimitée à l'Ouest et au Sud par le lorrain roman (quasiment éteint au début du ). En 1500, la frontière linguistique qui sépare le luxembourgeois du lorrain roman est située à l'Ouest de : Godbrange, Hussigny, Tiercelet, Bréhain-la-Ville, Crusnes, Aumetz, Boulange, Fontoy, Lommerange, Fameck, Vitry-sur-Orne, Amnéville, Hagondange et Talange. Ainsi qu'au Sud de : Talange, Bousse, Montrequienne, Hessange et Saint-Hubert. Plusieurs éléments ont contribué à son recul, notamment la guerre de Trente Ans, suivie d'un repeuplement par des colons étrangers à la région ; ainsi que les épidémies de choléra du entre Metz et ThionvillePierre Brasme, La population de la Moselle au , Éditions Serpenoise, 2000 . La politique linguistique française après 1944, notamment dans l'enseignement, a également contribué au recul du « platt luxembourgeois » dans tout le territoire où il est traditionnellement parlé.
En 1983, l'aire linguistique du luxembourgeois s'étend encore jusqu'aux localités suivantes : Rédange, Russange, Volmerange-les-Mines, Nondkeil, Rochonvillers, Angevillers, Beuvange-sous-Saint-Michel, Volkrange, Veymerange, Saint-Pierre, Beauregard, Daspich, Ébange, Illange, Bertrange, Imeldange, Reinange, Schell, Vinsberg, Metzeresche, Hombourg, Ébersviller et Hestroff.
Histoire En Lorraine, le platt luxembourgeois était une langue vernaculaire dans le Nord de la Meurthe-et-MoselleD'après , au l'« allemand » était courant dans la partie septentrionale de la région de Longwy. et plus précisément dans une partie du district de Longwy en 1790Jean-Louis Masson, Histoire administrative de la Lorraine : des provinces aux départements et à la région, Lanore, 1982, page 185., ainsi qu'à partir de Mont-Saint-Martin jusqu'à Villerupt dans les années 1860« Ethnographie et linguistique », dans Ernest de Bouteiller, Dictionnaire topographique de l'ancien département de la Moselle : comprenant les noms de lieu anciens et modernes, rédigé en 1868 sous les auspices de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, Paris, Imprimerie nationale.. Certains lieux-dits de ce territoire ont plus ou moins conservé une dénomination germaniqueNotamment à Villerupt, Thil, Tiercelet et Crusnes.. Cette langue était également vernaculaire dans le Nord-Ouest du département de la Moselle, autour de Thionville, Cattenom et Sierck-les-Bains, sachant que celle-ci connait un lent déclin depuis 1945.
Une grande partie de l'aire linguistique du luxembourgeois qui est située en France représente l'ancienne prévôté luxembourgeoise de Thionville. Celle-ci est cédée au royaume de France en 1659 dans le cadre du traité des Pyrénées qui fait suite à la prise de Thionville par le duc d'Enghien et ses troupes en 1643. La prévôté lorraine de Sierck, également située dans l'aire du luxembourgeois, est rattachée à la France par le traité de Vincennes en 1661.
Entre 1661 et 1789, le particularisme linguistique du bailliage de Thionville n'était pas ouvertement combattu, mais les actes officiels de la vie civile étaient dorénavant rédigés en françaisJean Kieffer, « Le village du plat-pays thionvillois au », dans Les Cahiers lorrains, 1984 .
Vers 1828, Teissier remarquait que l'idiome parlé dans les villages environnant Thionville était, selon lui, inintelligible avec Guillaume-Ferdinand Teissier, Histoire de Thionville : Suivie de divers mémoires, Metz, Verronnais, 1828., c'est-à-dire l'allemand standard. Quelques décennies plus tard, Bouteiller fit une remarque similaire concernant ce usité dans l'arrondissement de Thionville, en particulier à propos de celui parlé dans les cantons limitrophes du Grand-Duché, en expliquant que ces différences caractéristiques se rapportent à une langue particulière, à cause de mots qui ne se trouvent pas dans l'allemand et de la prononciation de quelques voyelles et de quelques consonnes.
Les personnalités représentatives de cette zone linguistique en France, depuis les années 1970, ont été notamment Daniel Laumesfeld (musicien, écrivain), Jo Nousse (musicien, poète, enseignant) et Albert Piernet (ancien enseignant), ce dernier étant le fondateur de l'association francique Hemechtsland a Sprooch en 1975 (une des premières en France), qui publiait une revue sous le même nomRevue qui paraissait sous l'.. En 1979, Jean-Marie Becker fonda une association concurrente dénommée Wei laang nach ? (Jusqu’à quand ?).
Dans les années 1980, à propos des Nord-Mosellans d'origine étrangère, Hemechtsland a Sprooch donne pour exemple un émigré polonais rencontré à Russange , ainsi qu'un Nord-Africain marié à une femme du Heckepéi (dans les environs d'Oudrenne) qui avait .
Au , dans les communes luxembourgeoises qui sont limitrophes de la Moselle, les Luxembourgeois surnommaient les Mosellans luxembourgophones d'Koken, un terme à rapprocher de d'Goken qui signifie « les niais ». De l'autre côté de la frontière franco-luxembourgeoise, les Mosellans luxembourgophones surnommaient les Luxembourgeois d'Kéiskäpp, qui signifie « les têtes de fromage » au sens littéral et « les gens bêtes » au sens figuré.
Quelques chiffres En 1824, Teissier indique que les habitants de l'arrondissement de Thionville « ne parlent qu'allemand » dans les quatre cinquièmes des communesGuillaume-Ferdinand Teissier, Recherches sur l'étymologie des noms de lieu et autres, dans la sous-préfecture de Thionville, Thionville, 1824.. D'après le recensement INSEE de 1962, les cantons de Cattenom et de Sierck avaient chacun entre 60 et 80 % de locuteurs du francique luxembourgeoisS. Legrand, d'après les chiffres de l'INSEE..
En 1982, une enquête réalisée par le sociolinguiste Daniel Laumesfeld sur du pays de Sierck, révèle que 48,2 % de la population a pour langue maternelle ou langue seconde le francique luxembourgeois.. En se basant sur une autre enquête qu'il a faite en 1984, Laumesfeld estime qu'il y aurait entre et locuteurs du luxembourgeois dans la de la Moselle.
En 1990, le Bureau européen pour les langues moins répandues estime que la France devait compter luxembourgeophones ; sachant que ce dernier mot s'écrit également « luxembourgophone(s) ».
Enseignement En Meurthe-et-Moselle Au début des années 2010, le luxembourgeois est réintroduit sous sa forme standard dans l'arrondissement de Briey via la voie scolaire, dans quelques écoles.. Durant cette décennie, la langue luxembourgeoise est aussi enseignée via d'autres structures, comme la mairie du Val de Briey qui s'est transformée en école de luxembourgeois à raison d'un jour par semaine pendant .
Tout cela sachant que Meurthe-et-Mosellans travaillaient au Luxembourg en 2010, chiffre qui est passé à en 2016.
En Moselle Une enquête diligentée en 1995 par l'Inspection académique de la Moselle révéla que (représentant ) de la commune de Sierck et ses environs demandaient l'enseignement du francique luxembourgeois pour leurs enfants. Une autre enquête de 2004, faite par la même inspection académique et concentrée sur quelques communes choisies, a recueilli les demandes de 60 % des parents d'élèves en faveur de l'enseignement de cette langue. Un dispositif minimal d'une heure et demie par semaine d'enseignement du luxembourgeois, via l'option « langue et culture régionales », a été mis en place dans quelques communes seulement, là où les demandes étaient les plus fortesIntervention du SNUIPP Moselle, Paris, novembre 2012..