Les rochers Liancourt, également appelés Dokdo (/) en coréen ou Takeshima () en japonais, sont un petit groupe d'îlots situé en mer du Japon, presque au milieu entre Honshū (île principale du Japon) et la péninsule coréenne, à environ 211 km au nord du Honshū et à 217 km à l'est de la côte de la péninsule coréenne. Ces rochers sont contrôlés de facto par la Corée du Sud mais revendiqués par le Japon, faisant l'objet d'un contentieux non résolu entre les deux pays.
Toponymie Le nom occidental de « rochers Liancourt » fait référence au baleinier français le Liancourt qui, parti du Havre, « découvrit » l'archipel le . Le nom français a servi de modèle aux noms anglais , espagnol , italien , néerlandais , portugais … Son usage perdure, sans doute notamment pour éviter de paraître prendre parti entre les deux pays. La Commission nationale de toponymie de France le recommande, conformément à ses principes de traitement de la toponymie étrangère.
Selon la CNT, la forme « rochers du Liancourt » est la plus conforme à l’origine de ce nom. Cependant, on rencontre plus fréquemment une variante sans préposition « rochers Liancourt ». Elle s’explique par un glissement de la référence, du baleinier à son propre éponyme : le philanthrope François Alexandre Frédéric de La Rochefoucauld, duc de Liancourt (1747 – 1827). La Commission nationale de toponymie déconseille l'emploi de la forme « rochers de Liancourt », car elle correspondrait grammaticalement à une référence directe, très improbable, à l’actuel chef-lieu de canton de l’Oise dont le philanthrope portait le nom.
Le nom coréen Dokdo s'écrit en hangul. En hanja il s'écrit , ce qui signifie « île solitaire ». Il est parfois transcrit « Tokto »Différend territorial des « rochers du Liancourt », Commission nationale de toponymie du Conseil national de l’information géographique, août 2008, référence 2008–CNIG–0036/CNT ..
Le nom japonais Takeshima s'écrit en kanji , ce qui signifie aux .
Avant la fin de la période Edo, les rochers Liancourt étaient appelés Matsushima et Ulleungdo Takeshima. Jusqu’en 1876, des mentions de Takeshima (île d'Ulleung) et de Matsushima (rochers Liancourt) peuvent être vues sur la carte des communes des îles de la province d’Oki.. Entre 1876 et 1905 (période Meiji), il y eut une confusion dans le nom de l'île en raison de l'afflux de cartes occidentales, ainsi l’île d'Ulleung est devenu Matsushima, les rochers Liancourt sans nom officiel. Les Japonais appelaient ces rochers Ryanko-tô ou Ranko-tô.. En 1905, lorsque le gouvernement a officiellement intégré ces rochers dans l’administration de la préfecture de Shimane, il a enregistré les rochers Liancourt au nom de Takeshima., basé sur le fait qu’il existait toujours dans ce secteur de la mer du Japon deux îles nommées Matsushima et Takeshima.
Géographie Les rochers Liancourt se situent à environ 211 km au nord de l'île principale du Japon (Honshû) et à 217 km à l'est de la côte de la péninsule coréenne. Ils sont aujourd'hui rattachés par l'administration de la Corée du Sud à l'île d'Ulleung, distante de , dans le comté d'Ulleung de la province du Gyeongsang du Nord, et par le Japon au bourg d'Okinoshima (île Dōgo), dans l'archipel Oki, distant de , au sein du district d'Oki de la préfecture de Shimane.
700x700px
centré|vignette|Carte des rochers Liancourt
La superficie totale est d'environ avec une hauteur maximale de sur l'îlot occidental. Ce dernier mesure environ pour seulement pour l'îlot oriental. Les rochers Liancourt sont situés par . Ils se trouvent à de la Corée continentale et de l'archipel principal du JaponL'outil Free Map Tools permet de mesurer ces distances.. Par contre, le territoire coréen le plus proche, l'île Ulleung-do, est situé à , tandis que le territoire japonais le plus proche, les îles Oki, se trouve à .
L'îlot occidental consiste en un pic unique et présente de nombreuses cavités le long de sa côte. L'îlot oriental possède des falaises de dix à vingt mètres de haut. Il existe deux grandes grottes s'ouvrant sur la mer ainsi qu'un cratère. La végétation est presque inexistanteFrance 3, magazine Thalassa, novembre 2007..
Au sommet de l'île occidentale se trouve un phare, un sémaphore avec radar et diverses antennes radios, les logements de la troupe et une plateforme pour hélicoptères. L'ensemble est protégé par quelques batteries militaires. Les Coréens ont construit un quai entre cette île et des rochers avoisinant, à l'entrée du passage séparant les deux îles principales, et permettant d'accueillir de petits navires par temps calme.
Résidents Les rochers Liancourt étaient inhabités à l'exception d'une petite garnison de garde-côtes sud-coréens estimée à une trentaine d'hommes et de gardiens de phare.
Depuis 2005 les rochers Liancourt sont rendus public par le gouvernement sud-coréen et les touristes peuvent les visiter en passant par l’île d’Ulleung. 500 touristes les visitent tous les jours en moyenne. Depuis 2010, ceux qui les ont visités peuvent demander d’être enregistrés comme « résidents honorés ». En 2021 le nombre de « résidents honorés » a dépassé , dont y compris 17 japonais..
Le gouvernement japonais demande à ses concitoyens de s’abstenir de s’y rendre, car du fait d’accéder aux rochers Liancourt en suivant la procédure d’autorisation de la Corée du Sud, cela peut donner l’impression que le Japon a cédé leur territorialité à la Corée du Sud.
Entre 1991 et 1996, puis à nouveau à partir de 2006, un couple de civils coréens, un pêcheur et son épouse, Kim Sung-do et sa femme Kim Shin-yeol se sont installés sur les rochers Liancourt.. Depuis 2018, le mari est décédé et Kim Shin-yeol est devenue la seule résidente des rochers. À part elle, 20 gardes-côtes, 3 gardiens de phare et 2 employés du bureau administratif du comté d'Ulleung vivent sur les rochers Liancourt, mais ils ont leur résidence sur la péninsule. Les « résidents honorés » cités plus haut n’habitent pas sur les rochers.
Kim Shin-yeol, unique résidente effective des rochers, est décédée en à l'âge de 88 ans, et il n'y a plus aucun résident effectif sur les rochers.
Revendications et histoire
vignette|260px|La plus ancienne carte représentant les rochers Liancourt (1656, Yonago, Préfecture de Tottori). vignette|Timbres sud-coréens de 1954 représentant les îles Dokdo.
.
En 1951, selon l'article 2 du traité de San Francisco signé avec le Japon, ce dernier reconnaît et renonce à tous les droits, titres et revendications sur la Corée. Cette renonciation inclut Quelpart (Jeju-do), l'île Dagelet (Ulleungdo) et Port Hamilton (Geomundo). La Corée demande à plusieurs reprises aux États-Unis que les rochers Liancourt soient inclus dans les territoires que le Japon doit céder mais les États-Unis considèrent les rochers Liancourt comme une partie du territoire japonais et rejettent la revendication sud-coréenne : « En ce qui concerne l'île de Dokdo, aussi connue sous le nom de Takeshima ou rochers Liancourt, cette formation rocheuse généralement inhabitée n'a selon nos informations jamais été administrée par la Corée et, depuis 1905, est sous la juridiction des îles Oki de la préfecture de Shimane du Japon. L'île apparaît n'avoir jamais été réclamée par la Corée », confirmé par le sous-secrétaire d'État des États-Unis Dean Rusk.
Malgré ces échanges officiels entre les États-Unis et la Corée du Sud, cette dernière prétend que le traité de paix n'exclut pas Dokdo comme territoire coréen.
Peu avant l'entrée en vigueur du traité de San Francisco (), le président sud-coréen Rhee proclame le la souveraineté de son pays sur une partie de la mer du Japon comprenant les Rochers : la ligne Syngman Rhee. Cette ligne fut tracée unilatéralement par la Corée du Sud et en complète violation du droit international.. En 1954, la Corée du Sud prend de manière unilatérale le contrôle des îles en y installant un contingent permanent de garde-côtes...
Les États-Unis, d'après le rapport de l'ambassadeur Van Fleet de , à la suite de la mission gouvernementale sur l’Extrême-Orient d'avril à , prennent position en indiquant que les rochers Liancourt font partie du territoire japonais, mais que le différend pourrait être porté devant la Cour internationale de Justice. Cette suggestion a même été transmise de manière informelle à la République de Corée.
Le Japon a proposé à la Corée du Sud de soumettre la question des rochers Liancourt à la Cour internationale de justice en 1954, 1962 et 2012. La Corée du Sud le refuse en considérant que le pays jouit de sa souveraineté pleine et entière sur les Rochers, et ne saurait être mise en demeure de justifier ce droit devant la Cour internationale de justice. La Corée du Sud associe ce problème à l'impérialisme du Japon qui a débouché sur l'annexion de 1910.
Entre 1952 et 1965, la Corée du Sud chassait les bateaux de pêche japonais qui entraient dans le territoire, en confisquant ces bateaux et détenant les pêcheurs japonais en prison dans de mauvaises conditions (327 bateaux confisqués, 3911 détenus dont jusqu'en 1965)Livre blanc sur la sécurité maritime, 1966 (海上保安白書、昭和41年版). Le , Douglas MacArthur II, l'ambassadeur des États-Unis au Japon, a envoyé un télégramme confidentiel au département d'État américain après le débarquement de Lee Seung-wan, suggérant que les États-Unis devraient immédiatement exhorter la Corée du Sud à libérer les otages japonais, à arrêter de détenir les bateaux de pêche japonais en haute mer et à rendre les rochers Liancourt « illégalement occupés » au Japon..
Au-delà du symbole politique, les îles représentent aussi désormais un enjeu économique et commercial de taille, source de litiges quant à la délimitation des zones économiques exclusives, déterminante pour la pêche et la prospection sous-marine : douze millions de tonnes de poissons y étaient pêchés en 1985, avant les accords de 1998 et de 2002 entre les deux pays y limitant la pêcheOn peut apprécier l'urgence de ces enjeux en observant une carte de la délimitation des différentes zones entre le Japon et la Corée. Voir carte dans : . On constate notamment que les îles Dokdo/Liancourt/Takeshima se situent à la limite des zones économiques exclusives japonaise et sud-coréenne..
La Corée du Nord considère quant à elle que les îles appartiennent à la et parle d'une demande et du Japon..
En , l'agence gouvernementale chargée aux États-Unis de la nomenclature géographique ayant modifié le statut des rochers Liancourt de « Corée du Sud » à « non spécifié », des protestations émises en Corée du Sud ont conduit le président Bush à demander, une semaine après et peu avant un déplacement en Corée, le retour à la dénomination précédente, tout en réaffirmant la position des États-Unis President Bush Travels to South Korea, Thailand, and China (ambassade des États-Unis en Corée du Sud)... Sous l'administration d'Obama (2009-2017), les États-Unis affichent leur neutralité vis-à-vis de ce litige territorial, considérant qu'il appartient à la Corée du Sud et au Japon de le régler.
Point de vue sud-coréen vignette|upright|Extrait du Daehanjiji, 1899
Territoire de Empire coréen (大韓帝国), de Latitude nord 33°15’ à 42°25'(北緯 三十三度十五分 - 四十二度二十五分), de Longitude est 124°30' à 130°35'(東経 百二十四度三十分 - 百三十度三十五分).
Ulleungdo apparaît dans les archives coréennes depuis la conquête du Royaume d’Usan par le Royaume de Silla (57 av.J.-C. – 935 ap. J.-C) en 512. L'île d'Ulleung était appelée soit par le nom du pays (Usan-guk) ou par le nom de l'île (Ulleung-do).
La Corée du Sud ne fait pas mention aux Annales de la dynastie Joseon (朝鮮王朝実録) - 5 février année de l'ère Taejong (1417) -.. Cet enregistrement officiel appelle bien "Usando" en décrivant "Ullengdo". Il parle d'un inspecteur, qui revenait de l'île d'Usan (Usando) en ramenant du bambou et de l'île. Le Japon signale que les bambous ne se produisent pas aux rochers Liancourt et que ne peuvent pas y habiter, que par conséquent, ce document prouve que Usando ne désigne pas les rochers Liancourt.