Dans la mythologie grecque, Europe (en grec ancien : ) est une princesse phénicienne, fille d'Agénor., roi de Tyr, et de Téléphassa, et sœur notamment de Cadmos.

Les institutions de l'Union européenne favorisent le nom de cette figure mythologique comme étymologie du nom du continent européen....

Étymologie L'étymologie couramment admise de ce nom y voit un composé de , « large » et , « œil, vue ».Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, éditions Le Robert, 2012 (4 édition), p. 1267.. La terre « à l'aspect large » constitue une vieille épithète de la Terre que l'on retrouve dans plusieurs traditions indo-européennes : « la large terre » en grec, « la large terre » ou simplement « la large » en sanskrit, et de même dans les langues germaniques. Europe serait ainsi l'une des figures de la déesse Terre, renouvelée M. L. West, Indo-European poetry and myth, Oxford, 2007, 185.Denis de Rougemont, « Les Origines de l’Europe : d’Hésiode à Charlemagne ou du mythe à l’histoire », 1959, Université de Genève (lire en ligne) ..

Pour le linguiste Jean Haudry, ni cette héroïne, ni ses homonymes, ne personnifient une terre. Ce serait un qualificatif de la vache « au large regard » qui s'unit au « taureau » Zeus, le désignateur de la terre « où le regard porte au loin » provenant de la même racineJean Haudry, Vues nouvelles sur la tradition indo-européenne dans la Grèce ancienne, etudesindoeuropeennes.fr, 2009..

Selon d'autres ouvrages, cette étymologie ne tient pas compte de l'origine phénicienne d'Europe, pour laquelle on a proposé une racine dans une langue sémitique. Ainsi, la première mention connue du mot proviendrait d'une stèle assyrienne, qui distingue les rivages de la mer Égée par deux mots phéniciens : 𐤏𐤓𐤁 / ⁠ʿereb⁠ « couchant, soir » → « occident », et / assou « levant » → « pays du levant ». L'origine des noms grecs Europe et Asie se trouverait dans ces deux termes sémitiques par lesquels les marins phéniciens désignaient les rives opposées de la Grèce actuelle et de l'Anatolie, ce que l'on retrouve dans un hymne à Apollon datant d’environ 700 avant notre ère, où Europe représente encore, comme Ereb, le simple littoral occidental de l'Égée... La mythologie grecque perpétuerait ainsi l'origine sémitique du mot, en en faisant le nom de la princesse phénicienne.

Néanmoins, cette étymologie sémitique est selon certains « à peine encore défendue »., Martin Litchfield West soutenant que « phonologiquement, la correspondance entre le nom de l'Europe et toute forme de mot sémitique est très mauvaise. » Klein, Etymological Dictionary of the English Language (Barking: Elsevier) A-K, 1966 ; L'étymologie Klein de l'Europe se singularise parmi ses conclusions « optimistes » selon P. G. W. Friedrichsen passant en revue le « Dictionnaire » dans The Review of English Studies New Series, 18.71 (August 1967:295.. Cependant, le Dictionnaire historique de la langue française affirme pour sa part que l'hypothèse phénicienne est « sémantiquement plus satisfaisante ».

Mythe

Selon une version du mythe, Europe, fille d'Agénor, roi de Tyr, une ville de Phénicie (actuel Liban) fit un rêve.. Le jour même, Zeus la rencontra sur une plage de Sidon, se métamorphosa en taureau blanc, afin de l'approcher sans l'apeurer et d'échapper à la jalousie de son épouse Héra. Europe s'approche de lui. Chevauchant l'animal, elle est enlevée sur l'île de Crète à Gortyne (ou, au nord du Bosphore, selon certaines versions). À Gortyne., sous un platane, qui depuis lors est toujours vert, Europe s'unit à Zeus, sous forme humaine cette fois. De leur union naissent Minos, Rhadamanthe, et SarpédonSelon Homère, Sarpédon est fils de Laodamie., qui s'exila en Anatolie, à Milet. Plus tard, Europe est donnée par Zeus, comme épouse au roi de Crète, Astérion.

Interprétations Ce mythe garderait la mémoire des pillages menés par les Doriens sur les côtes de Phénicie qui pouvaient s'accompagner du rapt de femmes dans la Grèce préhellénique..

Pour Françoise Gange l'enlèvement et le viol d'Europe marqueraient le passage de l'ère de la Déesse mère à celui d'une toute-puissance masculineLe viol d'Europe, ou le féminin bafoué. 2007..

Représentations après l'Antiquité

L'enlèvement d'Europe a inspiré de nombreux artistes à travers les siècles : les peintres Paul Véronèse, le Titien (copié par Rubens), Rembrandt, Giambattista Tiepolo., les musiciens tel Darius Milhaud ou des sculpteurs comme Fernando Botero. Dans la représentation des artistes

En littérature, Moschos., André Chénier, Rimbaud et d'autres poètes ont écrit des textes sur le thème du mythe d'Europe. Elle est la neuvième femme de renom dont l'histoire a été contée par l'auteur florentin Boccace dans son œuvre De mulieribus claris publiée en 1374.

Au cinéma, Europe est le personnage principal du film de Christophe Honoré intitulé Métamorphoses.

En astronomie, la constellation du Taureau fait référence à l'enlèvement d'Europe.

Depuis le 2 mai 2013, le visage d'Europe se trouve sur les billets de 5, 10 et , nouvelle édition. Le visage d’Europe choisi provient d’un vase antique en céramique du avant notre ère qui fait partie de la collection du musée du Louvre à Paris. Europe est également représentée sur les pièces de cinquante centimes de livres chypriotes avant 2008 ainsi que sur les pièces grecques de deux euros.

Bibliographie

Sources anciennes vignette|L'Enlèvement d'Europe, V. A. Serov, .

(, 833 et suiv.) Boccace, De mulieribus claris.

Bibliographie contemporaine

Odile Wattel-de Croizant, Les mosaïques représentant le mythe d'Europe, Paris, De Boccard, 1995. D'Europe à l'Europe, I. Le mythe d'Europe dans l'art et la culture de l'antiquité au (colloque de Paris, ENS – Ulm, 24-26 avril 1997), éd. R. Poignault et O. Wattel - de Croizant, coll. Caesarodunum, nº bis, 1998. D'Europe à l'Europe, . Mythe et identité du à nos jours (colloque de Caen, 30.09-02.10.1999), éd. R. Poignault, F. Lecocq et O. Wattel – de Croizant, coll. Caesarodunum, nº bis, 2000. D’Europe à l’Europe, . La dimension politique et religieuse du mythe d’Europe de l‘Antiquité à nos jours (colloque de Paris, ENS-Ulm, 29-30.11.2001), éd. O. Wattel - De Croizant, coll. Caesarodunum, nº hors-série, 2002. D’Europe à l’Europe, . Entre Orient et Occident, du mythe à la géopolitique (colloque de Paris, ENS-Ulm, 18-20.05.2006), dir. O. Wattel - de Croizant & G. de Montifroy, Éditions de l’Âge d’Homme, Lausanne – Paris, 2007. D’Europe à l’Europe, . État des connaissances (colloque de Bruxelles, 21-22.10.2010), dir. O. Wattel - de Croizant & A. Roba, Bruxelles, éd. Métamorphoses d’Europe asbl, 2011.

Europa - Stier und Sternenkranz. Von der Union mit Zeus zum Staatenverbund., dir. A.-B. Renger & R. Issler, Gottingue, 2009. Robert Bedon, « L'Arrivée d'Europe en Crète chez Solin (Polyhistor, 11, 9) : fin de parcours en eau douce », Bernadette Morin (éd.), Polumathès, Mélanges offerts à Jean-Pierre Levet, Presses Universitaires de Limoges, 2012, . Jean-Louis Clergerie, L'Europe des artistes et des écrivains De l'Europe légende à l'Europe politique, La Sirène aux Yeux Verts Éditions, 2022.

Notes et références

Liens externes

« Europa », environ 250 images d'Europa dans la base de données iconographique du Warburg Institute. Boccace, De mulieribus claris, Lecture en ligne

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