L'Exposition universelle de 1893, officiellement World's Columbian Exposition ou Columbian World’s Fair, est une exposition internationale qui se tint du au à Chicago, dans l'État de l'Illinois, aux États-Unis. Elle eut lieu cette année-là dans le cadre des célébrations du de l'arrivée de l'explorateur Christophe Colomb dans le Nouveau Monde. L'Exposition attira 27,3 millions de visiteurs .
Plusieurs grandes villes américaines furent candidates pour accueillir l'Exposition, mais Chicago battit sans mal ses trois principales rivales : New York, Washington et Saint-Louis (Missouri).
Le plan de l'Exposition universelle de Chicago fut conçu en grande partie par les architectes et paysagistes John Wellborn Root, Daniel Burnham (également directeur des travaux), Frederick Law Olmsted. et Charles B. Atwood. Il s'agit du prototype de ce que Burnham et ses collègues pensèrent qu'une ville devait être. Elle a été conçue selon les principes de conception des Beaux-Arts, à savoir les principes de l'architecture néo-classique européenne basés sur la symétrie, l'équilibre des formes et la splendeur. Elle introduisit une nouvelle dimension moderniste en valorisant l'innovation technique et industrielle.
La couleur blanche du matériau généralement utilisée pour recouvrir les façades des bâtiments a valu au parc des expositions son surnom de « ville blanche » (White City). De nombreux architectes de renom conçurent ses 14 « grands bâtiments ». Des artistes et des musiciens participèrent à l'événement et beaucoup réalisèrent également des représentations et des œuvres d'art inspirées par l'exposition. Cet événement eut un effet novateur sur l'architecture de Chicago, et d'une manière générale, sur les arts et l'industrie aux États-Unis.
L'exposition servit de cadre à plusieurs congrès internationaux parmi lesquels le congrès international d'historiens au cours duquel Frederick Jackson Turner présenta sa théorie de La Frontière, ., le congrès mondial des organisations représentatives des femmes, présidé par Bertha Honoré Palmer, qui représenta la voix de près de 500 femmes issues de 27 pays, le congrès international des mathématiciens, présidé par Felix Klein qui prononça un discours pour la future coopération internationale des mathématiciens, mais aussi le Parlement des religions qui eut pour objectif de nouer un dialogue global interconfessionnel.
Historique vignette|185px|gauche|Poster de l'exposition par Axel Westerlind (1893). vignette|185px|gauche|Couverture d'un portfolio de l'Exposition universelle de 1893 à Chicago. De nombreuses personnalités civiques, professionnelles et commerciales des quatre coins des États-Unis participèrent au financement, à la coordination et à la gestion de la foire, dont l'homme d'affaires Charles H. Schwab, propriétaire d'une entreprise de chaussures à Chicago, John Whitfield Bunn, magnat des chemins de fer et de l'industrie manufacturière à Chicago, et Milo Barnum Richardson, magnat de la banque, de l'assurance et des produits sidérurgiques dans le Connecticut, pour n'en citer que quelques-unsSee also: Memorial Volume. Joint Committee on Ceremonies, Dedicatory And Opening Ceremonies of the World's Columbian Exposition: Historical and Descriptive, A. L. Stone: Chicago, 1893. p. 306..
L'Exposition universelle de 1876, première exposition universelle américaine, se tint à Philadelphie et attira 9,9 millions de visiteurs. Malgré le succès de cette dernière, elle se solda par un échec financier. Néanmoins, l'idée de célébrer le anniversaire du débarquement de Christophe Colomb germa à la fin des années 1880. Les villes de New York, Saint-Louis, Washington, D.C et Chicago manifestèrent leur intérêt pour l'organisation d'une foire afin de générer des bénéfices, d'augmenter la valeur des biens immobiliers et de promouvoir leur cité. Le Congrès décida de l'emplacement. Les financiers new-yorkais John Pierpont Morgan, Cornelius Vanderbilt et William Waldorf Astor, entre autres, promirent 15 millions de dollars pour financer la foire si le Congrès l'attribua à New York, tandis que les entrepreneurs Chicagoans Charles Yerkes, Marshall Field, Philip Armour, Paul Cornell, Gustavus Franklin Swift et Cyrus McCormick proposèrent de financer une foire à Chicago. 185px|vignette|Œuvre de Thomas Moran réalisée à l'occasion de l'Exposition de 1893 ; elle représente la Cour d'honneur (musée d'art de Brooklyn). Finalement, c'est le célèbre banquier de Chicago Lyman Gage qui finit par convaincre les membres du Congrès d'accepter la candidature de Chicago en levant plusieurs millions de dollars en un temps record . L'exposition fut planifiée au début des années 1890, à l'époque du Gilded Age (littéralement « période dorée » ou « âge doré »), marqué par une croissance industrielle rapide, l'immigration et les tensions entre les classes sociales.
Les expositions universelles telles que l'Exposition universelle de 1851 à Londres (Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations), connurent un grand succès en Europe en tant que moyen de rassembler des sociétés fragmentées par des clivages de classe comme en témoigna le massacre de Haymarket Square (Haymarket Square riot), survenu à Chicago le , qui furent des manifestations qui se soldèrent par de violentes émeutes et par le jet d'une bombe artisanale qui causa la mort de 12 personnes (8 policiers et 4 manifestants). Ce fut le point culminant de la lutte pour la journée de huit heures aux États-Unis.
Choix du site L'emplacement de la foire fut décidé à l'issue de plusieurs tours de scrutin par la Chambre des représentants des États-Unis. Le premier tour de scrutin montra que Chicago avait une large avance sur New York, Saint-Louis et Washington, D.C, mais qu'elle n'eut pas la majorité. Chicago franchit le seuil de la majorité de 154 voix au huitième tour de scrutin, obtenant 157 voix contre 107 pour New York. Les défenseurs de Chicago ne se battirent pas seulement pour des raisons financières, mais aussi pour des raisons pratiques. En , lors d'une audition devant les membres du Sénat, le représentant Thomas Barbour Bryan, fervent défenseur de la candidature de Chicago, fit valoir les qualités de la ville. 185px|vignette|gauche|Frederick Law Olmsted (en 1893), l'architecte paysagiste chargé de la planification et de l'aménagement de Jackson Park et du site de l'exposition. Le planificateur en chef fut l'architecte de Chicago Daniel Burnham https://www.britannica.com/biography/Frederick-Law-Olmsted (consulté le 22 août 2023), Charles B. Atwood fut le concepteur en chef et Frederick Law Olmsted fut chargé de l'aménagement paysager. Les plans de Burnham pour le site englobèrent les conceptions d'architectes formés à l'École supérieure des Beaux-Arts de Paris, qui associaient l'équilibre et l'harmonie des styles néo-classique et baroque à l'esthétique des bâtiments et du paysage urbain de Chicago. Les aménagements de l'exposition, qui comprirent des lagunes et de grandes étendues vertes, furent conçus par Olmsted. Ce dernier fut rendu célèbre pour avoir, avec l'architecte britannique Calvert Vaux, dessiné les plans et aménagé Central Park en 1857.
L'architecte paysagiste Frederick Law Olmsted n'accepta pas immédiatement la proposition de l'industriel James Ellsworth de participer à la préparation de l'exposition, principalement en raison de sa charge de travail sur d'autres projets. Cependant, au cours de l'été 1890, il se rendit à Chicago à l'invitation du comité chargé de sélectionner un site adéquat.
Selon Olmsted, en raison de la topographie plate et de l'absence de points de vue lumineux, le seul point fort de la ville était le lac Michigan, sur les rives duquel il avait un jour envisagé, avec Calvert Vaux, d'aménager Jackson Park. La zone où devait être aménagée l'aire de loisirs était constituée d'un terrain vague côtier avec des dunes de sable et des plaines marécageuses. Malgré l'aspect inesthétique du site et son éloignement du centre-ville, l'architecte réussit à convaincre les organisateurs de choisir cet emplacement. Olmsted y vit du potentiel. La commission fut confrontée à la tâche difficile de construire en deux ans un complexe d'exposition sur un site vide, à une échelle qui n'a rien à envier à l'exposition de Paris de 1889Martin, 2012, p. 371-373..
185px|vignette|Daniel Burnham, directeur des travaux de l'exposition et concepteur de la « White City ». Les architectes urbanistes Daniel Burnham et John Wellborn Root acceptèrent de prendre la responsabilité dans la supervision, la conception et la construction de l'exposition. Pour garantir la réussite du projet, Burnham déménagea sa résidence personnelle dans un quartier général en bois, appelé « la bicoque », sur le site de la foire naissante, afin de pouvoir mieux superviser le projetLarson (2003), pp.76-77. La construction de la foire dut faire face à d'énormes obstacles financiers et logistiques. Le contrôle de la conception et de la construction de la foire fit l'objet d'un litige entre différentes entités, notamment la Commission nationale, dirigée par George R. Davis, qui occupa le poste de directeur général de la foire. Elle fut également dirigée par l'Exposition Company, composée des principaux financiers de la ville comme Lyman Gage, et par Burnham en tant que directeur des travaux. Considéré comme le premier exemple de planification urbaine de grande ampleur dans le pays, le site de l'exposition présenta de grands boulevards, des grands bâtiments classiques et des jardins luxuriants.
Pour Burnham, l'architecture et la sculpture serait à la foire de Chicago ce que l'ingénierie fut à l'exposition de Paris. Souvent appelée la « ville blanche » (« White City »), dont Burnham fut le concepteur, elle popularisa l'architecture néo-classique dans un style Beaux-Arts à la fois monumental et rationnel. Les bâtiments de la foire présentèrent d'impressionnantes façades classiques avec une hauteur de corniche uniforme de 18,25 mètres. Les bâtiments, illuminés à l'électricité la nuit, suscitèrent temporairement un regain d'intérêt pour l'architecture classique. En raison de la popularité de la foire, les architectes américains furent inondés de demandes de clients souhaitant incorporer des éléments similaires dans leurs projets. La réputation de Burnham fut considérablement renforcée par le succès et la beauté de la foire.
L'Exposition s'étendit sur un territoire de , comprenant près de 200 nouveaux bâtiments de style classique, ainsi que des parcs, des canaux et des lagunes. Plus de 27 millions de personnes (l'équivalent d'environ la moitié de la population américaine à l'époque) visitèrent l'Exposition au cours des six mois d'ouverture. Plus de 150 000 personnes visitèrent le site quotidiennement. Son ampleur et sa grandeur dépassèrent de loin les autres foires mondiales, et l'exposition devint un symbole de l'émergence de l'exceptionnalisme américain, de la même manière que l'Exposition universelle de 1851 devint un symbole de l'époque victorienne au Royaume-Uni.
Déroulement vignette|gauche|Plan de l'exposition. vignette|gauche|L'Administration Building conçu par l'architecte Richard Morris Hunt. Les cérémonies d'inauguration de la foire eurent lieu le , mais la fête foraine ouvrit au public qu'à partir du . La foire dura jusqu'au . En plus de la célébration du de la découverte et exploration de l'Amérique, la foire servit à montrer au monde que Chicago ressuscita de ses cendres à la suite du Grand incendie de Chicago, qui détruisit , soit la quasi-totalité de la ville en 1871. Une fête de clôture en plein air attirant près de personnes eut lieu le , jour désigné comme la « Journée de Chicago ».