L'Hibiscus Rose de Chine ou Ketmie (Hibiscus × rosa-sinensis L.) est une espèce d’arbuste ornemental tropical de la famille des Malvaceae.

C'est l'hibiscus le plus emblématique des tropiques, important dans l’art, la mode, la décoration et la médecine. Cultivé pour ses grandes fleurs voyantes, souvent rouges, roses, jaunes ou orange, il est largement répandu dans les régions tropicales et subtropicales du monde, notamment en Asie du Sud-Est, en Océanie et dans certaines zones du sud de la Chine. Idéal pour le climats tropical et subtropical, où il a une croissance luxuriante et une floraison abondante. Pour les climats tempérés chauds, il est cultivé en extérieur si les températures ne descendent pas en dessous de , comme sur la Côte d’Azur.

Il est souvent utilisé comme symbole des îles Hawaii dont il est la fleur nationale ainsi que celle de la Malaisie. La qualification de « Rose de Chine » par les voyageurs européens valait métaphoriquement pour « Reine des jardins tropicaux chinois »Comme la Rose était la reine des jardins fleuris en Europe au siècle (voir ci-dessous la section Étymologie).. Les premières variétés (doubles) ont été ramenées de Chine. Son nom latin y trouve son origine.

Cette plante est présente, à la suite des échanges commerciaux, depuis des temps immémoriaux dans l'ensemble de la ceinture tropicale mais aucun peuplement sauvage n'est connu. Ses origines sont donc restées longtemps incertaines. Toutefois, des études publiées en ., indiquent que H. rosa-sinensis serait un hybride très ancien issu d’un hibiscus originaire de Tahiti, appelé kaute en ces régions, et de l’Hibiscus cooperi originaire du Vanuatu (au nord de la Nouvelle-Calédonie). Ces hybrides notés, Hibiscus × rosa-sinensis, d’abord générés dans le sud-ouest du Pacifique, ont ensuite été dispersés à travers la Nouvelle-Guinée jusqu’à l’est de l’Indonésie, puis dans le sud-est, l’est et l’Asie du Sud, y compris la Chine, l’Inde, le Japon, la Malaisie et le Sri Lanka ; avant d’être emmené en Europe.

Les fleurs sont traditionnellement utilisées par les médecines traditionnelles asiatiques pour faire des cataplasmes contre les furoncles (en Chine), ou sont appréciées pour leurs effets émollient, anti-inflammatoires et anti-fertilité dans les systèmes traditionnels indiens tels que l'Ayurveda, l’Unani et le Siddha, et pour traiter les coups de soleil et les blessures dans les traditions africaines. En Inde, Sri Lanka, Malaisie et Polynésie, les fleurs servent de base de pâte pour faire un shampoing naturel.

Origine

Pour POWO, l ’aire de répartition naturelle de cet hybride est un cultigène dérivé d’hybrides artificiels du Pacifique Sud. C’est un arbuste qui pousse principalement dans le biome tropical saisonnier sec. La formule hybride est H. cooperi × H. kaute.

D’après les études menées dans les années 2022-2024, Hibiscus rosa-sinensis serait en fait un hybride très ancien issu d’un hibiscus originaire de Polynésie orientale, appelé kaute en ces régions, et de l’Hibiscus cooperi originaire de l’île d’Erromango au Vanuatu (au nord de la Nouvelle-Calédonie).

L’Hibiscus kaute a été reconnu comme espèce à part entière en 2022 par deux des auteurs de l’étude sur l’origine de rosa-sinensis, l’australien-fidjien Lex Allan James Thomson et le polynésien français Jean-François Butaud ; c’est un hibiscus aux pétales se chevauchant, de forme arrondie, et de couleur orange au cœur rouge orangé, originaire de Polynésie (îles de la Société). À l’époque pré-européenne, les Polynésiens ont domestiqué H. kaute et l’ont apparemment emmené vers l’ouest à travers l’océan Pacifique Sud, dans des canoës traditionnels naviguant sur des distances de plus de 5 000 km, démontrant son importance dans la culture et la médecine polynésiennes.

L’espèce cooperi fut décrite et nommée en 1863 par James Veitch Junior (1815-1869) ; c’est un hibiscus rouge aux feuilles panachées, aux pétales qui ne se chevauchent pas, il est souvent dénommé rosa-sinensis ‘Cooperi’.

Les données moléculaires et morphologiques foliaires révèlent que l’Hibiscus × rosa-sinensis est un hybride préhistorique entre H. kaute et H. cooperi ; deux espèces dont les aires de répartition naturelles sont séparées par plus de 4 000 km d’océan Pacifique. Ce croisement produit une progéniture hybride avec une large gamme de couleurs de pétales et de formes florales, mais avec un feuillage généralement uniforme intermédiaire entre les espèces parentales. En tant que « nothospecies » (espèce hybride), son nom scientifique correct doit être rendu par Hibiscus × rosa-sinensis.

Les hybrides d’Hibiscus × rosa-sinensis, d’abord générés dans le sud-ouest du Pacifique, ont ensuite été dispersés à travers la Nouvelle-Guinée jusqu’à l’est de l’Indonésie, puis dans le sud-est, l’est et l’Asie du Sud, y compris la Chine, l’Inde, le Japon, la Malaisie et le Sri Lanka, avant d’être emmené en Europe.

Notons que l’Hibiscus × rosa-sinensis, possède une caractéristique génétique connue sous le nom de polyploïdie (il est doté de plus deux ensembles complets de chromosomes) qui explique l’abondance des couleurs et des formes florales des progénitures hybrides. Le résultat de la polyploïdie est que le phénotype de la progéniture d’une plante peut être très différent de celui de la plante mère, ou même de n’importe quel ancêtre, permettant essentiellement l’expression aléatoire de l’une (ou de toutes) des caractéristiques des générations précédentes. Nomenclature

vignette|gauche|redresse=.8|Colonne staminale :fusion des étamines entourant les styles. La première description de la plante, sous le nom de Hibiscus rosa sinensisÉcrit actuellement avec un trait d’union rosa-sinensis., considérée comme une espèce à part entière, est l’œuvre de Carl Linné en 1753..

Linné base sa description sur des plantes à fleurs doubles rouge vif, cultivées en Inde, au Sri Lanka et en Indonésie.

Il classe la plante dans le genre Hibiscus (introduit aussi par Linné lui-même) et non dans le genre Rosa. De manière surprenante, Linné ne mentionne pas la colonne staminaleUne fusion des étamines qui entourent les styles, typique des Malvaceae., pourtant si caractéristique des hibiscus en général et de cet hibiscus tropical en particulier (long de ). Linné n’essaie jamais de donner la liste des caractéristiques essentielles définissant un genre, mais donne une définition extensionnelle (sous la forme d’une liste partielle d’espèces appartenant au genre) - et laisse le soin aux lecteurs de se débrouiller pour éclaircir la logique qui préside à ce regroupement.

Linné renvoie à sa Flora zeylanica 260., une œuvre botanique majeure publiée par lui-même en 1747, traitant de la flore de Ceylan (Sri-Lanka). Dans Specis Plantarum (1753), il reprend et complète la description de Flora zeylanica. Dans Flora zeylanica suivent les synonymes de botanistes pré-linnéens suivants 1) Ketmia sinensis (Tournefort Inst. 100, Burman Zeylanica 133) 2) Althaea arborea, Rosa sinensis (Hermann Lugd. 22) 3) Alcea javanica arborescens (Breynius Cent., 121,…), 4) Schemapariti (Rheede Malabar 29, 61) 5) Waddaghas (Hermann zeylanica 29, 61), puis une description plus détaillée dans laquelle est indiqué .. Linné s’appuie sur les collectes faites par Paul Hermann à Ceylan, à la fin du . D’après la citation de ce dernier Althaea arborea, Rosa sinensis, on apprend que Rosa sinensis, la , est le nom populaire de l’Hibiscus tropical (dans les langues européennes des voyageurs botanistes, mais en chinois c'est bien sûr autre chose).

Étymologie

Le nom de genre Hibiscus, vient du latin hibiscus (Pline, 20, 29) et du grec – ebiskon, synonyme de άλθαία – althaia (Dioscoride, 3.146) désignant Althaea officinalis, la guimauve officinale. Michel Chauvet indique que le nom grec serait en fait traduit du latin - l’origine en est inconnue.

L’épithète spécifique rosa-sinensis « rose de Chine », parait actuellement incongrue, car la fleur n’a pas une morphologie de rose et elle ne vient pas de Chine !

Il faut se souvenir cependant que dans le contexte du , pour les horticulteurs comme pour les botanistes, le terme rosa - rose ne désigne pas nécessairement une espèce de rosier du genre Rosa, mais évoque métaphoriquement plutôt la ressemblance esthétique d’une fleur aux couleurs vives et très élégante avec la reine des jardins fleuris (d’Europe), la rose. Linné a employé sinensis, car il s’est appuyé sur les sources disponibles (comme Flora zeylanicaCaroli Linnæi ... Flora zeylanica; sistens plantas indicas Zeylonæ insulae; quæ olim 1670-1677, lectæ fuere a Paulo Hermanno ... demum post 70 annos ab Augusto Günthero ... orbi redditæ .. : Linné, Carl von, 1707-1778 Flora zeylanica est une œuvre botanique majeure publiée en 1747 par Carl von Linné, représentant l’un des premiers catalogues systématiques des plantes de l’île de Ceylan (aujourd’hui le Sri Lanka). ou les catalogues de plantes exotiques) qui associaient cette espèce à la Chine, notamment par sa culture ornementale dans les jardins asiatiques. Pour ajouter un peu de complexité, il existe par ailleurs une véritable rose chinoise dont le nom botanique est Rosa chinensis Jacqu., . En Chine même, H. rosa-sinensis est appelé 朱槿 Zhūjǐn, (zhu, « cinnabre, rouge » et jin « hibiscus »), nom vulgaire normalisé avec 15 autres synonymes : chìjǐn 赤槿 (litt. , qui apparait dans le Nanfang caomu zhuang), rìjí 日及 (litt. aussi dans le Nanfang caomu Zhuang puis par Li Shizhen dans le Bencao Gangmu), fósāng 佛桑, (allusion mythologique au fúsang 扶桑, l’arbre du soleil levant dans la mythologie chinoise) dans le Lingbiao Luyi de Liu Xun sous les Tang) etc. (d’après Wikipedia en chinois).

Ainsi, l’épithète spécifique latin rosa-sinensis adopté par Linné serait l’ancien nom vulgaire « Rose de Chine » de cette espèce d’hibiscus tropical qui était utilisé par les voyageurs européens. Cependant, la plante connue par les botanistes antérieurs sous le nom de 'Rosa sinensis' est Hibiscus mutabilis L., une espèce d’une section complètement différente de l’Hibiscus, à savoir la sect. Venusti Ulbrich, qui est en effet originaire de Chine.

En ce qui concerne l’origine du nom « ketmie » qui est employé en français depuis le , il faut remonter très probablement à l’arabe classique - , car les plantes (comme Isatis tinctoria, ou Lawsonia inermis) donnaient des colorants végétaux qui pouvaient « cacher » la couleur naturelle (dans les usages en teinture et henné). Pour l’hibiscus tropical en particulier, dont le jus des fleurs était employé pour noircir les cheveux, c’est le mot arabe qui est attesté dans les glossaires arabes médiévaux pour désigner des espèces colorantes, comme Hibiscus sabdariffa. À l’époque de la Renaissance, les auteurs européens Prospero Alpini, C. Bauhin, J. Tournefort, reprennent ce nom arabe sous forme latinisée : Ketmia, Ketmia Aegyptiaca, etc. Le botaniste pré-linéen Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) adopte Ketmia comme genre, et donne Ketmia sinensis pour nom de l’espèce que Linné appellera Hibiscus rosa-sinensis (Institutiones rei herbariae, 1719).

Description C'est un arbuste ou petit arbre de 5 à 6 m de haut aux ramifications aérées amis il est généralement taillé à 1 ou en culture tropicale.

Les feuilles alternes sont d'un vert brillant ; le limbe est (largement ou étroitement) ovale, non lobé, de 4 à 9 cm de long sur 2 à 5 cm de large, papyracé, pileux sur les nervures abaxialement seulement, base arrondie ou cunéiforme, marge dentée ou lobée, apex acuminé.