Louis Léon Ollé-Laprune, né le et mort à Paris le , est un philosophe catholique français et enseignant.

Biographie

Formation et premiers travaux

Il est élève au lycée Bonaparte, actuellement lycée Condorcet à ParisLa bibliothèque nationale de France conserve un exemplaire de Vers à l'occasion de la St-Charlemagne. Lycée Bonaparte. 1856. À l'honneur de la France, signé L. Ollé-Laprune ; notice Bnf .

Après avoir étudié à l'École normale supérieure de 1858 à 1861Comité des travaux historiques et scientifiques (École nationale des chartes), Léon Ollé-Laprune , agrégé de lettres, il décide de se consacrer à la philosophie, sous l'influence d'un ouvrage du père GratryAlphonse Gratry est aumônier de l'École normale supérieure entre 1846 et 1851, avant que Léon Ollé-Laprune n'y entre (notice de la Bibliothèque nationale)., Les Sources. Il est l'un de rares étudiants qui choisissent d'étudier la philosophie dans cet établissement, malgré une forte tendance à préférer d'autres disciplines, sous l'influence de l'enseignement de Désiré Nisard et de Paul Jacquinet. C'est le cours de philosophie donné par Elme-Marie Caro, arrivé dans la même année en qualité de maître de conférences, qui favorise cette décision. Ami d'Henri Huvelin depuis 1858 à l'École normale, il partage avec lui son admiration de GratryBiographie d'Henri Huvelin par Jean-François Six, sur le site Beauchesne .

Ollé-Laprune étudie les auteurs catholiques de la première moitié du , notamment Montalembert et Lacordaire. Il est également attiré par Frédéric Ozanam, catholique et professeur à la Sorbonne. Pour lui, Ozanam était un parfait modèle à suivreEn 1869, lors d'une retraite spirituelle, il écrit : « Je m'efforcerai de faire du bien dans le monde ; je m'efforcerai de faire du bien par mon exemple, par mon influence, par ma parole, par mes écrits. Je voudrais qu'Ozanam fût mon modèle. Élève de l'École Normale, universitaire en relations amicales avec mes anciens maîtres, et connu cependant comme catholique, je serais comme un trait d'union. Il y a du bien à faire dans cette situation-là. » (Émile Boutroux, ).

Il enseigne d'abord à Nice; après avoir obtenu l'agrégation de philosophie en 1864, il devient professeur au lycée de Douai et chargé de cours à l'université à Paris. Puis, entre 1868 et 1870, il est professeur de philosophie au lycée de VersaillesCouverture de La philosophie de Malebranche, 1870 : « Professeur de philosophie au lycée de Versailles » . En 1871, il devient professeur au célèbre lycée Henri IV de Paris. Pendant toute sa vie, il enseigne la philosophie en la présentant dans la perspective de la foi catholique, notamment au collège Stanislas.

Il retourne à l'École normale supérieure en 1875 et y enseigne pendant plus de vingt ans. En 1880 il obtint son doctorat ès lettres. En 1880, après avoir constaté le l'expulsion des Carmes de Bagnères-de-Bigorre par Jules Ferry (expulsion des congrégations), il appose sa signature sur un procès-verbal de protestation. Il est suspendu pendant un an de sa chaire, mesure qui avait pour but d'exclure l'appel devant le Conseil supérieur de l'Instruction publique. Il est soutenu par une grande partie de ses étudiants et collègues : l'un de ses étudiants, Jean Jaurès, rédige une adresse qui lui est remise au nom des élèves. Ernest Havet, président de l'Association des anciens élèves de l'École normale, recueille des dons en sa faveur par l'intermédiaire de la caisse de secours de son association. Il tire de cette expérience un ouvrage intitulé Les sources de la paix intellectuelle, publié en 1892.

Carrière universitaire Son premier ouvrage important est La Philosophie de Malebranche, publié en 1870 en deux tomes. Il est récompensé par le prix Montyon de l'Académie française. En 1880, opposé au rationalisme cartésien et au déterminisme positiviste, il soutient sa thèse de doctorat sur la part des sentiments et de la volonté dans la croyance, également récompensée par le prix Montyon. En 1881, dans son Essai sur la morale d'Aristote, Ollé-Laprune défend l'eudémonisme du philosophe grec contre les théories kantiennes. Dans La philosophie et le temps présent (1890), il s'attaque au spiritualisme déiste et argumente en faveur du droit du penseur chrétien à aller au-delà des données de la religion naturelle, pour éclairer la philosophie grâce aux données de la religion révélée. Le , il donne un discours sur la « virilité » aux facultés catholiques de LyonRevue La Quinzaine, tome IX, p. 380 - 400 (texte intégral), 1896 .

Maurice Blondel, qui est son élève à l'École normale supérieure, lui dédie sa thèse en 1893. Ses cours rencontrent un grand succès auprès des jeunes catholiques issus du collège Stanislas qui cherchent une vie intellectuelle adaptée à leur besoin.

En , l'Académie des sciences morales et politiques le choisit pour succéder à Étienne Vacherot qui occupait le fauteuil 3 de la section I de philosophieAvertissement d’Étienne Vacherot (posthume), 1898 Académie des sciences morales et politiques, Les académiciens de 1832 à nos jours .

Soutien à Léon XIII thumb|upright=0.8|Le pape Léon XIII. thumb|upright=0.8|Encyclique Rerum novarum ou (texte intégral). Ollé-Laprune relaie et soutient les recommandations faites par Léon XIII aux catholiques françaisMathias Gardet, Jean Viollet et l'apostolat laïc, p. 152, note , 2005 , notamment dans l'encyclique Rerum novarum favorable à une justice sociale d'inspiration chrétiennesAlbert Autin, Léon Ollé-Laprune, p. 21, 1947 . Il part en pèlerinage à Rome avec sa famille et obtient, le , une audience privée de vingt-cinq minutes avec le papeRevue Semaine religieuse du diocèse de Lyon, année, tome I, p. 182 p. 231 - 232. À la suite de cet entretien, il publie un article, Ce qu'on va chercher à Rome, paru initialement dans La Quinzaine. Ayant obtenu de nombreux lecteurs, l'article paraît ensuite chez Armand et Colin, dans la collection Questions du temps présent en tant que brochure. À la suite de cette audience et de cette publication, son image de représentant de la pensée catholique contemporaine grandit dans les sphères catholiques, par exemple au séminaire français de Rome. À la suite de ce pèlerinage, il multiplie ses visites dans différents cadres, notamment les séminaires, pour diffuser ses idées (collège de Juilly, société Saint-Thomas-d'Aquin, séminaire Saint-Sulpice, grand séminaire de Chartres).

En , il écrit un article intitulé Attention et courage ! en faveur du journal Le Patriote des Pyrénées, fondé en 1896 avec l'autorisation de l'évêque. Inspiré par l'encyclique Rerum novarum, le journal est soutenu par l'Union catholique des Basses-Pyrénées. Il s'agit de l'un des derniers articles de Léon Ollé-Laprune : Ses articles et ses conférences sont rassemblés en 1901 par Georges Goyau sous le titre La vitalité chrétienne, attestant de son influence croissante dans les milieux catholiques. Quelques mois après son décès, le philosophe anglais William P. Coyne le cite comme « le plus grand laïc catholique français depuis Ozanam »New Ireland Review, juin 1899, p. 195.

Le texte intégral n'est pas disponible en ligne. Voici quelques extraits :

[Premières lignes] De tout part, Rome est regardée. Rome est écoutée. Ce que fait, ce que dit le Pape a un retentissement universel. À Église catholique dont il est le chef, il vient, en ces temps si étrangement trouvés, des sympathies et des admirations inattendues. Que dis-je ? Elle est l'objet d'une immense espérance. Ce ne sont pas ses fidèles seulement qui déclarent que le monde ne peut se passer d'elle : des hommes qui ne sont pas des croyants proclament la même chose, et certaines symptômes éclatants permettent de dire qu'en cette fin du , la pensée moderne à qui Rome apparut longtemps comme barrant le chemin, s'en va demander à Rome de quoi limiter ses destructions et assurer ses conquêtesBibliographie de la Revue de l'enseignement chrétien (éd. Félix Klein), année 1896, p. 136 .

[p. 35 : « En ce passage est, peut-on dire, concentré l'esprit de son petit livre. » (François Pillon)] Il faut souhaiter qu'en commençant à se mettre d'accord avec l'Église pour combattre le bon combat, sur la seule inspection et avec la seule admiration de son extraordinaire vitalité, ou parvienne peu à peu à se mettre d'accord avec elle sur sa divine mission elle-même. Il importerait du moins que, dès ces commencements mêmes, on eût de la foi et de la raison une idée tout à fait exacte... Placer en dehors et au-dessus des sciences de la nature la morale, c'est bien, mais il ne faut pas avoir l'air de mettre la morale en opposition avec le savoir même. Il y à savoir et savoir. Reconnaître que la morale n'a point de fondement sinon dans l'absolu, c'est encore savoir, et vous n'avez pas le droit de faire le généreux avec la science et avec les savants en leur abandonnant comme leur bien propre tout ce qui se sait. Que gardez-vous donc pour vous ? Ce qui se sent, et vous déclarerez que c'est meilleur. Mais il y aura toujours des gens pour penser que ce n'est pas le plus solide. De fait, ils n'auront pas tort : car enfin, si dans les choses morales on ne peut se passer du sentiment, on ne peut non plus s'y passer de la raison, à moins qu'on ne renonce précisément à en maintenir le caractère absolu. L'Église condamne toute fidéisme... Le sentiment est une espèce de foi naturelle. En faire dépendre uniquement et les notions morales et l'existence de Dieu, c'est tomber dans un fidéisme philosophique que vient compléter ensuite fidéisme proprement théologique, quand on déclare que des préambules de la foi la raison n'a rien à direFrançois Pillon (éd.), L'Année philosophique, sixième année 1895, p. 260 .

[p. ?] Convaincu que, dans le gouvernement de l'Église, il a pour décider et pour agir des grâces d'état, le Pape ne se juge pas pour cela autorisé à l'indolence. Il recueille de toutes parts les informations, les avis ; il écoute, il observe, il médite : d'un mot, il travaille. Le mot lui plaît, et volontiers on le répète autour de lui ! Il faut travailler, aime-t-il à dire, et le cardinal secrétaire d'État dit avec conviction et chaleur : « Travaillons, car notre Pape travaille. Travaillons comme lui et avec lui. » Au Vatican, la confiance en Dieu et le labeur humain s'unissent. Le Pape, dans ses Encycliques, insiste sur la nécessité d'implorer le secours divin dans toutes ses entreprises, et il ajoute qu'il faut employer les moyens humains propres à en assurer le succèsAssociation catholique pour la réunion de l'église anglicane, Bulletin mensuel, article de Fernand Dalbus Léon XIII et la question anglicane, p. 18, 1895 .

[Dernières lignes] Quel qu'il soit comme individu, le Pape inspire le respect. C'est le Pape, le Père par excellence. Que si, réunissant en lui le génie et la sainteté, il remplit sa fonction avec un hauteur d'esprit et une force d'âme sortant de l'ordinaire, alors, comment rendre le sentiment dont il est l'objet ? Dans quelle atmosphère sereine ne se trouve-t-on pas en présence ! De quelle vaillance ne se sent-on par animé ! Tant de grandeur et une si parfaite simplicité, des vues si fermes, des paroles si puissantes, rien de banal, rien de commun, tout, les mots, le regard, le geste ayant une justesse et une plénitude des sens qui satisfont en même temps qu'on y trouve quelque chose de profond et de pénétrant, enfin la majesté et la douceur, tout ce qu'il y a de plus auguste, uni à une toute paternelle et caressante bonté, quel ensemble harmonieux et fort ! Un pape (sic) qui est un grand homme et qui a les vertus d'un saint, et qui est et a cela pour être plus et mieux Pape, et parce qu'il est excellent Pape, c'est le plus grand et le plus beau spectacle que l'on puisse contempler, et quand on a eu cet honneur et cette joie, on se sent incapable de l'oublier jamais et prêt à tout faire pour en répandre autour de soi la vivifiante influenceDe même, Fernand Dalbus, article Léon XIII et la question anglicane, p. 21, 1895 .

Il meurt le .

Postérité