Napoléon François Joseph Charles Bonaparte, né le à Paris et mort le à Vienne, est le fils et l'héritier de , empereur des Français, et de sa seconde épouse, Marie-Louise d'Autriche..
Prince impérial de France, il est titré roi de Rome à sa naissance.
En 1814, il est évincé par le Sénat à la suite de la prise de Paris par les armées coalisées et de la première abdication de son père. En 1815, à la fin des Cent-Jours, âgé de et se trouvant alors en Autriche, il est reconnu par son père et les parlementaires comme successeur légitime sous le nom de , en tant qu'héritier impérial, lors de la seconde abdication de . Cependant, la Chambre des représentants comme la commission censée régner en son nom, s'abstiennent de le proclamer officiellement empereur. Le théorique de s'achève au bout de 16 jours lorsque , soutenu par les armées coalisées, entre dans Paris.
Il porte ensuite le titre de prince de Parme, et enfin celui de duc de Reichstadt qui lui est donné par son grand-père l'empereur d'Autriche.
L'ex- passe le reste de sa vie en Autriche : jusqu'à sa mort à l'âge de , il est reconnu par les bonapartistes comme l'héritier du trône impérial.
Son surnom de « l'Aiglon » lui a été attribué à titre posthume, et a été popularisé par la pièce de théâtre d'Edmond Rostand L'Aiglon, le rôle-titre étant créé le par la tragédienne Sarah Bernhardt.
Roi de Rome, prince impérial et héritier de l'Empire français (1811-1814)
Naissance gauche|vignette|198x198px|Marie-Louise avec son fils Napoléon II, par Joseph Franque, château de Versailles. vignette|gauche|Pierre-Paul Prud'hon, Le Roi de Rome (1811), Paris, musée du Louvre.|205x205px Le , les vœux de Napoléon sont comblés : Marie-Louise d'Autriche lui donne l'héritier qu'il a tant désiré, car c’est pour l'avoir qu’il a divorcé de Joséphine de Beauharnais. Après l'accouchement difficile de Marie-Louise d'Autriche, sa naissance au palais des Tuileries est annoncée par de canon dans Paris, comme convenu dans le cas de la naissance d'un garçon (et 21 s'il s'était agi d'une fille)..
Son acte de naissance figurant dans un registre spécial indique :
Napoléon est le prénom de son père, François celui de son grand-père maternel et Charles celui de son grand-père paternel ; quant à Joseph, il peut évoquer Joseph Bonaparte, parrain de l'enfant avec le grand-duc de WurtzbourgCe dernier remplaçant son frère .. Les prénoms de François, Joseph et Charles sont communs au répertoire anthroponymique des deux familles Bonaparte et Habsbourg-Lorraine.
Le fils de l'empereur est aussi, par sa mère, doublement l'arrière-petit-cousin premier de la reine Marie-Antoinette et du roi . Marie-Louise a en effet pour grand-mère maternelle Marie-Caroline d'Autriche, sœur de Marie-Antoinette, reine consort de Naples et épouse de Ferdinand de Bourbon, petit-fils du roi d'Espagne , lui-même petit-fils du roi Isabelle d'Orléans-Bragance, Marie-Amélie, grand-mère de l'Europe, éditions Perrin., et pour grand-père paternel l'empereur , frère de la reine Marie-Antoinette.
Maison
La maison du roi de Rome a été organisée avant sa naissance. Le choix de la gouvernante se porte, le , sur Louise Charlotte Le Tellier de Louvois-Courtanvaux de Montmirail, qui a épousé en 1780 le baron puis comte de Montesquiou-Fezensac. Dans le but de préparer le décret et le brevet de nomination de la comtesse de Montesquiou comme gouvernante des enfants de France, on reprend les lettres patentes du nommant Anne Julie Adélaïde de Melun, princesse de Soubise, gouvernante des enfants et petits-enfants de France. La comtesse de Montesquiou gouvernera la maison constituée de sous-gouvernantes, berceuses, nourrices, garçons et filles de garde-robes, écuyers, huissiers, maîtres d'hôtelsLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, .…
Titre vignette|redresse|François Gérard, Portrait de Napoléon II, enfant (1811), Versailles, musée de l'Histoire de France. La Constitution du octroie le titre de « prince impérial » au fils aîné de l'empereur et celui de « prince français » aux autres princes dynastes.
Le jeune prince reçoit, dès sa naissance, le titre de roi de Rome, en vertu de l' du sénatus-consulte du , dont le titre premier est intitulé . Il rappelle le titre de l'héritier du défunt Saint-Empire romain germanique, mais aussi au pape que Rome n'est plus que le chef-lieu de l'un des . L' du sénatus-consulte prévoit que les empereurs des Français, après avoir été couronnés à Notre-Dame de Paris, le seraient également dans Saint-Pierre de Rome, . Ce qui peut laisser entendre que l'Empereur prévoit peut-être pour lui-même une telle cérémonie par analogie avec le couronnement de Charlemagne en 800, cérémonie à laquelle il pourrait associer son filsPar exemple Pépin le Bref se fit sacrer par le pape en même temps que ses fils en 754 à Saint-Denis.. L'Empereur a envisagé de faire couronner son fils roi de Rome par le pape, mais la dégradation de ses relations avec ce dernier et la chute de l'Empire français empêchent la réalisation de ce projet.
décide de donner la plus grande solennité au baptême de son fils, dont le cérémonial est repris de celui ayant servi pour le baptême de Louis Joseph, premier dauphin de France de . Le baptême a lieu le en la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'enfant a pour marraines sa grand-mère paternelle « Madame mère », et sa tante paternelle Hortense de Beauharnais, ex reine de Hollande, et pour parrains, son grand-père maternel François , empereur d'Autriche, représenté par son frère , grand-duc de Wurtzbourg, et son oncle paternel Joseph Bonaparte, roi d'Espagne. Il n'est pas étonnant qu'ait pu paraître en 1811 un ouvrage intitulé : Recherches sur le couronnement des fils aînés des rois, héritiers du trône français et la prestation de fidélité du vivant de leur pèreLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, ..
Le titre de roi de Rome implique en outre que l'on s'adresse à l'enfant en l'appelant Sire ou Votre Majesté.
En outre, Napoléon capte ainsi l'héritage du Saint-Empire romain germanique : en effet, les électeurs ont la possibilité de désigner un successeur du vivant de l'empereur, et cet héritier reçoit le titre de roi des Romains.
Napoléon décide de donner à Rome le statut officiel de seconde ville de l'Empire français, et elle apparaît comme telle sur la médaille des bonnes villes de l'EmpireLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, ..
Le titre de roi de Rome permet aux artistes d'associer dans leurs œuvres le fils de à la Ville éternelle et à tout ce que le nom de cette dernière a comme charge symbolique, historique et poétique. Ainsi, le peintre Innocent Louis Goubaud représente le jeune prince, couché dans son berceau, jetant un regard sur Rome ; c'est au Capitole que l'artiste Joseph Odevaere situe l'enfant ; Joseph Antoine Romagnesi réalise une sculpture de Minerve protégeant l'enfance de S.M. le roi de Rome où la déesse protectrice de Rome couvre l'enfant qui s'appuie sur la Louve de son bouclier. Une médaille gravée par Thomas Mercandetti représente l'enfant assis sur les genoux de la déesse Rome, tenant dans sa main droite la main de justice, avec à ses pieds la louve et les jumeaux Romulus et RémusLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, .. Une des réalisations les plus spectaculaires mettant en scène la naissance du roi de Rome et ayant pour référence la Ville éternelle est la commande passée en par le Sénat pour l'ameublement de la grande salle du premier étage du palais du Luxembourg : sont commandés les sièges, les couvertures à velours peint représentant des vues de la ville et huit grands panneaux de tentures ; sept des panneaux représentent les sites les plus prestigieux de la villeLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, ..
Demeures Aux Tuileries, le roi de Rome habite au rez-de-chaussée, de la façade Est de l'aile Sud du palais, une suite d'enfilades de cinq pièces. À Compiègne, il vit dans l'ancienne aile de la Reine. À l’Élysée, il réside dans les combles de l'hôtel d'Évreux. À Saint-Cloud, le roi de Rome habite au rez-de-chaussée de l'aile gauche sur jardin, entre la cour d'honneur et le vestibule du fer à cheval. souhaite bâtir pour son fils un immense palais sur la colline de Chaillot : le palais du roi de Rome, appelé à devenir le foyer d'une cité impériale administrative et militaire. C'est en que décide la construction de cet édifice et de baptiser palais du roi de Rome dès avant la naissance de son fils. À Rambouillet, , souhaitant disposer pour son fils d'un petit palais proche de sa résidence, le château de Rambouillet, fait transformer l'ancien Hôtel du gouverneur de Rambouillet, construit entre 1784 et 1785 sur ordre de par l'architecte Jacques-Jean Thévenin et le peintre Hubert Robert. L'architecte Auguste Famin, grand prix de Rome, se charge des travaux. Ce petit palais, dont le roi de Rome pouvait disposer dans l'attente de la construction de l'immense et grandiose palais de la colline de Chaillot, reçoit, à la suite des préparatifs de la campagne de Russie et des ressources de l'État diminuant, le titre de palais du roi de Rome le comme l'atteste le livre des attachements servant de contrôle aux travaux faits sous les ordres de Famin. Le projet de Chaillot n'ayant jamais vu le jour, victime des prémices, puis de la chute de l'Empire, il est le seul édifice survivant de ce qu'est le rêve de l'Empereur pour son fils glorifiéFrédéric Masson, Napoléon et son fils, 1904, Paris, éd. Goupil et Cie, .Roger Wahl, Un projet de : le palais du roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, .Le « palais du roi de Rome » de Rambouillet est en fait un grand hôtel particulier datant du règne de , réaménagé sur ordre de Napoléon pour son fils sous le Premier Empire. Le projet de Chaillot correspond davantage à un palais que celui de Rambouillet ; son lien avec le roi de Rome est aussi plus fort car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire.. À Meudon, Napoléon attribue à son fils le Château-Neuf, construit au début du par le Grand Dauphin. L'empereur songe à en faire « l'école des Rois », où seraient éduqués tous les princes de sa maison destinés à régner sur l'Europe. D'importantes commandes de mobilier sont faites à cette époque. L'héritier de la couronne impériale fera ses premiers pas là où le premier fils de avait effectué sa dernière promenade.
Éducation vignette|redresse|Carl von Sales, L'Aiglon (1797-1870) représenté en petit jardinier. Château de Schönbrunn, salon Napoléon. Soucieuse de former dès son plus jeune âge le roi de Rome à la lecture, , surnommée « maman Quiou » par l'enfant, souhaite débuter au plus tôt l'apprentissage de la lecture ; elle fait appel à la méthode mise au point par pour l'éducation des enfants du duc de Chartres. Proche de la méthode syllabique, elle la complète en associant une image à un sonLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, ..
Par ailleurs, on cherche à développer chez le jeune prince le goût de la lecture et on lui constitue donc une bibliothèque. Quelques mois après sa naissance, le roi de Rome est abonné à plusieurs journaux comme Le Moniteur, Le Journal de l'Empire, La Gazette de France. De nombreux ouvrages sont commandés pour lui donner une solide éducation religieuse, morale, historique et militaire. On peut citer notamment les Anecdotes chrétiennes, les Anecdotes militaires, les Figures de la Bible, les Fastes de la Nation française et des puissances alliées, les vues des Ports de mer de France, le Dictionnaire historique des Grands Hommes.