Alexandre Yersin, né le près d'Aubonne ou de Morges, dans la région viticole de la Côte du canton de Vaud (Suisse) et mort le à Nha Trang (protectorat d'Annam, actuel Viêt Nam), est un médecin, bactériologiste et explorateur franco-suisse. On doit surtout à Yersin la découverte en 1894 du bacille de la peste (Yersinia pestis) et la préparation du premier sérum anti-pesteux, ainsi que l'étude de la toxine diphtérique.

En 1888, à 25 ans, Alexandre Yersin devient médecin à Paris avec sa thèse : Études sur le développement du tubercule expérimental, dont le bacille responsable portera le nom de type Yersin. En 1889, il prend la nationalité française. Disciple de Pasteur, Yersin appliquait une rigoureuse démarche scientifique, « la méthode pasteurienne ».

En 1890, lassé des laboratoires, il devient médecin embarqué des Messageries maritimes et découvre ainsi l'Indochine française qu'il obtient la permission d'explorer et où il crée la ville de Dalat avec l'aide du gouverneur Paul Doumer. En 1899, Yersin introduit l'hévéa dans la région de Nha Trang.

Il est fondateur en 1902 de l'École de médecine de Hanoï (devenue depuis université de médecine de Hanoï) dont il est le premier directeur. En 2014, Alexandre Yersin sera nommé citoyen d'honneur du Vietnam à titre posthume..

Biographie Alexandre Yersin, né en septembre 1863, est le dernier d'une fratrie de trois enfants. Les Yersin sont membres de l'Église évangélique libre du canton de Vaud.

Peu avant sa naissance, son père meurt d'une hémorragie cérébrale. Il se prénommait également Alexandre (1825-1863), était intendant des poudres de la Suisse romande, à La Vaux, dans le vallon de l'Aubonne, mais également professeur de sciences naturelles aux collèges d'Aubonne et de MorgesA. Forel: « Notice sur A. Yersin, membre de la Société vaudoise des sciences naturelles », in : Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, 1868, Volume 8, Texte intégral.Henri de Saussure : Notice sur la vie et les écrits d'Alexandre Yersin, Schaffhouse (1866), Texte intégral..

Sa mère (elle a une ancêtre originaire des Cévennes chassée en 1685 par la révocation de l’édit de Nantes) élève seule les trois enfants (Émilie, Franck et Alexandre) et s'installe à Morges, à la rue de Lausanne 11, où elle ouvre une institution pour jeunes fillesPaul Bissegger, La ville de Morges. Monuments d'art et d'histoire du canton de Vaud V (Les monuments d'art et d'histoire de la Suisse 91), Berne 1998, p. 341..

En 1882, Alexandre Yersin obtient sa maturité gymnasiale ès lettres (examen sanctionnant la fin des études secondaires) au gymnase cantonal, et entame des études de médecine, en 1883, à l'ancienne académie de Lausanne, où il porte les couleurs de la société d'étudiants Stella Valdensis.

Il poursuit sa formation médicale à Marbourg en Allemagne. Puis, en 1885, Yersin arrive en France, continue ses études à l'Hôtel-Dieu de Paris où il devient externe dans le laboratoire du professeur Cornil. Là, il fait une rencontre déterminante en la personne d'Émile Roux. Celui-ci lui ouvre les portes de l'institut Pasteur et lui permet de participer aux séances de vaccination contre la rage. Avec lui, Yersin découvre en 1886 la toxine diphtérique. En 1888, il passe son doctorat en soutenant une thèse sur la tuberculose expérimentale où il décrit les lésions d'un lapin atteint de tuberculose, ce qui lui vaut la médaille de bronze de la faculté de médecine de Paris en 1889. Il suit à Berlin le cours de bactériologie de Robert Koch. En 1889, il devient le premier préparateur du cours de microbiologie de l'institut Pasteur. Ce cours marque la très grande influence de la recherche française à l'étranger. Après de nombreuses formalités, il obtient la nationalité française cette même année.

Les expéditions en Indochine vignette|Docteur Yersin, in : La peste en Normandie du , par Louis Porquet, Coccoz (Paris), 1898. Cette orientation vers l'enseignement déplait à Yersin qui est de tempérament ombrageux, solitaire et misanthrope. Dès 1890, il éprouve le besoin de voyager après des mois de travail acharné sur la tuberculose et la diphtérie à l’institut Pasteur. Après de courts séjours en Normandie où il découvre la mer, il décide de partir dans les colonies françaises. En septembre 1890, il rejoint l’Indochine française, où il devient médecin des Messageries maritimes. Épris de ce pays, il réussit en 1891 à obtenir des Messageries maritimes la permission d’explorer l’Indochine. De là, prendront naissance trois expéditions à travers la jungle indochinoise, région peu connue, sauvage et réputée dangereuse. Durant l’année 1891, Alexandre Yersin traverse fleuves et forêts tropicales et apprend à vivre dans ces lieux. Il s'établira et restera attaché à ce qui était à cette époque un petit village de pêcheur, Nha Trang. C'est au cours de cette première expédition qu'il découvre le site et l'excellent climat de ce qui deviendra Đà Lạt.

En 1892, il s'engage comme médecin de santé coloniale en Indochine sur les conseils de Calmette. Il franchit tous les grades de médecin de jusqu’à celui de médecin principal de (cinq galons) le , avant d’être admis à la retraite en 1920, en qualité de médecin colonel. C’est sous le képi rouge à l’ancre de marine qu'il fait toute sa carrière en Indochine.

Il part, cette fois officiellement mandaté, pour explorer le protectorat d'Annam, et sillonne les reliefs de la région de Nha Trang. Il se révèle excellent explorateur par la réalisation de cartes d’une grande précision et par de nombreuses observations (populations locales, ressources, économie). À la fin de cette mission, Yersin rentre en France pour faire part de ses découvertes, et donne quelques conférences.

Il repart rapidement et prend, le , le bateau de Marseille à Saïgon. Là-bas, une mission scientifique lui a été confiée par l’Instruction publique afin d’explorer les forêts et les rivièresFroidevaux Henri : « Reconnaissance du Dr Yersin en Indo-Chine. » In: Annales de géographie. 1893, t. 2, . , Texte intégral. de la Cochinchine au sud de l'Annam ; ces explorations dangereuses lui vaudront d'élogieux compliments, dont ceux de Louis Pasteur lui-même. Après sept mois de voyage auprès des populations indigènes, Yersin rejoint Saïgon. Cette dernière expédition n'est que partiellement réussie : il n’a pu explorer qu’une partie du territoire qu'il lui avait été demandé de cartographier. Yersin a cependant notablement contribué à la connaissance de la topographie du pays, mais également à l’anthropologie ; il a pris l’habitude de décrire très précisément les coutumes, mœurs et habitats des tribus rencontrées. Par exemple : « Quoique formant pour ainsi dire une seule et même famille, les Moïs (ethnies des hauts-plateaux) n’ont aucune espèce d’unité politique. Non seulement il n’y a pas de chef de tribu mais on peut même dire qu’il n’y a pas de chef de village. »

La rigueur avec laquelle Alexandre Yersin a exploré ces terres inconnues n’étonne pas, puisqu'il connaissait la rigueur des laboratoires ; on peut s'étonner, en revanche, de sa surprenante condition physique, conservée dans des conditions de vie et climats aussi difficiles. À sa mère, qui lui demande par lettre s'il n'a pas maigri, il répond : « Je continue à me bien porter et je pèse comme toujours entre 58 et 60 kilos ! »

En 1894, Yersin met fin à sa carrière de grand explorateur et se lance dans l'élevage de chevaux et de bovins pour la production de ses sérums.

La découverte du bacille de la peste Quand une épidémie de peste originaire de Mongolie atteint en 1894 la côte sud de la Chine et notamment Hong Kong, le gouvernement français ainsi que l’institut Pasteur mandatent Yersin pour y étudier les raisons de l’épidémie. Entre le 12 et le , Yersin voyage vers Hong Kong et emporte avec lui du matériel emprunté au laboratoire de microbiologie de l’hôpital de Saïgon. À son arrivée, il apprend qu’une équipe de savants japonais menée par Kitasato Shibasaburō et envoyée par le gouvernement japonais, est également présente pour étudier la nature de cette maladie. Du 17 au , il est écarté de leurs hôpitaux par les Britanniques : ceux-ci, à cette époque germanophiles, donnent leur préférence aux Japonais (formés par les Allemands). Yersin décide alors de se faire construire une petite paillote dans laquelle il installe un laboratoire rudimentaire.

Avec quelques piastres distribuées à des matelots britanniques ayant pour mission d'enterrer les cadavres, il a accès au dépôt mortuaire où il peut prélever quelques bubons et les rapporter dans son laboratoire. « Je fais rapidement une préparation et la mets sous le microscope. Au premier coup d'œil, je reconnais une véritable purée de microbes tous semblables. Ce sont de petits bâtonnets trapus, à extrémités arrondies et assez mal colorés au bleu de Löffler (...) Il y a beaucoup de chances pour que mon microbe soit celui de la peste, mais je n'ai pas encore le droit de l'affirmer. »Il l'affirme quelques jours plus tard en adressant à Paris des souches de peste et la description précise et exacte du bacille, qui sera lue le à l'Académie des sciences, et publiée dans le numéro de septembre des Annales de l'institut Pasteur. De son côté, Kitasato publie sa découverte d'un bacille pesteux (obtenu à partir du sang) dans le Lancet du . Les deux bacilles sont différents, celui de Yersin est Gram-négatif et immobile, celui de Kitasato est Gram-positif et mobile. Une controverse de priorité s'est établie entre Kitasato et Yersin. Finalement, il est apparu que le bacille de Kitasato correspondait à une culture contaminée par un pneumocoque (dont la mobilité apparente aurait été due à des mouvements browniens), alors que celui de Yersin correspond à Yersinia pestis..

Bien qu’ayant réussi à isoler ce microbe responsable de millions de morts durant l’histoire, Yersin ne parviendra pas à résoudre le problème de la transmission de la maladie du rat à l’homme. Il envisagera le rôle de la mouche, mais il sera l'un des premiers à reconnaître, dès 1898, la découverte d'un autre pasteurien, Paul-Louis Simond, démontrant le rôle de la puce du rat.

La mise au point du sérum antipesteux En octobre 1894, Yersin cherche à créer un vaccin pour prévenir la peste et un sérum pour la guérir. Il s’installe à Nha Trang au sud de l'Annam, endroit qu’il avait déjà visité durant ses expéditions. Cet endroit était judicieux pour plusieurs raisons. Il offrait la possibilité d’être isolé tout en restant proche de Saïgon et donc en communication avec la Chine et l’Inde, deux grands foyers de la peste. En 1895, il crée l'institut Pasteur de Nha Trang et met en place un laboratoire et tous les équipements nécessaires à la préparation du vaccin contre la peste. En 1896 une nouvelle grande épidémie de peste se déclare à Canton, en Chine. Yersin décide alors de s'y rendre pour tester son sérum antipesteux (sérum de cheval immunisé contre des cultures de Yersinia pestis prélevé chez l'homme). De juin 1897 à juin 1898, Alexandre Yersin sillonne l’Inde en suivant les différentes épidémies de peste afin de perfectionner son sérum qui s’avère trop peu efficace. Paul-Louis Simond vient le relayer pour tenter de mieux faire. Car, comme l'a souligné Jean-Jacques Dreifuss, dans le journal 24 Heures du jeudi , « Identifier le bacille ne signifie hélas pas encore trouver le traitement de la maladieFrancine BRUNSCHWIG, « Petite plaque pour un extraordinaire destin », dans 24 Heures, Lausanne, Edipresse, 27 octobre 1994, 1 p.. »