Le programme Voskhod (en russe : Восхо́д, « Aube ») est le deuxième programme spatial habité de l'Union soviétique. Conçu en 1963, il s'est déroulé de 1964 à 1966, soit entre le programme Vostok (1960-1963) et le programme Soyouz (à partir de 1966). Il s'inscrit dans le contexte de la guerre froide que se livrent Soviétiques et Américains, plus précisément celui de la course à l'espace qui en est l'un des principaux symboles.

Le Voskhod est une version améliorée du Vostok et le programme se limite à deux missions, mais toutes les deux sont spectaculaires : Voskhod 1, en , emporte un équipage de trois hommes, dont un ingénieur et un médecin ; Voskhod 2, en , permet la toute première « marche dans l'espace » de l'histoire. Mais on apprendra des années plus tard, lors de la glasnost, que ces deux exploits auront été réalisés au prix de risques considérables imposés aux cosmonautes : pas de tour de sauvetage ni de sièges éjectables en cas d'accident au décollage, ni de combinaisons spatiales pour les occupants de Voskhod 1. L'unique objectif de ces vols était d'assurer immédiatement un surcroît de prestige à l'URSS et en aucune manière ils ne visaient à atteindre un but sur le plus long terme, comme les Américains qui, dès 1961, avaient clairement annoncé leur intention de débarquer sur la Lune avant la fin de la décennie.

Au retour de Voskhod 2, le , onze Soviétiques ont été mis sur orbite, contre quatre Américains seulement. Mais au cours des 18 mois qui suivent, ce rapport s'inverse. Les capacités du Voskhod étant en effet limitées pour mener des missions aussi élaborées que les missions Gemini (notamment la technique du rendez-vous spatial) et pour des raisons tant financières qu'organisationnelles, le vol Voskhod 3 (qui prévoyait d'emporter deux hommes pendant 17 jours) est annulé au tout début de l'année 1966 et le programme abandonné peu après.

Les Soviétiques ne reprennent le chemin de l'espace qu'en (l'occupant de Soyouz 1 ayant trouvé la mort entre-temps lors du retour sur Terre) et ce n'est qu'à partir de 1971, une fois que les Américains ont marché sur la Lune, qu'ils développent avec les stations orbitales Saliout un programme spatial véritablement cohérent, qui plus est sans se placer dans un rapport de rivalité avec les Américains.

Contexte : la course à l'espace

Depuis le lancement du premier satellite artificiel Spoutnik 1 en 1957 qui marque le début de l'ère spatiale, les États-Unis et l'Union soviétique se livrent à une « course à l'espace ». Durant cette période de guerre froide, il s'agit pour chacune des deux superpuissances de prouver la supériorité de son système politique par le biais de ses succès dans le domaine spatial. Lors de deux discours mémorables, le premier le 25 mai 1961 à Washington, le second à Houston le 12 septembre 1962, John Kennedy, président des États-Unis, prend le pari que son pays déposera des hommes sur la Lune « avant la fin de la décennie » (pari qui sera gagné en 1969) mais le 20 septembre 1963 (soit deux mois avant sa mort), devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, il invite les Soviétiques à collaborer dans l'exploration de la Lune. Nikita Khrouchtchev, qui dirige l'Union soviétique jusqu'au , ne relève pas l'invitation : tenant à maintenir l'avance technique sur ses concurrents, il assigne une place centrale au programme spatial. Mais un programme de vols habités vers la Lune n'est engagé qu'en et, à la fin de l'année, décision sera prise de confier à Korolev la mission de construire une fusée comparable à la Saturn V, en vue de déposer un cosmonaute sur la Lune avant les Américains : ce sera le lanceur N-1Christian Lardier, L'astronautique soviétique, Armand Colin, 1992, p. 155-156.

Dans l'immédiat, l'objectif des Soviétiques se limite à la recherche de « premières » spectaculaires, visant à promouvoir le système communiste par rapport au système capitaliste mais générant des prises de risque importantes, défaillances et échecs étant dissimulés au mieux. C'est dans cette optique que s'inscrit le programme VoskhodAsif A. Siddiqi, .

À première vue, les Soviétiques possèdent une large avance sur les Américains : le programme Vostok a multiplié les exploits : premier vol en (Gagarine sur Vostok 1), premier vol groupé en (Nikolaïev et Popovitch sur Vostok 3 et 4), vol de cinq jours et première femme dans l'espace en (Bykovski sur Vostok 5 et Terechkova sur Vostok 6). En comparaison, les Américains n'ont satellisé que quatre hommes, qui plus est pour de brefs séjours, et cet écart ne cessera de se creuser jusqu'à la fin du vol Voskhod 2, le .

Mais ce déséquilibre n'est qu'apparent : en réalité, depuis l'annonce de la mise en route du programme Apollo en , les Américains ont défini une stratégie qui – à terme – permettra l'envoi d'hommes sur la Lune à plusieurs reprises quand les Soviétiques ne dépasseront pas l'orbite terrestre. Dès , en effet, ils ont programmé une deuxième génération de vaisseaux, capables de réaliser des rendez-vous spatiaux. Il s'agit des vaisseaux Gemini, dont le premier modèle (inhabité) évolue dès , soit six mois avant le décollage du premier Voskhod. Les Soviétiques ne se soucient pas alors de maîtriser les techniques de rendez-vous et d'amarrage, indispensables pour envoyer des hommes sur la Lune. En cela, leurs concurrents sont certes plus lents aux yeux du grand public mais bien plus organisés.

Quand en 1963 Korolev conçoit le vaisseau Soyouz, capable d'effectuer des rendez-vous et des amarrages, il a pris du retard et ce retard ne fera que s'accroître après sa mort (en ) : s'étant focalisés sur les actions spectaculaires mais techniquement peu ambitieuses, caractéristiques du programme Voskhod, les Soviétiques ne réussiront leur premier amarrage qu'en quand les Américains, eux, seront à six mois d'effectuer leur premier alunissage.

Première génération Deuxième génération Troisième générationVaisseau Vostok Mercury Voskhod Gemini Soyouz ApolloPremier vol avec équipage (surborbital) Masse 4,73 tonnes 1,5 t. ~ 6 t. 3,85 t. 6,6 t. 30 t.Equipage 1 1 2 à 3 2 2 à 3 3Destination Orbite basse Orbite basse Orbite basse Orbite basse Orbite basse Orbite basse, Orbite lunaireCapacité manœuvre (delta-V) ~0 m/s ~0 m/s~0 m/s 98 m/s 390 m/s 2800 m/sDurée max mission 4 jours 1 jour 18 jours 14 jours 14 joursÉnergie 24 kWh (batteries) 24 kWh (batteries) 151 kWh (pile à combustible) 0,6 kW (panneaux solaires) 120 kWh (batteries), 4,2 kW (piles à combustibles)Volume habitable 1,6 m 1,7 m 1,6 m 2,54 m 9 m 6,17 mRentrée atmosphérique balistique balistique balistique non balistique non balistique non balistiqueRetour sur Terre Ejection équipage Amerrissage Rétrofusée, atterrissage Amerrissage Rétrofusée, atterrissage Amerrissage

Préparation du programme En 1962, alors que le programme Vostok se poursuit, Serguei Korolev entreprend la conception d'un vaisseau aux performances supérieures, capable notamment de changer d'orbite et de s'amarrer à d'autres engins, comme le prévoient les Américains. Ce sera le Soyouz. Mais Korolev a averti les dirigeants soviétiques que le nouvel engin ne serait pas prêt avant 1965.

Le , alors que les Américains s'apprêtent à envoyer la toute première cabine Gemini dans l'espace, inhabitée, ces dirigeants ordonnent à Korolev de concevoir un vaisseau capable d'emmener trois hommes dans l'espace dans le courant de l'année, de façon à devancer leurs rivaux, du moins à donner l'impression au monde entier qu'ils continuent de le faire.

En raison de la brièveté de l'échéance, Korolev projette d'adapter le vaisseau Vostok.

thumb|230px|Comparaison du vaisseau Vostok à gauche,avec les vaisseaux Voskhod 1, au centre et Voskhod 2, à droite. Le programme est officiellement décidé le , de même que l'idée d'envoyer le vaisseau triplace en août puis un second, d'où un cosmonaute effectuerait une sortie extravéhiculaire, comme le prévoient les Américains avec leur programme Gemini.

Le , les autorités signent un décret autorisant le démarrage des travaux de construction de trois Voskhod.

Cinq cosmonautes commencent à se préparer : Komarov, Belyaïev, Leonov, Khrounov ainsi que Beregovoï, recruté tout récemment, rejoints par la suite par d'autres (Volynov, Demine, Chonine, Gorbatko, Kolodine et Zaïkine). Et au mois de mai, quatre civils de formation scientifique sont sélectionnés, dont il est prévu que deux d'entre eux accompagneront le pilote du premier vaisseau : Feoktistov, Katys, Yegorov et Sorokine.

Mais pour pouvoir emporter trois hommes dans un vaisseau conçu pour un seul, Korolev a pris des risques très importants : il n'y a plus de siège éjectable, comme sur le Vostok et il n'y aura pas davantage de tour de sauvetage, comme en seront équipés plus tard les Soyouz. De plus, les membres de l'équipage ne porteront pas de scaphandres Astronautix.com : Voskhod3.

Le , un test sans équipage est effectué sous l'appellation Cosmos 47 et permet de valider le fonctionnement du vaisseau en particulier le système d'atterrissage en douceur. Et cinq jours plus tard décolle Voskhod 1.

Au total, Korolev aura prévu trois versions du vaisseau :- la première est celle qui aura emporté l'équipage de trois personnes (3-KV) ; - la deuxième comportera un sas pour effectuer une sortie extravéhiculaire dans l'espace (3-KD); - la troisième devra permettre à deux hommes de rester une dizaine jours dans l'espace.

Caractéristiques du vaisseau

Le vaisseau spatial Voskhod est une simple évolution du vaisseau Vostok mais deux versions ont été développées :- la version triplace (3KV) utilisée pour Voskhod 1- la version 3KD utilisée pour Voskhod 2, équipée d'un sas permettant une marche dans l'espace.

Dans les deux cas, le siège éjectable du Vostok a été éliminé et les couchettes ont été tournées de 90°, afin de permettre l'installation des équipages. Les panneaux de commande et d'affichage n'ayant pas changé de position, le pilote doit se tourner pour les consulter. La disparition du siège éjectable signifie également que, contrairement aux vols Vostok, les cosmonautes ne peuvent plus quitter la cabine avant leur arrivée au sol. Celle-ci est freinée immédiatement avant le contact par des fusées à propergol solide fixées sur les suspentes du parachute de sorte à limiter la vitesse du vaisseau à l'impact. Par ailleurs une rétrofusée de secours est montée sur le module de descente pour pallier une défaillance de la rétrofusée à ergols liquides utilisée jusque-là par le vaisseau Vostok. La masse du nouveau vaisseau est d'environ soit près d'une tonne supérieure à celle du vaisseau Vostok ().

Pour faire tenir dans la capsule 3KV, les trois hommes ne portent pas de combinaisons spatiales. Le vaisseau emporte suffisamment de consommables pour leur permettre de tenir dix jours dans l'espace : ce délai est suffisant pour que le vaisseau effectue une rentrée atmosphérique sans avoir été freiné par une rétrofusée par la seule action de la trainée atmosphérique résiduelle.

Pour la mission Voskhod 2 (3KD), les deux cosmonautes portent des combinaisons Astronautix.com : Voskhod. La grande originalité du vaisseau, c'est l'adjonction d'un sas dépliable d'une masse de 250 kg, fixé à l'extérieur d'une nouvelle écoutille, à l'opposé de l'ouverture existante. Ce sas est nécessaire car les équipements de Voskhod ne pouvaient pas être exposés au vide et au froid de l'espace ambiant, comme cela sera le cas avec les cabines Gemini.

Pour pouvoir lancer ces vaisseaux, les lanceurs sont dotés d'un deuxième étage plus puissant que ceux utilisés pour lancer les Vostok.

Les missions On ne compte que deux missions habitées.

Voskhod 1

Le , soit cinq jours après un essai à vide (Cosmos 47), Voskhod 1 est lancé l avec un équipage de trois hommes, ce qui constitue un record. Aucun d'eux ne porte un scaphandre.