Robert Lafont, né à Nîmes le et mort à Florence (Italie) le ., est un universitaire et intellectuel français. Professeur de linguistique à l'université de Montpellier, il contribue dans les années 1970 à l'émergence d'une nouvelle théorie linguistique, la praxématique. Il s'est par ailleurs intéressé à l'histoire de la littérature occitane et aux sciences sociales (en particulier au travers d'essais politiques sur les espaces régionaux), tout en développant une activité littéraire soutenue d'expression occitane (essentiellement en provençal) et française et tout en s'engageant périodiquement en politique. Robert Lafont laisse plus de cent titres publiés et environ mille articles.
Biographie Le commencement du militantisme occitan et la guerre De 1940 à 1943, il a étudié les lettres classiques à Montpellier. Durant cette période, de 1941 à 1942, il devient membre du Félibrige à Nîmes en 1941 et 1942, avant de créer le mouvement Joventuts Occitanas. À partir de l'été 1943 jusqu'au mois de mai de l'année suivante, il travaille aux chantiers de la jeunesse française, à Mauriac, puis à Lescar (Béarn). Après la Libération, il travaille quelques mois dans le cabinet du préfet du Gard avant d'être mobilisé, en 1945, dans les troupes françaises d'occupation en Allemagne et en Autriche.
La maturation intellectuelle et sociale Après la Libération, il devient membre du nouvel Institut d'études occitanes qui s'est créé en . Cette même année, le , il épouse Andrée Chauchard, une enseignante de français originaire d'Anduze. Ils ont deux enfants, Suzanne et Michel.
Lafont reçoit l'influence des idées fédéralistes portées par Charles Camproux et sa revue Occitània, et de l'œuvre de Frédéric Mistral. Il édite en un journal, l'Ase negre, qui revendique ces orientations. Cependant, au bout d'un certain temps, l'écrivain commence à s'éloigner du fédéralisme.
Dès 1949, Robert Lafont est professeur à Bédarieux, Sète, Arles et finalement au lycée de Nîmes où il travaille jusqu'en 1964. Tout en travaillant dans l'enseignement secondaire, dès 1951, il est entré à l'université de Montpellier où il travaille avec Camproux et où il enseigne l'occitan. Il devient universitaire d'une manière définitive en 1964. Il termine sa thèse, La Phrase occitane, qui est publiée en 1967. En 1972, il devient titulaire de la chaire de langue et littérature occitanes de la nouvelle université Paul-Valéry de Montpellier. Il finit professeur émérite de cette université.
Carrière Linguiste universitaire de profession, il fut tout à la fois polyglotte, romancier, poète, auteur de théâtre, essayiste, médiéviste. Écrivain polyvalent, son œuvre comporte près d'une centaine de livres et un millier d'articles en occitan, en français, en catalan. On y trouve aussi bien des ouvrages sur l'histoire littéraire et l'histoire des sociétés, que des ouvrages sur la linguistique et la sociolinguistique, ou des ouvrages sur les déséquilibres socio-économiques en France et en Europe. Ses amis présentent Robert Lafont comme un citoyen du Monde et d'Europe, penseur et acteur majeur d'un occitanisme ouvert.
Dans ses essais en français, il présente la situation, non seulement de l'Occitanie, mais également de l'ensemble des minorités vivant sur le territoire français. Il est l'un des théoriciens de ce qu'il est convenu d'appeler le colonialisme interneDécoloniser la France, 1971, en parlant de la situation occitane. L'autre volet de son œuvre, la littérature en langue occitane, participe au renouveau de la création littéraire dans cette langue.
Au théâtre, il écrit plusieurs pièces pour André Neyton et le Centre Dramatique Occitan de Provence, dont le premier spectacle occitan d'expression contemporaine, Per jòia recomençar. Ses écrits vont de la farce, avec Dòm Esquichòte ò lo torn de Provença de Bautesar, aux écrits historiques avec La Croisade, et la Révolte des Cascaveus, dont la mise en scène d'André Neyton sera la première pièce occitane à être produite et diffusée nationalement par FR3.
En 1945, il participe à la fondation de l'Institut d'études occitanes dont il est secrétaire général (de 1950 à 1958), puis président (1959-1962). (il le quittera en 1981 à la suite de tensions internes). Avec le militant breton Armand Keravel, il lance en 1958 le Mouvement laïque des cultures régionales. Il anime, à la suite de Paul Delarue et de Pierre-Jakez Hélias, la commission Arts et traditions populaires de la Ligue de l'enseignement dans les années soixante. En 1964, il est élu à l'Académie de Nîmeshttps://academiedenimes.org/site/wp-content/uploads/2013/04/LISTE-ALPHABETIQUE-DES-FAUTEUILS.xls.
Il assume la direction de diverses publications périodiques (L'ase negre en 1946, Viure en 1962, Amiras dans les années 1980, la Revista Occitana en 1993). Il est également producteur de théâtre d'animation sociale.
En 1962, il fonde le Comité occitan d'études et d'action (COEA). d'où sortira en 1971 Lutte occitane. En 1974, ce mouvement organise la présentation de Robert Lafont à l’élection présidentielle française, mais sa candidature est rejetée par le Conseil constitutionnel faute d'un nombre suffisant de signatures d'élus validées pour qu'il atteigne le seuil requis ; il sort de ses comités de soutien le mouvement Volem viure al país, dont des membres fondent ultérieurement, avec adhésion de Robert Lafont, le Partit occitan, membre de la fédération Régions et peuples solidaires.
En 1981, il participe à la fondation de l'Association internationale d'études occitanes. Il est président de la section occitane du Cercle d'Afrairament Occitanocatalan entre 1981 et 1986. En 1983, il est cependant élu conseiller municipal de Nîmeshttps://web.archive.org/web/20101219042015if_/http://nimes.fr/fileadmin/directions/archives/dossiers_historiques/elections/conseil_municipal_1983.pdf..
Un colloque organisé les 26 et à Nîmes par Gardarem la Tèrra, mouvement altermondialiste et occitaniste structuré en comitats de país, sous le titre « Robert Lafont, la haute conscience d'une histoire », analyse « 50 ans d'action et d'écrits politiques, de la Révolution régionaliste » à Gardarem la Tèrra..
Ses archives son déposées au Centre international de recherche et de documentation occitanes (CIRDÒC), à Béziers.
Distinctions 1987 : Creu de Sant Jordi, distinction décernée par la Généralité de Catalogne. 1991 : doctorat honoris causa de l'université de Vienne. 2007 : grand prix littéraire de Provence.
Postérité
Un prix Robert-Lafont est institué en 2010 par la Generalitat de Catalogne pour récompenser une personne ou une institution s'étant engagée pour la défense et la promotion de la langue occitane.
Œuvres
Poésie
Romans et contes
Théâtre
Essais
Linguistique
Histoire littéraire
Histoire et société
Collaborations
Traductions
Voir aussi Bibliographie . Pier Paolo Pasolini, Poesia d'oggi (1949), dans Saggi sulla letteratura e sull'arte, I, "Meridiani", Mondadori, Milan, 1999. Fausta Garavini, La letteratura occitanica moderna, Firenze-Milan, Sansoni/Accademia, 1970. Robert Lafont, dans Ils écrivent dans le Gard, Nîmes 1988
Robert Lafont, Le roman de la langue. Actes du Colloque de Nîmes et Arles (2000), CELO/William Blake &Co, Toulouse, 2005 [avec une bibliographie chronologique de F. Pic]. Philippe-Jean Catinchi, Robert Lafont, "Etudes héraultaises", , 2010. Robert Lafont, Imatges e votz / Images et voix, anthologie bilingue éd. par Claire Torreilles, préface de J.-C. Forêt et aquarelles originales de Robert Lafont, CRDP Montpellier, 2010. Per Robèrt Lafont, "Lenga e País d’òc", , CRDP Montpellier, 2011. Robert Lafont, la haute conscience d'une histoire, Actes du Colloque de Nîmes (2009), Trabucaire, Canet, 2013. Philippe Gardy, L'arbre et la spirale. Robert Lafont polygraphe, Vent Terral, Valence d'Albigeois, 2017. .
Discographie et filmographie Gui Broglia canta Robert Lafont, Section du Gard de l'I.E.O., 1965. Disque 33 tours. Robert Lafont, Morceaux choisis dits par l’auteur, disque-compact et livre, Aura Productions, Vendargues, 2000. Dire. Poèmas de Robert Lafont mis en musique et chantés par Jan-Mari Carlotti, CD et livret, Arles, Mont-Jòia, 2005. Christian Passuello, Robert Lafont, un écrivain dans le siècle, France 3 Sud, Béka, Image plus, Zanzibar, Agovision, 2001.
Articles connexes Maria-Cristina Coste-Rixte Fausta Garavini
Liens externes
Biographie, bibliographie et manuscrits (Lo Cirdoc).
Site de la revue Òc dont Robert Lafont a été rédacteur en chef et où il a publié de nombreux écrits :
Notes et références
Catégorie:Mainteneur du Félibrige Catégorie:Membre de l'Institut d'études occitanes Catégorie:Membre de l'Association internationale d'études occitanes Catégorie:Lauréat du grand prix littéraire de Provence Catégorie:Membre de l'Académie de Nîmes Catégorie:Lauréat de la Creu de Sant Jordi 1987 Catégorie:Écrivain français du XXe siècle Catégorie:Écrivain de langue d'oc du XXe siècle Catégorie:Linguiste occitan Catégorie:Agrégé de lettres Catégorie:Enseignant à l'université de Montpellier Paul-Valéry Catégorie:Résistant français Catégorie:Naissance en mars 1923 Catégorie:Naissance à Nîmes Catégorie:Décès en juin 2009 Catégorie:Décès à Florence Catégorie:Décès à 86 ans Catégorie:Conseiller municipal de Nîmes