Jeanne Bécu, dite aussi Jeanne Bécu de Cantigny ou Jeanne Gomart de VaubernierDes sources anciennes lui donnent Marie-Jeanne ou Jeanne-Marie comme prénom de naissance ; or, son acte de baptême (faisant aussi office d'acte de naissance) indique que Jeanne est son unique prénom. Parfois, elle choisit de se faire appeler Jeanne-Bénédicte, comme sur l'acte de baptême de son esclave Zamor et dans d'autres documents. Étant née de père inconnu, elle porte le nom de sa mère, Anne Bécu, dont la famille avait usurpé la particule de Cantigny. Son père supposé est le moine Jean-Baptiste Gomard de Vaubernier, elle prétend à son mariage être la fille d'un frère de celui-ci ; la comtesse utilise le nom et les armes des Gomard de Vaubernier jusqu'à la fin de sa vie., est née le à Vaucouleurs ou en Selon l'historien Emmanuel de Waresquiel. à Albenga, et est morte guillotinée à Paris le . Elle est la dernière favorite du roi Louis XV, entre 1768 et 1774 (et par conséquent la dernière favorite officielle d'un souverain français, les rois et empereurs suivants n'ayant pas désigné de favorite en titre).
Née roturière, elle doit à sa grande beauté son ascension sociale et d'être devenue une personnalité importante du demi-monde parisien. Plusieurs hommes de la haute noblesse française sont de ses amants et lui apprennent les manières de la cour. Elle a ainsi comme amant le comte du Barry-Cérès, qui souhaite lui faire rencontrer Louis XV, en faire sa maîtresse et profiter des avantages induits. Pour faire entrer la jeune femme dans la noblesse, le comte du Barry-Cérès – lui-même marié – lui fait épouser son frère, le comte Guillaume du Barry. Pour la présenter à la cour et lui permettre d'y évoluer officiellement, le comte lui trouve une « marraine » de haute noblesse (mais désargentée), la comtesse de Béarn. Devenue comtesse du Barry par mariage, elle est connue sous l'appellation de Madame du BarryLa Famille Dubarry et les textes à leur sujet usaient indiféremment l'orthographe Dubarry et du Barry. Cette dernière s'est imposée, et utilisée dans cet article par souci de cohérence. ou Jeanne du Barry.
Bien que désirant ne pas se mêler de politique, elle se trouve malgré elle au milieu des rivalités qui opposent ses amis, le duc d'Aiguillon et le maréchal-duc de Richelieu, au duc de Choiseul, principal ministre d'État de Louis XV. La comtesse du Barry mène une grande vie à la Cour, appréciée pour son esprit et son mécénat, détestée pour ses origines et pour son statut de maîtresse royale. Cela lui vaudra aussi l'animosité affichée de la jeune dauphine de France Marie-Antoinette d'Autriche, influencée par Mesdames, filles du roi, provoquant une crise politique entre la France et l'Autriche. Des tentatives de réconciliation auront lieu entre les deux femmes, qui toutes échoueront.
Au lendemain de la mort de Louis XV le , le nouveau roi Louis XVI l'oblige à quitter la cour. Après un séjour dans une abbaye, elle mène une vie d'exil au château de Louveciennes, gérant son domaine, sa famille et recevant les grands noms de France et d'Europe. Elle y reçoit l'empereur Joseph II du Saint-Empire, frère de la reine Marie-Antoinette, qui la traite avec une affabilité remarquée. Elle y vit une grande histoire d'amour avec le duc de Brissac. Au moment où éclate la Révolution française de 1789, Madame du Barry se montre enthousiaste des réformes nécessaires à la société française. Plutôt insouciante, elle reste en contact avec les Émigrés qui sont en Angleterre, dans la péninsule italienne ou dans le Saint-Empire.
La comtesse du Barry est un peu oubliée. Le cambriolage de Louveciennes dans la nuit du 10 au attire l'attention sur elle ; ses bijoux volés sont retrouvés en Angleterre et un procès s'ouvre à Londres. Durant la période de la Terreur, ses traversées de la Manche la rendent suspecte auprès du Comité de Salut public, elle est accusée d'avoir secrètement pris le parti de la contre-révolution. Emprisonnée le à la prison Sainte-Pélagie, elle est victime d'un procès expéditif où elle se défend mal, et où Antoine Fouquier-Tinville l'accable. Madame du Barry est guillotinée le sur la place de la Révolution.
Famille Jeanne Bécu est la fille illégitime d'Anne Bécu, une couturière lorraine d'environ 30 ans, travaillant au couvent des Picpus de Vaucouleurs, et d'un père à l'identité incertaine. Certaines sources affirment que ce dernier est un moine défroqué du nom de Jean-Baptiste Gomard de Vaubernier, dit Frère Ange, alors que d'autres sources, dont l'historien Emmanuel de Waresquiel, identifient le financier parisien Claude Billard du Monceau, riche payeur des rentes à l'Hôtel de Ville, comme étant son véritable père.
Jeanne Bécu n'était pas destinée à devenir une dame de qualité. Son arrière-grand-père était Jean Bécu, rôtisseur parisien durant le règne de Louis XIII, et son grand-père Fabien Bécu reprit son office. Fort bel homme, réputé libertin, Fabien Bécu avait épousé Séverine Bonnet, comtesse veuve de Montididier et dame de Cantigny, et se faisait appeler « Bécu de Cantigny » pour le prestige de la particule. L'épouse de Fabien Bécu meurt quelques mois plus tard et il entre dès lors au service de Mademoiselle de Ludres, maîtresse du roi de France Louis XIV entre 1675 et 1678. Il est ensuite officier de bouche au service d'un noble voisin, Monsieur de Rorté. Le à l'église de Vaucouleurs, il épouse Anne Husson, femme de chambre de la « Belle de Ludres ». Les témoins de ce mariage sont un avocat au Parlement, un maître chirurgien, un huissier audiencier, et un officier de M. de Rorté (ou de Roreté). De cette union naissent trois fils et quatre filles, parmi lesquels : Charles (, Vaucouleurs - , Lunéville), qui se faisait appeler Bécu de Cantigny, valet des ducs de Lorraine, Léopold de Lorraine (grand-père de la reine Marie-Antoinette) puis Stanislas Leczinski (beau-père du roi Louis XV) ; Nicolas (, Vaucouleurs - , Versailles), domestique au service de la duchesse d'Antin ; Hélène (, Vaucouleurs) dite la Belle Hélène, au service de , épouse du prévôt des marchands de Paris Armand-Jérôme Bignon ; Anne (, Vaucouleurs - , Villiers-sur-Orge), couturière au couvent des Picpus de Vaucouleurs, puis cuisinière de la maîtresse du riche financier parisien Claude Billard-Dumonceau.. En 1749., elle épouse Nicolas Rançon, garde-magasin à Paris au service de Billard-Dumonceau, et est la mère de Madame du Barry ; Jean-Baptiste, domestique auprès du duc de Gramont.
Selon Emmanuel de Waresquiel, Jeanne du Barry aura une fille, le à VersaillesArchives départementales des Yvelines, paroisse Notre-Dame, cote 4E 3483, page 68, qui restera cachée mais dont elle s'occupera et qui aura deux enfants. Cette affirmation reprend un propos du comte d'Allonville dans ses Mémoires en 1838 : « Madame Dubarry avait une fille sans savoir qui en était le père ; elle se contenta de lui donner cent mille francs de dot en la mariant à un pauvre gentilhomme sans naissance, dont le fils est aujourd'hui en Russie sous le nom de marquis de Boissaison »Armand-Francois comte d'Allonville, Mémoires Secrets de 1770 A 1830, tome 1, 1838, page 154.. Les travaux de Waresquiel remettent en question un article de L'Intermédiaire des chercheurs et curieux (1936) : « Les mémoires de M. d’Allonville disent à tort que Marie Bécu était la fille de la comtesse du Barry ; elle n’était que sa cousine germaine, fille de Jean-Nicolas Bécu (dit de Cantigny), valet de chambre des duchesses de Boufflers et d’Antin, et de Marie Delaunay. »ICC, volume 99, 1936, pages 613-614.
Enfance à Vaucouleurs (1743-1748) À Paris, Anne Bécu de Cantigny est couturière au couvent des Pénitents réformés du Tiers-Ordre de Saint-François de Picpus, aujourd'hui disparu. Aussi belle et légère que son père, Anne part accoucher discrètement à Vaucouleurs, l'acte de naissance de Jeanne Bécu indique :
D'après la légende, Jeanne Bécu naît au 8, rue du Paradis, dans une maison existant encore en 1883. Elle reçoit son prénom de sa marraine conformément à la tradition. Le nom du père est absent, mais une hypothèse veut que ce soit un moine tertiaire franciscain du couvent des Picpus de Vaucouleurs, né Jean-Baptiste Gomard de Vaubernier et appelé en religion « frère Ange ». Lors de son mariage avec le comte Guillaume du Barry en 1768, Jeanne Bécu dira être fille d'un Jean-Jacques Gomard de Vaubernier, parent de frère Ange mais qui est une invention de sa part.
Appelée dans sa jeunesse mademoiselle de Vaubernier ou de Cantigny, Jeanne Bécu passe ses premières années à Vaucouleurs, où naît et est baptisé le son frère Claude. Très jolie petite fille, on la surnommait « l'Ange », surnom qui pourrait aussi être une allusion à l'identité de son père. Les Bécu quittent Vaucouleurs pour Paris en compagnie de Roch-Claude Billard-Dumonceaux, un munitionnaire (fournisseur de vivres à l'armée) régulièrement de passage en Lorraine et qui avait été séduit par la beauté d'Anne.
Jeunesse à Paris (1749-1768) Pension au couvent vignette|upright|L'ancien couvent en 2011.
Le à l'église Saint-Eustache de Paris, Anne Bécu épouse Nicolas Rançon, un domestique de Billard-Dumonceaux. La jeune Jeanne Bécu côtoie le monde des domestiques, des petits artisans et des marchands auquel appartient sa famille par la naissance, et celle de la noblesse, des nantis et de la haute finance car c'est là qu'elle est employée. En 1750, Mademoiselle de Cantigny est mise en pension chez les dames de Saint-Aure, dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, qui suivent la règle de saint Augustin. On ne sait pas qui motive ce choix : l'abbé de Grandchamp, qui faisait sauter la petite sur ses genoux ; ou son protecteur Billard-Dumonceaux ; peut-être Philippe Bécu, un parent prêtre à Saint-Nicolas des Champs ; ou même son père, le frère Ange, devenu prêtre à l'église Saint-Eustache ?
Très bonne élève, la jeune pensionnaire connaît bien le dessin, l'histoire, le calcul, la musique, la religion, et elle excelle dans l'art et la façon d'écrire mais beaucoup moins dans l'orthographe (comme beaucoup de ses contemporains). Elle garda toute sa vie un souvenir ému de cette éducation et n'oublia jamais les enseignements du couvent, bien que la discipline y ait été très sévère..
Emplois Mademoiselle de Cantigny quitte les dames de Saint-Aure vers 1758, extrêmement belle à quinze ans. Sa mère et son beau-père la placent comme apprentie auprès d'un dénommé Lametz, coiffeur pour dames. Après son apprentissage chez lui, Billard-Dumonceaux la place comme lectrice auprès d'une veuve d'un fermier général, de Delay de La Garde, qui tient un salon littéraire. La veuve la congédie en 1760 quand elle est alertée de sa débauche : la jeune fille compte parmi ses amants les deux frères de de Delay de La Garde, hommes mariés et de bonne famille. Devenue mademoiselle Lange en raison de son profil délicat, Jeanne Bécu trouve un emploi de vendeuse rue Neuve-des-Petits-Champs à La Toilette, magasin de mode tenu par la mère d'Adélaïde Labille-Guiard, qui n'est pas encore artiste peintre et avec qui elle noue une solide amitié. La plupart des clients de La Toilette appartiennent à la bonne société parisienne, et viennent lorgner l'éclat et les appas de la vendeuse ; parmi eux, mademoiselle Lange choisit avec soin ses amants.
Ascension Liaison avec Jean-Baptiste du Barry