Joseph William Frazier (dit Joe Frazier ou Smokin' JoeSon surnom Smokin' Joe vient de son premier entraîneur, Yank Durham, qui lui disait avant chaque combat: « fais sortir de la fumée de ces gants ».) né le à Beaufort en Caroline du Sud et mort le à Philadelphie en Pennsylvanie, est un boxeur américain des années 1960 et 1970. Il est en son temps le plus grand rival de Mohamed Ali, qu'il est le premier à battre, le , au Madison Square Garden.
Poids lourd, il devient champion olympique en 1964, puis champion du monde professionnel WBA et WBC de 1970 à 1973. Il est redouté par ses adversaires pour son style offensif, ses esquives plongeantes et rotatives, et surtout pour l'efficacité de son crochet du gauche.
Biographie Débuts vignette|gauche|redresse|Joe Frazier aux Jeux Olympiques de 1964. Fils de métayers pauvres, Frazier quitte l'école à l'âge de treize ans pour devenir conducteur de mule, puis, à quinze ans, va à New York travailler dans une fabrique de Coca-Cola, avant de travailler dans un abattoir à Philadelphie, où il commence à boxerBob Mee, The Heavyweights. The Definitive History of the Heavyweights Fighters, Tempus, 2006, . Découvrant la boxe par hasard, il pratique au départ ce sport simplement pour perdre du poids. Avec une seule défaite en amateur contre Buster Mathis dont il a été le sparring-partner, il espère se qualifier pour les Jeux olympiques de 1964, mais Mathis gagne à nouveau contre lui et devient le représentant des États-Unis dans la catégorie des lourds. À la suite d'une blessure, c'est Frazier qui le remplace et se rend à Tokyo. Ayant éliminé tous ses adversaires par arrêt de l'arbitre, y compris le soviétique Vadim Yemelyanov en demi-finale, contre lequel il se blesse à la main droite, il bat ensuite en finale — avec sa seule main gauche — l'Allemand Hans Huber par décision, et devient le seul boxeur américain de ces Jeux olympiques à remporter une médaille d'or.
Carrière professionnelle Frazier commence sa carrière professionnelle l'année suivante dans sa ville, à Philadelphie. Du au , il remporte onze combats par KO, ne connait aucune défaite ni aucun nul. Ses victoires sont expéditives ; seul dépasse le . Le , "Smoking Joe" (son surnom), se confronte pour la première fois à Oscar Bonavena (surnommé "Ringo"), réputé pour être le « roi des encaisseurs ». Bonavena est le premier à atteindre la limite contre Frazier. Jusqu'au , il affronte encore sept adversaires, notamment George Johnson qui est le deuxième à tenir jusqu'à la limite Frazier l'emportant aux points et surtout George Chuvalo, boxeur confirmé, endurant, encaisseur difficile à mettre KO (ultérieurement, Chuvalo a perdu aux points contre le champion du monde Mohamed Ali), que Joe Frazier bat en quatre rounds.
Style Frazier À la fin de l'année 1967, Joe s'est fait un nom. Boxant de Philadelphie jusqu'à Los Angeles et New York, invaincu avec dont , ce gros « cogneur » impressionne. Frazier mesure , une taille jugée modeste pour un poids lourd, mais il compense son allonge insuffisante par une puissance de frappe exceptionnelle qui se distingue par ses lourds crochets au corps et surtout son fameux crochet du gauche, le « coup céleste » . Bien que Frazier soit droitier, il a fait de son gauche son arme favorite. Autre atout, Frazier est un « bourreau de travail » à l'entraînement et son endurance lui permet de tenir jusqu'au bout de chaque combat sans faiblir, de surcroit, il s'avère être un grand encaisseur dur au mal.
S'il n'est pas considéré comme un grand styliste, Frazier est un adepte du « passage en force » et un spécialiste du corps à corps qui avance constamment et exerce sur l'adversaire une pression constante, en esquivant et parant nombres d'attaques. Sa garde de « bras en croix » et ses esquives plongeantes et rotatives assez rapides pour un boxeur de sa catégorie se montrent efficaces pour venir à bout de ses adversaires, qui finissent toujours par craquer contre ce boxeur difficile à contenir, qui leur assène de multiples crochets du gauche. Ce fameux coup de Frazier viendrait d'une blessure au bras, qu’il aurait subie enfant alors qu'il travaillait à la ferme : celle-ci, mal soignée, aurait déformé son bras, ce qui lui aurait permis d'avoir un crochet du gauche si particulier, (nISSM).
Champion du monde En 1968, Frazier se retrouve à New York contre son rival Buster Mathis, ces deux adversaires à la popularité montante font un impressionnant combat. Mathis s'incline au . Frazier surprend encore en abattant en 2 rounds Manuel Ramos et finit l'année en beauté par une revanche acharnée contre Oscar Bonavena, son autre grand adversaire, qui cette fois encore tient jusqu'au dernier round. Il est alors clair que Frazier est la nouvelle vedette de la catégorie des lourds (en l'absence du champion Mohamed Ali, auquel le titre et la licence ont été retirés, après qu'il a refusé d'être incorporé dans l'armée américaine, alors en guerre au Vietnam ; Jimmy Ellis a été désigné champion à sa place) vignette|droite|redresse|Joe Frazier en 1969. En attendant de pouvoir se confronter à Ellis, Frazier bat facilement Dave Zyglewicz à Houston en 1969, puis fait une exhibition contre Don Warner et surtout se retrouve vainqueur de Jerry Quarry, le grand espoir blanc de l'époque. Pour la presse, à moins qu'Ali soit autorisé à reboxer, Joe Frazier est le vrai champion. C'est finalement le à New York que l'affrontement entre Ellis et Frazier a lieu. Ce dernier bat son adversaire avec puissance et le met KO au quatrième round Joe Frazier vs. Jimmy Ellis(boxrec.com).
Champion officiel, Frazier sait qu'il sera réellement crédible par une victoire sur Ali et se montre favorable à son retour. Auparavant, en 1967, Frazier a boycotté le tournoi WBA des poids lourds qui doit trouver un successeur à Ali (après la dépossession de son titre). Il a essayé d'obtenir une licence pour Ali pour un combat en Pennsylvanie mais un des membres de la commission, le joueur de football américain Chuck Bednarik (qui fut artilleur dans l'aviation américaine pendant la seconde guerre mondiale), y fait obstacle. En 1967, la possibilité d'un combat Ali-Frazier à Tokyo au Japon est évoquée, mais le gouvernement américain s'y oppose quand les organisateurs . . Frazier décide alors de se rendre à la Maison-Blanche à Washington pour rencontrer le président américain, Richard Nixon, et lui demande la réhabilitation de Mohamed Aliextrait du documentaire de HBO consacré au troisième combat entre Mohamed Ali et Joe Frazier connu sous le nom de thriller of Manilla qui eut lieu à Manille aux Philippines le octobre 1975, diffusé en France sur Canal+ sous le titre Ali vs Frazier des coups au-delà du ring.
. C'est le début de leur rivalité (amenée à devenir célèbre) .
Tandis qu'Ali fait sur les rings un retour tonitruant contre Quarry et Bonavena (deux adversaires précédemment battus par Frazier), Smoking Joe défend son titre une première fois contre le réputé Bob Foster. Frazier le met KO en deux rounds. Avec un score de 26 victoires dont 23 KO, ce puncheur est prêt pour affronter un autre champion invaincu, Mohamed Ali.
The Fight, le combat du siècle
thumb|Joe Frazier en 1971. L'affrontement Ali-Frazier, surnommé « le combat du siècle », est a posteriori considéré comme l'un des combats majeurs de l'histoire de la boxe et le premier de leurs trois grands combats qui jalonneront les « très riches années 1970 ». Les deux champions invaincus, vont, pour la première fois dans l'histoire de la boxe, combattre pour le titre unifié des poids lourds. C'est aussi le premier combat à être regardé en masse par des millions de spectateurs à travers le monde. Il reste comme le match le plus important de Joe Frazier, alors à l’apogée de sa carrière.
Le , dans un Madison Square Garden rempli à bloc, Mohamed Ali semble être le favori. Très populaire, le charismatique champion, sûr de son bon droit, doit normalement récupérer son titre face à son terne et timide adversaire qu'il n'a eu de cesse de tourner en ridicule. Il sous-estime Frazier pensant être plus motivé. En fait, c'est le contraire qui se produit. Frazier, déçu par l'attitude d'Ali alors qu'il l'a soutenu et voulant surtout effacer son manque de popularité et de crédibilité, va s'avérer être le plus offensif, au grand étonnement du plus grand nombre. Le combat fut suivi massivement par les amateurs à cause des différences de style entre un puncheur lourd adepte du corps à corps et un technicien rapide, spécialiste du combat à distance.
Si Ali entame bien le combat par sa vitesse et sa mobilité, Frazier ne semble pas inquiété et arrive quand même à contrer son adversaire avec son fameux gauche. Au quatrième round, le combat prend une autre tournure. Le tenant du titre réussit à coincer le challenger dans les cordes. Pendant tout le reste du combat, Ali se fait dominer. Aucun de ses coups ne fait plier un adversaire au sommet de sa forme. Les esquives de Frazier sont aussi réussies que les siennes, ses dangereux crochets au corps atteignent tous leur cible.
En fin de , des crochets de Frazier éprouvent Ali qui est au bord du knock-down. Frazier le poursuit d'un coin à l'autre du ring, sous les acclamations d'un public en délire. Pour la première fois Ali est proche de la défaite, mais il termine la reprise debout. À la , les deux adversaires sont épuisés. Mené aux points, Ali doit mettre Frazier KO, mais c'est pourtant Joe qui surprend Ali d'un crochet du gauche qui restera dans l'histoire de la boxe. Ali chute mais se relève à 4, la joue droite terriblement enflée. S'ensuivent quelques accrochages avec son adversaire qui lui permettent de tenir jusqu'au terme du match. Lorsque le verdict est rendu, il est sans appel : Frazier est donné vainqueur aux points avec 8 reprises remportées contre 6 pour Ali, une reprise étant déclarés nulle Joe Frazier vs. Muhammad Ali I(boxrec.com).
À la fin du match, Frazier vainqueur est lui aussi exténué et tient des propos incohérents aux journalistes qui l'interrogent. Il devra d'ailleurs être hospitalisé. À partir de ce moment, Frazier déclinera, ne pratiquant plus que deux combats par an, pas assez cependant pour se maintenir au plus haut niveau. Afin de récupérer médicalement, il ne prend plus de risque. Il ne fait qu'une simple exhibition à Houston pour le reste de l'année 1971. En 1972, il combat deux boxeurs, Terry Daniels et Ron Stander, qu'il bat facilement.
Perte du titre Le à Kingston en Jamaïque, Frazier affronte enfin le challenger numéro 1, le colosse George Foreman qui patiente depuis plus d'un an pour le rencontrer. Frazier, qui défend son titre pour la cinquième fois, connaît la force de ce redoutable adversaire. Au , Frazier et son allonge plus courte que celle de Foreman, plus petit également que son adversaire, ne parvient pas à porter de coups au visage. Foreman le repousse négligemment avec ses deux bras et lui assène crochets et uppercuts. À trois reprises, Frazier se retrouve à terre. Au , fidèle à son style, Frazier repart à l'offensive, mais est contré par Foreman par de puissants uppercuts, qui à chaque fois le décolle du sol. Par trois fois encore, Frazier est envoyé au tapis. La bouche en sang, il se relève, mais l'arbitre met fin au combat et à trois ans de règne Joe Frazier vs. George Foreman I(boxrec.com).
Revanche - deuxième combat contre Ali thumb|Ali vs Frazier, janvier 1974.