Édouard Leclerc, né le à Landerneau (Finistère) et mort le à Saint-Divy (Finistère), est un entrepreneur français, fondateur de l'enseigne de grande distribution E.Leclerc, qui porte son nom. C'est en 1949 qu'il ouvre son premier magasin dans sa ville natalevidéo: L'Ouest en mémoire (Ina) - L'aventure d'Edouard Leclerc 1959, reportage réalisé à Landerneau en 1959..

Biographie Origines et formation Fils d’Eugène LeclercLeclerc est un nom de famille protestante franc-comtoise, l'arbre généalogique remontant au avec notamment Jean Leclerc qui édite une bible. Source : Interview de Michel-Édouard Leclerc par Olivia Gesbert, émission À voix nue sur France Culture, 25 mars 2014, 1 min 15 s., militaire franc-comtois agrégé de lettres originaire de l'Est de la France et représentant régional du Parti social français (PSF)Edouard Leclerc en campagne électorale., et de Marie Kerouanton originaire du Léon (de Landerneau et de Plouguerneau)Eugène Leclerc étant venu en Bretagne en inspection d'une usine de fabrication de grenades, il rencontre Marie Kerouanton à l’hôtel de la Gare de Landerneau tenu par les parents Kerouanton. Source : Interview de Michel-Édouard Leclerc par Olivia Gesbert, émission À voix nue sur France Culture, 25 mars 2014, 1 min 45 s., Édouard Leclerc est né le à Landerneau dans le FinistèreMichel-Édouard Leclerc, avec Yannick Le Bourdonnec, Du bruit dans le Landerneau, Albin Michel, 2004.. Sixième d’une famille nombreuse de treize enfants et frère d'Éloi Leclerc (franciscain et écrivain de nombreux ouvrages sur François d'Assise) et de Michel Leclerc, il grandit dans un environnement catholique..

En , il est scolarisé au petit séminaire des prêtres du Sacré-Cœur à Neussargues (Cantal), puis à partir de , dans celui de l'Institution missionnaire Saint-Clément à Viry-Châtillon (Essonne). Sa scolarité étant interrompue par la Seconde Guerre mondiale, il regagne le domicile familial.

À la Libération, il est emprisonné six mois, accusé d'avoir « donné » au Kommando de Landerneau plusieurs noms d'habitants de Landerneau (le nom du résistant François Pengam est évoqué : arrêté la nuit du , il sera torturé et fusillé par les Allemands le ). Édouard Leclerc est libéré via une ordonnance de non-lieu signée en par le commissaire de la République près la cour de justice de Quimper.. Ces accusations resurgiront lors des premiers succès du mouvement Leclerc, notamment portées par ses concurrents commerciaux. Par quatre fois, en 1976, 1977, 1987 et 1988, la justice a déclaré coupables de diffamation ceux qui avaient affirmé son implication dans la mort du jeune François Pengam..

En 1946-1947, il poursuit sa formation religieuse au noviciat de Saint-Cirgues-sur-Couze, puis, en 1947-1948, au scolasticat d’Uriage où il étudie la philosophieArchives du Provincialat des Prêtres du Sacré-Cœur.. C’est en soutane qu’il commence à s’intéresser aux questions économiques : pouvoir d’achat des masses, circuits de marchandises, budgets des petits ménages, magasins d’alimentation. Le séminaire d’Uriage est en effet dirigé par les Pères du Sacré-Cœur, filiale des Jésuites, qui s’intéressent surtout à l’enseignement des sciences sociales. Un jour, il écrit dans une dissertation : « Le fait social n’existe pas à l’état pur. Il se rencontre avec le fait économique, est conditionné par lui. L’action sociale doit être rentable, et pour cela se servir du commerce. » Ces élucubrations sont sanctionnées d’un impitoyable 1 sur 20, et tandis que le directeur d’Uriage se demande si ce non-conformiste est bien fait pour la vie religieuse, Leclerc sent que l’épicerie a besoin d’un missionnaire. Sa rencontre en 1948 avec Hélène, payse de Landerneau qui deviendra sa femme, le pousse à quitter les ordres : il renonce à prononcer ses vœux, et le voilà rendu à la vie civile.

Épicier à Landerneau (1949-1954) Édouard Leclerc choisit de renoncer à la prêtrise et effectue une tournée de conférences devant des cadres de l’Action catholique pour exposer ses idées. Il est encore jeune et l’accueil qu’on lui réserve est mitigé. Il décide alors de tenter l’expérience lui-même et commence par apprendre les rudiments du métier d'épicier auprès d’un transitaire brestois.

En , avec un capital de francs, il ouvre une petite épicerie dans la cuisine de sa maison 13 rue des Capucins à Landerneau ou selon une autre version de la légende familiale dans un hangar désaffecté à cette même adresse.. Inscrit au registre du commerce comme « marchand de chocolat en gros et épicerie partielle de troisième classe », il commercialise d’abord uniquement des biscuits Labour, achetés directement à un producteur de Pontivy, et qui sont présentés à même le sol dans des caisses empilées. Court-circuitant les fournisseurs et supprimant leurs marges en pleine période d'inflation après la guerre, le prix de gros affiché est alors 30 % en dessous de celui proposé par les autres commerçants. Il réinvestit l’ensemble des bénéfices dans son « centre distributeur E. Leclerc » et peut ainsi proposer à ses clients une gamme de plus en plus large de produits : huile, farine, sucre… Les clients, d’abord timides, se font rapidement plus nombreux. Sa bonne idée est de se fournir directement auprès des producteurs pour faire baisser les prix, c’est, de ce fait, l’inventeur du discount avant l’heure.

En 1953, alors que le chiffre d'affaires est passé de 4,29 millions de centimes à 26,7 millions, le local de la rue des CapucinsFermé en 1970, le site (la chapelle des Capucins, l’ancien hypermarché, le parking et les anciens bureaux) a été restauré et réhabilité, et une halle réaménagée pour exploiter une surface muséographique accueillant des expositions d’art : le Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture. Source : Historique du site Capucins devient exigu et Édouard Leclerc transfère son entreprise rue Bélérit« Révolution commerciale en Bretagne », une enquête de M. Georgelin, parue en plusieurs fois dans Le Télégramme entre le 14 et le 18 novembre 1958..

Face à ce succès, les commerçants des environs s’inquiètent et font pression sur les fabricants pour qu’ils cessent de livrer E. Leclerc. Ce dernier se tourne vers le préfet du Finistère. Or, l’initiative du jeune Breton constitue une réponse, certes isolée, mais localement efficace, à l’inflation, préoccupation centrale et permanente des gouvernements successifs de la Quatrième République. C’est pourquoi le ministre des Finances et des Affaires économiques Edgar Faure réagit fermement et prend un décret le pour lutter contre les pratiques commerciales restrictives, comme le refus de vente.

Fondateur du Mouvement E. Leclerc (1955-1959) En 1955, un autre indépendant ouvre un centre distributeur à Saint-Pol-de-Léon appliquant la formule commerciale d'E. Leclerc. L'année suivante, des grossistes des Côtes d'Armor font de même : à Tréguier, Lannion, et à Saint-Malo tandis qu'Édouard Leclerc ouvre son premier centre distributeur textile. En , le mouvement compte 9 centres distributeurs, tous bretons. Il n’y a ni contrat, ni lien financier entre Édouard Leclerc et ces épiciers d’un genre nouveau : seule l’obligation pour qui veut utiliser ses principes commerciaux de grouper ses achats à Landerneau. E. Leclerc ne facture cependant pas ces « rétrocédés » au-delà du coût réel et leur restitue la totalité des ristournes accordées par les fabricants. C'est en que les premiers articles consacrés à cette formule de vente originale paraissent« Révolution commerciale en Bretagne », une enquête de Raymond Georgelin, parue en plusieurs fois dans Le Télégramme, entre le 14 et le 18 novembre 1957 ; deux articles de Joseph Fontaine parus dans la Croix : « Des centres distributeurs de produits alimentaires vendent au prix de gros », le 9 novembre 1957 et « révolution commerciale en Bretagne – des produits alimentaires vendus au prix de gros », le 7 décembre 1957.. Le premier d'entre eux ne porte d'ailleurs pas sur le fondateur mais sur deux centres distributeurs ouverts coup sur coup à Rennes et appartenant à « Argenta », chaîne fonctionnant « sous le procédé Leclerc ». Paradoxalement, à l'engouement médiatique ne répond pas une accélération du rythme de développement sur le plan national : en , le mouvement compte seulement 14 membres hors de Bretagne. Parmi les villes concernées, figurent notamment Niort, Le Mans et Tarbes. En , Édouard Leclerc ouvre en propre un centre distributeur à GrenobleArticle de Michel Bosquet sur l'expérience Leclerc à Grenoble paru dans L'Express, le 2 avril 1959.. Le défi est considérable : une localisation éloignée de sa région d’origine, un réseau de fournisseurs à reconstituer… La course au bas prix qu’engendre l’implantation d’un centre distributeur entre les différents commerces de la ville et la baisse du coût de la vie qui en résulte font de cette opération une réussite. L’année suivante, en 1959, il confie à Jean-Pierre Le Roch l’implantation du premier centre distributeur en région parisienne, à Issy-les-Moulineaux : la médiatisation considérable de son inauguration confirme le succès de l’entreprise : on parle de moins en moins de l’« expérience » et de plus en plus du « Mouvement E.Leclerc »..

L'expansion est plus rapide en Bretagne qui compte 24 membres fin 1959. Seuls les chefs de centres situés à proximité de Landerneau y groupent leurs achats, les autres prennent en charge seuls leur approvisionnement ou deviennent à leur tour rétrocessionnaires. Édouard Leclerc conseille les nouveaux venus dans leurs démarches et organise l’achat en commun de certains produits. Il recueille aussi leurs doléances, concernant notamment les refus de vente des fournisseurs, et se fait leur porte-parole en transmettant ces plaintes aux autoritésArchives du Mouvement E. Leclerc, correspondance entre Édouard Leclerc et les premiers adhérents entre 1956 et 1959..

Président du Mouvement E. Leclerc (1959-2003) Entre 1959 et 2003, Édouard Leclerc est le président fondateur de l’Association des centres distributeurs E. Leclerc (ACDLec), qui réunit tous les commerçants utilisant son panonceau. Là, il se consacre à la diffusion et à l’implantation de ses idées.

En 1959, il milite avec Max Théret (fondateur de la FNAC avec André Essel), en faveur d’une réforme fiscale favorisant les circuits commerciaux courts. En 1960, il dénonce à nouveau les pratiques anticoncurrentielles de ses concurrents auprès des pouvoirs publics qui garantissent, à travers la circulaire Fontanet, parue le , la libre concurrence dans le commerce.

Dans les années 1960, il œuvre pour une réforme des circuits de distribution des produits frais : il soutient notamment les producteurs d’artichauts et les mareyeurs, tandis que sur son impulsion, plusieurs boucheries E. Leclerc ouvrent leurs portes. Visionnaire, il sous-estime un virage de la distribution moderne, le libre-service, qu’il adopte en 1962.. En 1964, il y a, en France, 420 centres distributeurs.

Après avoir longtemps défendu les petits formats, Édouard Leclerc se convertit aux très grandes surfaces de vente. Achetant une partie du domaine des Capucins, il ouvre un Super Centre à Landerneau en 1964Pressentant le refus préfectoral de sa demande de permis de construire, il ruse en stipulant dans sa demande d'extension du hangar agricole qu'il est destiné à la distribution de tous produits pour mammifères. Source : ., bâtiment de qui compte 30 employés à l’ouverture, et 70 en au moment de sa fermeture pour cause d’exigüité et d’installation à l’hypermarché du Leck de Landerneau en 1976.. Entre-temps, il a ouvert son premier véritable hypermarché à Brest en 1969. Il ne transige cependant pas sur l’indépendance des adhérents qui doivent être pleinement propriétaires de leur magasin : c’est notamment un désaccord en 1969 sur ce point, et plus généralement une divergence profonde sur l’architecture du Mouvement, qui expliquent le départ d’une partie des adhérents, menés par Jean-Pierre Le Roch. Ensemble, ces derniers fonderont « les Ex », futur Intermarché.