Le Grand Prix de France 1968 (Ier Grand Prix de France), disputé sur le circuit de Rouen-les-Essarts le , est la cent-soixante-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1968.
Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.
Bien que techniquement et sportivement passionnante, la saison 1968 se déroule cependant dans une ambiance assez morose, après les disparitions tragiques, à quelques semaines d'intervalle, de trois pilotes de renom : Jim Clark (le ), Mike Spence (le ) et Ludovico Scarfiotti (le ). Si les Lotus ont remporté les trois premières manches du championnat, McLaren et Matra ont également démontré leur potentiel en s'imposant à leur tour, alors que Ferrari, BRM et Honda font également figure de vainqueurs potentiels. Malgré Graham Hill deux dernières sorties malchanceuses, Graham Hill (qui a brillamment pallié la disparition de Clark au sein de l'équipe Lotus) figure en tête du classement provisoire du championnat du monde, avec douze points d'avance sur Jackie Stewart, récent vainqueur du Grand Prix des Pays-Bas au volant de la Matra à moteur V8 Cosworth.
Le circuit
Utilisé pour la première fois en pour l'organisation d'une course de Formule 3 et d'une course de voitures de sport, le circuit routier de Rouen-les-Essarts emprunte principalement la D938 (entre Les Essarts et Le Nouveau Monde), la D132 (jusqu'à Grand-Couronne), le retour s'effectuant par la nationale 138. Son relief et son cadre lui valent le surnom de « Petit Spa ». Très exigeant pour les pilotes, il comporte de très belles courbes rapides (notamment le difficile virage des Six Frères, en descente), ainsi qu'une épingle très serrée à la jonction des deux routes départementales. Aucune épreuve de Formule 1 n'y avait été disputée depuis 1964, le record officiel du circuit étant détenu par Jochen Rindt, auteur sur sa Brabham de Formule 2 d'un tour à 192,1 km/h de moyenne lors du XVe Grand Prix de Rouen-les-Essarts, en Revue L'Automobile n°256 - août 1967.
Monoplaces en lice thumb|upright=1.2|right|alt=Lotus 49B|Les Lotus 49B sont désormais équipées d'un imposant aileron arrière. Brabham BT24 & BT26 "Usine" Le pilote-constructeur australien Jack Brabham a amené ses deux BT26 à moteur V8 Repco à doubles arbres à cames en tête, la seconde étant aux mains de Jochen Rindt. Doté d'une distribution à quatre soupapes par cylindre, le V8 développe 400 chevaux à 8500 tr/min. Équipées d'une boîte de vitesses Hewland FG400 à cinq rapports et d'un différentiel Weismann, les BT26, à châssis multitubulaire, pèsent environ 530 kg à vide. Depuis le Grand Prix de Belgique, elles sont pourvues d'un aileron arrière et de deux volets stabilisateurs à l'avant. L'équipe dispose en réserve du précédent modèle BT24 (510 kg, V8 Repco à simples arbres à cames en tête, 340 chevaux à 8000 tr/min, boîte Hewland FG400, différentiel Hewland). Les Brabham sont chaussées de pneus Goodyear.
Lotus 49B "Usine" Les deux 49B de Graham Hill et de Jackie Oliver sont dorénavant munies d'un aileron arrière fixé sur les porte-moyeux, dont l'incidence ne peut être ajustée par le pilote. Le becquet aérodynamique intégré au capot arrière a donc disparu. Les deux mini ailerons avant (réglables) montés sur le capot avant sont plus larges que lors des courses précédentes. Les Lotus 49 n'ont plus l'exclusivité du V8 Cosworth DFV (deux doubles arbres à cames en tête, quatre soupapes par cylindre, injection indirecte Lucas, 415 chevaux à 9200 tr/min), qui est également fourni cette saison aux McLaren et à la Matra engagée par Ken Tyrrell. Leur structure monocoque intègre le train avant et le cockpit, sur lequel est boulonné le moteur, qui est porteur. La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland FG400. Les Lotus pèsent 505 kg à vide et utilisent des pneus Firestone.
Lotus 49 privée Au sein de l'équipe de Rob Walker, Joseph Siffert dispose de l'ancienne Lotus 49 de Jim Clark (légèrement plus courte que les versions 49B), dotée du moteur V8 Cosworth et d'une boîte cinq vitesses ZF. Ses appendices aérodynamiques se limitent à deux mini ailerons avant et à deux petits déflecteurs arrière. Elle pèse 500 kg et utilise des pneus Firestone.
Cooper T86B "Usine" Brian Redman, toujours indisponible après le grave accident survenu lors du Grand Prix de Belgique, a été remplacé par son compatriote Vic Elford qui effectue ici sa première apparition en F1, sur une T86B flambant neuve. La voiture habituelle de Lucien Bianchi a pour la circonstance été confiée à Johnny Servoz-Gavin. Dotées d'une structure monocoque, les T86B sont motorisées par un V12 BRM de 380 chevaux, la transmission étant assurée par une boîte cinq vitesses Hewland. Elles pèsent 545 kg à vide et utilisent de pneus Firestone.
Honda RA301 & RA 302 "Usine" thumb|upright=1.25|right|alt=Honda RA301|John Surtees au volant de la Honda RA301. Le constructeur japonais vient d'achever la réalisation de sa révolutionnaire RA302, dont le châssis monocoque en forme de Y est à base de magnésium et d'aluminium. Son moteur V8 à 120° est refroidi par air. La puissance attendue est de 430 chevaux à 10500 tr/min, mais pour les premières sorties le régime moteur est limité à 9900 tr/min, donnant une puissance de 380 chevaux. La voiture est au poids minimal autorisé (500 kg). Son empattement est très court (2,36 m), les pieds du pilote étant devant les roues antérieuresRevue Moteurs n°68 - 22 juillet 1968. John Surtees l'a brièvement testée le sur le circuit de Silverstone et l'a jugée insuffisamment au point pour envisager de disputer le GP de France à son volant, acceptant toutefois d'en dégrossir les réglages sur le circuit normand. Surtees pilotera donc en course son habituelle RA301, dont le châssis monocoque est réalisé en tôles d'alliage léger rivetées. Son V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes est alimenté par injection indirecte. Les sorties d'échappement ont été modifiées et la puissance atteint 430 chevaux à 11000 tr/min. La RA301 pèse 550 kg à vide. Alors que la RA302 ne devait apparaître qu'aux essais, la présence de Soichiro Honda en France (il est venu promouvoir la nouvelle N360) va bouleverser la donne : fervent adepte du projet, le dirigeant japonais tient absolument à voir la nouveauté courir et va demander à Honda France de l'engager. Éric Offenstadt est le premier pilote contacté par la filiale française mais il ne peut se libérer et c'est finalement Jo Schlesser qui va hériter du volant de la RA302, à la stupéfaction de Surtees. Les deux Honda utilisent des pneus Firestone.
Ferrari 312/68 "Usine" La Scuderia Ferrari dispose du même matériel que deux semaines auparavant à Zandvoort, Chris Amon et Jacky Ickx pilotant leurs habituelles 312/68, une 312 de l'année précédente mais dotée des dernières évolutions servant de mulet. Ces monoplaces à structure monocoque pèsent un peu plus de 500 kg. Elles sont dotées de petits volets triangulaires à l'avant et d'un aileron fixe monté sur le châssis au niveau du train arrière. Leur moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes est alimenté par un système d'injection indirecte Lucas et délivre 410 chevaux à 10800 tr/min dans sa version la plus récente, le moteur du mulet, implanté un peu plus haut, fournissant 400 chevaux. Les Ferrari sont équipées de pneus Firestone.
BRM P126 & P133 "Usine" Pedro Rodríguez dispose de son habituelle P133, presque identique à la P126 confiée à Richard Attwood, celle-ci ayant été construite dans l'atelier privé de son concepteur Len Terry et non à l'usine de Bourne. Ces monoplaces à structure monocoque pèsent 550 kg à vide et sont animées par un V12 à doubles arbres à cames en tête développant 400 chevaux à 10000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland DG300. La P133 de Rodríguez a des pneus Goodyear, la P126 d'Attwood des pneus Dunlop.
thumb|upright=1.25|right|alt=V12 Matra|Le moteur Matra V12. BRM P126 privée Au sein du Reg Parnell Racing, Piers Courage dispose d'une BRM P126 identique à celle d'Attwood et également chaussée de pneus Dunlop.
Eagle T1G "Usine" Faute de moteur disponible après l'arrêt de son partenariat avec Weslake (concepteur initial et fournisseur des pièces principales du V12), Dan Gurney n'a pu amener son Eagle T1G et a déclaré forfait.
McLaren M7A "Usine" Bruce McLaren et Denny Hulme pilotent leurs habituelles M7A à moteur V8 Cosworth et boîte Hewland FG 400, désormais équipées d'un aileron arrière. Elles pèsent 515 kg et utilisent des pneus Goodyear.
Matra MS10 & MS11 "Usine" Matra Sports a modifié le train avant de la MS11 destinée à Jean-Pierre Beltoise, comportant désormais des éléments en titane. La puissance du moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 4 soupapes par cylindre a été portée à 420 chevaux. Il est accolé à une boîte «cinq» Hewland FG400. Malgré les quelques améliorations apportées, le poids de la MS11 reste élevé, de l'ordre de 570 kg à vide. Au sein de l'équipe Matra Internationale, Jackie Stewart (qui souffre toujours de sa blessure au poignet) dispose de deux MS10 à moteur V8 Cosworth et boîte Hewland DG300, la deuxième servant de mulet. Sur le châssis prévu pour la course, des porte-fusée en titane ont été adoptés. La MS10 pèse 535 kg à vide. Les Matra sont chaussées de pneus Dunlop.
Alpine A350 Pilote essayeur d'Alpine, Mauro Bianchi s'était inscrit sur la monoplace expérimentale A350, dotée du moteur V8 Renault-Gordini équipant également les prototypes A220, monoplace qu'il venait de tester sur le circuit de Zolder. Fermement opposés au projet, les dirigeants de la Régie Nationale n'ont pas donné leur accord et ont ordonné la destruction immédiate de la voiture.
Coureurs inscrits