vignette|Timbre finlandais célébrant les 25 ans du traité YYA avec l'URSS (1973).

La finlandisation ( ; ; ) est une expression faisant référence à l'influence que peut avoir un pays puissant sur la politique extérieure d'un plus petit pays voisin. Cette expression a été inventée en raison de l'influence qu'exerçait l'URSS sur la Finlande après le traité YYA de 1948, imposant à cette dernière une neutralité subie et qui a perduré jusqu'à la décision de Sanna Marin d'adopter une position ferme face à la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Origine et signification Le terme a été utilisé en 1953 par le ministre autrichien des Affaires étrangères Karl Gruber pour mettre en garde son pays contre les dangers de l'Ostpolitik allemande et désigner les limitations imposées par un État puissant à l'autonomie d'un voisin plus faible en faisant référence aux relations politiques entre la Finlande et l'URSS. Reprise par Franz Josef Strauß, l'expression, qui est perçue comme péjorative, trouve donc son origine dans les débats des années 1960 et 1970 en Allemagne et dans les autres pays de l'OTAN.

Elle désignait le fait qu'un pays devienne neutre, dans le but, non seulement de préserver la souveraineté nationale, mais également de ne pas défier une puissance voisine. La Finlande est le pays directement à l'origine du mot à cause de sa politique extérieure vis-à-vis de l'Union soviétique pendant la guerre froide. Elle refusa notamment de rejoindre l'OTAN. Mais le terme peut aussi faire référence à d'autres relations internationales comme l'attitude du Danemark envers l'Allemagne entre 1871 et 1940.

De nos jours il est utilisé pour décrire des relations entre pays comme Taïwan avec la Chine ou du Liban avec la Syrie. Elle est maintenant utilisée de façon plus générale encoreJacques Hubert-Rodier, La Finlandisation de l'Europe face à Poutine, Les Échos du 25 novembre 2004, page 14.

En Finlande même, l'utilisation du terme « finlandisation » était perçue comme très offensante et comme l'expression d'une incapacité à comprendre comment un petit État peut faire un compromis avec une superpuissance très différente culturellement et idéologiquement, et ceci sans perdre sa souveraineté. L'objectif de la finlandisation était pour la plupart des Finlandais simplement réaliste. En clair, chercher à survivre et à profiter des relations commerciales avec son voisin (importation d'énergie bon marché et débouché pour produits semi-manufacturés et machines-outils). Diversifiant ainsi son approvisionnement énergétique, la Finlande n'a que très peu souffert des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979.

D'autre part, pour un pays pris de court par l'agression soviétique de l'hiver 1939, le maintien de relations diplomatiques soutenues avec le grand voisin était perçu comme un moyen de posséder une longueur de renseignement d'avance sur une éventuelle augmentation des intentions belliqueuses de l'URSS.

Position politique de la Finlande

Le contexte historique

Avant son indépendance en 1917, l'histoire de la Finlande avec la Suède et la Russie est jalonnée de nombreuses guerres. En 1917, elle devient indépendante de l'Empire russe avec l'aide de l'Empire allemand. De 1918 à 1920, elle participe à la Guerre civile russe dans le cadre de la Triple-Entente ; en 1922, elle signe une alliance jamais ratifiée avec la Pologne ; dans les années 1930, son association avec les pays scandinaves se termine avec la Guerre d'Hiver de 1939 à la suite de l'agression de l'URSS.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Finlande se retrouve directement confrontée aux idéologies totalitaires avec le fascisme à l'ouest et le stalinisme à l'est. Pendant cette période, le pays est dirigé de fait par le maréchal Mannerheim, commandant en chef de l'armée, qui jouit d'un prestige important. Il s'ensuit alors une politique de louvoiement forcé, l'essentiel étant de conserver l'indépendance du pays.

Cela conduit en 1940, à la suite de la Guerre d'Hiver, au rapprochement avec l'Allemagne nazie, l'objectif étant de reconquérir les territoires annexés par l'URSS un an plus tôt. Ce qui explique, après le déclenchement du plan Barbarossa, l'offensive finlandaise pendant la guerre de Continuation en 1941.

La défaite de la Wehrmacht lors de la bataille de Stalingrad oblige la Finlande à revenir à sa politique du , qu'elle avait perçue comme efficace durant la période de russification de la Finlande de 1899 à 1905. Les dirigeants finlandais comprirent que l'attitude d'opposition pure à l'URSS était devenue impossible. Aucune puissance internationale ne pouvait l'aider. L'Allemagne nazie perdait la guerre. La Suède n'était pas assez puissante et ses dirigeants ne souhaitaient pas se confronter à l'URSS. Les pays occidentaux étaient alliés de l'URSS. En conséquence, la Finlande devait faire seule face à son puissant voisin par ses propres moyens. Comme au , la Finlande choisit de s'adapter à la politique étrangère de l'Union soviétique, tout en cherchant à garder son indépendance.

La ligne Paasikivi

Après la signature du traité de Paris de 1947, la Finlande réussit à rester une démocratie parlementaire, en dépit de la pression très forte de l'URSS sur sa politique étrangère et sa politique intérieure. La politique étrangère de la Finlande suivra la doctrine de Juho Kusti Paasikivi dite Ligne Paasikivi, qui met l'accent sur la nécessité de maintenir de bonnes relations de confiance avec l'Union soviétique. C'est à cette fin qu'est signé le traité YYA en . En conséquence, la Finlande ne participe pas au Plan Marshall, et garde une attitude neutre concernant la politique étrangère soviétique. En gardant des relations très froides avec l'OTAN et avec les puissances militaires occidentales, la Finlande peut éviter son affiliation au Pacte de Varsovie.

La politique de l'Union soviétique

Aspects politico-économiques

Après la signature du Traité finlando-soviétique de 1948, plus connu sous le nom de Traité YYA, la Finlande était dans la zone d'influence de l'Union soviétique de façon beaucoup plus prégnante que les autres pays occidentaux. En particulier, la neutralité finlandaise découlait du traité YYA. En comparaison, la position de l'Autriche s'appuyait sur un accord de 1955 par lequel l'URSS offrait d'alléger l'occupation de l'Autriche à la condition que l'Autriche restât neutre même quand les troupes soviétiques se seraient retirées. L'URSS ne signe un accord de commerce bilatéral qu'avec les Pays de l'Est, la Finlande et l'Inde.

À l'époque, la Finlande est le second partenaire commercial occidental de la Russie, après l'Allemagne de l'Ouest.

Pour l'URSS, ces échanges économiques avaient pour intérêt d'afficher le principe d'une coexistence pacifique. Ainsi l'URSS pouvait-elle démontrer que la coexistence pacifique entre des pays capitalistes et des pays socialistes était possible.

L'entretien des amis de l'URSS

L’URSS qualifiait d' certains partis et certains politiciens finlandais, dont aucun ne put accéder à une position de direction, indépendamment des résultats électoraux. La finlandisation conduisit à la situation que de nombreux politiciens de droite ont cherché à être classés comme prosoviétiques et donc à avoir des relations privilégiées avec l’Union soviétique. Pour les relations individuelles, l’ambassade de l’URSS choisit pour chaque politicien important un Soviétique comme contact individuel, ce qu'Aarno Laitinen appelle dans son livre Tamminiemen pesänjakajat Aarno Laitinen, Tamminiemen pesänjakajat, éditions Kustannus-Vaihe Ky, 1981. .

Être invité à l'ambassade de l'URSS le jour anniversaire de la Grande révolution socialiste d’Octobre fêtée le était une démonstration publique de l’alignement sur la ligne officielle et la compétition était forte pour obtenir cette invitation. Au niveau de la direction des grandes entreprises, on valorisait aussi les bonnes relations avec l’Est. Les présidents et directeurs généraux des grands groupes étaient appelés ou dans des milieux plus critiques : .

Ainsi, l’URSS put s’assurer que la politique intérieure de la Finlande garantissait le fait que la Finlande restait neutre, conformément au Traité finlando-soviétique de 1948. Des groupes « soviétophiles » se formèrent dans différents partis politiques. Des exemples furent les Remonttimiehet du parti Kokoomus, la ligne-K du Parti du centre et les jeunes militants de gauche des années 1970 du Parti social-démocrate de Finlande, les Taistolaiset du Parti communiste et les Janssonilaiset du Parti populaire suédois. Il existait des groupes opposés à cette politique et favorables à une intégration rapide avec l’Ouest comme les oikeistolaiset du Kokoomus, les perustuslailiset du Parti populaire suédois et au SDP les tannerilaiset.

Au niveau de la société civile, comme organisation soviétophile, on fonda l’association Finlande-Union soviétique.

Perception finlandaise et autocensure

À la finlandisation est étroitement associée une politique d'autocensure. Dans ce contexte, on parle d'un contrôle du débat public par les Finlandais eux-mêmes. Toute analyse, même peu critique, est sujette à désapprobation et l'on doit s'abstenir de toute publication pouvant être « préjudiciable » aux relations finlando-soviétiques. Entre 1944 et 1946, sous occupation soviétique, les bibliothèques publiques furent contraintes de retirer de la circulation plus de qui sont jugés « antisoviétiques » et les librairies reçoivent des catalogues de livres bannis. Dans son ouvrage, Kai Ekholm émet l'hypothèse que ce système d’après-guerre fut un précurseur possible de la longue période d'autocensure des années 1970 et 1980. Le Comité de contrôle cinématographique bannit aussi des films considérés comme antisoviétiques.

Fondements juridiques L’autocensure avait aussi une base juridique : en 1948, un article fut ajouté au code pénal, selon lequel tout élément pouvant être matière à être préjudiciable aux relations entre la Finlande et un pays étranger, en pratique avec l’Union soviétique, pourrait être puni d’une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. On définit comme infraction tout outrage public et délibéré réalisé par tout moyen imprimé, écrit, image ou autre forme d’expression. Le Ministère public ne pouvait poursuivre l’infraction définie par la loi que par décret présidentiel Kemppinen, Kullervo: Lakitiedon Pikkujättiläinen, p. 653, WSOY, 1985..

En 1948, l’éditeur et le rédacteur en chef du quotidien Keskisuomalainen furent condamnés à une amende sur la base de cet article de loi. Il était question d’une nouvelle parue le concernant la mort d'Andreï Jdanov, qui dirigeait la Commission de contrôle alliée de l’après-guerre. Dans cette nouvelle, il était fait allusion au fait qu’il aurait été victime de la terreur stalinienne. La mise en accusation avait été réclamée par le président Juho Kusti Paasikivi et le Conseil d’État Article "Martti Juusela päätoimittaja ja ensimmäinen maakuntaneuvos", par Lasse Kangas, Journal Keskisuomalainen 26.3.2008.

En 1975, sur la base du même article, dans sa lettre de semonce(en ) de le président Urho Kekkonen menaça très vigoureusement de poursuites l’éditeur en chef Jussi Talvi du périodique Uusi Maailma. Ce cas est unique de la période Kekkonen Juhani Suomi: Liennytyksen akanvirrassa, p. 492. éditions Otava, 1998..