La bataille de Grèce (aussi appelée opération Marita, en allemand : ) est une campagne militaire de la Seconde Guerre mondiale qui s'est déroulée sur le territoire grec et en Albanie au printemps 1941. Elle a opposé les forces de l'Axe aux Alliés (Grèce et Commonwealth). Avec la bataille de Crète et plusieurs autres actions navales, la bataille de Grèce fait partie de la campagne des Balkans.

La bataille de Grèce est la suite de la guerre italo-grecque commencée à l'automne 1940. Le , l'Italie envahit la Grèce à partir de l'Albanie qu'elle occupe déjà depuis . Cependant, l'armée grecque prouve qu'elle peut résister et contre-attaque, forçant l'armée italienne à battre en retraite. Vers la mi-décembre, les Grecs occupent à leur tour un quart du territoire albanais. En , une nouvelle offensive italienne échoue, mettant fin aux prétentions italiennes en Grèce, et obligeant l'Allemagne à intervenir pour venir en aide à son allié.

Le , l'Allemagne envahit la Grèce depuis la Bulgarie afin de sécuriser son front sud. L'armée grecque, largement inférieure en nombre et en équipement, s'effondre. Athènes tombe le pendant que le Commonwealth réussit à évacuer près de . La bataille de Grèce s'achève le avec la chute de Kalamata. À l'issue de la bataille de Grèce, le pays est divisé en trois zones d'occupation entre les Allemands, les Bulgares et les Italiens, jusqu'au retrait des troupes italiennes en 1943 et la retraite des Allemands en .

La bataille de Grèce est considérée par certains historiens comme décisive dans le cours de la Seconde Guerre mondiale car l'invasion de la Grèce a retardé le déclenchement de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, décalant cette dernière vers l'hiver. La résistance des soldats grecs a été saluée tant par les Alliés que par les Allemands.

Contexte

À la fin de 1940, l'Allemagne occupe la majeure partie de l'Europe occidentale. Jaloux des victoires de son allié, Mussolini veut prouver qu'il peut mener l'Italie à des conquêtes militaires similaires. En 1939, l'Italie occupe déjà l'Albanie et plusieurs places fortes du Commonwealth britannique en Afrique du Nord. Mussolini, qui considère l'Europe du Sud-est comme faisant partie de la sphère d'influence italienne, décide d'envahir la Grèce, considérée alors comme un adversaire facile.

La Grèce en 1940 Contexte politique La vie politique grecque de l'entre-deux-guerres est chaotique. Pendant la Première Guerre mondiale, la Grèce, sous l'impulsion d'Eleftherios Venizelos, rejoint le camp des Alliés alors que le roi Constantin de Grèce, beau-frère de l'Empereur allemand Guillaume d'Allemagne, est plutôt germanophile. Ce ralliement permet à la Grèce de faire partie des vainqueurs du conflit et de récupérer sur la Bulgarie la Thrace occidentale et la côte égéenne autour d'Alexandroupoli. En 1920, le traité de Sèvres lui attribue, au détriment de la Turquie, la Thrace orientale, les îles d'Imbros et Ténédos, et la région de Smyrne. Seule l'Épire, donnée à l'Albanie, lui échappe.

Mais en 1921, la Grèce entre en guerre contre la Turquie et le conflit tourne au désastre pour la Grèce. La défaite contraint le roi Constantin à l'exil, tandis que la Grèce perd tous ses territoires en Asie mineure et une partie de la Thrace et que le chef du gouvernement et le chef d'état-major de l'armée sont jugés coupables de cette défaite lors du procès des Six et exécutés. De plus, le Traité de Lausanne entraîne un échange de population entre les deux pays : d'Asie mineure sont rapatriés en Grèce. Cet afflux de population pour un pays qui ne compte que 4,5 millions d'habitants se solde par une grave crise économique et une instabilité politique.

Après l'échec d'une prise de pouvoir communiste en , Venizelos reprend le pouvoir et le roi Georges de Grèce abdique. Mais la jeune république grecque connaît toute une série de crises et ce ne sont pas moins d'une quinzaine de gouvernements qui se succèdent jusqu'en 1935, année de l'abolition de la République par Geórgios Kondýlis et du retour de . En 1936, Ioánnis Metaxás, connu pour son anticommunisme et son antiparlementarisme, est appelé au pouvoir par le roi. Il instaure une dictature qui met fin à dix années d'instabilité politique. Il abolit la constitution, dissout le parlement, interdit les partis politiques et exalte la grandeur grecque.

Contexte économique La Grèce de 1940 est un pays rural, endetté et économiquement dépendant. On peut considérer qu'il est quasiment un protectorat britannique tellement le rôle politique, économique et financier de la Grande-Bretagne y est important. En 1940, Le PNB par habitant est de , c'est-à-dire environ neuf fois moins que les par habitant de la Grande-BretagneEn 2006, le PNB/habitant de la Grèce est de , celui de la Grande-Bretagne (source: CIA Factbook). L'état de pauvreté du pays fait que 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon les normes gouvernementales, en raison de son régime alimentaire pauvre et de la présence de maladies endémiques comme la tuberculose (près de nouveaux cas chaque année) et la malaria (la Grèce consomme 5 % de la quinine vendue dans le monde).

Sur les du pays, près de 5 millions sont des ruraux. Il existe aussi de forts contrastes entre les trois principales villes et le reste du pays. Athènes, Thessalonique et Patras connaissent l'industrie, l'électricité et le tramway mais dans les montagnes, qui représentent 70 % du territoire, les villages manquent de services élémentaires tels qu'écoles, routes ou bureaux de poste. Un tiers de la population est analphabète, et la moitié ne termine pas les quatre années d'enseignement obligatoire.

La Grèce a durement été touchée par la crise économique des années 1930. L'essentiel des exportations du pays (71,5 %) provient de trois produits : le tabac (50 % des exportations), les raisins secs et l'huile d'olive, d'où la fragilité du pays face à la crise mondiale des années 1930 qui touche prioritairement ces produits de semi-luxe. Depuis 1932, elle s'est déclarée incapable de rembourser les intérêts de sa dette, détenue à 70 % par la Grande-Bretagne. L’Allemagne, qui achète à la Grèce beaucoup plus qu'elle ne lui vendL'Allemagne importe entre 1936 et 1940 la moitié de la production grecque de bauxite ce qui fait d'elle le premier client de la Grèce ., profite de ces circonstances pour passer des accords commerciaux avec la Grèce, important du tabac contre des produits industriels, puis du matériel militaire, provoquant les protestations britanniques contre un gouvernement jugé germanophile. En effet, le Premier ministre, et dictateur de type fasciste, Ioánnis Metaxás, militaire de carrière, a été formé en Allemagne ; il était considéré tellement pro-allemand, qu'après la crise politique de l (« Schisme National ») de 1915-1916, il fut exilé en même temps que le roi.

Menaces extérieures La Grèce a conscience que ses voisins menacent sa souveraineté. Si depuis la proclamation de la République en 1924 la diplomatie a diminué les tensions avec la Yougoslavie et la Turquie et garanti les frontières de la Grèce, il reste néanmoins le danger bulgare. La Bulgarie regrette l'époque de la Grande Bulgarie dessinée par le Traité de San Stefano, la Thrace occidentale, bulgare de 1913 à 1918 et la Macédoine orientale qu'elle a occupée pendant la Première Guerre mondiale. Dès 1936, Ioánnis Metaxás, qui voit dans ce voisin l'ennemi le plus dangereux, fait construire la Ligne Metaxas, une ligne fortifiée le long de la frontière avec la Bulgarie inspirée de la Ligne Maginot. Mais Metaxás est contraint de reconnaître que Mussolini est devenu l'ennemi prioritaire. Les impérialismes grecs et italiens s'étaient déjà opposés après la Première Guerre mondiale en Albanie et en Asie mineure ; et le bombardement de Corfou en avait montré que le contentieux n'était pas clos. Les convoitises italiennes se précisent lors de l'invasion de l'Albanie par l'Italie en . L’Italie construit alors dans le sud de l'Albanie un aéroport et des routes dirigées vers la Grèce.

Invasion italienne et contre-attaque grecque

La guerre italo-grecque débute le , lorsque l'ambassadeur d'Italie en Grèce, Emanuele Grazzi présente un ultimatum au premier ministre grec, Ioánnis Metaxás. Mussolini exige le libre passage de ses troupes afin d'occuper des sites stratégiques non définis sur le territoire grec. Metaxás rejette l'ultimatum, un fait commémoré depuis lors du Jour du Non. L’Italie envahit la Grèce depuis l'Albanie avant même la fin de l'ultimatum.

Les Italiens traversent la rivière Kalamas et se dirigent vers Ioannina, mais sont vite repoussés avant d'être poursuivis par l'armée grecque, d'abord en Grèce même, puis sur le territoire albanais. Après trois semaines d'offensive, le territoire grec est libéré et la contre-attaque se poursuit. Celle-ci est menée avec succès par les Grecs, les renforts italiens n'ayant que peu d'effet. Korçë, la plus grande ville d'Albanie est prise par les Grecs le , Pogradec et Argyrokastro le , Himarë le 24 et Këlcyrë le .

Seconde offensive italienne thumb|right|upright=1.5|La contre-attaque grecque.|alt=Carte de la région de Grèce, Yougoslavie à la Turquie. Elle matérialise une contre-attaque grecque au nord-est de celle-ci, en direction de l'Albanie. Après des semaines de luttes infructueuses au cours de l'hiver 1940-1941, l'Italie lance une seconde offensive le . Malgré la supériorité numérique de l'armée italienne., l'offensive échoue de nouveau et après seulement une semaine et , Mussolini met fin à cette seconde offensive. Il quitte l'Albanie douze jours plus tard et laisse à l'Allemagne le soin d'intervenir. Après six mois de combats contre l'Italie, l'armée grecque, bien que victorieuse, est épuisée et incapable de se dresser contre une éventuelle invasion allemande. De plus, la majeure partie de l'armée est massée en Albanie et ne peut lutter de façon efficace contre une nouvelle invasion.

center|frameless|upright=1.1 center|frameless|upright=1.1 L'invasion italienne & la contre-attaque grecque28 octobre – 18 novembre 1940 La contre-offensive grecque & l'enlisement14 novembre 1940 – 23 avril 1941

Hitler décide d'envahir la Grèce Hitler n'a pas prévu d’envahir la Grèce avant d'attaquer l'Union soviétique. En effet, il attribue, au moins partiellement, la défaite des forces de l'Europe centrale lors de la Première Guerre mondiale à leur engagement dans les Balkans. Il lui est cependant difficile d'abandonner son allié italien, réduit en au rang de satellite du Reich. De plus, la présence britannique en Grèce est ce qui préoccupe le plus le Führer puisqu'elle constitue, dans ses projets vers l'Union soviétique, une menace sur son flanc sud . Ainsi, les responsables politiques et militaires du Reich souhaitent absolument chasser les Anglais du territoire grec et ils préparent, dans cette optique, toutes les solutions possibles : la diplomatie et la guerre. En , le chef de l'Abwehr, Wilhelm Canaris rencontre l'ambassadeur grec en Allemagne, l'amiral Argyropoulos et lui propose la médiation allemande dans le conflit avec l'Italie. Berlin imposerait un cessez-le-feu et interposerait des troupes entre les belligérants, la Grèce garderait les territoires albanais conquis. En échange, Athènes s'engagerait à obliger les troupes britanniques stationnées en Grèce à évacuer le pays. La même proposition est faite par l'ambassadeur allemand à Athènes au ministre grec de l'intérieur. Dans les deux cas, la Grèce ne répond pas, préférant que les propositions soient faites par la voie diplomatique officielle, afin de leur donner plus de poids.