Le Grand Prix de France 1965 (LIe Grand Prix de l'A.C.F.), disputé sur le circuit automobile de montagne d'Auvergne le , est la cent-trente-cinquième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1965.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis 1961, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960). Initialement prévue pour une période de trois ans, la formule a été prolongée de deux années supplémentaires par la Commission sportive internationale, garantissant la stabilité technique jusqu'à fin 1965, alors que la saison 1966 inaugurera la Formule 1 «3 litres» . La réglementation s'appuie sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
Ayant perdu son titre mondial au profit du «Ferrariste» John Surtees dans les derniers tours de l'ultime épreuve de la saison précédente, Jim Clark a abordé l'année 1965 avec un esprit de revanche. Après avoir imposé sa Lotus lors de l'épreuve inaugurale, en Afrique du Sud, le pilote écossais a ensuite remporté le Grand Prix de Syracuse et le Sunday Mirror Trophy (sur le circuit de Goodwood), deux épreuves hors championnat. Sa participation victorieuse aux 500 miles d'Indianapolis l'a toutefois empêché de courir le Grand Prix de Monaco, brillamment remporté par Graham Hill sur sa BRM, mais sa domination insolente au dernier Grand Prix de Belgique lui a permis de reprendre les rênes du championnat.
Le circuit thumb|upright=1.2|right|alt=Charade|Proche de Clermont-Ferrand, le circuit de montagne d'Auvergne se caractérise par son relief marqué.
Projeté dès 1955, le circuit automobile de montagne d'Auvergne a été créé à l'initiative de l'ancien pilote amateur Jean Auchatraire, en collaboration avec Toto Roche (le fondateur de la FFSA) et Louis Rosier ; disparu accidentellement deux ans avant l'achèvement des travaux, ce dernier n'a malheureusement pu assister à l'inauguration du tracé, en , à l'occasion des Trois Heures Internationales d’Auvergne, une course d'endurance qui sera remportée par la Lotus XI d'Innes Ireland. Situé au pied du Puy de Charade, à quelques kilomètres à l'ouest de Clermont-Ferrand, le circuit développe huit kilomètres. Il est en partie constitué de routes départementales élargies à sept mètres, en partie de pistes spécialement créées. Le tracé comprend cinquante-et-un virages, la dénivellation étant de cent quatre-vingts mètres, ces spécificités lui valant le surnom de «petit Nürburgring». C'est la première fois qu'il accueille les monoplaces de Formule 1. Le record officiel de la piste est détenu par Richard Attwood, qui au volant de sa Lola de Formule 2 avait accompli un tour à 131,3 km/h de moyenne lors du VI Trophée d'Auvergne, en Revue Moteurs n°45 - septembre-octobre 1964. Depuis 1959, année où John Surtees s'était doublement imposé, remportant les catégories 350 cm3 et 500 cm3, la piste est également utilisée pour le Grand Prix de France motocycliste.
Monoplaces en lice thumb|upright=1.1|right|alt=Ferrari 158|La Ferrari 158. Ferrari 158 & 1512 "Usine" Au sein de la Scuderia Ferrari, Lorenzo Bandini est le seul à piloter la 1512 à moteur douze cylindres à plat, apparue à la fin de la saison précédente. Premier pilote, John Surtees continue à utiliser le modèle 158 à moteur V8, qui lui a valu le titre mondial 1964, deux châssis étant à sa disposition. Hormis la mécanique, les deux monoplaces sont presque identiques : structure monocoque, même type de suspension, freins à disques Dunlop (montés dans les roues à l'avant et «inboard» à l'arrière). La 1512 mesure toutefois 2 centimètres de plus que la 158. Elles pèsent respectivement 475 kg et 468 kg à vide. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, le douze cylindres développe 220 chevaux à 11500 tr/min tandis que le V8 (à injection directe Bosch) délivre 210 chevaux à 11000 tr/min. Les deux versions sont dotées d'une boîte de vitesses longitudinale à cinq rapports. Les Ferrari sont chaussées de pneus Dunlop.
BRM P261 "Usine" Le constructeur de Bourne est présent avec trois P261 à moteur V8 à injection indirecte Lucas, d'une puissance de 210 chevaux à 11000 tr/min. Ces monoplaces à structure monocoque pèsent un peu plus de 450 kg à vide. Graham Hill et Jackie Stewart disposent chacun d'une version à boîte six vitesses. La troisième voiture, dotée d'une boîte à cinq vitesses, fait office de mulet. Les BRM utilisent des pneus Dunlop
Lotus 25 & 33 "Usine" Jim Clark et Mike Spence s'alignent sur des Lotus 33, l'équipe disposant en outre d'une 25C en réserve. Les trois châssis, à structure monocoque, sont pratiquement identiques, le modèle 25 ayant reçu les évolutions techniques apportées par le Type 33 (suspensions, capot arrière profilé). Munies d'un moteur V8 Coventry Climax FWMV à injection indirecte Lucas et d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, elles pèsent 455 kg à vide. Clark bénéficie toutefois de la dernière version du V8 Climax, à quatre soupapes par cylindres, qui délivre 213 chevaux à 10500 tr/min. Spence se contente d'une version 1964 à deux soupapes par cylindres (205 chevaux à 9600 tr/min), le moteur du mulet étant une version 1963, également à deux soupapes par cylindres mais avec vilebrequin à manetons décalés (203 chevaux à 9750 tr/min). Les Lotus officielles ont des pneus Dunlop.
thumb|upright=1.1|right|alt=Cooper T77|La Cooper T77, à moteur V8 Coventry Climax. Lotus 25 privées Les deux pilotes habituels de l'écurie Reg Parnell Racing ne peuvent participer à l'épreuve française, Mike Hailwood étant retenu ce même week-end au Grand Prix moto des Pays-Bas alors que Richard Attwood n'est pas complètement rétabli de son accident survenu lors du dernier Grand Prix de Belgique. Tim Parnell a donc fait appel à Chris Amon et à Innes Ireland pour piloter ses deux Lotus 25C à moteur V8 BRM (d'une puissance d'environ 200 chevaux) et à boîte de vitesses Hewland à cinq rapports. L'équipe utilise des pneus Dunlop.
Brabham BT11 "Usine" Les responsables de l'A.C.F. ayant refusé l'engagement d'une troisième voiture, Jack Brabham a cédé sa place à Denny Hulme (vainqueur ici-même en Formule 2 l'année précédente), au côté de Dan GurneyRevue Sport Auto - . Tous deux pilotent des BT11 à châssis multitubulaire et moteur V8 Climax (en version 32 soupapes pour Gurney et 16 soupapes pour Hulme), accouplé à une boîte cinq vitesses Hewland. Elles pèsent 460 kg à vide et sont équipées de pneus Goodyear.
thumb|upright=1.1|right|alt=Honda RA272|La Honda RA272, avec moteur V12 transversal. Brabham BT7 & BT11 privées Rob Walker aligne son équipe habituelle, Joakim Bonnier au volant de sa Brabham BT7 à moteur V8 Climax et Joseph Siffert au volant de sa BT11 à moteur V8 BRM. Les deux monoplaces sont dotées d'une boîte six vitesses Colotti. John Willment avait initialement engagé une BT11 à moteur BRM pour l'Australien Frank Gardner, qui a déclaré forfait. Son remplacement par Jo Schlesser fut brièvement envisagé, mais le Français se voyant proposer une BT10 à moteur quatre cylindres Ford a finalement décliné l'offre. Alors que son engagement avait été initialement refusé par les organisateurs, Bob Anderson a été admis à participer sur sa BT11 personnelle, à moteur V8 Climax. Rob Walker et Anderson utilisent des pneus Dunlop.
Cooper T77 "Usine" John Cooper engage ses deux T77 à châssis multitubulaire et moteur V8 Climax (version 16 soupapes) pour Bruce McLaren et Jochen Rindt. Équipées d'une boîte six vitesses conçue et réalisée en interne, elles pèsent 460 kg à vide et sont chaussées de pneus Dunlop.
Honda RA272 "Usine" L'équipe japonaise aligne trois RA272 à structure monocoque. Elles sont aux mains de Richie Ginther et de Ronnie Bucknum, le troisième châssis étant en réserve. Leur moteur V12, disposé en position transversale juste derrière le cockpit, possède une distribution à quatre soupapes par cylindres et un système d'injection intégré dans les tubulures. Il développe 230 chevaux à 12000 tr/min. La boîte de vitesses, fabriquée par ZF, possède six rapports. Tout comme les Brabham officielles, les Honda utilisent des pneus Goodyear.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 John Surtees SpA Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 158 158/0005 Ferrari 205B V8 2T John Surtees SpA Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 158 158/0006 Ferrari 205B V8 4 Lorenzo Bandini SpA Ferrari SEFAC Ferrari Ferrari 1512 1512/0007 Ferrari 207 F12 6 Jim Clark Team Lotus Lotus Lotus 25C 25 R6 Coventry Climax FWMV MkII V8 6T Jim Clark Team Lotus Lotus Lotus 33 33 R11 Coventry Climax FWMV MkIV V8 8 Mike Spence Team Lotus Lotus Lotus 33 33 R9 Coventry Climax FWMV MkIII V8 10 Graham Hill Owen Racing Organisation BRM BRM P261 2616 BRM P60 V8 10T Graham Hill Owen Racing Organisation BRM BRM P261 2615 BRM P60 V8 12 Jackie Stewart Owen Racing Organisation BRM BRM P261 2617 BRM P60 V8 14 Dan Gurney Brabham Racing Organisation Brabham Brabham BT11 F1-2-64 Coventry Climax FWMV MkIII V8Coventry Climax FWMV MkIV V8 16 Denny Hulme Brabham Racing Organisation Brabham Brabham BT11 F1-1-64 Coventry Climax FWMV MkIII V8 18 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T77 F1-2-65 Coventry Climax FWMV MkIII V8 20 Jochen Rindt Cooper Car Company Cooper Cooper T77 F1-1-65 Coventry Climax FWMV MkIII V8 22 Innes Ireland Reg Parnell Racing Lotus Lotus 25C 25 R7 BRM P56 V8 24 Chris Amon Reg Parnell Racing Lotus Lotus 25C 25 R3 BRM P56 V8 26 Richie Ginther Honda R&D Company Honda Honda RA272 272-3 Honda RA272E V12 26T Richie Ginther Honda R&D Company Honda Honda RA272 272-1 Honda RA272E V12 28 Ronnie Bucknum Honda R&D Company Honda Honda RA272 272-2 Honda RA272E V12 30 Bob Anderson DW Racing Enterprises Brabham Brabham BT11 F1-5-64 Coventry Climax FWMV MkII V8 32 Frank Gardner Jo Schlesser John Willment Automobiles Brabham Brabham BT11 F1-4-64 BRM P56 V8 34 Joakim Bonnier Rob Walker Racing Team Brabham Brabham BT7 F1-2-63 Coventry Climax FWMV MkII V8 36 Joseph Siffert Rob Walker Racing Team Brabham Brabham BT11 F1-6-64 BRM P56 V8
Qualifications Deux séances qualificatives sont prévues, les vendredi et samedi après-midi précédant la course.
Première séance - vendredi 25 juin Il règne une chaleur torride lorsque commencent les premiers entrainements, le samedi après-midi. Beaucoup de pilotes découvrent le tracé et tournent prudemment pour se familiariser avec les nombreux virages «à l'aveugle». À cet effet, Jim Clark et Graham Hill utilisent leurs mulets, mais tous deux seront piégés par leurs machines : la suspension arrière de la Lotus 25 de Clark s'affaisse soudainement, son pilote effectuant un tête-à-queue mais parvenant cependant à stopper sans autre dommage, alors qu'un peu plus tard l'accélérateur de Hill se coince au moment de négocier une courbe rapide ; le Britannique part en dérapage et percute un rocher, subissant un violent coup du lapin alors que sa BRM est très endommagée. Exploitant sa parfaite connaissance du circuit, Denny Hulme s'est montré d'emblée très à l'aise et c'est lui qui va réaliser le meilleur temps de la journée, tournant à 143,5 km/h de moyenne au volant de sa Brabham. Le Néo-Zélandais précède d'un dixième de seconde la Ferrari de John Surtees et la BRM de Jackie Stewart. N'ayant pu mettre totalement à profit sa séance, Clark a tout de même limité les dégâts, obtenant le cinquième temps juste derrière son coéquipier Mike Spence. Sérieusement choqué, Hill n'a pas repris le volant et reste incertain pour la course.
thumb|upright|right|alt=Denny Hulme|Denny Hulme s'est montré le plus rapide lors de la première journée d'essais.