Sayyid Abul Ala Maududi (Maulana Maududi), né le à Aurangabad, dans l'État d'Hyderabad (Raj britannique) et mort le ) à Buffalo, dans l'État de New York (États-Unis), est un théologien pakistanais fondamentaliste très influent qui est le fondateur du parti pakistanais Jamaat-e-Islami. Il envisageait la création d’un État islamique unifié, fondé sur l’application rigoureuse de la loi religieuse (Charia), qui s’étendrait progressivement à tout le sous-continent indienFlorence Bergeaud-Blackler, Le Frérisme et ses réseaux, Abul A'la Mawdudi. 1903-1979 : l'écosystème de l'islamic way of life, pp. 82-87; 2023, éd. Odile Jacob, .

Contexte historique Biographie Maududi est né le à Awrangâbâd dans l'état indien de Hyderabad. Sa famille prétend descendre directement de Khadja Kutb Edine MawdudEncyclopédie de l'Islam, Fascicule 111, Clifford Edmund Bosworth, Brill Archive, , 9789004092402, page 863, Consultable partiellement en ligne.

Enfance Assez jeune, on donne à Maududi une instruction à domicile, il "reçut l'enseignement religieux des mains de son père et de nombre de précepteurs qu'il employait."Adams pp. 100-101 Il entreprit cependant rapidement des études formelles dans une école et compléta son éducation secondaire à la Madrasa Furqaniyah. Il accomplit ses études supérieures à Darul Uloom à Hyderabad en Inde. Elles sont interrompues par la maladie et la mort de son père et il achève ses études en dehors des institutions d'enseignement régulières. Sa formation comprend un peu des matières d'une école moderne, telles que les langues européennes et particulièrement l'Anglais. Selon certaines sources il traduit The New Woman de Qasim Amin en Ourdou à l'âge de quatorze ansThe Qur'an: an encyclopedia, Routledge, p. 396 par Oliver Leaman (publié en 2005) et près de 3.500 pages d'Asfar, l'œuvre du penseur persan mystique Molla Sadra Shirazi.

Éducation Dans son éducation formelle, Syed Maududi est admis directement dans la de la Madrasa Furqania (Aurangabad) où il dépasse ses condisciples en tous points, malgré sa jeunesse. C'est l'époque ou Maududi est attiré par la Physique, la Chimie et les Mathématiques. Il passe l'examen de Molvi (Métrique) et obtient son admission en Molvi Alam (Intermédiaire). Entre-temps, son père déménage à Bhopal où il est victime d'une sévère attaque de paralysie et meurt en ne laissant rien sur son compte bancaire car il appartenait à une famille de la classe moyenne. En conséquence le jeune Maududi doit interrompre ses études à cause de ses difficultés financières.

Lutte politique vignette|Maison de Maulana Maududi, Lahore

Fondation du Jamaat-i-Islami

Le (jour d'Iqbal), Maududi s'adresse, en langue anglaise, au Gouverneur britannique, dans l'enceinte de l'Hôtel de Ville de Lahore. Cette adresse est recueillie, retranscrite et publiée par la Fédération Islamique Internationale des Organisations d'Étudiants (IIFSO, Salimah, Koweït). Il reproche la politique coloniale européenne et présente le Djihad comme une légitime défense des peuples musulmans à l'exploitationo.p. cit. Maududi (1939) pp. 1-2. Il jette les bases du Credo Révolutionnaire de l'IslamThe revolutionnary Creed of Islam in a nutshell et, par là, est un des auteurs et penseurs les plus radicaux du Djihad moderne. Il rejoint l'Égyptien Sayyid Qutb dans ses écritsRien ne permet d'affirmer qu'ils aient correspondu. Ils sont à trois ans près de la même génération du début des années 1900..

En 1941, Maududi fonde le Jamaat-i-Islami (JI) dans les Indes britanniques. C'est un mouvement politique religieux destiné à promouvoir les valeurs islamiques et leur pratique.

Lutte politique Au début de la lutte pour la création de l'état du Pakistan, Maududi et son parti critiquent les autres dirigeants de la Ligue Musulmane qui veulent faire du Pakistan un état pour les Musulmans et non un État Islamique. Après avoir réalisé que l'Inde allait être partitionnée et que le Pakistan allait être créé, il commence le combat pour faire du Pakistan un État Islamique. Maududi déménage au Pakistan en 1947 et s'engage pour la transformation en état islamique, avec comme résultat de fréquentes arrestations et de longues périodes d’incarcération.

En 1953, avec le JI, il lance une campagne contre la Communauté d'Ahmadiyyia au Pakistan avec comme résultat les Émeutes de Lahore (1953) et la déclaration sélective de la loi martialeJamaat-e-Islami, GlobalSecurity.org. Retrieved 2007-7-1.. Il est arrêté par le déploiement militaire dirigé par le Lieutenant-Général Azam Khan, qui comprenait aussi Rahimuddin Khan et condamné à mort sous l'accusation d'avoir écrit un pamphlet de propagande sur l'Ahmadiyyia. Il saisit l'occasion de lancer un recours en grâce plutôt que de chercher la clémence. Une forte pression populaire finalement convainquit le gouvernement de commuer la sentence de mort en emprisonnement à vie. Finalement, sa condamnation est annuléeAbul Ala Maududi at famousmuslims.com.

Fin de vie En , la maladie rénale chronique de Maududi empire et, de plus, il a des problèmes cardiaques. Il part pour les États-Unis pour un traitement et est hospitalisé à Buffalo, New York, où son second fils travaille comme médecin. Pendant son hospitalisation, il conserve son activité intellectuelle.

À la suite de quelques opérations chirurgicales, il meurt le âgé de 76 ans. Ses funérailles ont lieu à Buffalo, mais il est enterré dans une tombe sans inscriptions dans sa résidence d'Ichhra, Lahore après une grande procession funéraire à travers la ville. thumb|right|Tombe de Sayyid Abul Ala Maududi

Croyances islamiques et idéologie Maududi a écrit environ et libelles, prononcé au moins et déclarations de presse. Son œuvre maitresse est les 30 années consacrées à la traduction (tafsir) en Ourdou du Coran Tafhim ul-Qur’an (La signification du Coran) destinée à donner au Coran une supposée auto-interprétation. Il devient vite largement lu en Indochine et est traduit en plusieurs langues.

Islam Maududi donne une vue d'ensemble des Musulmans, pas ceux qui suivent la religion de l'Islam, mais l'ensemble : . La seule exception à cet univers des Musulmans sont les êtres humains qui ne suivent pas l'Islam. Concernant les non-musulmans :

Maududi professe que l'Islam est une "religion" dans le sens le plus large du terme. Il déclare :

Il déclare en 1939 :

Coran Selon Maududi : Tafhimul Qur'an, Vol. I, Lahore 1979, pp. 334

Charia Maududi pense que sans la Charia (loi) la société musulmane ne pouvait pas être islamique :

Maududi s'étend aussi sur sa vision de l'État Islamique et de la Charia dans son livre Islamic Way of Life (Mode de vie islamique).

État Islamique

La conception moderne de l' est attribuée à MaududiNasr, S.V.R. 1996. Mawdudi and the Making of Islamic Revivalism, Ch. 4. New York: Oxford University Press. Dans son livre La loi Islamique et la ConstitutionMaududi, Abul A'la. The Islamic law and constitution, ed. and tr. Khurshid Ahmad, Lahore 1955 publié en 1941 et dans des écrits subséquents, Maududi bat monnaie et popularise le terme État islamique lui-même. De même il bat monnaie et popularise dans les années 1940 le terme Révolution islamique, bien que cette expression ait été communément associée en 1979 avec la Révolution iranienne qui survint 40 ans plus tard.

L'état devrait être une et les trois principes sous-jacents sont : le tawhid ou le dieu unique, l'Al-risâlah (prophétie) le khalifa (califat)Abu al-A'la al-Mawdudi, Islamic Way of Life (Delhi: Markazi Maktaba Islami, 1967), Esposito and Piscatory, "Democratization and Islam, " , 440Esposito, The Islamic Threat, ; Voll and Esposito, Islam and Democracy, ..

La sphère d'activité couverte par l'État islamique devra être étendue à toute vie humaine. Dans un tel état, personne ne peut considérer le champ de ses affaires comme personnel et privé."Mawdudi, Islamic Law,

L'État devra suivre la loi islamique, un système complet couvrant :

L'islam doit être totalitaire, à l'image du fascisme et du communisme Vincent Cloarec et Henry Laurens, Le Moyen-Orient au , 2007, p162.

En conséquence, Mawdudi, Islamic Law, cité par Adams .

Maududi croyait que la souveraineté de Dieu (hakimiya) et la souveraineté populaire (démocratie) étaient mutuellement exclusivesAbu al-A'la al-Mawdudi, "Political Theory of Islam, " in John J. Donahue and John L. Esposito, eds., Islam in Transition: Muslim Perspective (New York: Oxford University Press, 1982), .. Cependant, alors que Maududi déclarait dans un de ses livres que

La démocratie islamique selon lui était l'antithèse de la Démocratie occidentale qui transfère la hakimiya (Souveraineté de Dieu) au peupleAbu al-A'la al-Mawdudi, Political Theory of Islam (Lahore: Islamic Publications, 1976), , 15–7, 38, 75–82.

Il défend la liberté individuelle et condamne la suspicion du gouvernement :

Non-musulmans Les droits des non-musulmans sont limités sous l'État islamique comme établi par les écrits de Maududi. Cependant "la foi, l'idéologie, les rites d'adoration ou les coutumes sociales" ne seront pas contrariées, mais les non-musulmans devront accepter la loi musulmane.

Les non-musulmans doivent payer un impôt spécial appelé jizya. Cet impôt est applicable à tous les adultes non-musulmans, à l'exception des personnes âgées et des femmes, qui ne font pas de service militaire. Ceux qui servent dans l'armée sont exemptés. Tous les musulmans hommes sont astreints au service militaire obligatoire, chaque fois que l'État islamique le requiert. La Jizzya est vue comme un impôt de protection payable à l'État islamique pour la protection de ceux des adultes non-musulmans qui ne font pas de service militaireAbul A'la Mawdudi, The Meaning of the Qur'an, (Islamic Publications Ltd., Lahore (1993 édition), vol 2, page 183 & page 186 (dernier paragraphe)..

Maududi croyait que la copie des pratiques culturelles des non-musulmans était interdite dans l'islam, car ayant

Maududi s'est violemment opposé à la secte Ahmadiyia et aux idées que les Ahmadiyyia étaient des Musulmans. Il prêcha contre cette secte The Qadiani Question et le livre The Finality of ProphethoodIslam and the Ahmadiyya Jama'at By Simon Ross Valentine.

Djihad

Il expliquait que le Djihad n'est pas seulement un combat pour Dieu mais également tous les efforts qui appuient ce combat rémunérateur (qitaal) :

Critiques et controverses

Anticolonialisme Dans l'adresse que Maududi prononce à l’Hôtel de ville de Lahore, le , jour d’Iqbal, Maududi a certainement eu devant lui de hautes autorités représentant l’Empire britannique et il se défend devant la caricature donnée des djihadistes Maududi 1939, page 1 §1. Il dénonce un aspect de son combat passé inaperçu et qu’il convient de mentionner : Il dénonce le colonialisme anglais et en général celui des nations européennes. Il confond lors le Djihad avec une lutte menée aussi contre le colonialisme. Nous sommes à l'aube de la Guerre mondiale.

Ascientificité