vignette|Schéma d'un bâton de dynamite et du câble permettant la détonation :A. Sciure (ou tout autre type de matériau absorbant) trempée dans de la nitroglycérine ;B. Revêtement de protection entourant la matière explosive ;C. Détonateur ;D. Câble électrique connecté au détonateur.
La dynamite est un explosif solide à base de nitroglycérine. Inventée par Alfred Nobel en 1866, la dynamite est le premier explosif détonant à s'être diffusé largement. Elle a été très utilisée, notamment dans l'industrie minière, mais est aujourd'hui en partie remplacée par des explosifs plus puissants et plus faciles à manipuler, comme ceux de la famille des plastics.
Étymologie vignette|1864 : dépôt de la demande de brevet par Alfred Nobel, pour le système de percussion et d'ignition de la nitroglycerine dans un bâton de dynamite. Le nom de la dynamite vient du mot grec δύναμις (dunamis ou dynamis), qui signifie « puissance », « pouvoir », auquel a été ajouté le suffixe suédois -it.
Histoire vignette|Paul Barbe, La dynamite - substance explosive inventée par M. A. Nobel ingénieur suédois, 1870.
La nitroglycérine est d'abord fabriquée et vendue par la société d'Alfred Nobel sous sa forme liquide. Mais elle est tellement instable et dangereuse (, le frère d'Alfred, et d'autres personnes meurent d'une explosion durant la préparation de la nitroglycérine en 1864.) qu'elle est rapidement interdite en Europe. La production artisanale de nitroglycérine se fait dans les mines, cependant comme toute fabrication artisanale d'explosifs, les accidents sont fréquents (réactions réalisées à température ambiante et non à ).
Alfred Nobel résout le problème par sérendipité en la mélangeant à des kieselguhrs (poudre siliceuse constituée de microfossiles de diatomées), puis en la moulant sous forme de bâtonnets enveloppés de papier : c'est ainsi qu'est créée la dynamite en 1866. Elle fait l'objet d'un brevet d'invention du en Angleterre et du en Suède.. Il s'agit du premier explosif puissant, peu coûteux à produire et stable (c'est-à-dire ne présentant que peu de risques d'explosion accidentelle lors du transport).
La nitroglycérine peut également être mélangée à d'autres composants neutres, comme la silice, ou à des composés actifs (soufre, nitrate de sodium, cellulose).
L'exploitation de son brevet rapporte à Alfred Nobel une fortune considérable, qui est plus tard dévolue aux Prix Nobel. Il contrôle strictement ses droits et réussit à les faire valoir face à des marchands américains qui tentent de plagier son invention en utilisant une formule légèrement différente.
Bâton de dynamite vignette|gauche|Caisse de cartouches de dynamite () Nobel-Bozel originaire de l'usine de Paulilles, Languedoc-Roussillon. Un bâton de dynamite a classiquement les dimensions suivantes : de longueur sur de diamètre, mais la grande majorité de la dynamite est utilisée sous forme de cartouches de diamètre supérieur à et d'un poids supérieur à .
À l'origine, le bâton de dynamite est composé de 75 % de nitroglycérine (corps très instable) et de 25 % de kieselguhr (micro-algues) qui stabilise la nitroglycérine et fait de la dynamite un explosif plus sûr.
La dynamite est d'utilisation beaucoup moins risquée que la nitroglycérine ou même que la poudre à canon. Elle est moins sensible aux chocs, et un bâton placé dans un feu brûlera (théoriquement) sans exploser. De fait, elle nécessite un détonateur pour être utilisée.
Avec le temps (ou à une température supérieure à ), les bâtons de dynamite suintent de la nitroglycérine liquide, ce qui peut les rendre dangereux et pose un problème de sécurité sur les chantiers. C'est pourquoi elle est moins utilisée de nos jours.
Les dynamites actuelles, dont le principe est là encore basé sur une invention de Nobel, contiennent un peu de coton azotique (nitrocellulose) qui gélifie la nitroglycérine et supprime les suintements. La nitroglycérine est remplacée jusque 50 % par du nitroglycol, ce qui abaisse le point de congélation du mélange et le rend plus sûr, car une dynamite gelée est très sensible aux chocs. Le kieselguhr est remplacé par un mélange de farine de bois ou similaire, et de nitrate d'ammonium, qui augmente la puissance du produit.
Utilisation Les principaux domaines d'utilisation de la dynamite ont été la construction, l'exploitation minière et la destruction. De plus, elle a eu des applications dans la guerre et le terrorisme. Durant l'industrialisation, il y eut un important besoin de puissants explosifs pour l'industrie minière ou la construction de tunnels. Cependant, de nouveaux explosifs et de nouvelles techniques ont peu à peu remplacé la dynamite. Cela fait des décennies qu'elle n'a plus été commercialisée.
Terrorisme L'invention de la dynamite a mis entre les mains des terroristes une source d'énergie presque inimaginable dans ses dimensions. Un périodique espagnol populaire de 1908 captura cette image lorsqu'elle décrivait les attributs et le pouvoir de la dynamite : ..
Anarchistes La dynamite était une arme très associée aux anarchistes de la fin du . Le schisme entre le mouvement marxiste et anarchiste en 1872 après le cinquième congrès de la Première Internationale coïncide avec la popularisation de la dynamite. Elle représentait une technologie moderne et puissante qui pouvait être utilisée afin d'atteindre leurs buts. Johann Most, un anarchiste, a affirmé que la dynamite contenait le pouvoir de détruire le régime capitaliste tout comme la poudre à canon et le fusil contenant le pouvoir de supprimer le féodalisme de la surface de la TerreHunter R. (1916), Violence and the Labour Movement, Macmillan, 66-68..
La dynamite est l’outil idéal pour implémenter la propagande par le fait, qui cherchait à être le plus visible possible et à démontrer la révolution par des actes violents. L’intention est donc de causer plus de peur que de mal, ainsi la dynamite est préférée aux armes blanches et aux armes à feuIvianski Z. (1977), Individual Terror: Concept and Typology, Journal of Contemporary History, 12, 43-63.. Un exemple est le cas d’Auguste Vaillant qui, en 1893, a lancé une bombe dans la Chambre des députés afin de protester contre les conditions misérables dans lesquelles il vivait en tant qu'ouvrier pauvre. L’acte ne visait pas à tuer et seules quelques personnes furent blessées. Le , il fut exécuté et fut décrit comme Merriman J.M. (2016), The Dynamite Club. How a Bombing in Fin-de-Siècle Paris Ignited the Age of Modern Terror, Yale University Press.
Ainsi, par son efficacité à mettre en actes la propagande par le fait, la dynamite devient une signature idéologique; tout attentat à la dynamite est rattaché aux mouvements anarchistes sans qu’aucune revendication ne soit faite.
L'aspect de la destruction non ciblée de la dynamite convenait également aux anarchistes. L’objectif de frapper contre le régime bourgeois « corrompu et criminel », vise une classe entière de personnes et ainsi tout membre de cette classe est une cible possible. , a déclaré l’anarchiste français Émile Henry à la cour qui l’interrogeait à propos de la bombe lancée le dans un café..
Entre février et , une enquête sur les activités anarchistes est menée par les autorités judiciaires suisses. La cause étant une série de lettres anonymes, finalement dévoilées comme incorrectes, prétendant qu’un groupe d’anarchistes complotait pour faire exploser la Palais fédéral à la dynamite. Aussi, l’Allemagne et l’Italie mettaient pression sur la Confédération suisse pour mettre fin aux activités dites terroristes des anarchistes séjournant en Suisse. En effet, par sa position géographique et sa réputation de terre d’asile, la Suisse était la destination choisie par de nombreux réfugiés politiques, la Confédération comptait des représentants de presque tous les mouvements révolutionnaires de l'Europe. La responsabilité de mener les enquêtes est placée sur les autorités cantonales qui manquaient de ressources, que ce soit monétaire ou d’agents suffisamment formés, et qui ne travaillaient qu’à l’échelle cantonale sans regarder la situation générale de la Confédération. De plus, le public et les autorités avaient une grande réticence à l’idée de la surveillance politique qui est opposée aux principes de démocratie et liberté qui étaient fortement liés au sentiment national. Par cette démarche, des fautes ont été commises, par exemple, la poursuite d'un train que l'on soupçonne de transporter de la dynamite alors qu'il s'agissait de tabac. Une fois l’affaire close, la formation d'un bureau central chargé de réunir des informations sur les étrangers subversifs fut mandaté. Cet événement fut ainsi un tournant dans la professionnalisation de la surveillance politique, même s’il n’a mené qu’à l’expulsion de quelques anarchistesFerretti F. et Minder P. (2015), Pas de la dynamite, mais du tabac. L'enquête de 1885 contre les anarchistes en Suisse romande, Éditions du Monde Libertaire.Association pour l'étude de l'histoire du mouvement ouvrier (1992), Cent ans de police politique en suisse, 1889-1989, Éditions d’En-bas, 33-38..
La dynamite comme arme d'assassinat contre Alexandre II À la fin du en Russie, la dynamite a été utilisée par divers groupes révolutionnaires cherchant à renverser le système autocratique et à arrêter les réformes gouvernementales du Tsar de Russie. Par exemple, un groupe révolutionnaire socialiste/nihiliste Narodnaya Volya (Volonté du Peuple), formé en 1879, est devenu le premier groupe terroriste anarchiste à utiliser largement la dynamite.
En septembre de la même année, les révolutionnaires Véra Figner, Nikolaï Kibaltchitch et Mikhail Frolenko sont venus à Odessa avec des explosifs passés en contrebande depuis la SuisseEdvard Radzinsky (1993/2005), Alexander II The Last Great Tsar, New York, Free Press, 315-319., afin de faire exploser le train impérial en , alors qu'il transportait le Tsar de Livadia à Saint-Pétersbourg. Ils ont fabriqué les fusibles, séché la pyroxyline et testé le mécanisme explosif. La dynamite était extrêmement sensible et explosait souvent d'elle-même, tuant les « dynamiteurs ». Le nom « dynamiteur », un nouveau mot pour l'époque, était donné aux personnes utilisant des explosifs contre l’État. Une fois l’attentat planifié et les bombes fabriquées, de la dynamite a été placée sur les rails. Normalement, le train du Tsar voyageait trente minutes derrière le train qui transportait le personnel mais dans ce cas, le train du Tsar le devançait car il avait eu une défaillance mécanique. Les bombes n’ont affecté que le train du personnel et le Tsar s’en sortit indemne.
Une autre tentative du même groupe a été faite au Palais d'Hiver avec l'aide de Stepan Khalturin. En 1880, il a obtenu un emploi de charpentier au Palais d'Hiver lui permettant de dormir sur place ; ce qui lui a permis d'apporter des paquets de dynamite chaque jour, les cachant dans sa literie. Il a ainsi placé un total de près de trois cents livres de dynamite sous la salle à mangerEdvard Radzinsky (1993/2005), Alexander II The Last Great Tsar, New York, Free Press, 329-335.. Il était prévu de faire exploser la bombe le soir du [O.S. ] 1880, afin d’assassiner la famille impériale. Mais un invité arrivant de Berlin avait du retard, et pour la première fois depuis des années, le dîner a dû être retardé. Alors que la famille quittait le salon pour aller vers la salle à manger, la bombe a explosé. La salle à manger a été complètement démolie et onze membres de la garde finlandaise qui se trouvaient dans la salle des gardes juste en dessous furent tués ainsi que trente autres blessésVirginia Cowles (1971), The Romanovs, Harper and Row..