vignette|Un jeune enfant signe le signe (en anglais ) en langue des signes pour bébé, ici lors d'un événement en plein air à Santa Barbara en Californie.

L'acquisition du langage est un domaine de recherche pluridisciplinaire, relevant notamment de la recherche en psychologie et en sciences du langage, qui vise à décrire et comprendre comment l'enfant acquiert le langage, oral ou gestuel, du milieu qui l'entoure. L'acquisition du langage d'un jeune enfant est rapide et s'effectue sans apprentissage formel. Le langage se développe toute la vie, mais c'est surtout entre la naissance et l'âge de cinq ou sept ans que les apprentissages essentiels sont observés. Durant cette période, défini période critique, les transformations de la communication verbale orale sont les plus remarquables tant en compréhension qu'en production. Il s'agit surtout d'un apprentissage implicite démarrant bien avant la scolarisation. Cet apprentissage procède par étapes, commençant par du babillage, pour passer au mot, puis à l'utilisation de suites de mots et à l'acquisition progressive des règles de grammaire.

La scolarisation permet l'apprentissage du langage écrit et la prise de conscience et l'apprentissage explicites des règles de grammaire et d'orthographe de la langue, ainsi que la poursuite de l'enrichissement du vocabulaire.

L'acquisition du langage oral a fait l'objet de controverses théoriques, en particulier sur la question des origines innées ou acquises des compétences linguistiques de l'enfant. La comparaison entre l'acquisition d'une première et d'une seconde langue permet aussi aux scientifiques d'explorer la notion souvent débattue de l'existence et des caractéristiques de périodes critiques, ou périodes sensibles, dans le développement humain.

Disciplines scientifiques et cliniques Le langage humain peut être décrit par ses aspects structurels et par ses aspects pragmatiques. L'étude des aspects structurels du langage intéresse la linguistique et la psycholinguistique qui s'intéressent aux sons comme les syllabes ou phonèmes (phonologie), au vocabulaire (sémantique), à la grammaire (syntaxe et morphosyntaxe), ou encore au discours narratif. Les aspects pragmatiques du langage sont relatifs à son utilisation en contexte de la conversation (comme prendre la parole à tour de rôle) ou l'usage de gestes. La psychologie étudie l'acquisition du langage ainsi que les mécanismes sous-jacents à la compréhension du langage et à sa production.

Bien que le langage continue de se développer au cours de la vie, c’est dans l’enfance que la phonologie, la sémantique, la syntaxe et la pragmatique sont acquises, dans cet ordre. Ces acquisitions des systèmes ou principes structurant la langue maternelle chez le jeune enfant sont un sujet d'étude de la psychologie développementale, des neurosciences cognitives du développement, et des disciplines associées.

Étapes d'acquisition L'observation du développement du langage fait la distinction entre l'aspect réceptif qui touche à la compréhension du langage, et la production du langage. Chez le jeune enfant, tout comme chez l'adulte, la compréhension du langage est meilleure que sa production. Les premières phases de l'acquisition du langage sont qualifiées de prélinguistiques. L'enfant n'utilise pas encore des mots, néanmoins il communique et développe des habiletés qui le préparent à articuler ses premiers mots.

Reconnaissance des sons Avant la naissance, durant les dernières semaines de la grossesse, l'humain semble capable de reconnaître certaines caractéristiques de sa langue maternelle ainsi que de distinguer la voix de sa mère de celle d'une autre femme. Il est possible que cette sensibilité aux sons de la langue et à ses intonations et rythmes le prépare déjà à reconnaître des phonèmes de sa langue maternelle....

Pleurs, cris et gazouillis vignette|Un nourrisson de gazouille dans une interaction avec l'adulte où une structure de dialogue s'ébauche : l'enfant alterne l'écoute et la production de sons.

Les premières vocalisations du nouveau-né, et son premier moyen de communiquer à distance, sont les pleurs. Pour un étranger, les pleurs de l'enfant semblent identiques, mais les parents apprennent à distinguer les modulations des pleurs et les interprètent comme signifiant que leur enfant a faim, qu'il est fatigué, qu'il a mal ou qu'il est en colère.

Vers trois semaines, l'enfant produit des sons vocaliques de manière répétée (comme « oooo »), comme s'il écoutait sa propre voix et la découvrait, bien qu'aucune explication scientifique de ce phénomène ne puisse être donnée.

Entre et trois mois, les mélodies des vocalisations de l'enfant deviennent plus variées. L'enfant rit, sourit lors des interactions, et produit des gazouillis dans ce contexte. L'enfant commence à reproduire des sons qui l'environnent, un phénomène décrit comme un « tennis verbal ». Sur le plan cognitif, à ce stade l'enfant produit ce que le psychologue Jean Piaget a décrit comme les réactions circulaires primaires, c'est-à-dire des répétitions d'actions corporelles qui semblent volontaires et indiquent l'apprentissage des premières habitudes. Ces gazouillis font partie de ces réactions circulaires.

Babillage et développement phonologique vignette|Babillage d'un bébé de et demi élevé dans un environnement anglophone : des phonèmes de la langue anglaise commencent à être produits sous forme de syllabes répétées («ba-ba») et syllabes alternées («ba-bou»). Vers trois mois, les gazouillis du nourrisson deviennent plus complexes. Vers six mois, des syllabes du type consonne-voyelle sont répétées, comme « ma-ma-ma-ma ». Cette production orale pré-linguistique est appelée le babillage. Tous les enfants de six mois babillent de manière relativement similaire quel que soit leur environnement linguistique. Ce babillage est observé également chez les enfants sourds.

Entre six et huit mois environ, le babillage prend des sonorités qui varient selon l'environnement dans lequel l'enfant est élevé. Le babillage commence à inclure la phonologie de la langue environnante, sa prosodie, ses phonèmes et syllabes. Ainsi, dans les , des expériences mettent en évidence que des adultes peuvent distinguer l'origine linguistique des nourrissons âgés de dix mois, élevés dans des environnements linguistiques anglais, français, chinois ou arabe...

Vers neuf ou dix mois, l'enfant semble imiter volontairement des paroles entendues autour de lui. Certaines de ces productions sont interprétées et répétées par les parents qui facilitent ainsi spontanément l'acquisition du langage de leur enfant (voir ci-après le langage parental utilisé dans l'interaction avec les bébés).

Développement de l'expression gestuelle Le nourrisson développe spontanément des gestes qui semblent faire partie intégrante de l'apprentissage de la langue orale. Au moment où apparaissent les premiers mots, des gestes qui ont une signification, ou gestes symboliques (par exemple, pointer du doigt vers un objet souhaité ou hocher la tête pour dire « oui ») sont fréquemment utilisés. Les gestes symboliques sont souvent utilisés avant même l'apparition des premiers mots, ce qui indique que l'enfant a compris que des symboles peuvent être utilisés pour désigner des choses ou événements de leur environnement.

Des études menées par la psychologue ont permis de mieux comprendre l'importance des gestes sur le développement du langage. En observant par vidéo de jeunes enfants de , Goldin-Meadow et son équipe ont mis en évidence que les enfants de cet âge utilisent environ en moyenne mais symboliques. Plus le registre gestuel de l'enfant est riche, plus riche est l'acquisition de son vocabulaire quelques années plus tard..

Premiers mots et développement du vocabulaire Vers la fin de la première année et jusqu'à environ , le nourrisson prononce ses premiers mots. Les deux tiers des mots prononcés réfèrent à des personnes ou des objets qui les entourent. Ces mots ne sont pas employés comme chez l'adulte ou l'enfant plus âgé. Par exemple le terme « papa » peut référer à toute personne autre que le père, ou à une situation (le bruit de la porte d'entrée de l'appartement qui s'ouvre) : il s'agit d'une sur-extension du sens du mot. L'enfant peut également employer le mot par sous-extension en employant un mot générique uniquement pour un objet spécifique. À mesure que les expériences de l'enfant se diversifient et sous l'effet des interactions avec des adultes ou enfants, le sens des mots se précise et le vocabulaire augmente, même si le langage ressemble encore à du babillage.

La période pendant laquelle l'enfant produit des mots isolés et ne produit pas encore des phrases est désignée par le psychologue comme une période holophrasique pendant laquelle un mot prend le sens de toute une phrase. Par exemple, si un jeune enfant dit « balle », il peut vouloir signifier qu'il veut jouer avec la balle.. Cette théorie est cependant difficile à tester.

L'usage des prototypes est courant chez des enfants âgés de environ. Le prototype d'un mot désigne un mot (ou un signe) articulé par le jeune enfant, dont certains paramètres de la prononciation correspondent au mot de référence (nombre de syllabes notamment), mais dont les composantes phonétiques sont déformées du fait du jeune âge et du non-aboutissement du système phonétique du locuteur.

Tandis que le vocabulaire se développe graduellement dans les premiers mois suivant la prononciation des premiers mots, le vocabulaire connaît ensuite une augmentation très rapide durant la seconde année. Ce phénomène est décrit comme une « explosion » du vocabulaire. L'explosion de mots concerne surtout les noms (de personnes, d'objets), quelle que soit la langue maternelle de l'enfant..

Phrases et début de la grammaire Tandis que l'enfant continue à étendre son vocabulaire, vers 18-, il commence à agencer deux mots puis plusieurs mots dans une production articulée. L'âge d'articulation de la première phrase est très variable d'un enfant à l'autre. Ces premières phrases ont un style télégraphique. Les mots y sont juxtaposés sans utilisation de la grammaire. Par exemple, l'enfant dit « Sien dodo » pour exprimer qu'un chien est endormi. Tout comme pour les mots isolés, les significations des phrases sont variés. Comme noté auparavant, la production est moins importante que la compréhension, et bien que l'enfant n'utilise pas encore de nombreux mots de fonction, il peut les comprendre.

Entre 20 et , l'enfant commence à utiliser des éléments de syntaxe, comme les pronoms ou des terminaisons marquant le pluriel. Il commence à utiliser des règles de grammaire et à les généraliser. Cette sur-généralisation engendre des erreurs lorsque l'enfant rencontre une exception grammaticale. Ainsi, lorsque l'enfant dit « vous faisez », au lieu de « vous faites », il a perçu que le pronom de la seconde personne du pluriel est souvent suivi d'un verbe se terminant en « ez » et il généralise cette règle, bien qu'il ne l'ait pas encore apprise explicitement. De telles erreurs augmentent à mesure que l'enfant cherche à produire ses propres phrases. Elles indiquent un progrès dans l'acquisition du langage, et non pas une régression.. Ces sur-généralisations suggèrent alors que l'enfant ne répète pas uniquement ce qu'il entend, même si parfois l'enfant utilise une sur-généralisation parce qu'il a simplement entendu un autre jeune enfant l'utiliser.

Développements subséquents

Vers trois ans, la plupart des enfants savent se faire comprendre, font des phrases et peuvent tenir une conversation. Leur langage continue à se développer considérablement jusqu'à cinq ans. Les phrases s'allongent, ce qui est mesuré par le nombre de morphèmes produits. Les morphèmes sont les unités signifiantes de la phrase et du discours. Ces morphèmes incluent les prépositions, suffixes et préfixes que l'enfant utilise de plus en plus. Les phrases se complexifient également. On parle de sophistication accrue du langage.