Pascal , mort le à Rome, est une personnalité ecclésiastique romaine qui devient évêque de Rome le , considéré comme le suivant la tradition catholique.

Son court pontificat, contemporain de l'apogée de l'Empire carolingien en Occident et des diverses crises qui traversent l'Empire byzantin, a pour cadre la ville de Rome où s'affrontent la noblesse séculière et un clergé monté en puissance.

Issu lui-même des rangs ecclésiastiques, ce pontife autoritaire, voire autocratique, tente de s'imposer parfois violemment au parti des aristocrates romains proche des autorités carolingiennes, tout en faisant preuve avec ces dernières d'une activité diplomatique soutenue. La consolidation territoriale qu'il obtient du pouvoir carolingien projette la papauté sur la scène européenne tout en augmentant son prestige sur le plan local, positionnant en outre celle-ci au sommet de la hiérarchie spirituelle. Dans le cadre de la seconde crise iconoclaste qui agite Constantinople, Pascal fait de Rome un refuge pour le clergé iconophile en exil tout en restant prudent vis-à-vis des autorités religieuses de Constantinople.

Son pontificat est également marqué par le vaste programme architectural qu’il imprime à Rome, où il fait édifier, reconstruire, décorer ou doter plusieurs églises. La splendeur de ces édifices, dont certains sont encore visibles aujourd’hui, célèbre à la fois la gloire de la ville et son propre rôle à la tête de l’Église romaine.

Considéré comme un saint par l'Église catholique, il figure au Martyrologe romain qui le célèbre en date .

Sources vignette|redresse=1.0|gauche|Annales de Fulda, manuscrit du conservé à la bibliothèque humaniste de Sélestat.

Pascal a laissé peu de traces dans les archives textuelles. Comme pour la plupart des premiers papes du Moyen Âge, la principale source concernant son règne est le Liber pontificalis, une compilation dont les auteurs sont, pour la période en question, souvent des collaborateurs du Latran, proches des événements en cours, travaillant probablement à partir de matériaux de chancellerie. Ceux-ci se concentrent plutôt d'une part sur la restauration et la reconstruction des lieux de culte de la ville, et d'autre part, sur la récupération des reliques des martyrs et leur translation dans la ville. tandis qu'ils ne livrent que peu d'informations sur ce qui se passe à Rome en dehors de l'administration pontificale et encore moins sur les événements contemporains.

Ces éléments sont complétés par les Annales regni Francorum compilations de documents issus de la cour franque s'étendant de 741 à 829. Ceux-ci apportent un éclairage supplémentaire sur la situation romaine au cours de ces décennies, et attestent de l'implication croissante de la cour franque dans les événements en Italie voire au sein des affaires pontificales. On trouve également quelques relations des rapports entre le pouvoir Franc et Rome dans certaines chroniques provenant de centres monastiques ou épiscopaux importants, à l'instar des Annales de Fulda. Les biographies contemporaines des empereurs francs fournissent en outre quelques informations supplémentaires sur les papes et les romains qui y jouent toutefois des rôles mineurs.

Enfin, on a conservé cinq lettres de Pascal, dont l'une adressée au souverain carolingien Louis le Pieux, les autres concernant des échanges cléricaux avec différents abbés ou évêques cité par .

Contexte vignette|redresse=1.0|Empire carolingien au tournant du .

Depuis le milieu du , une grande instabilité règne à Rome dont la population s'est réduite à une cinquantaine de milliers d'habitants — voire peut-être même à beaucoup moins — et où s'affrontent la noblesse séculière et un clergé monté en puissance. Si la situation s'apaise quelque peu à partir de 778 avec l'élection du pape , diplomate issu des rangs de la noblesse, les conflits entre les différents groupes reprennent au siècle suivant et les pontifes issus du clergé doivent faire face à de solides opposants parmi les aristocrates romains et sont régulièrement les cibles d'attaques parfois brutales, elles-mêmes réprimées avec sauvagerie. De plus au tournant des , les frontières de l'autorité et de la juridiction sont en pleine évolution et les pouvoirs temporels byzantin et carolingien tentent d'utiliser l'instabilité de Rome à leur profit.

Du côté de l'Empire carolingien, Louis le Pieux doit faire face à des problèmes de succession et de répartition des territoires. Il partage l'Empire en royaumes séparés entre ses fils, Lothaire recevant la majorité des terres franques dont l'Italie, toujours sous la férule de son cousin Bernard d'Italie nommé roi par Charlemagne. Placés sous l'autorité de Lothaire devenu co-empereur, Bernard et ses partisans se rebellent mais sont matés par Louis, laissant le jeune Lothaire comme seul souverain de la péninsule où il s'occupe essentiellement des affaires du nord, moins regardant sur Rome et les États pontificaux.

L'Empire byzantin est lui traversé par une succession de crises politiques et religieuses. L'arrivée au pouvoir de l'impératrice Irène l'Athénienne puis de traduit par un affaiblissement qui perdure jusqu'en 815. : incursion arabes sous la direction du calife Hâroun ar-Rachîd, offensives victorieuses du khan bulgare Kroum... En 813, un coup d'État porte Léon V l'Arménien sur le trône byzantin, qui rétablit quelque peu la situation en signant notamment une trêve durable avec les Bulgares.. Sur un plan religieux, son règne ouvre à un rétablissement de l'iconoclasme, en opposition avec le patriarche Nicéphore de Constantinople et l'influent Théodore Studite qui doivent s'exiler..

Pontificat vignette|redresse=1.0|Détail d'une mosaïque du triclinium leoninum du palais du Latran figurant Léon III, Rome, c. 799.

Formation Pascal est apparemment d'origine romaine mais rien n'est connu de sa famille sinon qu'il pourrait être le fils d'un certain Bosonus et que son origine doit être modeste. Éduqué à l'école du palais du Latran où il étudie les Écritures et la psalmodie, il est élevé à la prêtrise par Léon III avant de poursuivre une carrière dans l'administration pontificale qui l'amène au rang de sous-diacre avant d'être nommé abbé du monastère de Saint-Étienne des Abyssiniens, près de Saint-Pierre au Vatican, un parcours ecclésiastique et monastique qui semble témoigner d'une carrière étoffée avant d'accéder à l'épiscopat romain. Des auteurs modernes ont même fait de lui le cardinal en titre de la basilique Sainte-Praxède de Rome, une tradition plausible dans la mesure où le cardinalat romain est apparu au mais non corroborée par les sources.

Pascal est élu au trône pontifical un jour après la mort soudaine de Étienne IV (V) le et est intronisé dès le lendemain, dans une hâte qui semble vouloir prévenir les tentatives d'immixtion du pouvoir temporel de l'empereur des Romains Louis le Pieux.

Règne Pouvoir carolingien vignette|redresse=1.0|Miniature contemporaine de l'école de Fulda datant de 826, représentant Louis le Pieux, Liber de laudibus Sanctae Crucis, Bibliothèque apostolique vaticane.

Le règne de Pascal dure un peu plus de sept années pendant lesquelles il agit pour confirmer et renforcer les accords conclus entre ses prédécesseurs et les empereurs carolingiens Charlemagne et son fils Louis le Pieux concernant les territoires du Saint-Siège et la juridiction pontificale dans ce territoire et à Rome.

En effet, aussitôt élu, Pascal envoie à ce dernier une ambassade en charge d'aboutir les accords avec la couronne franque entrepris par Étienne IV (V), accords que Louis le Pieux traduit dans le qui confirme à l'évêque de Rome les concessions territoriales faites par Charlemagne tant pour les États pontificaux que pour les territoires d'Italie centrale situés hors de ceux-ci — qui sont énumérés pour la première fois. — ainsi qu'il garantit son aide si leur intégrité venait à être menacée..

Ce soutien de la dynastie carolingienne, en renforçant de la sorte l'idée d'une souveraineté papale sur Rome et le territoire du Latium, projette la papauté sur la scène européenne tout en augmentant son prestige sur le plan local. : l'évêque de Rome se trouvant promu en modèle et en référent, la papauté se situe plus qu'auparavant au sommet de la hiérarchie spirituelle.

Si l'on ne sait pas grand-chose des relations du pape et de l'empereur carolingien dans les six premières années de son pontificat, il semble néanmoins que les deux cours aient régulièrement échangé des envoyés. Ainsi l'évêque de Rome envoie en 821 une délégation pontificale à Thionville à l'occasion du mariage de Lothaire avec Ermengarde de Tours puis, à son tour, accueille l'archevêque de Reims Ebon en 822 envoyé à Rome par Lothaire qui l'a choisi pour l'évangélisation des Danois. Pascal charge également l'archevêque de cette mission en compagnie de Halitgaire de Cambrai, et le nomme légat pontifical pour les régions nordiques.

Lorsque Lothaire, co-empereur depuis 817, se rend en Italie en 823, le souverain pontife l'invite à Rome pour y être solennellement consacré de ses mains, ce que Lothaire accepte, sans doute avec l'accord de son père : au cours d'une cérémonie célébrée le dimanche de Pâques, Pascal remet au jeune souverain une épée symbolisant le pouvoir temporel nécessaire à l'élimination du mal. C'est ainsi à partir de ce pontificat que l'on reconnaît généralement à l'évêque de Rome le droit de couronner l'Empereur dans la Ville éternelle.

Toutefois, l'indépendance du souverain pontife, cantonnée essentiellement aux questions de dogme, de discipline et de liturgie, reste largement limitée et marquée d'une indéniable sujétion vis-à-vis des autorités franques sur le plan politique. En effet, lors de son déplacement à Rome pour sa consécration, Lothaire se comporte comme un arbitre dans le conflit qui oppose le souverain pontife au parti aristocrate romain et au sujet de l'autonomie de l'abbaye de Farfa : l'abbé de ce monastère traditionnellement lié aux carolingiens obtient de Lothaire qu'il s'oppose aux tentatives pontificales de perception d'un tribut qui aurait privé les religieux de la pleine possession de leurs biens.

L'empereur édicte d'ailleurs après la mort de Pascal une Constitutio romana qui réduit singulièrement le pouvoir de l'évêque de Rome dans le domaine judiciaire, soumet son élection à l'approbation d'un missus impérial installé de manière permanente à Rome, ainsi qu'elle le contraint à prêter un serment d'alliance et d'amitié avec l'empereur franc.

Crise iconoclaste vignette|redresse=1.0|Michel II l'Amorien et sa cour, illustration de la Chronique de Skylitzès de Madrid, .

Lorsque l'empereur byzantin Léon V l'Arménien, rétablit l'iconoclasme et chasse le patriarche pour lui substituer , certains iconodules, au nombre desquels , trouvent refuge à Rome où ils entreprennent de défendre leur cause auprès Pascal, bientôt confortés par son refus de recevoir une ambassade du nouvel empereur byzantin et le bon accueil qu'il semble faire aux demandes de Théodore Studite qui, de son exil, sollicite la tenue d'un concile œcuménique sur le sujet, à l'initiative de Rome.. Lorsque en 820 Léon V est assassiné par la faction de Michel II l'Amorien qui s'installe sur le trône, Méthode se rend à Constantinople porteur d'un Tomos d'orthodoxie de l'évêque de Pascal destiné au nouveau souverain ; mais ce dernier fait aussitôt saisir, fouetter et enfermer l'envoyé, le traitant de factieux.