La guerre de la Conquête (1754-1760) est le nom donné au Québec au théâtre militaire nord-américain avant et pendant la guerre de Sept Ans. Aux États-Unis, on désigne fréquemment ce conflit sous l'appellation de (« guerre contre les Français et les Indiens »). Elle voit s'affronter les Français, leurs milices de la Nouvelle-France et leurs alliés autochtones d'un côté, et les Britanniques, leurs milices américaines et leurs alliés iroquois de l'autre, pour la domination coloniale de l'Amérique du Nord. Les hostilités commencent en 1754, deux ans avant le déclenchement de la guerre de Sept Ans en Europe, lors d'accrochages dans la vallée de l'Ohio.
Depuis la fin du , Français et Britanniques étendent leurs possessions nord-américaines les uns aux dépens des autres et se trouvent confrontés, au travers de ces rivalités maritimes, coloniales, territoriales et commerciales, par le biais de plusieurs conflits militaires en Amérique qui se superposent aux guerres européennes d'alors. Devant la résistance de la Nouvelle-France aux attaques ennemies qui n'ont, jusque-là, pu enlever aux Français que l'Acadie, les treize colonies britanniques, au milieu du , se trouvent toujours encerclées à l'ouest et au nord par un vaste mais finalement faible empire français, reposant plus sur les alliances avec les autochtones et la combativité de ses colons que sur un réel soutien de la part de la métropole. Lorsque, après 1749 et la troisième guerre intercoloniale, les rivalités franco-britanniques renaissent avec force, cristallisées par la volonté des deux camps de s'étendre sur la vallée de l'Ohio, un nouveau conflit paraît inévitable. Il éclate effectivement dès 1754.
D'abord ponctué par une série de succès français lors de ses trois premières années, le conflit ne tarde pas à prendre une ampleur inattendue du fait de l'intensification des opérations en Europe et de la volonté britannique de réduire la présence française en Amérique du Nord. Il est marqué ensuite par l'envoi d'un fort contingent britannique dans les colonies en 1758, le manque de vivres et d'approvisionnement causé par une mauvaise gestion locale, qui provoque la famine de 1757-1758 (cumulant mauvaises récoltes en 1757, malversations de commerçants, accroissement de consommateurs et diminution de producteurs, ces derniers étant aussi mobilisés l'été), le blocus imposé par la Royal Navy (qui devient progressivement maîtresse des mers) aux ports français, et une intensification des opérations militaires de la France en Europe : pour toutes ces causes, la guerre finit par tourner à l'avantage des Britanniques, qui peuvent envahir la Nouvelle-France en 1759.
Le siège le plus impressionnant est celui de sa capitale Québec, la même année. La prise de Montréal en 1760 met fin à la guerre en Amérique et consacre la victoire écrasante de l'Empire britannique sur son concurrent le plus menaçant jusqu'alors. Le territoire français est attribué aux Britanniques en 1763 lors du traité de Paris, à l'exception des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, près de Terre-Neuvehttp://www.salic-slmc.ca/showpage.asp?file=histoire_ling/intro_fr_en/guerre_sept_ans&language=fr&updatemenu=true..
Contexte géopolitique et géographique thumb|right|upright=1.3|L’Amérique du Nord vers 1755. Les territoires français sont représentés en bleu, les territoires britanniques en rouge, les espagnols en orange.
La situation géographique vers 1750 À cette époque, la France possédait la grande majorité de la région explorée du nouveau continent, plus de la moitié de l'Amérique du Nord. Elle comptait une partie du Québec actuel, une partie de l'Ontario actuel plus une grande partie de l'actuel centre des États-Unis (la baie d'Hudson, l'Acadie, correspondant aux provinces de Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, et Terre-Neuve n'étaient plus sous contrôle français depuis 1713). Sa frontière s'étendait, au nord, de la limite de l'actuel Labrador, faisait une parabole passant au-dessous de la baie James pour aller contourner le lac Manitoba et le lac Winnipeg, au centre de l'actuel Manitoba, et descendait jusqu'au golfe du Mexique, en suivant, plus à l'ouest, le fleuve Mississippi. Ces territoires immenses formaient une écharpe longue d’environ et large de ..
L’Amérique britannique se réduisait à une bande de de large qui se dépliait du nord au sud de la côte atlantique sur environ . Elle correspondait au territoire des treize colonies britanniques d’Amérique. Elle commençait par les quatre colonies de la Nouvelle-Angleterre (New Hampshire, Massachusetts, Rhode Island et Connecticut) situées au contact des pays laurentiens, puis c’était les quatre colonies comprises entre les contreforts des Appalaches et l’océan (New York, New Jersey, Pennsylvanie et Delaware), où se trouvaient les principaux ports, enfin les cinq colonies méridionales (Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie, voir la carte ci-jointe).
Les populations française et britannique vers 1750 thumb|droite|Québec « capitale du Canada » en 1755. La ville compte alors . thumb|droite|Philadelphie vers 1750, principale ville des colonies britanniques d’Amérique en plein essor démographique et économique. La Nouvelle-France et la Louisiane comptent à peu près selon les estimations basses de et ; selon , selon les estimations hautes de . dont les familles souches proviennent de la France de l’Ouest. Depuis les années 1700, le flux de l’émigration s’est limité pour l’essentiel aux militaires et aux marins.. La croissance démographique de la colonie française (qui se limitait à en 1660, vers 1700) est due à une natalité exceptionnelle de l’ordre de 65 pour (la famille des LeMoyne d’Iberville en témoigne). L’État n’a guère encouragé les Français à s’installer en Nouvelle-France et en Louisiane ou bien a pris des mesures restrictives comme l’interdiction faite aux Protestants de s’établir au Canada. L’interminable hiver canadien a aussi rebuté nombre de candidats potentiels à l’émigration.. En 1755, le quart de la population canadienne vit dans les villes de Québec (7 à ), Montréal () et Trois-Rivières (). Un effort est également fait pour accélérer le peuplement de Détroit, la clé de voute des Grands LacsRénald Lessard, sous la direction de .. La Louisiane, colonie presque marginale, compte à peine d’origine française..
Les treize colonies britanniques, regroupées sur une bande côtière plus étroite, possèdent de 1,5. à 2 millions d’habitants vers 1750 (il y en avait vers 1630.). La croissance démographique est due à l’émigration des minorités religieuses protestantes (Puritains, Quakers...) venues trouver leur terre promise de l’autre côté de l’Atlantique. Cette identité religieuse est très marquée : les colons anglo-américains détestent les « papistes » (catholiques) canadiens qui le leur rendent bien : « la Nouvelle-France arbore son unité catholique comme un étendard » (Edmond Dziembowski).. Au socle « anglo-saxon » (Anglais, Écossais, Irlandais) qui constitue la part la plus importante des arrivants, vient s’ajouter l’immigration d’Europe centrale et septentrionale ainsi que l’apport africain alimentant la main d’œuvre servile des colonies médianes et méridionales. Comme en Nouvelle-France, la majorité des colons vivent à la campagne, mais les villes portuaires (Philadelphie, New York, Boston) sont en pleine croissance.
Les deux Amériques s’opposent également par leur mode de gouvernement. La tolérance religieuse (entre églises protestantes) et la pratique du self government (beaucoup de gouverneurs sont élus et il y a des assemblées locales) favorisent l’essor économique des colonies britanniques, même si celles-ci, étroitement surveillées par Londres, n’ont pas la liberté d’investir leurs bénéfices dans des entreprises industrielles, car la métropole craint leur concurrence. Le Canada est régi par l’absolutisme administratif et seigneurial, ce qui n’exclut pas l’esprit d’entreprise, comme celui des marchands de Montréal, ni l’idée que c’est aussi une terre de liberté : pas de gabelle, pas de taille et la possibilité de parcourir l’été, sans limite, les immensités forestières d’Amérique du Nord en frayant avec les Autochtones pour y trouver des fourrures.
Des deux côtés, les pionniers ont noué bon gré mal gré, des relations commerciales et politiques avec les Sauvages, liens formalisés par des traités afin d’obtenir leur appui guerrier. En ce domaine, la balance penche nettement en faveur des Français qui se sont montrés beaucoup plus curieux et respectueux du mode vie des nations amérindiennes que les Britanniques qui généralement les méprisent, refusent toute mixité et ne voient en eux que des auxiliaires contre les Français. À la veille de la guerre, l’écrasante majorité des Autochtones de la région des Grands Lacs et du bassin du Mississippi se disent alliés d’« Onontio Goa » ().
Alliance franco-amérindienne thumb|Conférence entre responsables français et chefs autochtones vers 1750. Les Français étaient alliés avec presque toutes les nations amérindiennes d’Amérique du Nord. Les Autochtones constituaient une force importante dans la défense de la Nouvelle-France. Comme les miliciens, ils étaient efficaces dans la guerre d'embuscade. Même si chaque nation amérindienne a ses propres rites et traditions, il est possible d'observer une constante dans les tactiques de guerre et les stratégies adoptées par les Autochtones qui prennent part au conflit. D'abord, ceux-ci ne se battent jamais en terrain à découvert ; les tactiques de l'embuscade et de camouflage sont plutôt le propre de ces alliés. En fait, l'attaque-surprise est leur plus fort atout. Elle prend de court les soldats européens habitués à la bataille en rangée et fait, en conséquence, beaucoup de ravages. Quant aux préparatifs de guerre, malgré quelques variantes d'un groupe à l’autre, on observe certains éléments communs : de longues discussions avant le départ, accompagnées du calumet de la guerre et de danses. Les rêves prémonitoires étaient également très populaires pour prédire l'issue d'une guerre ou si elle représentait un danger pour un individu ou une nation entièreccbn-nbc.gc.ca, Le siège de Québec.. Les armes utilisées par les Autochtones étaient en général des couteaux, des haches et des fusilsQuébec, ville militaire (1608-2008), Montréal : Art Global, 2008, ..
Les forces en présence Au Canada, comme dans l’Amérique britannique, la plupart des colons détiennent des armes. « Les hommes sont rudes, violents, prêts à faire parler la poudre pour défendre leurs biens » (André Zysberg). Nombre d’entre eux servent dans des régiments de milice.
La diversité des forces françaises thumb|Milicien canadien en tenue de guerre hivernale (gravure de 1722). Les milices de la Nouvelle-France Une véritable éthique militaire marque le Canada dont la société, pour survivre, a pris spontanément un caractère militaire, presque dès sa fondation.. En 1669, pour pallier l’absence de troupes régulières au Canada, avait décrété l’instauration d’une milice dans la colonieLuc Lépine, sous la direction de .. Elle est constituée de tous les hommes âgés de . En cas de guerre, ils ont obligation de prendre les armes.. Tous doivent servir : bourgeois, marchands, habitants ou domestiques. Outre les membres du clergé, certaines exemptions sont accordées : les infirmes, les officiers pourvus de commissions, de brevets ou de lettres de service du roi, incluant les officiers d’épée, de justice et d’administration, et les huissiers audienciers du Conseil supérieur et des juridictions.