Bernard Georges Moitessier, né le à Hanoï (Viêt Nam, à l'époque au Tonkin en Indochine française) et mort le à VanvesRelevé des fichiers de l'Insee, est un navigateur et écrivain français, auteur de plusieurs livres relatant ses voyages.
Il est l’aîné de cinq enfants ; il a trois frères et une sœur. Ses parents sont français : sa mère, artiste, est diplômée des Beaux-Arts, son père, commercial, diplômé d’HEC.
L’enfance et l’adolescence se passent à Saïgon (Ho Chi Minh Ville), agrémentées des trois mois de grandes vacances dans un village de pêcheurs du golfe de Siam, « entre mer et forêt » , où il noue une grande amitié et complicité avec les enfants des pêcheurs et développe un goût prononcé pour la vie proche de la nature. Les pêcheurs l’initient à la navigation sans instrument, en contact direct avec les éléments.
« Vagabond des mers du Sud » , il a parcouru aussi bien l'Atlantique que le Pacifique. Il a fait escale aux Antilles, en Polynésie et en Nouvelle-Zélande, passé trois fois le cap de Bonne-Espérance et deux fois le cap Horn. Il a vécu une douzaine d'années entre Tahiti et les Tuamotu et a milité contre la nucléarisation du Pacifique sud, pour la désescalade nucléaire pendant la guerre froide et pour la plantation d'arbres fruitiers dans les villages français. En 1968, il participe à la première course autour du monde, en solitaire et sans escale, le Golden Globe ChallengeGolden Globe Challenge.. Alors qu'il est annoncé vainqueur, il renonce à franchir la ligne d'arrivée, abandonne la course et continue, toujours sans escale, en direction de l'océan Indien. Après dix mois de navigation, son périple s'arrête en Polynésie. Quelques années après, il s'installe sur l'atoll d'Ahe, avec sa compagne Ileana et leur fils Stephan.
En 1972, l'Académie française lui décerne le prix Jean-Walter pour l'ensemble de son œuvre. Il reçoit également le Grand Prix Sport et Littérature de l'Association des écrivains sportifs en 1967.
Mort d'un cancer en 1994, il repose au cimetière du Bono situé dans le golfe du Morbihan, en Bretagne.
Biographie Enfance et jeunesse
Bernard Moitessier naît le à Hanoï, mais passe son enfance à Saïgon. Il est le fils de Robert Moitessier, diplômé d'HEC, et de Marthe Gerber, artiste, ancienne élève des Beaux-Arts. Aîné de trois frères et une sœur, il est élevé par son père de la même façon que celui-ci dirige son entreprise d'import-export : d'une main de fer. Pendant les vacances scolaires, les membres de la famille rejoignent un village de pêcheurs vietnamiens, près de Rạch Giá. Ils participent à la vie du village, aident les pêcheurs à préparer les lignes de pêche et embarquent parfois avec eux, découvrant ainsi une civilisation millénaire dont Bernard Moitessier restera toujours imprégné. Il y connaît une existence proche de la population locale, connaissant parfaitement la langue et il sert même d'interprète à son père quand celui-ci part en tournée auprès de ses clients. Il apprend que la calligraphie chinoise permet aux Annamites et aux Cambodgiens de se comprendre malgré l'usage d'une langue différente.
À , au vu de ses résultats scolaires catastrophiques, son père décide de lui faire intégrer une école d'agriculture. À , il est contremaître dans une plantation d'hévéas, où il apprend l'amour de la terre, et à , il est embauché dans l'entreprise familiale à vérifier les factures et les stocks. Mais il retourne rapidement dans le village où il passait ses vacances et décide, avec un ami, d'ouvrir une coopérative. Il est de retour à Saïgon lorsque la guerre s'y propage.
La guerre
En 1940, les Japonais envahissent l'Indochine et Robert Moitessier, officier de réserve, est fait prisonnier. Bernard Moitessier arbore le drapeau français sur la façade de la maison familiale, et, arrêté avec sa mère et ses deux frères, manque d'être tué pour avoir esquivé la gifle d'un officier dans la prison où la famille reste retenue quelques semaines. En , le Japon capitule et toute la famille est relâchée, mais la flambée de violence continue et une guerre civile débute entre ceux qui veulent chasser les colons, ceux qui veulent rester fidèles à la France et les Français qui veulent garder leur rôle d'avant-guerre. C'est ainsi que les affrontements se succèdent. Bernard Moitessier fait d'abord partie d'une patrouille, puis est engagé comme matelot-interprète. Il participe parfois aux affrontements, en prenant bien soin de détourner son arme quand il est contraint de tirer sur quelqu'un. Après un an sous les drapeaux, il revient à la vie civile. Exemple et symbole de cette guerre fratricide, son frère Françou tue un de leurs amis d'enfance puis se suicide. Bernard réintègre l'entreprise paternelle pour une courte période, puis monte une entreprise de cabotage à la voile. Mais six mois plus tard, soupçonné de trafic d'armes par la sûreté française, il est contraint d'arrêter son activité florissante.
Premiers voyages vignette|upright=1.2|Voyage du Snark.
Il visite pendant six mois l'Europe puis, rentrant de France, il rencontre Pierre Deshumeurs puis Jean-Claude Mounier, qui vient d'acquérir une vieille jonque qu'il a dénommée Snark, du nom du bateau de Jack London. Deshumeurs et Moitessier partent en 1951 en direction de l'Australie. Il leur faut pomper tous les jours pour évacuer l'eau qui s'infiltre par le calfatage et ils embarquent pour seul instrument de navigation, un sextant dont ils ne savent pas se servir. Même si l'entente n'est pas toujours excellente entre les deux marins, ils arrivent à Singapour après une escale dans les îles Anambas. Alors que les deux hommes auraient dû attendre l'autorisation des autorités de Jakarta, ils continuent en direction du détroit de Malacca, où ils se font arraisonner par les autorités indonésiennes. Soupçonnés d'espionnage, ils sont conduits jusqu'à . En y attendant l'autorisation de continuer, ils calfatent entièrement la coque pourrie du Snark, qui continue malgré tout à embarquer de grandes quantités d'eau. L'autorisation est finalement refusée et les autorités indonésiennes remorquent le voilier des deux aventuriers jusqu'à Singapour. De là, ils remontent jusqu'en Indochine où Bernard Moitessier récupère l'armement réutilisable du Snark devenu pourri de la quille jusqu'à la pomme du mât afin d'armer Marie-Thérèse, une jonque qu'il vient d'acheter.
Marie-Thérèse I et II vignette|upright=1.5|gauche|Voyage de la Marie-Thérèse.
En 1952, il part à bord de son nouveau bateau, Marie-Thérèse. En escale à Singapour, alors qu’il dort chez des amis, une voie d’eau se déclare soudain dans le bateau, tout espoir semble perdu. C’est alors qu’un shipchandler de Singapour, Oner, lui sauve la mise en dépêchant dix calfateurs et trois apprentis pour étanchéiser le bateau avant la marée. « Il m’a dit que ce qu’il avait fait pour moi, il l’avait reçu d’un autre, dans des circonstances où il ne voyait plus la lumière d’un espoir, comme moi la veille. Il m’a dit que je ne lui devais donc rien, mais qu’il ne faudrait pas oublier de rendre, un jour, sans hésiter une seconde, quand le moment serait venu. Ensuite il est parti en me laissant devant ce miracle. » (extrait de Tamata et l’Alliance)
Pour rejoindre l'océan Indien, il passe par le détroit de Malacca, puis remonte laborieusement la mousson, tirant des bords quasiment parallèles, puis finit par toucher les alizés, en direction des Seychelles. Pouvant uniquement se positionner en latitude, Moitessier décide, pour savoir précisément où il se trouve, de courir sur le , afin de passer entre les îles de l'archipel de Diego Garcia. Il espère ainsi que le calme sous le vent des îles lui annoncera la proximité des terres. Il s'y échoue en pleine nuit et son bateau est irrécupérable. Il se fait rapatrier à l'Île Maurice où il vit pendant trois ans.
Pendant ces trois années, recueilli par une famille mauricienne, la famille d'Emile Labat, vivant dans une maison en corail au bord de la plage entre Riambel et Souillac dans le sud de Maurice, il exerce de nombreux métiers. Conférencier, fabricant de charbon de bois, gérant d'une pêcherie et même pêcheur en apnée, avec fusil, harpon, masque et tuba . Il eût perdu un pied et son avenir de vagabond des mers s'il n'avait exigé d'être conduit en urgence à Curepipe où il fut opéré par Gérard Dufourmentel avec qui il entretint une amitié indéfectible. Après sa convalescence chez les Labat, il fut employé comme secrétaire au consulat de France. Cela lui permet, avec l'aide de nombreuses amitiés, de construire un nouveau bateau, le Marie-Thérèse II, construite de bric et de broc en compagnie d'un charpentier créole habitué à construire des « pirogues mauriciennes » à l'ombre des cocotiers.
vignette|upright=1.5|Voyage de la Marie-Thérèse II.
En 1955, Bernard Moitessier part pour l'Afrique du Sud. Suivant le précepte de Baudelaire : « Si tu peux rester, reste, pars s'il le faut », il quitte Maurice avec un bateau tout juste bon à naviguer. Après une navigation mouvementée, il rejoint le port de Durban, où il se fait embaucher comme charpentier de marine.
S'ensuit alors un voyage bord à bord avec Wanda, le petit sloop d'Henry Wakelam, rencontré à Durban. Ensemble, ils font les poubelles du Cap, pour y trouver de vieilles aussières. Après avoir récupéré les brins non usés, ils les toronnent pour en faire des écoutes. Ils chassent au lance-pierre les cormorans pour améliorer le riz du bord et rivalisent de ruse pour s'équiper gratuitement. Ils partent ensuite ensemble pour un long voyage jusqu'aux Antilles, passant par les îles de l'Ascension, Sainte-Hélène et Fernando de Noronha.
Aux Antilles, ils rencontrent le futur architecte naval James Wharram, qui vient de traverser l'Atlantique Nord à bord d'un catamaran de , Tangaroa, et avec l'aide de ses deux compagnes, Jutta et Ruth. Bernard Moitessier l'aide à commencer la construction de Rongo, un autre catamaran de , aux concepts novateurs qui feront plus tard la réputation de l'architecte.
Alors qu'il est en mer, après une troisième nuit sans sommeil, Bernard Moitessier s'endort trop longtemps et fait naufrage sur l'île de Saint-Vincent, en 1958.
Joshua vignette|upright=1.2|Le Joshua sous voile. Alors qu'il souhaite d'abord fabriquer un bateau en bois et en papier pour rejoindre l'Europe, il trouve un emploi sur un pétrolier. Il débarque à Paris en 1958, sans un sou en poche et avec un hiver à affronter. Il y rencontre le journaliste Jean-Michel Barrault, qui lui conseille d'écrire un livre sur ses périples. En parallèle, il est embauché comme représentant médical pour les Laboratoires Midy, et sillonnant la France, de cabinet médical en cabinet médical, il commence à rédiger son manuscrit aux terrasses des bistros, où il trouve une ambiance propice à l'écriture.
En 1960 paraît Vagabond des Mers du Sud et, les ventes allant bon train, Bernard Moitessier prépare les plans de son futur bateau qu'il prévoit d'abord en bois moulé. Il l'appellera Joshua, en honneur du grand marin Joshua Slocum, qui réalisa le premier tour du monde en solitaire. L'architecte naval Jean Knocker propose au marin de dessiner gratuitement les plans de son bateau. Bernard Moitessier rencontre Françoise, la fille d'amis de ses parents. Déjà mariée, elle a trois jeunes enfants, Béatrice, Emmanuel et Hervé ; après son divorce, le couple se marie en 1961. La même année, Jean Fricaud, fabricant de pelles mécaniques (il créera plus tard le chantier META à Tarare.), installé à Chauffailles en Saône-et-Loire, propose au couple de construire Joshua en acier au prix de revient. La construction commence en et, rivalisant de débrouille et d'économie, Joshua est prêt en à prendre la mer, avec un petit moteur à son bord, des poteaux télégraphiques comme mât et des câbles EDF en gréement dormant. Bernard Moitessier propose alors des stages d'école de croisière. Parmi ses stagiaires, figurent Nicole van de Kerchove et Thierry Dalberto qui racontera l'aventure de ce premier voyage de Joshua dans son livre Girolata.