Les Gourmantché sont une population d'Afrique de l'Ouest, vivant principalement au Burkina Faso, autour de Fada N'Gourma, mais aussi dans certaines régions du Togo, du Bénin, et dans le sud-ouest du Niger.

Ethnonymie Selon les sources, on observe de multiples variantes : Bigulimanceba, Bimba, Binumba, Gourmanché, Gourmantchés, Gourma, Gourmas, Gulmanceba, Gulmance, Gulma, Gurmanche, Gurmanshe, Gurmantche, Gurmantyeba, Gurma, GurmasSource RAMEAU, BnF .

Langues Leur langue est le gourmantché, une des langues gour de la famille des langues nigéro-congolaises. Le nombre total de locuteurs a été estimé à , dont au Burkina Faso (1999), au Togo (2001), au Bénin (2001) et au Niger (1998). Au Burkina Faso certains parlent aussi le français, le zarma ou le peul.

Histoire Fada N’Gourma est appelé Bengu par les mossi et les Yaana, nom qui signifie « terre des Bemba ». Fada N’Gourma aurait été fondé sous le règne de Yendabri, 14è empereur des gourmantchés. Ses fondateurs, les Natambas seraient venus de Ojabwa dans la Kompienga à la recherche du chef de Bugi (près de Fada). Le nom autochtone de la localité est Nungu. Ce nom, donné en langue gulmancema signifie « pays des Numba ou Nanumba ». Le gentilé formé à partir du nom autochtone Nungu est Nunyoa au singulier et Nunyaaba au pluriel. Certains informateurs ont laissé entendre que leur péférence irait au nom Nungu s’il fallait indiquer la localité par un panneau signalétique. La localité possède comme emblème un crocodile. Les noms de famille autochtones les plus courants sont : Combary, Naba, Nassouri, Tankoano, Thiombiano. Selon les informateurs, un fils de la localité serait allé fonder Bilanga*. Selon les habitants, il existe une autre localité homonyme de la leur située au Tchad et nommée Fada. Le nom administratif Fada N’Gourma a été attribué à la localité par les Sonraï pour signifier « la cour du roi du Gourma ». Selon une autre version étiologique rapportée par Louis Fernand FLUTRE (1856) Fada voudrait dire « la grande bagarre ». Le gentilé formé à partir de Fada N’Gourma est Fadayen.

D’après des traditions Dagomba, un chasseur vint jadis du Tchad dans la région actuelle de Fada. C’était Tohadjie le vaillant guerrier qui épousa Pagawogbé, fille du roi. Ils eurent un fils, également grand chasseur qui quitta la région de Fada pour aller plus au sud. Sa première femme du nom de SOUHOUSAGBE est la fille d’un féticheur du Gourma. Le roi du Gourma lui offrit aussi sa fille en mariage. Il eut d’elle NA-GBEWA qui est le premier roi du Dagomba. Ce dernier régna à PUSGA, à la frontière de l’actuel Ghana. Il eut de nombreux enfants qui furent les chefs des principales dynasties, y compris celle des Mossi. En dépit de la tradition Dagomba il ne demeure pas moins vrai que les familles actuellement régnantes au Gourma viennent du Bornou. Béribéris émigrés durent conquérir les descendants de Diaba LOMPO pour s’établir ou d’incorporer à ces derniers par mariage et adopter leur nom de famille. En dehors des traits raciaux communs aux Béribéris et aux Gourmantché, de certaines coutumes que l’on n’a jamais rencontrées chez les Djermas et les Haoussaa, peuples interposés entre les Béribéris et les Gourmantchés.

Culture Les Gourmantchés sont pour la plupart un peuple nomade effectuant un parcours pastoral de dix-sept ans dans les régions qu'ils occupent afin de permettre aux ressources naturelles de se reformer.

Religion Les Gulmanceba situent au sommet de leurs croyances : Dieu et le monde invisible. En se servant de leur connaissance de l’homme et du monde visible, ils essaient d’établir des relations avec Dieu et le monde invisible.

Dieu et le monde invisible

DIEU « If Tienu « God » did not ye « exist », the heaven and the earth would not have ye « existed » » (Swanson R.A « Gourmantche ethnoantropology » E théory oh Human Being, university Press of America, Lanham – New York – London 1985).

Ces paroles recueillies par l’anthropologue R.A Swanson illustrent bien la conception gulmance de Dieu. Ainsi sous le nom de Tienu, Dieu est créateur de tout ce qui existe ; sous celui de Yienu, il donne existence à tout être vivant. C’est l’Etre par excellence qui vit par lui-même (Yienu) et l’Etre suprême qui donne forme à tout (Tienu) (Swanson, p 39 – Tindano P.D : « l’homme gourmantché en quête de sécurité face à Jésus-Christ unique sécurité « , mémoire en théologie, Koumi 1995).

En tant que Créateur (Tienu), il est présent et actif dans la vie de l’homme, d’une présence et d’une action permanentes (…) Dieu est ainsi présent à tout ce qu’Il créé et son oeuvre de création n’est pas une oeuvre passée, arrêtée, terminée. Elle est présente dans ce sens que Dieu continue de créer, de donner forme et existence. En cela les Gulmanceba rejoignent la mentalité biblique pour laquelle la création appartient non au passé mais au présent.Comme auteur du ciel et de la terre, Dieu n’ignore rien de tout ce qui s’y passe et rien de bien ou de mal ne s’y produit à son insu. Invisible, il habite en haut (Tampolu) et contrôle tout. Il est maître de justice.

Pour entrer en relation avec Lui, l’homme passe par des êtres intermédiaires : le Buli, les ancêtres. Il connaît aussi l’existence d’Esprit.

Les Buli, les ancêtres et les esprits « Pour le Gourmantché, la nature est peuplée d’êtres invisibles qui interviennent dans le monde des hommes et qui ne sont pas toujours favorables à l’homme, soumis à leur pouvoir. »

Nous avons d’abord les Buli. Le Bulo (singulier de Buli), selon M. Cartry, échappe à tout terme français : « les termes de divinité, d’esprit, de génie de lieu ne convenant pas, toute traduction est impossible. (…) : le Bulo, c’est ce que le sacrificateur renvoie au lieu où toute chose s’origine (…) ». (Cartry M. « le statut de l’animal dans le système sacrificiel des Gourmantchés » (Haute Volta), 2è partie in AA.W, systèmes de pensée en Afrique.

Noire – le Sacrifice II cahier 3 – Laboratoire de la Vème section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes – CNRS Mayenne, 1978 p.29). C’est-à-dire chez Dieu. Mais puisque le Buli n’est ni Dieu ni homme et fait partie du monde invisible avec une représentation visible sur terre, il est pour nous un esprit.(…) Après les Buli viennent les Ancêtres (Yajaanba ou Bikpelinba) : ce sont des défunts qui ont joui d’une « assez longue vie » sur la terre et y ont laissé « une descendance nombreuse » (Tindano op. cit.) qui les invoque à certaines moments de la vie comme intermédiaires auprès de Dieu. Signalons encore l’existence d’un certain nombre d’Esprits redoutés. Citons d’abord les Pola (espèces de gnomes) et les Cicila : ce sont des esprits capricieux, capables de nuit à l’homme et de lui faire du bien.

Ensuite viennent les Esprits dont l’existence est liée à celle des défunts. Mentionnons les Jiintu (« esprits des jeunes gens morts sans avoir eu de relations sexuelles » Tindano P.D op.cit) ; le Tankoiilo, esprit d’un revenant, le Nihiiga, esprit d’un mourant.

Enfin nous avons le Suano et le Palo, qui appartiennent à la fois au monde visible et au monde invisible ; ce sont des esprits d’hommes vivants réputés faire le mal en donnant la maladie ou la mort à d’autres hommes.

Publications En 1976, le Richard Alan Swanson a accompli une thèse de Doctorat sur l’Ethnoanatomie des Gourmantché (Gourma ethnoanatomy: a theory of human being, Ph.D. Thesis, Northwestern University, Evaston, Illinois, 1976, 437 p.). En 1985 il publie un livre sur ce même sujet (Gourmantché Ethnoanthropology: A theory of human being).

En 2006, au Burkina Faso, Salif Titamba Lankoande a publié un livre sur l'Histoire et l'Ethnographie des Gourmantché (Les Gourmantche, Presses Africaines du Burkina, Ouagadougou, 2006, 211 p.).

En 2012, le João Pedro Galhano Alves a publié à Paris un livre sur le peuple Gourmantché et sa culture, et sur l’Ethnobiologie de la coexistence entre humains, lions et biodiversité dans la région du W du Niger (Anthropologie et écosystèmes au Niger. Humains, lions et esprits de la forêt dans la culture gourmantché, Éditions l’Harmattan, Paris, 2012, 448 p.). Depuis 2005, ce chercheur a aussi publié d’autres livres et plusieurs articles sur ce sujet et sur le peuple Gourmantché. Ces publications sont le résultat de travaux de recherche de terrain faits par cet auteur dans la région du W du Niger. Aussi, en 2010 et 2011, le Museo Nacional de Ciencias Naturales (Madrid, Espagne), du Consejo Superior de Investigaciones Científicas (Espagne) a présenté une exposition publique, Vivir en biodiversidad total con leones, tigres o lobos, qui était basée principalement sur les travaux de recherche de cet anthropologue et ethnobiologiste. Cette exposition a réuni ses principales données de terrain, analyses et concepts, une sélection de son archive photographique et sa collection d’objets ethnographiques et ethnobiologiques obtenus dans plusieurs terrains de recherche. Une partie de cette exposition était sur la culture Gourmantché et sur la coexistence entre humains, lions et biodiversité dans le W du Niger.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Démographie au Burkina Faso Démographie au Togo Liste des groupes ethniques d'Afrique

Liens externes

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