Jean-Jacques Servan-Schreiber (aussi appelé par ses initiales JJSS), né Jean-Jacques Schreiber le à Paris et mort le à FécampRelevé des fichiers de l'Insee., est un journaliste, essayiste et homme politique français.
Biographie Carrière Jeunesse Jean-Jacques Servan-Schreiber naît en 1924. Il est le fils aîné d'Émile Servan-Schreiber, codirecteur du journal Les Échos, et de Denise Brésard, maire de Veulettes-sur-Mer..
Jouissant de toute l'attention de sa mère, Jean-Jacques Servan-Schreiber est un enfant doué et travailleur. Dès l'adolescence, son père l'entraîne avec lui dans les réunions de son cercle où se rencontrent des personnalités comme le ministre Raoul DautryPatrick Liegibel, « Jean-Jacques Servan-Schreiber, l'homme qui venait de l'avenir », émission Au fil de l'histoire sur France Inter, 20 février 2013..
Reçu à l'École polytechnique en 1943, il rejoint de Gaulle avec son père et choisit la filière américaine en étant formé comme pilote de chasse dans l'Alabama. Obtenant son brevet en , il ne participe à aucun combat aérien. Dans Le Huron de la famille (1979), son cousin Jean-Claude, gaulliste engagé dans la cavalerie blindée et rapidement envoyé au combat, ironise sur le choix d'une formation longue dans l'aviation, qui permettait de gagner le prestige de l'uniforme sans grand risque de partir au front immédiatementJean-Claude Servan-Schreiber, Le Huron de la famille, Calmann-Lévy, 1979.. Jean-Jacques Servan-Schreiber justifie dans ses mémoires son choix de l'Armée de l'air, en exprimant sa crainte de mourir brûlé dans un char d'assaut.
Terminant Polytechnique à la Libération, il n'exerce jamais son métier d'ingénieur. Il tente l'aventure au Brésil en 1948 où il est représentant d'un avion français, le Courlis, puis gérant d'un hôtel à São Paulo, sans franc succès. Passionné par les sciences et par la politique, Jean-Jacques Servan-Schreiber se découvre un goût pour l'écriture et pour le journalisme, écrivant des articles pour Les Échos et pour la presse locale brésilienne. Brillant, il est engagé au Monde par Hubert Beuve-Méry en personne et devient à éditorialiste en politique étrangère. Sa bonne connaissance des États-Unis lui permet de se spécialiser dans l'analyse de la guerre froide.
Fondateur de L'Express à 29 ans Convaincu que la décolonisation est inéluctable et nécessaire, il signe une série d'articles sur le conflit indochinois. Cela lui permet une rencontre qui change le cours de sa vie avec Pierre Mendès France (PMF), député de l'Eure, et farouchement opposé à la poursuite de l'effort militaire français en Indochine.
Considérant Mendès France comme le seul homme capable de sortir la France de l'enlisement et de la médiocrité du personnel politique de la République, JJSS (il est le premier à se désigner sous ses initiales, selon l’usage américain) crée en 1953 le magazine L'Express avec la journaliste Françoise Giroud. D'abord simple supplément du week-end aux Échos, ils en font un journal généraliste indépendant, ayant pourtant clairement pour but d'amener Pierre Mendès France, ou ses idées, au pouvoir. Malgré des débuts difficiles, L'Express, devenu quotidien en 1955, est rapidement le journal de toutes les innovations, séduisant ou agaçant la jeunesse et les intellectuels des années 1950 et 1960. Le journal pratique le tri sélectif des informations : ainsi, L'Express garde le silence sur la répression sanglante du soulèvement de Budapest par l'Armée rougeChristian Millau, Au galop des hussards, éd. B. De Fallois, 1999..
À seulement trente ans, JJSS est le directeur de son propre journal dans lequel écrivent Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Malraux et François Mauriac. Entre saisies et censures, le succès de L'Express est grandissant. Au bout d'une année d'existence, l'objectif de la jeune équipe est atteint : Pierre Mendès France, à la suite de la défaite de Điện Biên Phủ, est élu Président du Conseil. JJSS devient l'un de ses conseillers.
Proche de François Mitterrand et de Valéry Giscard d'Estaing, qu'il a connu à Polytechnique et qui disait de lui qu'il « avait une case en trop », JJSS est un éditorialiste virulent et influent. Son réseau comprend des hommes tels que Simon Nora.,
Lorsque débute la guerre d'Algérie, JJSS et L'Express combattent de nouveau certaines exactions de l'armée française et une guerre qui ne semble déjà plus civile, mais coloniale. JJSS est mobilisé avec le grade de lieutenant sous le commandement du colonel Roger Barberot, adjoint du général Jacques Pâris de Bollardière, seul général français à avoir dénoncé publiquement la torture en Algérie par une lettre datée du adressée à son commandement et publiée trois semaines plus tard dans L'Express« Bollardière, le général qui a dit non », par Jean-Dominique Merchet, dans Libération du 14 juin 2001 .. Cette publication oblige Bollardière à quitter son poste de commandement. De cette expérience algérienne, JJSS tire son premier ouvrage Lieutenant en Algérie à cause duquel il sera accusé d'atteinte au moral de l'armée.
En 1958, il fédère trois associations d'anciens combattants d'Algérie dont la sienne, celle des « rappelés et maintenus », pour fonder, le , la Fédération nationale des anciens d'Algérie (FNAA) qu'il préside jusqu'en 1965. Guidé par l'exemple du général Pâris de Bollardière, il agit pour la paix en Algérie et se retrouve aux côtés de Pierre Mendès France contre les exactions de l'OAS.
À la fin des années 1950, la notoriété de L'Express s'étend bien au-delà de la France. Ses prises de position réformatrices l'amènent à être contacté par le sénateur américain John Fitzgerald Kennedy qui s'intéresse de près aux décolonisations, dont le cas de l'Algérie est typique. L'Express est le premier journal européen à faire sa « une » avec John Fitzgerald Kennedy en 1957. Plus tard, Kennedy contacte Mendès France et JJSS afin de connaître l'attitude du général de Gaulle à son égard pour préparer sa visite officielle en France. JJSS et Kennedy se retrouvent une dernière fois au début de l'année 1963 à la Maison-Blanche. JJSS apporte au président américain un livre de Jules Roy sur le conflit en Indochine. Son but était de mettre en garde le président sur un enlisement au Viêt Nam. JJSS garde par la suite de très bonnes relations avec la famille Kennedy dont il espérait peut-être copier le modèle avec sa propre famille. Cela lui valut d'ailleurs le sobriquet de « Kennedillon » lancé par François Mauriac.
Opposé au retour du général de Gaulle en 1958, JJSS voit son journal perdre en audience au début des années 1960, passant de . L'Express retrouve alors une périodicité hebdomadaire. C'est également une période de gros bouleversements personnels pour son fondateur. À la suite d'une guerre de succession familiale entre Robert, sa fille Marie-Claire et Émile Servan-Schreiber, les Servan-Schreiber perdent le contrôle des Échos. JJSS se fâche avec son mentor Mendès France, divorce de sa première épouse Madeleine Chapsal, se sépare de sa maîtresse Françoise Giroud et épouse Sabine Becq de Fouquières, stagiaire à L'Express, fille du colonel de Fouquières. Il aura d'elle quatre fils : David, Émile, Franklin et Édouard.
En 1964, JJSS, après une étude commandée à son frère Jean-Louis Servan-Schreiber, transforme son journal en news magazine d'après le modèle de Time Magazine et de Der Spiegel. Visant le lectorat des nouvelles classes moyennes (les cadres notamment) et participant à l'acclimatation de modèles sociétaux nord-américains, L'Express décolle à nouveau et se généralise : nouvelles technologies, libération de la femme. L'Express devient le reflet des changements de la société française. Son tirage augmente.
Le déclic du Défi américain Jean-Jacques Servan-Schreiber est au milieu des années 1960 un riche patron de presse et un éditorialiste politique toujours à l'affût des nouvelles idées. Par ses brillantes analyses et synthèses, il attire à lui les cerveaux de sa génération. L'Express est le principal journal d'opposition au général de Gaulle et compte dans ses rangs quelques barons de la presse des décennies à venir : Claude Imbert, Jean-François Kahn, Catherine Nay, Michèle Cotta, Ivan Levaï.
Atlantiste et pro-américain, JJSS devient de plus en plus anti-gaulliste. Persuadé que le vieux général n'est plus l'homme d'une France moderne, il ne veut plus se contenter de son rôle d'observateur politique. Il est influent dans une partie de la gauche anti-communiste. Il essaie par exemple de pousser son ami Gaston Defferre à se présenter à l'élection présidentielle de 1965. La campagne de « Monsieur X » est un échec. Il suit ensuite de près la formation de la FGDS, créée afin de réunir dans une seule structure la gauche non communiste française autour de Mitterrand et de Mendès France. JJSS est surtout un agitateur d'idées. Il considère que ses éditoriaux ne suffisent pas à éveiller ses concitoyens aux défis que la France va devoir relever. Il réfléchit donc à une possible entrée en politique.
Il fait à cette époque la rencontre de Michel Albert, haut fonctionnaire travaillant à Bruxelles pour le Marché Commun. Celui-ci lui fournit énormément de documentation et de rapports économiques que JJSS utilise de plus en plus dans ses éditoriaux. L'un d'eux bouleverse JJSS : les États-Unis et l'Europe se livreraient une guerre économique silencieuse où l'Europe semble totalement dépassée, tant dans les méthodes modernes de management que pour l'équipement technologique et la capacité de recherche. En fait, ce thème du « fossé technologique » est déjà un lieu commun qui inspire des politiques gouvernementales dans les principaux pays européens. Servan-Schreiber y trouve l'occasion de développer un argumentaire en faveur d'un fédéralisme européen, dans un livre choc destiné au marché des classes moyennes supérieures — les cadres qui lisent L'Express. Son livre Le Défi américain, paru en 1967, reste aujourd'hui le plus gros succès de librairie pour un essai politique. Le livre est traduit en quinze langues, se vend à des millions d'exemplaires partout dans le monde et est unanimement reconnu comme brillant. Il y prédit la généralisation de la micro-informatique et l'apparition d'internet, mais se trompe en prédisant que le Concorde serait bientôt dépassé par « des avions de ligne américains supersoniques en service courant. »
Il est alors invité aux six coins de l'Hexagone et aux quatre coins de l'Europe. Il remplit les salles et commence à prôner une Europe fédérale ayant une monnaie commune et une France décentralisée – programme fédéraliste européen développé par plusieurs auteurs depuis l'entre-deux guerres.
La démission du président de Gaulle en 1969 le persuade qu'il a sa place dans le renouvellement du personnel politique. C'est ainsi qu'il devient secrétaire général du Parti radical-socialiste en et entre de plain-pied dans l'arène politique. Par la suite, il est à deux reprises (- et -) président du parti.
Une carrière politique mouvementée En 1962, JJSS fait ses premiers pas en politique dans le Pays de Caux. Il se présente aux élections législatives, dans la huitième circonscription de la Seine-Maritime, correspondant alors à Yvetot, Cany-Barville et Saint-Valery-en-Caux. Il est battu par Roger Fossé qui devient plus tard président du Conseil régional de Haute-Normandie.
Coauteur avec Michel Albert du Manifeste radical en 1970, Jean-Jacques Servan-Schreiber est un homme politique atypique. Sa carrière est faite de grands combats avant-gardistes dans une France sociologiquement conservatrice au sein du Parti radical-socialiste. Il lutte prioritairement pour la décentralisation par la régionalisation, pour l'arrêt du programme Concorde afin de concentrer les efforts sur l'Airbus, plus rentable économiquement, pour l'arrêt des essais nucléaires, pour une réforme des grandes écoles et des concours, pour une plus juste progressivité de l'impôt sur le revenu, pour l'informatisation.