Nidoïsh Naisseline, né le à la tribu de Nece (se prononce Nétsé) dans le district de Guahma sur l'île de Maré (Nouvelle-Calédonie), et mort le à NouméaY. MAINGUET avec P. CHATEL, « L’empreinte de Naisseline », Les Nouvelles calédoniennes, 05/06/2015, est un homme politique français. Il fut indépendantiste kanak de Nouvelle-Calédonie et fut grand-chef coutumier du district de Guahma sur l'île de Maré. Il a succédé à son père, Henri Naisseline (qui lui aussi a connu une carrière politique locale, mais dans les rangs gaullistes et anti-indépendantistes), en 1973, après avoir épousé Suzana Wright en . Ils auront ensemble six enfants (quatre garçons: Dokucas, Hnaosse, Salone et Nyiwhane / deux filles: Deiradané et Leanga). À sa mort, il laisse sa femme, leurs six enfants ainsi que leurs douze petits enfants. Son fils aîné, Dokucas Henri Naisseline (né en 1974), est l'actuel grand-chef de Guahma, depuis 2007. Sa nièce Françoise Caillard est la présidente fondatrice de l'«Union des femmes citoyennes de Nouvelle-Calédonie».
Étudiant engagé Il part en 1962 en France métropolitaine pour suivre les cours du lycée Jean-Jacques Rousseau à Montmorency, il commence des études en droit à la faculté de Paris avant d'obtenir en 1972 une maîtrise de sociologie. Fortement marqué par les évènements de , il s'engage alors très tôt à l'extrême gauche et pour l'indépendance. Il fonde en 1969 un groupe radical d'étudiants kanaks indépendantistes, les « Foulards Rouges » qui, avec le « Groupe 1878 » fondé en 1971 par Élie Poigoune, est à l'origine des premières actions séparatistes en Nouvelle-Calédonie. Ces deux formations vont servir de base à la création du Palika (Parti de libération kanak), le premier parti politique prenant ouvertement position pour la séparation de la Nouvelle-Calédonie d'avec la France sur une base marxiste, en . Ses activités militantes lui valent d'être emprisonné à trois reprises, en 1969, 1972 et 1978, étant défendu par l'avocat Jean-Jacques de Felice. Entretemps, il est élu à l'Assemblée territoriale pour la première fois le et réélu le Y. MAINGUET, « Le portrait de Nidoïsh Naisseline », Les Nouvelles Calédoniennes, 05/05/2009. Malgré son passé militant révolutionnaire, il incarne bientôt le courant le plus modéré, réformiste et légaliste au sein du Palika, appelé « tendance Amoa » (du nom de la tribu à Poindimié où a eu lieu le congrès fondateur du parti en 1976).
La fondation du LKS Lorsque le Palika décide en 1981 de quitter le Front indépendantiste pour s'opposer à la position modérée et réformiste prise par Jean-Marie Tjibaou et à son rapprochement avec le Parti socialiste métropolitain à partir de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, Nidoïsh Naisseline décide avec certains fidèles de faire dissidence pour créer le parti Libération kanak socialiste (LKS).
Pour lancer son nouveau mouvement, il est cette même année candidat aux élections législatives dans l'ancienne première circonscription (dite circonscription Est) face au député sortant UC Rock Pidjot, au RPCR Henri Wetta, au sénateur autonomiste Lionel Cherrier et au coutumier Charles Haeweng HaudraArrêté n° 1560 du portant fixation de la liste des candidats aux élections législatives du ( circonscription électorale), JONC n°6109, 08/06/1981, p. 754. Il se qualifie alors pour le second tour dans une triangulaire qui l'oppose à Rock Pidjot et Henri Wetta Arrêté n° 1672 du portant fixation de la liste des candidats aux élections législatives du ( Circonscription électorale), JONC n°6113, 29/06/1981, p. 862. Bien qu'il se soit alors opposé au candidat officiel du Front indépendantiste, il maintient la participation du LKS à ce dernier et soutient de 1982 à 1984 le conseil de gouvernement dirigé par Jean-Marie Tjibaou.
Devenu définitivement attaché au rejet de la lutte et à la défense d'une indépendance pluriethnique obtenue par la négociation, Nidoïsh Naisseline refuse le boycott décidé par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS, qui a remplacé le Front indépendantiste en ) aux élections locales de 1984. Il ne fait donc pas participer le LKS à cette nouvelle coalition indépendantiste et appelle à continuer à maintenir le dialogue avec les anti-indépendantistes pendant toute la période dites des Évènements entre 1984 et 1988. Signataire des Accords de Matignon en 1988 qui mettent fin à ces affrontements, il est élu à l'Assemblée de la Province des îles Loyauté et au Congrès, l'assemblée délibérante territoriale, sans discontinuer depuis le .
Une figure politique des Îles Loyauté Président de l'Assemblée des Îles Loyauté Après les élections du , au cours desquelles sa liste n'obtient qu'un seul élu sur 7 à l'Assemblée provinciale, il est toutefois élu président de cette dernière grâce au soutien des deux conseillers anti-indépendantistes du RPCR et de l'indépendantiste modéré du Front pour le développement des îles Loyauté (FDIL) Cono Hamu, contre le président sortant Richard Kaloï, de l'Union calédonienne. À ce poste, il met en place en 1996 une nouvelle liaison maritime régulière entre la Grande Terre et les Îles par le biais du catamaran « Marie-Hélène » dont la gestion est déléguée par convention avec la Compagnie Maritime des îles (CMI). Mais celle-ci se révèle bientôt déficitaire, entraînant des problèmes financiers pour la Province qui s'est engagée en 1997 à prendre en charge intégralement, et sans aucune limite, le déficit d'exploitation de la société tout en prenant une participation à hauteur de 5 % dans le capital de l'entreprise par l'intermédiaire de sa société d'investissement SODIL qui, faute de liquidités suffisantes, doit alors payer à sa banque d'importants agios à la suite de découverts successifs. Il revient également sur le contrat passé par la précédente équipe dirigeante pour la réalisation du port de Tadine sur l'île de Maré, l'entreprise choisie alors ayant connu des difficultés financières et de nombreux retards de paiement. Cette décision entraîne des recours en justice de la part de cette dernière, tandis que la Province confie le chantier à une autre société, entraînant de nouveaux frais pour un bilan final et provisoire de cette opération évalué à 1,1 milliard de F CFP (9,22 millions d'euros environ) La Province des Îles Loyauté : Examen de la gestion Exercices 1993 à 1997, Cour des Comptes, 12/01/2000. Nidoïsh Naisseline critique de plus un manque de continuité territoriale avec des coûts de transports particulièrement élevés entre Nouméa et les îles Loyauté, entraînant une inflation plus forte et des coûts de production plus importants dans ces dernières, les chantiers coûtant 40 % plus chers à Maré ou Ouvéa que dans le chef-lieu territorial.
Malgré ces difficultés, il revendique un résultat comptable positif de la SODIL pour l'exercice 1997 de 102 millions de F CFP (environ euros) alors qu'il était déficitaire de 332 millions (2,8 millions d'euros) en 1995, l'assainissement de sa filiale de pêche Navimon qui passe de 200 millions de Francs pacifiques (1,676 million d'euros) de pertes en à un excédent de 10 millions ( euros) en 1999 avec le développement des exportations de thon frais vers le Japon et de thon congelé vers la conserverie de Pago Pago. Il appelle aussi à une « gestion océanienne » et un « modèle qui colle à la réalité de chez nous », et met en place en 1996 un « Revenu de croissance des Loyautés », aide aux particuliers pour favoriser la consommation qui sera retirée dès son départ de l'exécutif provincial en 1999. Cette politique lui vaut rapidement l'hostilité du RPCR, mené aux Îles par le sénateur Simon Loueckhote, qui lui reproche des mauvais choix financiers et économiques (notamment en critiquant sa volonté de laisser les sièges des différentes filiales de la SODIL à Nouméa, l'échec financier du « Marie-Hélène » ou les rebondissements dans la construction du port de Tadine), une « politique d'exclusion » raciale et politique dans son choix du personnel provincial et de présider de manière trop autoritaire et sans partage du pouvoirla Lettre Calédonienne : décembre 1998. Pour cette raison, le parti anti-indépendantiste lui retire son soutien, le poussant à démissionner le . Il est toutefois rapidement réélu, mais cette fois avec les voix de ses adversaires d'hier : les trois élus du groupe FLNKSA. GUIRAL, « Calédonie: le paysage politique se diversifie. Naissance de deux formations, l'une indépendantiste, l'autre anti. », Libération, 02/06/1998.
Partisan de l'ouverture dès 1997 de nouvelles négociations pour éviter le référendum d'autodétermination de 1998, jugé trop tôt par une grande majorité de la classe politique néo-calédonienne (les indépendantistes étant sûr de perdre et les loyalistes craignant un retour à la violence des années 1980), et entrer dans une nouvelle phase transitoire, il participe ainsi aux discussions de l'accord de Nouméa dont il n'est toutefois pas un signataire en 1998.
L'opposition provinciale Aux élections provinciales du , les premières dans le cadre du nouveau statut né de l'Accord de Nouméa et de la loi organique de 1999, sa liste « LKS - Construire ensemble l'avenir » arrive en troisième position avec 16,4 % des suffrages exprimés et deux sièges sur 14, dont un au Congrès (Nidoïsh Naisseline retrouvant ainsi sa place dans les deux institutions), derrière la liste FLNKS (en réalité UC) du maire de Lifou Robert Xowie (30,4 % et 6 sièges) et celle RPCR du sénateur Simon Loueckhote (19,04 % et deux élus). Lors de l'élection du président de l'Assemblée le suivant, Nidoïsh Naisseline est battu par Robert Xowie qui obtient 8 voix : les 6 de sa liste et les 2 du Palika de Charles Washetine, réunissant ainsi derrière lui la totalité du FLNKSla Lettre Calédonienne : mai 1 999.
Mais le président sortant et son parti dénoncent bientôt un certain nombre d'irrégularités dans l'organisation du scrutin. Tout d'abord, le nombre de votants diffère entre les procès-verbaux de certains bureaux de vote et les listes d'émargement. De plus, des incidents relatifs aux procédures de dépouillement ont été mis en avant comme l'absence de feuilles de pointage dans certains bureaux de vote, des procès-verbaux incomplets ou au contraire surchargés ou encore des feuilles de dépouillement illisibles ou non signées. Mais surtout, la nouvelle opposition provinciale pointe du doigt les signatures répétées de mêmes électeurs dans plusieurs bureaux de vote, notamment dans celui de Maré 5 où un citoyen a signé 30 fois sur la liste d'émargement. Il s'agissait essentiellement alors d'une conséquence du trop grand nombre de procurations accordées aux Îles Loyauté, dont une grande partie des inscrits vit sur la Grande Terre pour y travailler.