vignette|Écriture en langue khmère avant l'époque d'Angkor.
Le khmer ou le cambodgien (, prononciation en khmer : ) est la langue nationale du Cambodge.
Elle appartient au groupe des langues môn-khmères de la famille des langues austroasiatiques, mais son lexique a subi une profonde influence des langues indiennes (sanskrit et pali).
Le cambodgien est principalement parlé au Cambodge et dans les zones limitrophes comme en Thaïlande par les « Khmers Surin » dans la région de l'Isan et les « Khmers Krom » au Viêt Nam dans le delta du Mékong, territoires qui appartenaient autrefois au Cambodge.
C'est une langue mono-dissyllabique (les mono-dissyllabes sont la structure de base de son vocabulaire) avec une tendance générale à la monosyllabisationMichel Ferlus, Evolution vers le monosyllabisme dans quelques langues de l'Asie du Sud-Est, Société de Linguistique de Paris, Séance du 23 novembre 1996 : « Dans les langues dissyllabiques de l'ASE le mot de base est formé d'une syllabe(principale) précédée ou non d'une présyllabe. Ce type particulier de dissyllabe a été dénommé quasi-dissyllabe (en anglais : sesquisyllable ou expanded monosyllable). ». Elle est non tonale, contrairement au vietnamien, l'autre grande langue môn-khmère (qui, elle, a subi l'influence du chinois).
La langue cambodgienne s'écrit avec un alphabet cambodgien d'origine indienne depuis le .
Elle compte environ dix-neuf millions de locuteurs (en incluant les Khmers de la diaspora).
Histoire Le khmer est issu des langues austroasiatiques qui s'étendent en Asie du Sud-Est. On considère qu'il est originaire de la plaine du Mékong, du delta au Tonlé Sap. La première inscription en khmer date de l'année 533 de l'ère saka (611 de l'ère chrétienne), soit treize ans après la première inscription en sanskrit au Cambodge, dite inscription de Robang Romas (520 saka, 598 de l'ère chrétienne). À cette époque, le khmer était parlé au Fou-nan puis au Chen-la et était entouré par le cham (une langue austronésienne) à l'est au Champa, le môn (une langue austroasiatique) à l'ouest dans l'espace de Dvaravati.
L'importation d'éléments culturels indiens durant la période de l'indianisation de la péninsule indochinoise à partir du siècle a entraîné l'adoption de l'alphabet pallava à l'origine de l'alphabet khmer, ainsi que l'entrée de mots sanskrits dans le vocabulaire khmer dans de nombreux domaines, que ce soit le langage usuel (e.g ប្រុស /broh/ « homme » de पुरु॑ष púruṣa ; ស្រី /srǝy/ « femme » de स्त्री strī́ ; ភាសា /phiesa/ de भाषा bhāṣā « langue » ; ចោរ /cao/ « voleur » de चो॒र corá), religieux (ករុណា /karuna:/ करुणा karuṇā « compassion », អង្គ /ang/ corps d'une personne divine, du sanskrit अङ्ग aṅga, « corps »), intellectuel (វាសនា /viesna/ de वासना vāsanā « destinée ») et royal (រាជា /reachea/ dérivé de राजा rājā, « roi »)https://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_la_langue_et_la_litterature_khmeres.pdf.
Le pâli, langue liturgique du bouddhisme, a été utilisé au Cambodge durant la période de l'Empire khmer, particulièrement entre le et le siècle. L'adoption du bouddhisme par les élites royales a occasionné l'emprunt de nombreux termes pâli notamment liés à la religion bouddhique, parfois créant des doublons avec les mots sanskrits existants (ធម៏ /thɔə/ du sanskrit धर्म /dharma/ existe aux côtés de ធម្ម /thŏəm/ du pâli धम्म /dhamma/).
À l'époque de l'Empire khmer, la langue khmère a influencé les langues alentours comme le thaï et le lao. Wilaiwan Khannitanan avance que les mots sanskrits et pâlis présents en thaï ont en fait été empruntés au khmer dans une forme dite « khméro-indique » i.e avec les modifications phonologiques du khmer.
À la chute de l'Empire khmer, l'émergence des royaumes thaïs de Sukhothaï et d'Ayutthaya ainsi que la vassalisation du Cambodge aux souverains siamois ont soumis le khmer à l'influence du thaï. Des mots tels que មឿង mɨəng (« ville » du thaï เมือง mueang, ville), ខៀវ khiw (« vert » du thaï เขียว kǐao) ou រឿងរ៉ាវ rɨəng raaw (« histoire », « querelle » เรื่องราว rʉ̂ʉang-raao) sont entrés dans le vocabulaire khmer. De nombreux emprunts au thaï sont qualifiés d'« emprunts-retours » par Michel Antelme i.e des mots khmers passés en thaï et adaptés à sa phonologie, puis réempruntés par le khmer comme le mot ត្រួត truot, examiner, emprunté au thaï ตรวจ trùuat, lui-même du khmer angkorien ត្រ្វច៑ trvac. Le thaï a aussi transmis au khmer le système numérique décimal qui a été lui-même adopté au chinois par les Thaïs ; ainsi le khmer pour trente, សាមសិប (saam səp) vient du thaï สามสิบ (sǎam-sìp), lui-même hérité du chinois 三十 (saam1sap6 en cantonais, samsi̍p en hokkien).
Les langues chinoises du sud ont aussi joué un rôle majeur dans la formation du vocabulaire khmer. Zhou Daguan signale l'existence d'une communauté chinoise durant son voyage à Angkor en 1296-1297. Des mots de la cuisine comme les vermicelles de riz មី mi (du hokkien 麵 mī), le thé តែ tae (du hokkien 茶 tê) proviennent du chinois. Certains termes existent depuis la période du vieux khmer.
À l'époque du protectorat français, de nombreux emprunts lexicaux sont effectués, particulièrement dans le vocabulaire technique et scientifique. Un projet de romanisation du khmer semblable au chữ quốc ngữ était en cours mais a été arrêté du fait de l'occupation japonaise du Cambodge en 1945.
Différences régionales vignette|Mariage khmer à Trà Vinh.
Bien qu'il y ait une grande homogénéité linguistique au Cambodge, on note toutefois certaines différences régionales importantes.
Les différents parlers khmers sont : le khmer central, parler dominant au Cambodge qui est la base de la langue standardisée. le khmer central dans sa version dialectale phnompenhoise, suffisamment différent du khmer standard pour que les jeunes diplômés en khmer de l'Inalco aient des difficultés à comprendre la langue orale lorsqu'ils arrivent pour la première fois dans la capitale cambodgienne. Une de ses caractéristiques est la chute du [r] dans le complexe consonantique initial suivie d'une intonation proche du ton hỏi en vietnamien. Elle serait due à l'influence de la communauté marchande chinoise de Phnom Penh, les langues chinoises n'admettant pas de tels groupes consonantiques initiauxFrederic Pain, An Anthropological Approach on Khmer Dialectology, 2014.. D’un point de vue phonétique, la chute du [r] engendre les traits suivants : voix soufflée + variations de hauteur + diphtongaison de la voyelle + plus grand degré de fermeture de la voyelleJean-Michel Filippi et Hiep Chan Vicheth, Dictionnaire de la prononciation du Khmer, Phnom Penh, 2016..
FrançaisKhmer standardKhmer de Phnom Penhcentរយ rɔjhỏipauvreក្រ krɑɑkhỏafemmeស្រី sreyshẻypoissonត្រី treythẻyéléphantដំរី dâmreytemhẻyalcoolស្រា sraasẻacinqប្រាំ pramphẻmbeaucoupច្រេីន tchraeunchhẻnun peuបន្តិច bântetch'ntetchneuf (chiffre)ប្រាំបួន pram buon'mbuondix-neuf (deuxième forme)ប្រាំបួនដណ្ដប់ pram buon dândâp'mbuon 'ndâpPhnom Penhភ្នំពេញ Phnum Penh'mpenhune seule fois/directementតែមួយដង tae muoy dâângth'môâng
le khmer des Cardamomes, parler archaïsant du massif des Cardamomes, dans l'ouest du Cambodge et empiétant sur le district de Thrung Krang de la province de Chanthaburi, en ThaïlandeMarie Alexandrine Martin Histoire et peuplement du Massif des Cardamomes sous la monarchie khmère. In Disciplines croisées. Hommage à Bernard Philippe Groslier, edited by Georges Condominas, 219-254. Paris: Éditions de l'EHESS, 1992.. le khmer du nord ou le « khmer de Surin », parler du nord-est de la Thaïlande (principalement dans les provinces de Surin, Khorat, Sisaket, Buriram), particulièrement vivant dans les campagnes mais régulièrement remplacé par l'isan ou le thaï dans les villes. le khmer de Chachoeungsao, parler du centre-ouest de la Thaïlande utilisé dans trois districts (Ratchasan, Phanom Sarakham, Mueang). Ses locuteurs seraient des descendants de 500 Khmers de Battambang installés dans la région sous le règne de Rama après avoir travaillé à Bangkok sous le règne de Taksin. C'est un parler en voie de disparition. le « khmer krom » au Viêt Nam dans le delta du Mékong, principalement parlé dans les provinces de Trà Vinh, Sóc Trăng, Kiên Giang, An Giang ainsi qu'à Saigon. le « khmer Khe », parlé dans la province de Stung Treng, le long des vallées fluviales de la Se San, de la Srepok et de la Sekong ainsi que dans les districts de Siem Pang. À la suite du déclin d'Angkor, les Khmers avaient abandonné leurs territoires du nord, à la frontière laotienne. Au , le roi Chey Chetha XI conduisit une force khmère à Stung Treng pour reprendre la zone. Les Khmers Khe sont très probablement les descendants de ce groupeJennifer Herington et Amy Ryan, Sociolinguistic Survey of the Khmer Khe in Cambodia, Chiang Mai Linguistics Institute, Payap University, 2013.. Certains dialectologues y ajoutent également le parler de Battambang, de Siem Reap et celui de Svay Rieng sans toujours circonstancier cette classification.
Système d'écriture
Le khmer s'écrit à l'aide de l'alphasyllabaire khmer, qui lui est propre. Il dérive de l'écriture pallava.
Phonologie La phonétique ci-dessous se base sur la prononciation de l'alphabet phonétique international (API).
+ Consonnes Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son ក kɑɑ ខ kʰɑɑ គ kɔɔ ឃ kʰɔɔ ង ŋɔɔ ច cɑɑ ឆ cʰɑɑ ជ cɔɔ ឈ cʰɔɔ ញ ɲɔɔ ដ ɗɑɑ ឋ tʰɑɑ ឌ ɗɔɔ ឍ tʰɔɔ ណ nɑɑ ត tɑɑ ថ tʰɑɑ ទ tɔɔ ធ tʰɔɔ ន nɔɔ ប ɓɑɑ ផ pʰɑɑ ព pɔɔ ភ pʰɔɔ ម mɔɔ យ jɔɔ រ rɔɔ ល lɔɔ វ vɔɔ ស sɑɑ ហ hɑɑ ឡ lɑɑ អ ʔɑɑ
+ Voyelles Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son ា aiːə ិ e i ី əj i:ឹ əɨ ឺ əɨɨ: ុ ou ូ o:uu: ួ u:ə ើ aːəə: ឿ ɨ:əៀ iːə េ eːieː ែ aːeɛː ៃ ajɨj ោ a:oo: ៅ awɨw ុំ omum ំ ɑmum ាំ amoəm ះ aʰeəʰ ិះ eʰiʰ ុះ oʰuʰ េះ eiʰeʰ េាះ ɑʰʊəʰ
Il existe également une quinzaine de voyelles indépendantes, (ou voyelles complètes) à valeur historique, qui tendent à être remplacées par la combinaison de la consonne អ /ʔɑɑ/ (ou des consonnes រ /rɔɔ/ et ល /lɔɔ/) et des voyelles dépendantes.
Notas: Le son des voyelles indépendantes varient souvent d'un mot à l'autre.Les nombres de voyelles indépendantes varient d'un ouvrage à un autre.Dans un processus de simplification de l'écriture, certaines de ces lettres pourraient disparaître et être remplacées par leur équivalent phonétique.
+ Voyelles indépendantes Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Sonឥ eːiឦ i: ឧ u: ឧុ əo ឪ əw ឫ rɨ ឬ ru: ឭ lə ឮ lu: ឯ ae ឰ ai ឱ a:o ឲ a:o ឩិ៏ əw
Lexique Différents registres de langue Le khmer emploie un système de registres de langue dépendant de la hiérarchie sociale, selon les positions respectives du locuteur et de l'interlocuteur. Les différents registres (comme ceux du français « familier », « courant », « soutenu ») emploient des mots différents. La communication se fait avec le registre dit « neutre » même si les habitants de villages isolés emploient entre eux un registre familier, les moines un registre khméro-pali et la famille royale un registre se rapprochant du langage des grands rois khmers.