Irma LeVasseur, née le à Saint-Roch, au Québec, et morte le à Québec, est la première femme médecin québécoise francophone à exercer cette profession au Québec. Elle est la cofondatrice du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine à Montréal, et de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, à Québec.

Biographie

Enfance et milieu familial Irma LeVasseur naît le dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Sa mère, Phédora Venner, est cantatrice soliste et la fille d’un riche banquier. Le père d’Irma, Nazaire LeVasseur, s’intéresse également à la médecine. En effet, ce dernier avait initialement entrepris des études dans ce domaine à la Faculté de médecine de l’Université Laval, qu’il a cependant dû abandonner en troisième année par manque de moyens financiers. Suivant ce changement de carrière, Nazaire LeVasseur devient le premier reporter âgé de à travailler pour le journal l’Évènement, où il est nommé rédacteur en chef quelques années plus tard. Il travaille également comme fonctionnaire pour le gouvernement fédéral, et en tant que conseiller pour des hommes politiques notables, dont Sir Wilfrid Laurier. Enfin, Nazaire LeVasseur est aussi musicien et écrivain.

Le couple se marie en . Sur les quatre enfants nés de l’union de Phédora Venner et Nazaire LeVasseur (trois garçons et une fille) seulement deux survivent jusqu'à l'âge adulte, soit Irma et Paul Eugène LeVasseur, qui vit avec une dysfonction comportementale. Au cours de son jeune âge, Irma voit son petit frère mourir, ce qui la marque profondément et l’influence à devenir pédiatre. Les parents d'Irma LeVasseur se séparent lorsqu'elle à environ . Au même moment, sa mère quitte le pays et s’installe à New York dans l'objectif d'aller faire carrière aux États-Unis..

Formation De 1884 à 1894, elle fait son cours classique au Collège Jésus-Marie de Sillery puis étudie à l'École normale Laval. Suivant cette formation qui la destine initialement à l’enseignement, elle décide d’entreprendre un doctorat en médecine. Cependant, au début du , il n’est pas possible pour les femmes de recevoir une formation de ce genre dans les établissements universitaires francophones du Québec. En effet, seule la Faculté de médecine de l’Université Bishop’s, une université de langue anglaise située à Sherbrooke, accepte les femmes à cette époque où ces dernières ne sont pas considérées comme étant des « personnes à part entière ». Toutefois, bien que la formation offerte par l’Université Bishop’s est intéressante au niveau théorique, elle ne comporte pas de stages en milieu hospitalier. Alors qu’Irma a l’objectif d’obtenir sa licence de pratique du Collège des médecins, l’option n’est pas vraiment envisageable pour elle. Parce qu’elle souhaite suivre la formation la plus complète possible, Irma LeVasseur décide, à , d’aller poursuivre ses études en médecine aux États-Unis. Elle est admise à l’Université Saint-Paul du Minnesota, et vit en pension chez un ami de son père, le docteur Canac-Marquis. Cette formation lui donne la chance de compléter plusieurs stages en milieu hospitalier auprès de la docteure Mary Putnam Jacobi, militante pour le droit de vote et première femme américaine à avoir été admise à l’École de médecine de Paris. La docteure Putnam était également à l’origine de la fondation de la toute première clinique pour femmes et enfants à New York en 1874, ce qui inspire grandement la jeune Irma. En , Irma LeVasseur obtient son diplôme de médecine et revient au Québec.

L'obtention du droit de pratique vignette|218x218px|La médecin américaine Mary Putnam-Jacobi vers 1897. Fraîchement diplômée et revenue dans la province, Irma LeVasseur rencontre le même type de difficulté qu’au tout début de ses études : les femmes n’ont pas systématiquement le droit d’exercer la profession de médecin. Les quelques femmes qui pratiquent alors la médecine au Québec sont toutes anglophones et protestantes, et font figure d’exceptions. Consternée par le fait que les villes de Québec et de Montréal n’ont toujours pas d’hôpital spécialisé pour les besoins des enfants francophones, elle entreprend des démarches afin de fonder un premier établissement de ce genre à Québec. Ces démarches sont rapidement rattrapées par le fait qu’elle n’a pas le droit de pratique du Collège des médecins et chirurgiens du Québec. Les trois premières années de la carrière d’Irma LeVasseur sont donc marquées par de nombreux voyages à New York, là où il est possible pour elle de travailler. Elle retourne notamment pratiquer aux côtés de la docteure Mary Putnam Jacobi.

Malgré tout, Irma LeVasseur a le souhait profond d’exercer son métier chez elle, au Québec. Elle entreprend donc des démarches afin de faire valoir ses droits. C’est ainsi qu’elle se rend elle-même devant l’Assemblée législative afin de revendiquer son droit de pratique. En , elle atteint son objectif, et les élus votent une loi privée spéciale qui lui permet d’obtenir sa licence du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec. C’est donc à ce moment qu’Irma LeVasseur devient officiellement la douzième femme médecin du Québec et la première femme québécoise à exercer cette profession dans la province. vignette|439x439px|La ville de Montréal connait une expansion rapide vers la deuxième moitié du . Au début du , la métropole est devenue un grand centre industriel nord-américain..

Fondation de l'hôpital Sainte-Justine À la suite de l’obtention de son droit de pratique, la docteure LeVasseur s’installe à Montréal, où elle rencontre le docteur Séverin Lachapelle qui lui recommande fortement d’aller perfectionner ses connaissances en pédiatrie en Europe. Suivant une période de réflexion, elle décide de suivre cette voie et quitte le pays pour deux ans, soit de 1904 à 1906. Pendant cette période, elle suit une formation à Paris et travaille auprès de la docteure Madeleine Brès. Fait intéressant, Madeleine Brès a obtenu son diplôme de la Faculté de médecine de Paris en 1868, soit la même année que Mary Putnam Jacobi, l’ancienne formatrice et collègue d’Irma LeVasseur. Si la docteure Mary Putnam Jacobi est la première Américaine à avoir obtenu un diplôme de l’École de médecine de Paris, Madeleine Brès est, quant à elle, la toute première Française à avoir obtenu cette même certification.

À son retour au Québec en 1906, Irma LeVasseur est officiellement spécialiste en chirurgie et en pédiatrie. Elle retourne à Montréal, et travaille comme interne à l’Hôpital de la Miséricorde de Montréal. Elle pratique alors principalement auprès des enfants et des femmes célibataires de la Crèche de l’hôpital, mais elle s’implique également au sein du nouveau service d’inspection médicale des écoliers du Bureau de santé de la Ville de Montréal. En , elle écrit à la journaliste Robertine Barry de La Patrie afin de lui exprimer sa consternation quant à l’absence d’hôpital pour enfants ouvert aux francophones dans la province.

À ce moment, la métropole connait un taux de mortalité infantile particulièrement élevé, causé par bon nombre de « maladies infectieuses et contagieuses, de problèmes pulmonaires et surtout de diarrhées causées par la mauvaise qualité de l’eau et du lait ». Montréal est, lors de cette période, le deuxième endroit au monde où le taux de mortalité infantile est le plus haut, soit juste après Calcutta en Inde. Les besoins de connaissances et de services en pédiatrie sont donc particulièrement criants dans cette ville où pratiquement le quart des enfants meurt avant d’avoir un an.

Devant cette triste réalité, un mouvement se forme au Québec « pour la sauvegarde de l’enfance » regroupant des associations féminines, des membres du clergé, des médecins, des hommes politiques et des intellectuels. C’est notamment lors de cette période que des mesures de santé publique sont mises en place, comme la pasteurisation obligatoire du lait. En 1907, le médecin Raoul Masson prononce une conférence devant la Société médicale de Montréal où il réclame l’importance de fonder un hôpital spécialisé en soins pour les enfants malades. Cette idée rejoint profondément celles d’Irma LeVasseur qui, seulement trois mois plus tard, organise une première rencontre avec quelques médecins et femmes bourgeoises de la haute société montréalaise. À la suite de cette rencontre inspirante, mais peu lucrative, LeVasseur part à New York afin d’aller collecter des dons auprès de ses anciens collègues du Mount Sinaï Hospital. Elle revient à Montréal fort confiante, et nantie de matériel de toute sorte, tel que des vêtements pour enfants et divers instruments chirurgicaux. vignette|Justine Lacoste-Beaubien vers 1903. Dans les mois qui suivent, Éva Rodier-Thibodeau, qui a assisté à la première rencontre, met la docteure LeVasseur en contact avec Justine Lacoste-Beaubien, une femme bourgeoise qu’elle estime capable de concrétiser le projet. En effet, le couple Lacoste-Beaubien s’intéresse tout naturellement à ce projet d’envergure, et la mission d’aider les enfants malades devient irrémédiablement la vocation première de Justine. Dans les jours suivants, Lacoste-Beaubien sollicite son réseau d’amies philanthropes, organise une rencontre le avec d’autres femmes patronnesses. Rapidement, le comité fondateur réussit à mettre la main sur une propriété située au 644 rue Saint-Denis. C’est ainsi que le premier hôpital francophone spécialisé en soins pour les enfants est mis sur pied. L’établissement est initialement nommé le Refuge des petits enfants malades, puis, quelques mois plus tard, il est renommé l’Hôpital Sainte-Justine. Le premier patient accueilli à l'hôpital est Roland Brisebois, un jeune garçon de qu'Irma LeVasseur soignait chez elle.

Au début du mois de , cinq médecins se joignent à l’équipe du nouvel hôpital, dont trois médecins qui n’ont jamais travaillé avec la docteure LeVasseur : les docteurs J. C. Bourgoin, Zéphir Rhéaume et Séraphin Boucher. Justine Lacoste-Beaubien est nommée présidente de ce tout premier comité. Au cours des tout premiers mois de l’hôpital, plusieurs nouveaux membres s’ajoutent à l’équipe fondatrice qui prend de l’ampleur très rapidement, au point qu’au moment de la création du Conseil d’administration, Irma LeVasseur se voit contrainte à insister afin d’en faire partie.

Au début de l’année 1908, Irma LeVasseur est évincée du conseil d’administration de l’hôpital. De plus, sa situation est de plus en plus inconfortable au sein du bureau médical, où les médecins qui y travaillent ne reconnaissent pas entièrement ses compétences. Le marque donc son départ officiel de l’institution dont elle a elle-même initié la fondation.

De son côté, Justine Lacoste-Beaubien travaille pendant près de soixante ans en tant que présidente du conseil d’administration de l’Hôpital, soit de 1907 à 1966. Somme toute, Justine Lacoste-Beaubien reconnaît toute sa vie que le mérite de la fondation de cet hôpital revient, en définitive, à la docteure Irma LeVasseur.

Carrière à l'international Suivant son départ de l’Hôpital Sainte-Justine en 1908, la docteure Irma LeVasseur retourne s’installer dans la ville New York, où elle agit en tant qu’inspectrice médicale des écoliers et pour le bureau de santé de la ville. Elle y demeure pendant environ sept ans.

En 1915, elle se rend en Serbie avec quatre autres médecins provenant du Canada, Albiny Paquette, Victor Bourgeault, Raoul Breault et Avila Waters, pour y soigner les victimes d'une épidémie de typhus. Concernant cette épidémie, il est estimé qu’environ en sont décédées en deux ans. Irma LeVasseur est alors la seule femme de ce groupe de médecins canadiens, et ses collègues disent d’elle qu’elle est énergique, courageuse et profondément déterminée. D’ailleurs, elle reste en Serbie beaucoup plus longtemps que ses confrères. Pendant son passage, Irma LeVasseur participe à transformer une ancienne usine et une ancienne école en cliniques d’urgence. Selon le témoignage d’Albiny Paquette, la docteure LeVasseur vaccine la population au rythme d’environ mille patients par jour.