L'amphithéâtre de Saintes, appelé localement les arènes de Saintes, est un amphithéâtre romain situé à (actuelle ville de Saintes), chef-lieu de la dans la province de Gaule aquitaine.

Sa construction est probablement entreprise sous le règne de l'empereur Tibère et achevée dans les années 40 sous celui de Claude. Il compte ainsi parmi les plus anciens amphithéâtres monumentaux de Gaule. Mesurant , il tire parti d'un vallon naturel qui permet d'appuyer une grande partie de ses gradins directement sur le relief. Sa capacité est généralement estimée entre et spectateurs.

Les recherches archéologiques menées au début des années 2020 ont renouvelé la connaissance de la fin de son utilisation antique. L'arène est profondément réaménagée vers 275 et demeure utilisée au moins jusque dans la première moitié du . Dans l'interprétation publiée par Bastien Gissinger en 2024, son abandon interviendrait au plus tôt à l'extrême fin du , et plus probablement au cours du .

Les vestiges sont classés comme monument historique par la liste de 1840. Depuis le début des années 2020, l'amphithéâtre fait l'objet d'un vaste programme de restauration accompagné de fouilles archéologiques, qui a notamment permis la restauration de ses deux entrées monumentales et l'étude de secteurs jusque-là difficilement accessibles.

Localisation

L'amphithéâtre est situé au sud-ouest de la ville antique, à la limite de la zone urbanisée desservie par la voirie. L'emplacement retenu est un vallon orienté est-ouest et ouvert à l'est vers la Charente. L'édifice bénéficie ainsi, dans ses parties nord et sud, de l'appui des flancs du vallon, ce qui permet de réduire considérablement les maçonneries nécessaires au soutien de la . À l'ouest, il est longé par l'ancienne voie reliant Saintes à Bordeaux, qui passe au sommet du remblai supportant cette partie du monument.

Historique

Construction et utilisation dans l'Antiquité

vignette|gauche|Dessin du .

Des datations plus anciennes ont parfois fait remonter le début de la construction au règne d'Auguste, mais les recherches récentes privilégient une mise en chantier sous Tibère (14-37 ). L'édifice est achevé dans les années 40 sous Claude (41-54 ), auquel fait notamment référence un fragment d'inscription retrouvé dans le monument. Les caractéristiques architecturales du bâtiment sont également compatibles avec cette datation julio-claudienne.

Les fouilles réalisées dans l'arène au début des années 2020 ont mis en évidence une importante campagne de réfection à partir de 275 , comprenant notamment une reprise du dispositif d'évacuation des eaux. Des monnaies et des fragments de céramique attestent une utilisation de l'arène au moins jusque dans la première moitié du . À partir du comblement observé dans sa partie occidentale, Bastien Gissinger propose un abandon au plus tôt à l'extrême fin du , et plus probablement au cours du .

Cette interprétation conduit à nuancer l'hypothèse traditionnelle d'un démantèlement systématique de l'amphithéâtre dès le Bas-Empire pour fournir les matériaux de l'enceinte urbaine : une coexistence de l'enceinte et d'un édifice encore utilisé est envisageable. Après son abandon définitif, le monument sert progressivement de carrière de pierres, notamment au Moyen Âge.

Redécouverte et dégagement du monument

L'amphithéâtre est identifié comme édifice de spectacles antique au plus tard au , époque à laquelle ses vestiges font l'objet de descriptions et de relevés. Félix Le Royer de La Sauvagère en donne notamment une description et une représentation dans son Recueil d'antiquités dans les Gaules en 1770.

En 1840, les vestiges sont intégrés à la première liste des monuments historiques français. Des campagnes de dégagement et de restauration sont ensuite menées à partir de la fin du .

vignette|Travaux de dégagement en 1906.

Une importante campagne de déblaiement de l'arène, alors enfouie sous plusieurs mètres de sédiments, est menée en 1906. Charles Dangibeaud, conservateur du musée de Saintes, en publie un compte rendu.

vignette|gauche|redresse|L'arène lors des inondations de 1982.

En 1982, de graves inondations envahissent l'arène et provoquent des dégradations et des éboulements, notamment dans le secteur de l'entrée occidentale.

Au , subsistent principalement l'arène, les fondations du monument et une partie des structures des deux entrées. Les superstructures ont disparu et les gradins ne sont conservés que de manière limitée ; les rangées inférieures ont en partie été reconstituées lors des restaurations du . Le monument demeure cependant l'un des amphithéâtres romains les mieux conservés de Gaule.

Recherches et restauration depuis 2017

Une nouvelle campagne d'étude et de conservation est préparée à partir de 2017. Un diagnostic architectural et archéologique réalisé en 2018 met notamment en évidence l'état très dégradé des arches des deux entrées monumentales et la nécessité d'interventions urgentes. En 2019, l'amphithéâtre est retenu comme projet emblématique de la Mission Patrimoine en Nouvelle-Aquitaine. Les travaux de restauration des maçonneries commencent en mars 2022.

Les travaux sont organisés en plusieurs phases. La restauration de l'entrée orientale, traditionnellement appelée « porte des Vivants », est engagée en premier ; elle est inaugurée après restauration le 14 août 2024.

La deuxième grande intervention concerne l'entrée occidentale, dite « porte des Morts ». La restauration de ses voûtes et parements, le traitement de la végétation et la sécurisation des accès permettent sa réouverture ; elle est inaugurée le 18 avril 2025. Les appellations « porte des Vivants » et « porte des Morts », bien que désormais traditionnelles, ne sont pas des dénominations antiques attestées : elles ont été attribuées au .

Le suivi archéologique du chantier et la présence des échafaudages permettent d'observer des secteurs jusque-là difficilement accessibles. Les recherches mettent notamment en évidence des fragments de bois conservés provenant des coffrages employés lors de la construction des voûtes au , des banquettes en pierre et les fondations d'un pont gallo-romain sous l'entrée occidentale. Ce dernier est associé à l'ancien axe routier se dirigeant vers Bordeaux. L'étude des maçonneries et des accès contribue également à préciser l'organisation de la circulation des spectateurs à l'intérieur du monument.

Après la restauration des deux portes, la maîtrise de l'eau constitue le principal enjeu de conservation. La situation topographique du monument dans un vallon favorise l'accumulation des eaux pluviales et l'humidité accélère l'altération des maçonneries.

La phase suivante, annoncée à partir de 2026, doit concerner le podium et les vomitoires, puis la mise en place d'un traitement hydraulique général de l'édifice. La date d'achèvement de l'ensemble du programme n'est pas encore fixée.

Description

Architecture générale : structure pleine et structure creuse

vignette|gauche| nord, sol naturel et remblais. vignette| est, voûtes rayonnantes.

La construction de l'amphithéâtre met largement à profit le relief naturel. Les flancs rocheux nord et sud du vallon sont retaillés pour accueillir une partie de la . À l'ouest, le vallon est fermé par un remblai, peut-être antérieur à la construction du monument, qui supporte lui aussi une partie des maçonneries. Des murs de soutènement radiaux délimitent des couloirs d'accès et des caissons remplis de remblai qui égalisent la surface de la : il s'agit d'une structure dite « pleine ».

Seule la partie orientale de l'amphithéâtre, tournée vers la Charente, est intégralement construite sur des voûtes rayonnantes, formant une structure « creuse ». C'est de ce côté que la façade présente son développement maximal, avec deux niveaux d'arcades. L'amphithéâtre de Saintes associe ainsi les caractéristiques d'un monument à structure pleine, comme ceux de Senlis ou de Tours, à celles d'un amphithéâtre à structure creuse, comme à Nîmes ou Arles.

L'édifice mesure sur son grand axe et sur son petit axe. Sa capacité est estimée entre et spectateurs. L'arène elle-même mesure environ de long pour de large.

La plus grande partie des maçonneries est réalisée en petit appareil, avec de petits moellons calcaires pour les murs annulaires et rayonnants et des pierres plates montées sur chant dans certaines voûtes et arcatures. Les blocs de grand appareil sont principalement utilisés pour les gradins les plus proches de l'arène, le mur du podium, les escaliers et les piédroits des entrées.

et accès

vignette|Les entrées orientale (au premier plan) et occidentale.

Deux grandes entrées monumentales, à l'est et à l'ouest, font communiquer l'arène avec l'extérieur grâce à deux passages traversant la . Elles sont aujourd'hui traditionnellement appelées « porte des Vivants » et « porte des Morts », appellations apparues au .

Le monument ne possède pas de galerie annulaire au rez-de-chaussée. Une telle galerie n'existe qu'au premier étage et seulement dans le voisinage de l'entrée orientale ; elle est accessible par des escaliers situés dans les travées voisines.

Une esplanade ceinture extérieurement l'amphithéâtre du nord à l'ouest, à une dizaine de mètres sous le couronnement de la . Depuis cette esplanade, les spectateurs peuvent gagner les gradins par vingt-huit escaliers descendant vers l'intérieur du monument, bordés de murs qui délimitent également les caissons de remblai.

Les spectateurs prennent place sur des gradins dont les rangées les plus proches de l'arène sont en pierre et partiellement conservées. Les parties supérieures de la ont pu utiliser des aménagements plus légers, notamment en bois.

À mi-pente de la , côté sud, se trouve une petite source connue sous le nom de fontaine Sainte-Eustelle. Son aménagement médiéval paraît remonter au .

Arène et mur de podium

vignette|gauche|Mur du podium et premiers gradins. vignette|Arène inondée en 2007.

L'accès principal à l'arène se fait par les deux passages monumentaux est et ouest. À proximité de l'arène, chacun semble avoir été bordé de pièces de service dont la fonction exacte demeure incertaine.

Sur le petit axe de l'amphithéâtre, deux petites pièces aménagées à la base de la ont parfois été interprétées comme des , ou petits sanctuaires. Leur interprétation et leurs transformations successives ont été réexaminées par les fouilles récentes.

L'arène est entourée d'un mur de podium en blocs de grand appareil d'environ de haut et de large. Contrairement à certains grands amphithéâtres, elle ne possède pas de vaste sous-sol aménagé pour les spectacles ; elle est cependant traversée longitudinalement par un égout destiné notamment à l'évacuation des eaux.

L'étude publiée par Bastien Gissinger précise le fonctionnement de ce dispositif dans son état de la fin du . Le sol de l'arène présente alors un profil bombé qui dirige les eaux pluviales vers un caniveau périphérique en bois. Les chênes employés pour ce caniveau ont été abattus à l'automne ou durant l'hiver 274-275 ; l'eau rejoint ensuite l'égout central, doté de deux bassins liés à son entretien et au puisage.

Les mêmes recherches ont mis en évidence plusieurs aménagements liés à l'utilisation tardive de l'arène. Le mur séparant l'un des espaces interprétés comme un de l'arène paraît avoir été construit ou reconstruit vers la fin du . Un massif calcaire percé pour recevoir un mât amovible ainsi que d'autres structures témoignent également d'aménagements associés aux spectacles.

La préservation de ce réseau hydraulique antique constitue l'un des enjeux des travaux contemporains d'assainissement du monument.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

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Articles connexes

Liste de monuments romains Liste d'amphithéâtres romains Saintes

Liens externes

Site officiel des Arènes de Saintes. Les Arènes de Saintes : un grand projet de restauration, Ville de Saintes.