Le somali ( en somali, prononcé ) est une langue chamito-sémitique de la famille des langues couchitiques. Elle est parlée par plus de 35 millions de locuteurs, essentiellement dans la Corne de l'Afrique. Avec l'arabe, le somali est une langue officielle de la Somalie. À Djibouti, le somali a le statut de « langue nationale ».
Il existe plusieurs dialectes somalis, dont les différences pourraient être suffisamment importantes pour empêcher l'inter-compréhensionMohamed Diriye Abdullahi . Par ailleurs, certains groupes identifiés comme somalis parlent ou ont parlé des langues bantoues Lee V. Cassanelli, « Social Construction of the Somali Frontier : Bantu Former Slave Communities in the Nineteeth Century », in Igor Kopytoff (dir.), The African Frontier : the Reproduction of Traditional African Society, 1987, .
Aussi, les colonisations italienne, britannique et française ont influencé le vocabulaire des dialectes somalis en apportant divers mots nouveaux, qui n'existaient pas en langue somalie et arabe. Depuis 1960 les nouveaux mots viennent surtout (en partie) de l'arabe (surtout à partir de l'arabe dialectal du Yémen), de l'anglais et du français (principalement à Djibouti).
Classification Le somali est généralement classé, à l'intérieur de la branche couchitique de la famille afro-asiatique, dans un même groupe que les langues afar et saho. La position précise de ce groupe à l'intérieur de la branche couchitique demeure incertaine et le nom qui lui est donné varie selon les auteurs. Roger Blench, parmi d'autres, propose de placer ces trois langues dans un sous-groupe dit « des basses terres » (Lowland) du groupe oriental de la branche couchitique (Eastern Cushitic)http://rogerblench.info/Language/Afroasiatic/General/AALIST.pdf.
Le somali, qui fait l'objet de travaux scientifiques depuis la fin du Dubnov , , est la mieux documentée des langues couchitiques.
Répartition géographique Le somali est la seconde langue couchitique par ordre de diffusion, après l'oromoSaeed , .. On compterait aujourd'hui plus de 43,5 millions de locuteurs du somali, dont 20,2 millions en Somalie (en 2019), ce qui représente 98 % des habitants du paysLecarme, Maury , . ; 15 millions en Éthiopie (en 2019) ; 6 millions au Kenya (en 2019) ; et à Djibouti (en 2018).
Le somali est également utilisé dans l'importante diaspora somalie, principalement établie au Proche-Orient, en Afrique du Sud, en Amérique du Nord et en Europe, en conséquence notamment de la guerre civile en Somalie commencée au début des années 1990. Aujourd'hui, le somali est considéré comme la deuxième langue la plus parlée, après l'anglais effectivement, dans le Minnesota aux États-Unis et notamment dans ses villes jumelles, Minneapolis et Saint Paul, grâce à la diaspora somalie.
Dialectologie Les parlers somalis se répartissent en trois grands ensembles dialectaux : le somali du nord, le bénadiri et le maay.
Le somali du nord (ou du nord et du centre), et en particulier le dialecte de Mudug des Darod du nord, est à la base du somali dit « standard »Dalby , .. Il est aujourd'hui parlé depuis le nord de la Somalie jusqu'à certaines régions de l'est et du sud-ouest du pays.. L'étendue actuelle de la répartition géographique de ces parlers est le résultat d'une longue série de mouvements de population partant du littoral du golfe d'Aden en direction du sud, qui s'est étendue tout au long du deuxième millénaire de l'ère chrétienneAndrzejewski, Lewis , .. Un certain nombre d'importants poètes somalis ainsi que de membres de l'élite politique somalienne se sont exprimés ou s'expriment en un parler du nord, ce qui fait du somali du nord l'ensemble dialectal somali le plus prestigieuxSaeed , .
Le bénadiri (également dit dialecte du sud maritimeAbdullahi (1997, p. 67) ou somali littoral) est parlé dans la zone centrale de la côte de l'océan Indien, ce qui comprend la capitale Mogadiscio. On observe un assez haut degré d'intercompréhension entre bénadiri et parlers du nordSaeed , .
Le maay est principalement parlé dans le sud de la Somalie par les clans Digil, Mirifle et Rahanwein. Il est utilisé depuis la frontière sud-ouest avec l'Éthiopie jusqu'à une zone proche de la bande côtière qui s'étend entre Mogadiscio et Kismayo, ce qui inclut entre autres la ville de Baidoa. Le maay n'est pas mutuellement intelligible avec le somali du nord et le bénadiri, desquels il diffère de manière significative d'un point de vue phonologique et syntaxique. Il n'est généralement pas utilisé dans l'enseignement ou les médias. En guise de lingua franca, les locuteurs du maay recourent habituellement au somali dit « standard », qu'ils apprennent à travers les médias de masse ou à l'occasion de migrations à l'intérieur du territoire somalien.
Le maay est proche des langues jiiddu, dabarre, garre et tunni, également parlées par de petites communautés rahanwein. Ces quatre langues et le maay présentent avec l'oromo des similarités qui ne se retrouvent pas dans le reste des parlers somalis. La principale est l'absence, dans les parlers des Rahanwein, des Digil et des Mirifle, de phonèmes pharyngaux, lesquels sont caractéristiques des autres parlers somalis. Par ailleurs, le phonème rétroflexe /ɖ/ y est remplacé par le phonème roulé /r/ dans certains contextes. De récents travaux réalisés par le linguiste Mohamed Diriye Abdullahi soutiennent que ces parlers (parmi lesquels le maay), autrefois fréquemment considérés comme des dialectes du somali, seraient en réalité des langues couchitiques à part entière distinctes du somali. Ces parlers pourraient ainsi être les vestiges d'un ancien substrat oromo dans le sud de la confédération rahanweinMohamed Diriye , ..
L'intercompréhension entre les divers dialectes du somali peut être plus que difficile : par exemple, les différences entre le bénadiri du sud de la Somalie et le Issas du sud de Djibouti sont presque aussi importantes qu'entre la langue française et l'italien, en Europe.
Description
Phonologie Le somali possède 22 phonèmesSaeed (1999:7).
{| class="wikitable" style="text-align: center;" |+Phonèmes consonantiques du somaliLecarme & Maury (1987:22)Dubnov (2003:9) |- !| ! colspan="2" | Bilabial ! colspan="2" | Labio-dental ! colspan="2" | Dental ! colspan="2" | Alvéolaire ! colspan="2" | Post-alvéolaire ! colspan="2" | Rétroflexe ! colspan="2" | Palatal ! colspan="2" | Vélaire ! colspan="2" | Uvulaire ! colspan="2" | Pharyngal ! colspan="2" | Glottal |- !| Nasal | colspan=2 align=center| (m) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | colspan=2 align=center | (n) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | |- !| Occlusif | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | (b) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (t) || style="border-left-width: 0;" | (d) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | (dh) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (k) || style="border-left-width: 0;" | (g) | style="border-right-width: 0;" | (q) || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (/ø) || style="border-left-width: 0;" | |- !| Affriqué | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (j) || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | |- !| Fricatif | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (f) || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (s) || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (sh) || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (kh) || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | (x) || style="border-left-width: 0;" | (c) | style="border-right-width: 0;" | (h) || style="border-left-width: 0;" | |- !| Roulé | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | colspan=2 align=center| (r) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | |- !| Spirant | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | colspan=2 align=center| (l) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | colspan=2 align=center | (y) | colspan=2 align=center| (w) | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" | | style="border-right-width: 0;" | || style="border-left-width: 0;" |
(Entre parenthèses dans le tableau ci-dessus figurent les graphèmes correspondant à chaque phonème dans l'alphabet latin somali, le système d'écriture du somali le plus répandu (cf. infra la section Écriture).)
Entre voyelles, les consonnes /b d̪ q/ subissent fréquemment un phénomène de lénition, se prononçant respectivement [β ð ɣ]Saeed (1999:8). Le phonème occlusif rétroflexe /ɖ/ est parfois réalisé chez certains locuteurs comme une injective, et peut être prononcé entre voyelles comme la battue [ɽ] Le phonème /ħ/ s'accompagne chez certains locuteurs d'un roulement épiglottalGabbard (2010:14). /q/ est souvent réalisé avec une contraction de l'épiglotteEdmondson, Esling & Harris (n.d.:5).