Cet article décrit les relations entre l'Inde et l'Iran à travers les âges et aujourd'hui.
Histoire Civilisations pré-aryennes
La civilisation de la vallée de l'Indus, historiquement la plus ancienne culture en Inde, était contemporaine de la civilisation proto-élamite d'Iran. La population de l'Indus avait des liens commerciaux avec une partie de l'Afghanistan, les régions côtières de l'Iran et l'antique civilisation de Mésopotamie. À Suse (ouest de l'Iran), on a déterré de la poterie ornementée semblable à celle de culture Kulli, au Nord-Ouest de l'Inde. On pense que la culture Harappa (autre nom de la culture de la Vallée de l'Indus) a importé de l'argent, du cuivre, de la turquoise et du lapis-lazuli de Perse et d'Afghanistan contre de l'ivoire. On pense aussi que les gens habitant l'Indus parlaient une langue dravidienne qui s'est ensuite répandue dans les régions voisines : au Balouchistan, Sud-Ouest du Pakistan et Sud-Est de l’Iran, les Brahui parlent une langue appartenant à la famille des langues dravidiennes Tanmaya Lal, India & Iran : Age Old Ties, Site de l'ambassade de l'Inde à Téhéran, 2001. .
La Perse préislamique et la période de la civilisation védique
On pense que les langues de l'Inde appartenant à la famille indo-aryenne sont issues de la même source que les langues iraniennes, c'est-à-dire la famille des langues indo-iraniennes, elles-mêmes membres du groupe Satem des langues indo-européennes. Les Indo-iraniens étaient des nomades issus des steppes d'Asie centrale, probablement de la région de la vallée de l'Oxus, avant 2000 av. notre ère. Ils se faisaient appeler « aryens » d'où sont issus les mots « Iran » (en persan airyanam vaejo signifiant pays des aryens) et « Arya » en Sanskrit et en d'autres langues indiennes, qui signifie « noble ». L'Inde ancienne était connue sous le nom de aryavarta (royaume, domaine, des Aryens).
La civilisation aryenne pénétra au Nord-Ouest de l'Inde probablement vers 2000 avant notre ère.
Les Aryens apportèrent leur système patrilinéaire, l'adoration des dieux du ciel, l'emploi de chevaux et le chariot. La période védique débuta en Inde vers 1500 avant notre ère, avec comme livre le Rig-Véda, le plus ancien des Védas. Le Rigvéda se contait en sanscrit védique, très similaire à l'avestan, langue ancienne dans laquelle fut écrit le texte sacré Avesta des perses zoroastriens. Les Védas et l'Avesta semblent confirmer que les Aryens migrèrent depuis leur pays originel à cause d'une « inondation ». Dans le récit Védique, cette « inondation » était due à l'eau alors que l'Avesta fait état de neige et de glace. Selon les Écritures védiques, le survivant de cette inondation, Manu Satyavrata apparaît comme le progéniteur des Aryens en Inde. Ce récit a des similitudes évidentes avec le récit sémite du Grand Déluge avec Noé comme personnage central. Selon les traditions du Vendidad, les Aryens se répartissaient en quinze nations dont les Haptahindu, forme avestan du sanskrit Saptasindhu (sept fleuves) qui font référence à la région du sous-continent indien.
L’ancienne religion védique et le Zoroastrisme ont aussi beaucoup des choses en commun. On retrouve dans les Védas et les Gathas de l’Avesta l’adoration du feu, l'accomplissement de sacrifices (en sanscrit Yajna et en avestan Yasna) et le rôle important des prêtres ou Mages. Les mythes figurant dans la partie Yasht de l'Avesta ont probablement leurs racines dans l'ancienne culture indo-iranienne.
La période achéménide et l'empire séleucide
L'émergence de l'empire achéménide en Perse, empire fondé par Hakhamanis (Sakhamani en sanscrit signifiant « celui qui a des amis ou alliés ») provoqua le passage sous domination perse de parties entières de l'Inde du Nord-Ouest. Des émissaires indiens étaient à la Cour de Cyrus le Grand (Kurush : 590 - 529 av. notre ère) dont l'empire s'étendait à l'Est jusqu'à Gandhara et au Sind. On croit savoir aussi que lorsque Cyrus fut menacé par Crésus, il reçut l'aide militaire d'un roi indienAbdul Amir Jorfi, « Iran and India : Age old Friendship », dans India Quarterly, Oct-Dec 1994, p 69-72. . Sous Darius (Darayawus : 521 – 485 av. notre ère), des inscriptions firent état de relations entre Perse et Inde. L'inscription de Behistun (anciennement Bagastana, « endroit des Dieux » ou en sanscrit Baghasthana), attestée en 518 av notre ère, inclut le Gandhara dans la liste de ses pays vassaux. Ici, Darius dit que sa langue est la langue aryenne. L'inscription de Persépolis mentionne le Pendjab comme faisant partie de l'empire perse. L'épigraphe de Naghsh–e Rostam décrit l’Inde comme le État de l'empire perse. La province indienne de Darius était réputée la plus riche de l'empire.
Hérodote témoigne de la richesse et de la densité de la population indienne et du tribut payé à Darius. « La population de l'Inde est de loin la plus nombreuse de celles que l'on connait et ils ont payé une somme plus importante, en proportion, que les autres peuples : 360 talents de poussière d'or. ». Hérodote mentionne aussi le contingent indien des armées perses, constitué de fantassins, cavaliers, et chars. Plus tard, il sera fait mention d'éléphantsJawaharlal Nehru, The Discovery of India, Oxford University Press, 1992, p 147.. On pense que les indiens (ceux du Nord-Ouest de l'Inde, de la Bactrie et du Gandhara) ont combattu avec les Perses contre les Grecs sous Xerxès ou Khashayarsha, successeur de Darius, sur les champs de bataille de Platées et MarathonTara Chand (1888-1973), Indo-Iranian Relations, Service of India, Embassy of India, 1964, p. 4. Voir aussi Tara Chand, Influence of Islam on Indian Culture, Allahabad, 1936 ; nombr. rééd..
L'art et l’architecture achéménides eurent aussi une forte influence sur l'Inde. Avant la période historique d'Ashoka, on ne connaît pas d'épigraphie en Inde. Il a été suggéré qu'Ashoka eut l'idée de proclamer des décrets en s'inspirant des empereurs Achéménides, surtout de Darius. Les piliers, avec leurs chapiteaux animaliers (beaux exemples de l'art impérial mauryen) ont subi l’influence des piliers achéménides. Ce moyen de propager des messages officiels et le style individuel des inscriptions font penser à la fois à l'influence Perse mais aussi hellénistique.
Le commerce se développa surtout parce que les Achéménides introduisirent la monnaie, ce qui facilita les échanges. L'Inde exportait des épices telles que le poivre noir et importait d'Iran des pièces d'or et d'argent. On cultivait la vigne dans les Himalayas de l'Ouest, The Wonder that was India, p. 196., car on faisait venir le raisin de Perse tout comme l'amande et la noix. L'un des plus vieux mots indiens relatifs à la pièce de monnaie (et aussi pour une petite unité de poids) est la Karsa. Il est d'origine perse.
D'après Hérodote, Artaxerxès (Artakshathra) exempta de l'impôt les habitants de quatre villages Babyloniens car ils élevaient des chiens indiens en vue de la chasse et de la guerre. Le chien fut rarement traité comme animal domestique. On ne le mentionne qu'une fois, avec respect, dans la littérature indienne ancienne : dans la Mahabharata, lorsque les cinq Pandavas et leur épouse Draupadi emmènent leur chien dans leur pèlerinage ultime vers le ciel et que leur frère aîné Yudhisthira refuse d'y entrer sans son fidèle compagnon. Certains pensent que cet épisode témoigne de l'influence iranienne car, pour les Zoroastriens, le chien était un animal sacré.
En 330 av. notre ère, Alexandre le Grand vainquit Darius III. À la bataille décisive de Gaugamèles, des soldats indiens montés sur 15 éléphants combattirent aux côtés de DariusA. L. Basham, The Wonder that was India, p. 49.. Puis Alexandre marcha sur l'Inde. Chandragupta Maurya, qui fonda la dynastie Maurya, entretenait de bonnes relations avec le successeur du vainqueur Macédonien en Perse. Séleucos Nicator, le dirigeant grec de la Perse envoya Mégasthène comme émissaire officiel de la Perse Hellénique à la cour de Pataliputra, siège des Mauryas en Inde. On trouvait aussi des nobles persans à la cour des rois Mauryas. Un Perse, Tushaspa, figurait à la cour de Chandragupta Maurya.
L'écriture Kharoshti fut introduite par les Perses dans la province-frontière du Nord Ouest et fut utilisée jusqu'au de notre ère.
Les périodes parthe et sassanide
L'empire parthe s'impliqua beaucoup dans ses relations culturelles et commerciales avec l'Inde. Dans les dernières périodes de cet empire, on appelait « Inde blanche » les régions frontalières de Kaboul, Kandahar et du Sistan qui formaient une partie du GandharaJawaharlal Nehru, Discovery of India, Oxford University Press, 1992, p. 148.. Le nom « Gujarat » qui a donné naissance à la région à l'ouest de l'Inde est associé à la tribu Gujjar, descendant en partie des Indo-Scythes ou Sakas (peuples iraniens) et qui a combattu l'Empire PartheC. R. Naik, Iran and Gujarat – Political and Cultural Relations, ***.. L'histoire du Gujarat de 78 à 400 de notre ère est parfois dénommée la période Khsatrapa (Satrap) où la suzeraineté de l'Empire parthe fut progressivement remplacée par les Sakas. Les maîtres Indo-Scythes de cette époque s'appelaient Nahapana, Chashtana, Jayadaman et Rudradaman. Avec le temps, ils prirent des noms Hindu. On pense aussi que les Ranas d'Udaipur, chefs du clan Sisodia des Rajpoutes, sont d'origine iranienne et sont venus en Inde vers la fin du de notre ère. Les Pallavas (terme sanscrit pour Pahlavas) le sont peut-être aussi. On sait que Pulakesin II, roi Chalukya de Badami, a envoyé un ambassadeur à Khosrau II (Parviz) en 625 de notre èreP. P. Balsara, The History of the Parsees of India, Bombay, 1966.
La période sassanide perse (226-651 de notre ère) a coïncidé avec la période Gupta (308-651) en Inde. Les monarques sassanides entretinrent des relations avec l'Empire Gupta basé à Pataliputra. En Perse, on connaissait Pulakesin, chef du Dekkan. Les marchands Perses agissaient en intermédiaires dans les échanges commerciaux entre l'Inde et l’Europe. Une des fresques des cavernes d'Ajanta, près de Mumbaï représente un roi Hindou et des hommes en habits Sassanides.
On dit que le santal, le magenta, les coquillages, les coraux, les perles, l’or et l'argent s'échangeaient entre Perse et Inde. Bam, au Sud-Est de l'Iran était une grande ville commerciale et d'échanges sur la célèbre Route de la Soie qui reliait les itinéraires commerciaux de l'Inde vers l'Asie Centrale et la Chine en passant par l'Iran.
L'art Kushan et Gandhara contient des éléments Parthes et de l'Iran oriental. On distingue aussi des motifs sassanides dans l'art gupta. A contrario, le paon, les dragons, les coqs indiens ornent les monuments SassanidesTara Chand, Indo-Iranian relations, Information Service of India, Embassy of India, 1964, p. 10.. Les tuiles du monastère de Harvan, près de Srinagar sont décorées à la manière Sassanide, ce qui témoigne de l'influence Sassanide sur la vallée du CachemireMohd Ishaq Khan, Some Iranian Sufi traditions & their impact on the evolution of Indo-Muslim culture, ***..
D'après le Shah Nameh de Ferdowsi ( de notre ère), Bahram V, roi Sassanide du demanda au roi indien Shangol de choisir « Luris » ou musiciens indiens pour les faire entrer en Perse. Aussi pense-t-on que ce sont là les ancêtres des nomades(iraniens/(perses). Ils répandirent la musique et la danse indienne en Iran. On a longtemps cru qu'ils avaient voyagé plus à l'Ouest, en Europe, durant les 4 à 500 ans qui ont suivi cette époque et qu'ils étaient les ancêtresVoir l'article Migration des Roms de l'Inde à l'Europe. des Roms d'Europe ou « TsiganesNom populaire et péjoratif, tout comme « Manouche », « Gitan », « Romanichel ». ». On pense aussi que Bahram a visité l'Inde au de notre ère. Son épouse, indienne, est mentionnée par le poète persan Hakim Nizami Ganjavi dans son fameux livre Haft Paikar (« les Sept nombres ») relatant des exemples de mariages mixtes.