Le Paon spicifère (Pavo muticus) est une espèce d'oiseau galliforme de la famille des Phasianidae. Il est originaire d'Asie du Sud-Est. Ce paon vert a divergé du Paon bleu il y a . Il tire son nom normalisé de sa huppe en épis tandis que son nom scientifique signifie « paon muet ».
Description Le Paon spicifère mâle mesure environ pour une masse de tandis que la femelle est également colorée, mais nettement plus petite (environ ).
Répartition Son aire de répartition s’étendait autrefois du nord-est de l’Inde et du Bangladesh au Myanmar, au sud de la Chine (ouest et sud-ouest du Yunnan), à la Thaïlande, au Laos, au Cambodge, au Viêt-nam, à la péninsule Malaise et à Java. L’espèce est maintenant éteinte dans la péninsule Malaise, en Chine et probablement aussi au Bangladesh et dans le nord-est de l’Inde.
Sous-espèces vignette|Paon muticus muticus dans le parc national de Baluran à Java, Indonésie. Novembre 2018. Selon , le Paon spicifère est représenté par 3 sous-espèces (ordre phylogénique) :
Pavo muticus spicifer Shaw, 1804 — nord-est de l’Inde, Bangladesh et nord-ouest du Myanmar (à l’ouest de la rivière Irrawaddy où il est peut-être éteint) ; Pavo muticus imperator Delacour, 1949 — ensemble de l’Indochine, extrême sud du Yunnan, Thaïlande au nord de l’isthme de Kra et l’est du Myanmar, vers l’ouest probablement jusqu’à la ligne de partage des eaux entre la Salouen et l’Irrawaddy ; Pavo muticus muticus Linnaeus, 1766 — Java et péninsule Malaise où il est éteint.
Dénomination Le nom latin muticus, attribué par Linné en 1766, est dérivé d’un autre mot latin mutilus qui signifie « mutilé, raccourci, tronqué » et non « muet » comme on peut le lire dans de très nombreux ouvrages (Delacour compris). En effet, Linné l’avait nommé Pavo muticus d’après une ancienne description d’Aldrovandi (botaniste italien, 1522-1605) qui l’avait lui-même appelé « paon du Japon » et décrit d’après un dessin envoyé au pape par l’empereur du Japon… L’histoire ne nous dit pas si le paon du dessin était représenté avec une queue tronquée ou bien s’il s’agissait d’un mâle sub-adulte ou encore d’une femelle mais c’est l’explication la plus probable. La seconde erreur de Linné est d’avoir repris cette information non vérifiée en admettant le Japon comme lieu d’origine. Enfin ce terme est totalement inapproprié pour l’une des espèces de faisans les plus grandes : la longueur totale peut approcher trois mètres (dont de traîne) pour certains vieux mâles. Le nom français « spicifère » (littéralement « porte-épi ») a été attribué par Buffon en raison de la forme de sa huppe en épi comparativement à celle du Paon bleu qui est en éventail.
Historique Le Paon spicifère a abondamment alimenté la mythologie bouddhiste et shintoïste en Chine et au Japon où il était représenté sur des peintures et célébré dans des poèmes. On importait alors des paons d’Indochine, de Malaisie et de Java. L’arrivée en Europe du Paon spicifère est cependant beaucoup plus tardive que celle du Paon bleu. On pense qu’elle remonte au car Bennett signale la présence de deux exemplaires vivants au zoo de Londres en 1831, envoyés de Birmanie par Lord Holmesdale. Polvliet déclare avoir élevé des jeunes en Hollande avant 1872 et Cornély (Bulletin de la Société d’acclimatation, 1874) rapporte en avoir obtenu en France en 1873.
Habitat Le Paon spicifère est inféodé à la forêt ouverte, mixte et décidue, persistante ou semi-persistante, à larges feuilles, particulièrement le long des rivières ou à proximité des zones humides, en lisière de forêts, dans les formations secondaires ou de bambous, jusqu’à .
Alimentation Beebe (1931) avait remarqué à Java que lorsque les termites sont abondants, le Paon spicifère dédaigne les autres types de nourriture. Ses analyses de jabots ont confirmé cette prédominance de termites à côté de baies, de graines d’herbes, de poivriers, de pétales de fleurs, de criquets, de sauterelles et de petites phalènes. Le fait qu’il se nourrisse occasionnellement dans les zones de cultures (Madge & McGowan 2002) suggère une consommation de graines et de fruits cultivés.
Comportement non social Beebe (1918-22) avait observé que les groupes de paons mènent une vie très sédentaire, se nourrissant à différents endroits de leur territoire mais en gardant toujours les mêmes sites de dortoir et d’abreuvoir. Ils arrivent silencieusement chaque matin à la rivière où ils passent environ une demi-heure à boire et à se lisser les plumes. Cet auteur avait remarqué plus particulièrement un groupe composé d’un mâle, de deux femelles et d’un sub-adulte qui se dirigeait vers un ensemble de termitières pour s’y nourrir, le mâle très circonspect, fermant la marche.
Comportement social
Les combats entre mâles sont aussi fréquents que chez le Paon bleu et la parade nuptiale similaire mais on ne sait pas vraiment si le Paon spicifère adopte le même comportement social en ce qui concerne la défense du territoire visité par les femelles, c’est-à-dire le lek.
Voix Elle diffère de celle du Paon bleu par son timbre globalement moins criard et moins perçant. Le mâle lance un « kè-wo » sonore et claironnant, portant loin et souvent répété. La femelle, à la voix plus basse, émet un « ha-o-ha » résonnant et répété aussi plusieurs fois. Enfin les deux sexes produisent un puissant cri d’alarme « kwokkwok-kwok ».
Reproduction et nidification Les mâles deviennent matures à trois ans et les femelles, un peu plus précoces, entre deux et trois ans.
La période de nidification semble liée à celle de la mousson. Dans le nord-est de l’Inde, la saison de reproduction a lieu de janvier à avril mais la période de juillet à septembre a aussi été rapportée. Au Bangladesh, elle a lieu en avril et en mai tandis qu’à Java, elle dure d’août à octobre. Dans la péninsule malaise, elle s’étend de novembre à mai avec le plumage nuptial complet en janvier-février et la perte de la traîne en juin-juillet. Le nid est construit sur le sol, habituellement bien dissimulé dans la végétation mais avec une bonne visibilité face au danger.
La ponte comporte généralement trois à cinq œufs. L'incubation dure .
Population et statut de conservation L’espèce est classée comme globalement « vulnérable » (Fuller & Garson 2000), le statut, variable selon les sous-espèces, est bien décrit dans la Monographie des faisans (volume 2) de Hennache & Ottaviani (2006).
La population mondiale est inférieure à , aussi l'espèce est considérée comme étant en danger par l'UICN. Elle est classée en annexe II par la CITES.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Beebe, W. (1918-22). A monograph of the pheasants. 4 vol. Witherby, Londres. Beebe, W. (1931). Pheasants, their lives and homes. New York Zoological Society. Fuller, R. A. & Garson, P. J. (2000). Pheasants, status survey and conservation action plan 2000-2004. WPA/BirdLife/SSC Pheasant Specialist Group. Hennache, A. & Ottaviani, M. (2006). Monographie des faisans, volume 2, 492 pages. Editions WPA France, Clères, France. Madge, S. & McGowan, P. J. K. (2002). Pheasants, Partridges & Grouse. Helm, Londres. Balahy C. (2007) Les Paons. Première partie : présentation de la famille et les Paons verts. Revue Oiseaux exotiques, 322 : 78-88.
Liens externes
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