Homs ( ; en arabe littéraire : / ḥimṣ ; en arabe levantin : / ḥomṣ ; anciennement Émèse) est une ville de Syrie, située sur l'Oronte à la sortie d'un lac artificiel, au centre d'une plaine vaste et fertile qui s'étend, à environ d'altitude, au débouché septentrional de la vallée de la Bekaa. Ce site constitue un carrefour des axes qui relient — du sud au nord — Damas à Alep (à environ 140 et de Homs respectivement) et — d'est en ouest, via une trouée naturelle dans la double barrière montagneuse qui longe le littoral levantin — l'oasis de Palmyre (à ) à la mer Méditerranée (les ports de Tartous et de Lattaquié sont à 80 et ).. Capitale d'un gouvernorat frontalier avec l'Irak, la Jordanie et le Liban et le plus étendu du pays, Homs était en 2017 la troisième ville la plus peuplée de Syrie, avec ., appelés en français les Homsiotes.
La vieille ville, située à environ du fleuve, sur la rive droite de celui-ci, et que les vestiges d'une citadelle surplombent du haut d'un tell au sud-ouest, occupe approximativement l'emplacement de l'antique Émèse, dont l'expansion hors de ce tell commença vraisemblablement après qu'un « phylarque » de la nation ou tribu des Éméséniens, habitant Aréthuse, fut devenu vers 64 av. J.-C. un client de la République romaine... Annexée à une province de l'Empire romain en 78 apr. J.-C., Émèse demeurait néanmoins le siège d'un culte voué au dieu solaire Élagabal, dont un grand-prêtre deviendrait le père d'une impératrice et un grand et arrière-grand-père d'empereurs romains (Caracalla, Geta, Héliogabale et Sévère Alexandre), sous lesquels elle connut « la période la plus brillante de son histoire ». Le déclin d'Émèse, aussi « brusque » fût-il, n'empêcha pas celle-ci de rester une métropole civile à la fin du , tandis qu'elle devenait « un centre chrétien important. ».
Conquise par le calife Omar au , Homs serait refortifiée par les Omeyyades (vers 750), à partir de quoi elle resterait confinée dans « un espace limité à une centaine d'hectares » jusqu'aux environs de 1918 (ou le mandat français sur la Syrie).. Connue pour ses constructions en pierres basaltiques, Homs a souvent été surnommée « la ville aux pierres noires » (Om al-hijar al-soud). Homs vécut avant les années 1950 principalement du commerce — la vieille ville est encore dotée d'un souk — et de l'agriculture. (à la fois urbaine et dans sa banlieue maraîchère). L'industrialisation de Homs fut le produit d'un dynamisme privé avant de bénéficier des investissements de l'État. La ville fut un « épicentre » de la guerre civile syrienne commencée en 2011 dès les débuts de celle-ci.
Géographie
Localisation
vignette|Image satellite centrée sur la ville de Homs. La ville de Homs est située à l'est d'une trouée entre, au sud, les chaînes du Liban et de l'Anti-Liban et, au nord, les montagnes des Alaouites et « les reliefs bordant à l'Est le fossé de l'Oronte », permettant un accès facile à la côte. Cette trouée coupe en deux parties « presque égales » le « Waʿr », compris « entre la montagne, le lac de Homṣ et l'Oronte » et délimité au sud par « la ligne de Tall Nabî Mand » et au nord par « Goûr, Tayibé, Tall Dau ».
Climat
Toponyme
Formes
Plusieurs formes du nom d'Émèse sont attestées en latin (Emesa, Emesus, Emisa, Emissa, Emiza., Hemesa et Hemisa) ainsi qu'en grec (Ἔμεσα, Ἔμεσαι, Ἔμεσον, Ἐμέσσα, Ἔμισα et Ἐμίσα). La ville est désignée par Χέμψ (Khémps) dans une œuvre écrite en grec au . D'après Sébastien Ronzevalle, Émèse n'est connue dans les documents syriaques que sous la forme ..
La ville est appelée Hames dans la Fleur des histoires de la terre d'Orient.
Étymologie
Selon Sébastien Ronzevalle, la « finale en a » « des transcriptions latines et grecques » peut « n'avoir aucun rapport avec la finale originale du nom ».
Histoire
Antiquité
Époque pré-romaine
D'après le comte du Mesnil du Buisson, « le monticule artificiel » de la citadelle de Homs « est certainement le piédestal d'une ville de haute époque : les coupes de terrain y font reconnaitre une stratification d'édifices en briques crues, parfois incendiés ; cette accumulation de ruines, qui s'est prolongée sur le dessus jusqu'à l'époque romaine et à l'époque arabe, remonte au moins au IIe millénaire avant notre ère.. » Au , Séthi chercha à « récupérer la zone de Homs, sous domination hittite ».
Selon Augustin Calmet, « il vaut mieux chercher Emath, qui ſervoit de limites à la Terre-Sainte, dans Emeſe, ville fameuſe de la Syrie, ſur l'Oronte, & aſſez prés du mont Liban, comme on le voit par Avienus », que dans Antioche ou Épiphanie. ; selon René Dussaud, Émèse « doit figurer parmi les villes fondées en Syrie par Seleucus Nicator ou auxquelles il attribue un nom grec ». Mais d'après Henri Seyrig, « la géographie historique de la Syrie avant l'arrivée des Grecs est aujourd'hui connue par des textes nombreux, et ceux-ci n'ont encore livré aucun nom que l'on puisse attacher vraisemblablement au site d'Émèse » et « Émèse ne semble avoir reçu aucune colonie grecque et le silence complet des auteurs fait penser qu'elle n'atteignit aucune notoriété sous les rois Séleucides ». D'après Maamoun Abdulkarim et Oriol Olesti-Vila, « l'occupation du tell » ne confirme pas « l'existence d'un vrai centre urbain dans la plaine » antérieur à l'époque romaine, des travaux archéologiques ont démenti l'existence d'un « vestige » antérieur à l'époque romaine « sous l'actuel tracé de la ville », et « l'existence d'une dynastie émésénienne dans la région, probablement placée à Aréthuse » , « atteste le caractère secondaire de ce secteur à l'époque hellénistique ».
Époque romaine
Strabon a mentionné seulement Aréthuse dans sa Géographie, comme « lieu très-fort » de Sampsigéram, que Pompée avait soumis à la République romaine, et de son fils Jamblique, tous deux des Sampsigéramides (dont la principauté avait été constituée vers la fin de l'époque hellénistique), « phylarques des Éméséniens » qui s'étaient alliés à Quintus Caecilius Bassus contre Jules César en 47 av. J.-C.. ; Jean-Antoine Letronne a noté qu'« il est singulier que Strabon ne dise pas un mot d'Émèse ». Selon Henri Seyrig, il semblerait que Posidonios, d'après lequel Strabon a « probablement » rapporté l'alliance susmentionnée des phylarques des Éméséniens à Quintus Caecilius Bassus, « regardât les Éméséniens comme une simple tribu, gouvernée par ses cheikhs, et encore dépourvue d'une véritable existence urbaine ». Dion Cassius, dans son Histoire romaine, n'a pas non plus fait mention d'Émèse au moment d'évoquer l'exécution de Jamblique (50.13.7), survenue « à la veille d'Actium » d'après Maurice Sartre, la déposition du frère de Jamblique (51.2.2), et la restitution de la principauté, en 20 avant J.-C. d'après Maurice Sartre, à un autre Jamblique (54.9.2).
vignette|Le casque d'Émèse, provenant de la nécropole de Tell Abou Saboun, à Homs ; son propriétaire fut vraisemblablement inhumé « dans la première moitié, et peut-être vers le milieu, du après J.-C. ». vignette|droite|Le mausolée d'Émèse tel que photographié par Heinrich Kohl et Carl Watzinger en 1907 ; il pourrait avoir été construit en « 78-79 de notre ère » par un parent des Sampsigéramides. Toutefois, Azize est présenté dans les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe (20.7.1) comme ayant été roi « d'Émèse » vers l'an 53 apr. J.-C., et avant lui un autre Sampsigéram (18.5.4). Selon Pline l'Ancien, le territoire d'Émèse (aussi appelé « l'Émésène ») confinait à celui de Palmyre. La principauté fut finalement annexée par Rome, très probablement entre 72 et la date de la construction du mausolée d'Émèse (78-79) d'après Maurice Sartre, à la province de Syrie. Émèse commença à frapper monnaie sous le règne d'Antonin le Pieux (138-161). Or, d'après Carlos Chad, « les premières représentations monétaires qui nous soient parvenues de la pierre noire d'Emèse appartiennent à une frappe d'Antonin le Pieux et se prolongent dans les émissions de Marc Aurèle.. » « Les renseignements que nous fournissent » ces monnaies attestent le culte d'une « pierre conique », que Carlos Chad a expliqué être un bétyle du soleil « dont le culte à Emèse doit être bien antérieur. ». Carlos Chad a en outre fait remarquer que « sur le monnayage de Marc Aurèle, c'est le bétyle qui est représenté » et non pas un temple — le « temple lui-même n'apparaît que dans les monnaies éméséniennes de Julia Domna et de Caracalla » ; partant de cet indice, il a émis l'hypothèse d'une construction tardive, « c'est-à-dire sous les Sévères », du temple décrit par Hérodien comme ayant contenu la pierre à Émèse au temps de l'exercice par Héliogabale et par le cousin de celui-ci de la prêtrise du culte du soleil (ou « Élagabal »). D'après Carlos Chad,
vignette|Monnaie de Macrin (217-218) frappée en la cité d'Émèse. vignette|Monnaie d'Uranius Antoninus frappée en la cité d'Émèse. L'existence d'un corps d'archers cavaliers éméséniens est attestée dès le milieu du . En 187, Julia Domna, fille du grand prêtre du soleil ou « grand prêtre d'Élagabal » à Émèse Julius Bassianus, épousa Septime Sévère, qui était alors gouverneur de la Gaule lyonnaise, mais qui deviendrait empereur romain ; une série émésénienne de monnaies, « débutant sous Caracalla et se continuant jusque sous Macrin », associerait l'aigle impérial au « fameux bétyle Elagabal » ou à Hélios radié. En 194, la province de Syrie fut divisée en deux nouvelles provinces, « la Syrie-Phénicie d'une part, et la Coelé-Syrie d'autre part », la province de Syrie-Phénicie, « très étendue », comprenant « des cités de l'intérieur comme Émèse, Damas et même Palmyre ». D'après un texte d'Ulpien (Digeste 50.15.1.4) et un texte de Paul (Digeste 50.15.8.6), Caracalla et Héliogabale promurent chacun Émèse au rang de colonie et lui accordèrent le droit italique ; Eugène Albertini a émis l'hypothèse d'une révocation par Macrin des privilèges donnés par Caracalla et d'un rétablissement de ceux-ci par Héliogabale. Sous le règne d'Héliogabale, proclamé empereur « Marcus [Aurelius] Antoninus » à Émèse à l'âge de en 218, la ville fut en outre élevée au statut de métropole et la « pierre sacrée d'Émèse » transportée à Rome. Après l'assassinat d'Héliogabale et de la mère de celui-ci par la garde prétorienne, Sévère Alexandre fut proclamé empereur et « renvoya le bétyle d'Héliogabale à Emèse ».
Selon Albert Ten Eyck Olmstead, une inscription mentionne comme « héros » le « Samsiceramus » qui, selon Malalas, « défendit Émèse contre les Perses » au temps de Valérien (253-260) ; « ce personnage ne serait autre que l'usurpateur Uranius Antoninus, connu par ses monnaies ». En 272, après que les Palmyréniens « furent vaincus » par les Romains dans , « Aurélien alla se prosterner devant l'autel d'Élagabal à Émèse ». Mais selon Henri Seyrig, Émèse, qui avait été, « sur la route de la côte, un entrepôt aussi nécessaire que Palmyre elle-même », « retomba dans l'insignifiance » « aussitôt que Palmyre, ruinée par Aurélien, cessa de tenir les nomades » et que les caravanes reprirent « l'ancien détour » qui leur avait permis jusqu'au de contourner le désert syrien par le Nord. La vie de la cité fut paralysée par une crise financière, ce que révèle bien selon Claude Lepelley une lettre de Libanios, « adressée en 388 à Eusebius, probablement magister officiorum », qui « intercède pour Émèse, que la ruine de ses bouleutes a réduite à « n'être plus une cité », à moins qu'un bienfait impérial « n'en fasse à nouveau une cité ». Toutefois, il ne semble pas que le statut juridique de cité ait été alors retiré explicitement à Émèse. »
Époque byzantine vignette|gauche|170px|Vase d'Émèse en argent « martelé, repoussé et gravé », à « décor de médaillons avec bustes de personnages bibliques encadrant le Christ d'un côté et la Vierge de l'autre » (fin du ou début du ), musée du Louvre.