Le peyotl, également dénommé peyote (Lophophora williamsii), est une espèce de petits cactus sans épines de la famille des Cactaceae, originaire du sud de l'Amérique du Nord.

Ce cactus contient plusieurs alcaloïdes dont la mescaline, utilisée pour ses propriétés enthéogènes, psychotropes et hallucinogènes. Il est protégé par la CITES et son usage est interdit dans certains pays, notamment la Suisse et la France.

L'usage du peyotl à des fins rituelles par les autochtones est ancien et son utilisation cérémoniale remonte à trois mille ans ou plus comme l'ont démontré des fouilles archéologiques dans des grottes du Texas.. Cet usage rituel persiste de nos jours chez plusieurs populations autochtones d'Amérique du Nord.

Description morphologique Appareil végétatif thumb|left|Fleur de peyotl. Le peyotl est un petit cactus globuleux, sans épines et à racine développée. Il est de couleur grisâtre à la base et vert cendré dans la partie supérieure. Il peut ne présenter qu'une seule tige quasi-hémisphérique ou plusieurs, regroupées en paquets. Les tiges ont une hauteur de 2,5 à et un diamètre de 5 à , mais peuvent atteindre de haut sur 10 de diamètre. Elles présentent une dépression, parfois profonde, à leur sommet. La racine est charnue (napiforme), d'une longueur de 6 à ..

Appareil reproducteur

La floraison survient de mai à septembre. Les fleurs sont solitaires (parfois elles poussent en binômes) et de couleur rose à blanche, avec de nombreux tépales. Le diamètre des fleurs varie généralement entre 1,3 et . L'ovaire, long de 3 à , est prolongé par un style blanc, de 5 à de long. Ces fleurs ne s'ouvrent que de jour et ne durent que deux ou trois jours ..

Le fruit charnu est rouge, il mesure de 1,3 à de longDeserts, MacMahon J.A., National Audubon Society Nature Guides, 1997, Knopf A.A. Inc, . Sa maturation est généralement longue, et peut durer jusqu'à un an après floraison.

Aire de répartition et habitat thumb|Peyotl, Monterrey, Nuevo León, Mexique. Il pousse seul ou en groupe dans les zones désertiques, sur un sol sec et très minéral, à une altitude variant de 100 à (voire ) et à l'abri d'arbustes épineux. Il ne tolère pas les températures inférieures à .

On le trouve à l'origine dans le sud des États-Unis (Texas et Nouveau-Mexique) et sur le plateau mexicain central.

Il s'est étendu géographiquement avec l'augmentation de sa consommation.

Propriétés Il contient 20 alcaloïdes Composition du peyotl de type phényléthylamine, dont le plus notable est la mescaline (qui représente environ 30 % des alcaloïdes présents dans cette plante), essentiellement localisés à la périphérie de la tige. La masse de mescaline dans le peyotl représente à peu près 0,4 % de la masse de la plante fraîche et 3 à 6 % de la masse de la plante séchée. Mais il contient aussi de la lophophorine (environ 5 % des alcaloïdes) qui provoque des céphalées, une vasodilatation et des bouffées de chaleur ; de l'anhalamine, de l'anhalonidine (environ 14 % des alcaloïdes) et l'anhalonine qui ont une action sédative ; de la peyotline et de la peyonine qui sont aussi sédatives. Cette composition est très variable d'un cactus à l'autre tant quantitativement que qualitativement.

La complexité de sa composition permet d'expliquer les différences entre les effets du peyotl et ceux de la mescaline seule.

Il contient de plus une substance à propriété antibiotique, la peyocactine, substance cristalline hydrosoluble. Cette substance s'est montrée efficace contre 18 souches de Staphylococcus aureus résistantes aux pénicillines, mais aussi contre d'autres espèces de bactéries et un champignonMcCleary J.A., Sypherd P.S., Walkington D.L. (1960) "Antibiotic Activity of an Extract Of Peyote Lophophora williamsii (Lemaire) Coulter", Economic Botany 14:247-249.

Utilisation Pharmacologie thumb|Formule chimique de la mescaline. La mescaline peut être extraite par des méthodes artisanales (macération dans l'éthanol ou cuisson au bain-marie).

Usage médicinal Du fait de son caractère sacré, il est recommandé par les Amérindiens comme une sorte de remède universel notamment comme stimulant, antidote contre le venin de serpents, remède contre les douleurs articulairesSelon Francisco Hernández, il est appliqué écrasé sur les articulations douloureuses, etc..

Selon Richard Evans Schultes, c'est ce caractère divin qui a évité l'usage hédoniste du peyotl chez les autochtones.

Effets psychotropes

Il est consommé pour ses effets psychotropes enthéogènes.

Il est utilisé en consommant les boutons, qui peuvent être ingérés (crus, en infusion voire réduits en purée s'ils sont frais) ou chiqués tels quels, séchés ou fumés.

Il provoque de fortes nausées voire des vomissements lors de son ingestion dû à son goût amer. Les hallucinations surviennent généralement trois heures après l'ingestion et commencent par des flashs de couleur dans le champ de vision. Les usagers décrivent aussi des tachycardies, des maux de tête, des sueurs et une descente difficile (fin des effets)http://www.ofdt.fr/publications/collections/rapports/rapports-d-etudes/rapports-detudes-ofdt-parus-en-2004/phenomenes-emergents-lies-aux-drogues-en-2003-cinquieme-rapport-national-du-dispositif-trend-octobre-2004/ Cinquième rapport national du dispositif TREND, Phénomènes émergents liés aux drogues en 2003..

L'ivresse peyotlique Les doses nécessaires pour atteindre l'état d'ivresse peyotlique sont très variables. Il existe incontestablement des doses toxiques qui pourraient rendre une expérimentation périlleuse. Les effets varient d'une personne à l'autre et il est couramment admis que chez certaines personnes fragiles, l'expérience sensorielle peut conduire à un bad trip. D'un point de vue général, il existe deux grandes phases après consommation : une phase de surexcitation générale, de contentement, d'euphorie, de plénitude et d'hypersensibilité ; une phase de sédation, faite de langueur, calme et de ralentissement psychomoteur, de relâchement musculaire. Pendant cette phase s'observent les hallucinations visuelles. Dans la première phase, se manifeste une bradycardie durant environ quatre heures. Parallèlement, on note une vivacité psychosensorielle (avec sentiment de puissance et de supériorité) et psychomotrice. Le sujet ressent des sentiments de légèreté, d'endurance et d'irréalité, sans perte de contact avec la réalité. Parfois, apparaissent des nausées, vomissements, avec perte d'appétit et fatigue passagère. Suit une mydriase avec hyperesthésie visuelle (accroissement des détails à l'intérieur du champ visuel) avec ou sans agitation musculaire. Il apparaît une incoordination motrice avec pertes d'équilibres, voire prostration. La mydriase s'accentue avec présence de troubles de la vue et de la vision, puis apparition de phosphènes, qui s'intensifient pour devenir des lumineuses splendeurs et des hallucinations.

Il existe quatre types d'hallucinations : les phosphènes, annonçant les formes suivantes ; les visions d'objets et de scènes familières ; des visions ne se rapportant à aucun souvenir précis (ce type de visions est majeur) ; plus rarement des visions mêlées à des sensations de dysmorphie, environnementale ou corporellevisions liliputiennes, mégalopsiques, désaxation des figures, fragmentation. Les visions obtenues les yeux fermés sont différentes de celles obtenues les yeux ouverts. Les autres sens peuvent avoir une acuité soit diminuée, soit augmentée. Dans ce dernier cas, il se manifeste parfois des synesthésies peyotliques : audition colorée Baudelaire, traduction en images des sensations tactiles. Pour certains, il y a une impuissance à modifier les visions, pour d'autres cela est possiblecela est important à noter, notamment pour comprendre certaines visions des Huichols - cf paragraphe suivant -. L'extérieur apporte aussi des images qui sont transformées dans les visions.

Au point culminant de l'ivresse, la facilitation motrice de la première phase se transforme en incoordination. La respiration est généralement peu affectée, bien qu'une polypnée ait été décrite. Une dépression respiratoire a aussi été signalée parallèlement au ralentissement moteur. Peuvent aussi exister une hyperactivité sympathique comme une congestion du visage, une rougeur des yeux. Les facultés mentales peuvent s'amenuiser (attention, concentration, mémorisation, créativité). Des dédoublements de la personnalité ne sont pas rares (sensation d'être en dehors de soi-même et de se regarder). Aucun cas de visions à caractère érotique n'a été signalé. Lors d'une étude portant sur , l'ivresse peyotlique a duré chez les sujets de à pour les hommes, et de à chez les femmes.

Après l'ivresse, quelques effets indésirables ont été signalés : lourdeur, langueur, céphalées, fatigue, persistance d'une hyperesthésie visuelle. Les sujets ont gardé un souvenir très fort de cette expérience.

Culture Toutes les espèces de Lophophora ont une croissance très lente, jusqu'à pour atteindre l'âge de la floraison en milieu naturel. Les spécimens cultivés par l'homme poussent plus rapidement, généralement de 6 à du semis au plant adulte. Certaines personnes, pour accélérer sa croissance, le greffent à un autre cactus, comme le San Pedro (Trichocereus pachanoi), par cette technique il est considéré que la plante atteint l'âge adulte en moins de , certaines personnes rapportent des spécimens atteignant ce stade en un an.

Du fait de sa croissance lente et de sa cueillette intensive, le peyotl est considéré en danger d'extinction dans la nature.

Afin de produire des psychotropes, la plante doit être exposée aux ultraviolets, les lampes horticoles n'ont donc généralement aucun intérêt pour cet usage sauf un métal halide (lampe horticole qui émet des ultraviolets)

right|thumb|200px|Boutons de peyotl.

Aspects culturels et historiques Le peyotl est utilisé depuis des siècles dans des cérémonies religieuses, divinatoires ou thérapeutiques par les chamans des tribus indigènes du MexiqueAztèques et Tlaxcaltèques : Cardenas, Ruiz de Alarcon, Jacinto de la Serna, Munos Camargo. Des fouilles archéologiques sur des sites d'Amérique centrale ont mis au jour des restes de peyotl dans des sites datant de plus de .

Les conquistadors et les catholiques espagnols en dénoncent l'usage qu'ils assimilent à un acte de superstition dès 1591 et l'interdisent vers 1620 mais son usage persiste clandestinement.

En 1894, il est classifié comme Lophophora williamsii.

Vers 1870, les premiers usages sont signalés dans le sud des États-Unis et au début du , cette pratique s'est étendue à des tribus des États-Unis (Apaches, Comanches, Kiowas, Navajos, etc.). Il semble même que le culte du peyotl ait peu à peu remplacé ceux du haricot mescal ou de la danse des fantômes. Ces pratiques sont toujours en vigueur dans une cinquantaine de tribus différentes (Huichols, Coras, Tepehuanes et Tarahumaras pour les indigènes du Mexique, Kiowas (aux États-Unis)) qui lui prêtent souvent une valeur enthéogène. À la fin du , son usage est inclus dans les rites de la Native American Church.

Au début du , Aleister Crowley met en scène une version théâtrale des Mystères d'Éleusis de la Grèce antique en proposant aux spectateurs une boisson à base de peyotl afin de leur permettre de mieux percer les mystères