Marcel Rouff, né à Genève - Note. Dans l'acte de naissance on mentionne qu'il est né à Genève, rue du Mont-Blanc 7. le et mort à Paris le , est un écrivain poète, historien, biographe, romancier et essayiste suisse qui vécut à plusieurs reprises à Paris, et notamment au 8, boulevard Émile-Augier de 1920 à sa mort.. Il fut naturalisé français en 1930 tout en conservant sa citoyenneté suisse..

Devenue l'œuvre la plus célèbre de Marcel Rouff, La Vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet est souvent considérée comme l'expression la plus accomplie de ce que peut être un roman gastronomique. Maintes fois réédité, le roman a également connu plusieurs adaptations : son chapitre « Dodin-Bouffant, un pot au feu et une altesse » a été transposé en bande dessinée. De même, le réalisateur Trần Anh Hùng a porté le roman à l'écran, dans une adaptation à la fois libre et fidèle à son esprit. Interprété par Juliette Binoche, Benoît Magimel et Bonnie Chagneau, le film a obtenu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2023.

Biographie Fils de l'éditeur Jules Rouff et de Camille Veil son épouse, Marcel Rouff quitte la communauté juive genevoise à l'âge de six mois pour leur appartement parisien. Il fut élève de l'école Monge (devenue Lycée Carnot en 1894) avant de poursuivre des études de lettres à la Sorbonne.

C'est là qu'il rencontre Curnonsky pour qui il aura une amitié durable, avec qui il écrira La France Gastronomique, un des premiers guides touristiques et gastronomiques. Curnonsky est le personnage central de son roman Guinoiseau, ou le Moyen de ne pas parvenir (1926). Ils fondèrent ensemble l'Académie des gastronomes (1928) dont il occupait le troisième fauteuil Honoré de Balzac... Ses premières publications sont des recueils de poésie. Suivent sa thèse de doctorat, sous l'influence de Jean Jaures dont il est proche: Les Mines de charbon en France au , puis une thèse complémentaire Tubeuf, un grand industriel français au XVIIIe siècle (1922). C'est lors de ses séjours d'étude dans le bassin de Decazeville qu'il rencontre Juliette Bloch-Tréfousse qu'il épouse en 1911. Ils ont deux enfants : Nicole (1913) et Jean-Jacques (1916, année où il regagne la Suisse jusqu'en 1920). Pendant la guerre, il rédige des chroniques pour la Tribune de Genève, dont il restera correspondant de retour à Paris.. Suivront de nombreux romans, nouvelles, mais aussi des biographies: une évocation de la vie d'Hortense Schneider, une volumineuse Vie de Chateaubriand (1929) et un roman sur le thème de sa passion pour l'alpinisme: L'homme et la Montagne (1925). Ce livre plein de descriptions fabuleuses des Alpes a également une dimension autobiographique: le personnage principal, guide de montagne, est amoureux d'une fille de Chamonix (Catherine Vidonne) qui ne rêve que de quitter sa vallée pour Paris, ce qu'elle fera, le laissant seul à sa passion pour la montagne. L'épouse française de Marcel Rouff aurait été à l'origine de leur retour à Paris en 1920.

Marcel Rouff était un homme parfois contradictoire, comme son coiffeur Lefrisol (Le Grand Léonard) Curieux du monde (il visite entre 1896 et 1910 l'Europe, l'Amérique du Nord, le Proche et le Moyen Orient, et la Chine) il reste ardemment nationaliste et francophile. Amateur de montagne et de campagne, il adore la vie parisienne, fréquente des artistes, des hommes de lettres, des politiques, des éditeurs et de nombreux gastronomes.

Son plat préféré, pour le moins celui qui revient les plus souvent dans ses romans, est la poularde à la crème (premier plat principal du premier service du repas du Prince), devenue poularde Marcel Rouff en 1928.. Il aime les vins de Bourgogne et de Loire. Sa gastronomie est fortement teintée de régionalisme, du goût du terroir, de recettes locales. Il fut un gros mangeur, il fumait beaucoup (membre de La Pipe, où on chante au dessert avant de fumer une pipe.), il meurt d'un cancer de la gorge à . Il repose au cimetière de Sèvres, son piolet à ses côtés, sous une pesante dalle de granit des Alpes. À sa demande on lut devant elle quelques pages de La Profession de foi du vicaire savoyard..

Dodin-Bouffant vignette|Adèle sert le pot au feu Dodin-Bouffant, illustration de Joseph Hemard dans l'édition 1924. Genèse du texte La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet (1920, puis 1924 sous sa version complète et corrigée, la première édition avait été allégée pour cause de pénurie de papier.), raconte sous une forme humoristique, la vie d'un gastronome passionné. Le récit serait notamment inspiré de Camille Cerf, fondateur de l'Académie du Goût, impitoyable pour la sélection de ses convives, méticuleux organisateur de ses repas structurés en quatre temps et de sa salle à manger, stoïque mais présent à table pendant sa maladie.., de Lucien Tendret, et des grands gastronomes français du auxquels il fait référence : La Reynière avait admis dans ses dîners un abbé Dodin natif de Langres, gourmand délicat, dont Cadet de Gassicourt écrira l'histoire... Dans la littérature Champfleury avait créé (1857) un Dodin, enfant passionné cuisinier expert, au dire de sa mère, couturière à Laon.

Dodin s'est incarné au cours des périples provinciaux de Rouff avec Curnonsky qui va jusqu'à écrire : . La première édition à tirage restreint est rapidement introuvable, Dodin se fait une notoriété chez les gastronomes, Curnonsky écrit à propos de la seconde édition (1924) :

Le gastronome idéalisé vignette|243x243px|La rare édition 1920 de Dodin-Bouffant ci-dessus comprend la justification et quatre chapitres dont « Le Pot au feu » ; l'édition 1924 est augmentée des chapitres « Le Quatrième Apôtre », « Pauline d'Aizery », « La Crise », « Chez les Barbares », « Retour et Serment ». Dodin-Bouffant est un magistrat retraité qui, dans sa demeure de Belley, voue sa vie à la gastronomie élevée au niveau des arts majeurs. Il a réuni un petit cénacle de quatre amateurs () qui se retrouvent pour un dîner le mardi soir dans la salle à manger du maître.

Dans le premier chapitre, Dodin perd d'un accident vasculaire sa cuisinière (et maîtresse) Eugénie Chatagne, il ne la remplacera qu'au terme de longues recherches par une paysanne bressane, Adèle Pidou, qui lui fait vivre ... Ayant accepté l'invitation du Prince d'Eurasie (aristocrate qu'on retrouve dans Guinoiseau) il subit un repas prétentieux et .. Il décide d'inviter le prince en retour pour un repas qu'il compose de dont le principal est un pot au feu et le menu (servi dans une ) :

Les convives éprouvent une très profonde déception à entendre le menu : Suit un chapitre de description épique du fabuleux repas et du pot au feu dont la vision provoque chez les convives puis des réactions d'admiration sans borne. Le Prince cherche par la suite à engager Adèle, manœuvre que Dodin déjoue... en l'épousant. vignette|224x224px|Caricature féroce d'Adéle Pidou dans un article de Curnonsky à propos de la sortie de l'édition augmentée 1924 (Comœdia du 24 mai)

Non que l'envie lui en manque, il reste fidèle à Adèle lors d'un déjeuner en tête à tête avec Pauline d'Aizeri, donnant la priorité aux canetons rôtis. Dans les derniers chapitres, atteint de goutte et de coliques néphrétiques, le couple Dodin compose une époustouflante diète de poisson (régime sans viande) et subit le supplice d'une cure d'eau à Baden-Baden.. Le livre se termine par ce serment :

Comme dans La France gastronomique ou d'autres romans, le texte est parsemé de recettes mythiques de la vieille cuisine du et de descriptions de prodigieux vins. La recette des pâtés à la Choisy de Menon (Les Soupers de la Cour, 1755.) – qui rappelle le goût de Rouff pour le perdreau et sa profonde connaissance de la littérature gastronomique – servi lors de l'admission du quatrième membre du cénacle, est souvent citée : gauche|vignette|(avec le pot au feu) «le Chambolle recélait dans son sang d'or rose assez de ressources pour que le palais y put trouver à temps le ton nécessaire, la note indispensable».

Le pot au feu Dodin-Bouffant Le pot au feu proprement dit est décrit en un unique paragraphe précédé et suivi des réactions de convives..

Le prince allait pouvoir raconter dans les cours royales .. vignette|Dodin goutteux en cure d'eau à Baden-Baden, illustration de Joseph Hemard dans l'édition 1924.

Postérité Des conférences et articles de presse gastronomique sont signées du pseudonyme Dodin-Bouffant dès avant la seconde édition dans le Mercure de France (1921, 24).... En 1923, un repas de réception est organisé au Salon d'Automne par Austin de Croze et le Dodin journaliste, les invités y meurent de faim, d'où la lettre signée Alexandre Dodin-Jeuneur que recevra le Dodin du Mercure...

En 1924, le repas du Prince fut répliqué à l'identique et, l'ayant appris, Camille Cerf fait réaliser le pot au feu et convie Marcel Rouff à le manger, , dit-il... Le banquier Paul Dreyfus-Roze qui habitait un des hôtels des Maréchaux, place de l'Étoile, fait cuisiner à son tour le Pot-au-Feu qu'il déguste avec Marcel Rouff, d'après Gaston Derys, Marcel Rouff aurait dit :

En 1926 Jacques Brindejont-Offenbach écrit une pièce en quatre actes, Dodin-Bouffant, d'après le roman.. Il a existé un restaurant Dodin-Bouffant en 1937, dans les Jardins du Pavillon de l'Ile-de-France à l'Exposition Internationale des Arts et Techniques...

Après guerre, le pot au feu Dodin-Bouffant en quatre services d'Alexandre Dumaine, à Saulieu, est apprécié du prince Rainier et de Grace Kelly, du président Vincent Auriol et du Maréchal Juin.. Il est au menu de Maxim's en 1962. Dans les années 1970, le Fouquet's servait un pot-au-feu royal de Dodin-Bouffant en trois services et douze plats.. Jean Barnagaud chez Prunier l'aurait exécuté deux fois en 1970 selon Robert J. Courtine..

Une adaptation télévisée du roman par Jean Ferniot et Michel Philippe-Gérard est réalisée par Edmond Tiborovsky en 1973.... Marc Dudicourt interprétait Dodin et Gilette Barbier Adèle..

En 1974, à Boston le restaurant Dodin-Bouffant de Karen et Robert Pritsker connaît le succès.. En 1978, le chef Jacques Manière (1923-1991) ouvre à Paris 24, rue Frédéric-Sauton, le restaurant Dodin-Bouffant.... Il y met au point une carte inspirée des pages de Marcel Rouff; outre une adaptation tout de même allégée du pot-au-feu, la spécialité est la poularde truffée à la vapeur, méthode de cuisson chère à ce chef, meilleure façon de cuire la poularde grasse proclamée par Lucien Tendret dont il suit la recette.. vignette|Restaurant Dodin-Bouffant en 1937.|gauche De nombreux chefs talentueux (Raymond Oliver, Marc Meneau, Jean-François Piège...) s'essaieront au difficile exercice de cuisiner le pot au feu légendaire et fantastique... Yannick Alléno réussit au Meurice un démesuré Grand pot au feu Dodin-Bouffant en cinq services du même acabit avec des vins en proportion. (judru lyonnais au bouillon, aiguillette de bœuf et croûtons de moelle au raifort, consommé double aux champignons, jarret de veau à la menthe et au serpolet et ses légumes, volaille de Bresse au foie gras de canard au Chambertin avec purée Soubise... Bonnes-Mares 1994). François Simon écrit (2012)

En 2014, paraît une adaptation en bande dessinée, réalisée par le dessinateur belge Mathieu Burniat.

Bruno Fuligni, (2015) dans sa Folle histoire - Les gourmands mémorables, estime que Dodin-Bouffant et Marcel Rouff méritent de rejoindre le Panthéon..

Trân Anh Hùng réalisateur de cinéma, Lion d'or au Festival du film de Venise 1995, a réalisé un long métrage La Passion de Dodin Bouffant, évocation de la relation d'Eugénie et de Dodin d'après l'œuvre de Rouff.. Le tournage a lieu en 2022 (costumes Nathalie Leborgne, acteurs : Juliette Binoche, Benoît Magimel, conseiller technique : Pierre Gagnaire).. Il est présenté en compétition au Festival de Cannes 2023.

vignette|Guinoiseau (alias Curnonsky), roman paru en 1926, ill. Joseph Hémard.

Œuvre littéraire

Le bonheur d'écrire et de décrire