thumb|right|220px|Rapport sexuel hétérosexuel, céramique mésopotamienne 2000 av. J.-C. Les représentations érotiques sont les peintures, sculptures, photographies, œuvres musicales et littéraires qui montrent ou décrivent des scènes à caractère sexuel.
On retrouve des représentations érotiques d’actes sexuels dans presque chaque civilisation, qu’elle soit antique ou moderne.
Les civilisations les plus anciennes ont souvent associé l’acte sexuel à des forces surnaturelles, et les représentations de celui-ci et la spiritualité étaient souvent intimement liées.
Dans les pays asiatiques tels que l’Inde, le Japon et la Chine, les représentations du sexe et l’art érotique ont des significations spécifiques au sein des religions nées dans ces pays que sont l’hindouisme, le bouddhisme, le shintoïsme et le taoïsme.
Les Grecs et les Romains sont quant à eux à l’origine de nombreuses œuvres artistiques et décorations à caractère érotique, provenant également de leur croyance religieuse et culturelle particulièrement influente dans l’ouest de l’EuropeRawson, Phillip S. (1968). Erotic art of the east; the sexual theme in oriental painting and sculpture. New York: Putnam, 380. LCC N7260.R35.Clarke, John R. (avril 2003). Roman Sex. New York: Harry N. Abrams, 168. .
Cyril Dumas, L'art érotique antique. Fantasmes et idées reçues sur la morale, Book-e-book, 2016.
Plus récemment, les représentations érotiques ont évolué, allant de l’article de luxe à l’outil de publicité, constituant pour certains un produit ou un mode de vie. Les technologies de communication ayant elles aussi évolué, chaque nouvelle technique, telle que l’impression, la photographie, les films et les ordinateurs, ont été autant de supports nouveaux et moyens de diffusion de ces représentationsMarilyn Chambers, John Leslie, Seymore Butts. (2005). Pornography: The Secret History of Civilization [DVD]. Koch Vision. .
Réactions face aux représentations érotiques à travers l’histoire
Aux époques les plus anciennes, les représentations érotiques n’étaient qu’un sous-ensemble de l’art indigène ou religieux des diverses cultures et n’étaient à ce titre pas traitées différemment ni marginalisées. La pornographie right|thumb|180px|Plaque d'argile. Inde, avant notre ère. Le concept de pornographie, dans son sens actuel, n’est apparu qu’à partir du Voir entre autres l'introduction et l'article « Censure » : Philippe Di Folco (dir.), Dictionnaire de la pornographie, Paris, Presses universitaires de France, 2005 ., durant l’époque victorienne.
Sa définition initiale naît dans les années 1860, en remplacement des écrits anciens sur les prostituéesSigel, Lisa (2002). Governing Pleasures. Pornography and Social Change in England, 1815–1914. Rutgers University Press. .. Le mot apparaît pour la première fois dans un dictionnaire médical anglais de 1857, et est défini comme la « description des prostituées ou de la prostitution, dans un but d’hygiène publique ». Cinq ans plus tard cependant, une seconde définition, plus obscène, apparaît dans le Webster’s Dictionary : « Peinture ou littérature licencieuse ; en particulier, la peinture antique utilisée pour décorer les murs consacrée aux orgies bacchanaliennes ». Bien que certaines pratiques sexuelles furent contrôlées ou interdites, le fait de simplement regarder des objets et images dépeignant ces actes n’était réprimé ou interdit dans aucun pays jusqu’en 1857. Dans certains cas, la possession de certains ouvrages, gravures ou images était illégal, mais l’établissement de lois restreignant ou interdisant de regarder des scènes sexuellement explicites date principalement de l’époque victorienne.
Lorsque de larges fouilles de Pompéi furent entreprises dans les années 1860, une grande partie de l’art érotique romain fut découverte, choquant les victoriens qui se voyaient les héritiers intellectuels de l’Empire romain. Ne sachant que faire de ces représentations explicites de la sexualité, ils tentèrent de les cacher du public. Les objets furent enfermés dans le musée secret à Naples, en Italie, et ce qui n’était pas objet fut recouvert et protégé, afin de ne pas outrager les susceptibilités des femmes, des enfants et de la classe ouvrière. Peu après, les lois en Angleterre (et dans une partie du monde) criminalisant la pornographie furent décrétées, avec l’adoption en Angleterre de l'Obscene Publications Act de 1857. En dépit de leur répression occasionnelle, les descriptions des thèmes érotiques sont communes à travers l’histoireBeck, Marianna (mai 2003). The Roots of Western Pornography: Victorian Obsessions and Fin-de-Siècle Predilections. Libido, The Journal of Sex and Sensibility..
Les premières représentations En Occident Préhistoire thumb|right|La Vénus de Willendorf, statuette préhistorique. Les représentations érotiques les plus anciennes que l’on trouve sont des peintures et des gravures des grottes du Paléolithique. Les images les plus communes découvertes sont celles d’animaux, de scènes de chasse et de description des organes génitaux humains (qu’on pense être des symboles de fertilité). Des êtres humains nus, avec certains caractères sexuels exagérés, sont dépeints dans certaines peintures et objets façonnés du Paléolithique (comme les Vénus paléolithiques). Des découvertes dans les grottes de Creswell en Angleterre, qu’on pense vieilles de plus de , contiennent quelques symboles qui pourraient être des représentations stylisées d’organes génitaux féminins. Toutefois, il n’y a aucune information sur le caractère érotique de ceux-ci, et il est probable que ces objets étaient utilisés dans des rituels religieuxPickrell, John (18 août 2004). Unprecedented Ice Age Cave Art Discovered in U.K.. Nationalgeographic.com.. Des archéologues en Allemagne ont rapporté en qu’ils avaient trouvé ce qu’ils croient être une scène vieille de 7200 ans dépeignant une silhouette masculine se pliant au-dessus d’une silhouette féminine, simulant des rapports sexuels. La silhouette masculine fut baptisée Adonis von ZschernitzKrysia Diver. Archaeologist finds ’oldest porn statue’. Guardian Unlimited.. Cependant, on n’est pas certain que le but de ces objets façonnés ait été une excitation sexuelle. Il est probable que ces images aient pu avoir eu une signification spirituelle et soient probablement reliées aux rituels de fertilité.
Antiquité Grèce
thumb|left|180px|Gemme ovale de la Grèce antique thumb|140px|Scène de cour pédéraste traditionnelle sur une amphore athénienne du . Les Grecs de l’Antiquité ont souvent peint des scènes sexuelles sur leurs céramiques, bon nombre d’entre elles étant notoires du fait qu’elles constituent les représentations homosexuelles et pédérastes les plus anciennes dont on dispose aujourd’hui. L’art grec dépeint souvent les relations sexuelles, mais il est impossible de faire une distinction sur ce qui était illégal ou immoral puisque les Grecs antiques n’avaient pas de concept de pornographie. Leur art reflète simplement des scènes de la vie quotidienne, certaines plus sexuelles que d’autres. Des phallus sont visibles dans des lieux de culte tels que le temple de Dionysos sur l’île de Délos, alors que le herma, petite statuette composée d’une tête sur un socle rectangulaire d’où se dresse un phallus, constituait un objet courant et une amulette. L’idéal masculin grec avait un petit pénis, une esthétique que les Romains adoptèrent plus tardHerm of Dionysos. The Getty MuseumAdams, Cecil (9 décembre 2005). Why does so much ancient Greek art feature males with small genitalia ?. The Straight Dope..
Rome left|180px|thumb|Cunnilingus, fellation et sexe anal entre deux femmes et deux hommes. Peinture murale, Bains suburbains. Pompéi. thumb|right|150px|Cunnilingus. Peinture murale. Bains suburbains, Pompéi.
Il y a de nombreuses peintures et sculptures sexuellement explicites dans les vestiges romains de Pompéi et Herculanum mais les significations originelles de ces représentations sont variables. D’une part, dans la « Villa des Mystères » à Pompéi, on peut observer une scène rituelle de flagellation qui est clairement associée à un culte religieux, image dont la signification peut être considérée comme plus religieuse que sexuelle. D’autre part, des peintures dans un bordel décrivant divers actes sexuels sont visibles dans les linteaux au-dessus de chaque porte. Les Romains considéraient les représentations sexuelles comme des décorations de bon goût et un objet comme la coupe Warren tout au plus comme un « amorce-conversation », en effet, les images reflètent les us et pratiques sexuelles de leur culture. Des actes sexuels considérés comme tabous (comme ceux censés salir la pureté de la bouche) sont dépeints dans les salles de bain, dans un but comique. Des représentations de larges phallus étaient fréquentes à l’entrée des habitations, car le phallus était signe de chance. L’un des premiers vestiges trouvés lorsque le complexe fut découvert fut une statue de marbre montrant le dieu Pan ayant un rapport sexuel avec une chèvre, une représentation explicite de zoophilie considérée comme si obscène qu’elle fut longtemps cachée au public et demeure au Musée secret de NaplesHemingway, Seán (hiver 2004). Roman Erotic Art. Sculpture Review 53 (4): 10-15.. Elle est actuellement librement exposéeAntonio Varone, Erotica Pompeiana. Iscrizioni d'amore sui muri di Pompei (coll. « Studia archeologica », 71), Rome, L'Erma di Bretschneider, éd., 1995, 224 p., 28 ill. ; Luciana Jacobelli, Le pitture erotiche delle terme suburbane di Pompei, Rome, L'Erma di Bretschneider, 1995, 148 p, ill.. thumb|150px|Lampe à huile romaine représentant la position de la levrette.
Le christianisme L’iconographie chrétienne s’appuie (ou devrait s'appuyer) sur le deuxième des Dix Commandements: Tu ne feras pas d’image taillée. (Exode 20: 4). Dans son application radicale, cet interdit conduit à l’iconoclasme. En tout état de cause, dans le monde chrétien, la représentation érotique pâtit du lien qui est fait entre la sexualité et le péché originel et tend, sinon à disparaitre, à devenir tabou.
Les scènes érotiques sont courantes sur les enluminures médiévales, mais n’étaient accessibles seulement qu’à ceux qui pouvaient se procurer des livres fabriqués à la main extrêmement chers. La plupart de ces enluminures figurent sur les livres d’heures. Beaucoup de spécialistes de l’époque médiévale pensent que ces images ont satisfait des attentes à la fois érotiques et religieuses pour un livre. D’autres pensent que ces représentations étaient une forme d’attention morale, mais la description de prêtres et autres fonctionnaires de haut rang dans des actes sexuels amènent à penser à des buts politiques.
Dans les autres civilisations thumb|left|180px|Shunga (Japon) Les Moches du Pérou sont un autre peuple antique qui représenta des scènes sexuelles explicites dans leur poterie. Leur but, cependant, était bien différent des autres cultures antiques. Les Moches croyaient que le monde des morts était l’opposé exact du monde de la vie. Ainsi, en tant qu’offrandes funéraires, ils réalisèrent des vaisselles représentant des actes sexuels tels que la masturbation, la fellation et la sodomie, actes sexuels n’ayant pas pour but la reproduction. Leur espoir était que, dans le monde des morts, ils prendraient la signification opposée de la fertilité.
thumb|180px|Scènes d'amour. Aquarelle opaque et or sur papier. 1660 -1680.