L’expulsion des Allemands d'Europe de l'Est est le transfert forcé, pendant et après la Deuxième Guerre Mondiale, des populations allemandes (citoyens allemands résidant en territoires de l'est de l'Allemagne perdus à la suite des accords de Potsdam, résidant comme expatriés en Europe de l'Est, et citoyens d'autres pays ethniquement allemands, dits Volksdeutsche, dont les citoyens de la ville libre de Dantzig) vers l'Allemagne et l'Autriche actuelles. Ce mouvement de population commença au début de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du pacte germano-soviétique, mais s'amplifia surtout à sa fin. Les déplacements de populations à la fin de la guerre se répartissent en trois vagues qui se sont partiellement chevauchées. La première correspond à la fuite spontanée ou à l'évacuation plus ou moins organisée des populations effrayées par l'avancée de l'Armée rouge de la mi-1944 au début 1945. La seconde phase correspond à des expulsions locales, immédiatement après la défaite de la Wehrmacht. Des expulsions plus systématiques ont eu lieu après les accords de Potsdam signés le par Joseph Staline, Clement Attlee et Harry S. Truman pour éviter toute revendication territoriale future de l'Allemagne sur ses voisins orientaux.

Les expulsions eurent principalement lieu dans l'actuelle Pologne et en Tchécoslovaquie (Silésie, pourtour de la Bohême-Moravie : trois millions de Sudètes expulsésÀ ce moment les Sudètes n'étaient plus citoyens tchécoslovaques depuis les accords de Munich, mais citoyens allemands.), mais touchèrent aussi la plupart des pays d'Europe centrale et orientale. Ces déplacements concernèrent entre douze et seize millions de personnes et coûtèrent la vie à environ deux millions d'entre elles (les estimations allant de 500 000 à un maximum de 3,2 millions de civils décédés) . Ce fut l'un des grands transferts de populations de l'histoire contemporaine et le plus important parmi ceux qui eurent lieu à la fin de la guerre. Les expulsions étaient terminées au début des années 1950 et, à ce moment, il ne restait plus que 12 % des populations allemandes d'avant-guerre dans ces territoires. Mais l'exode s'est poursuivi ensuite individuellement. Cet événement mit fin au Drang nach Osten.vignette|Zones peuplées par les germanophones en Europe centrale et orientale dans la première moitié du .

Populations germanophones d'Europe de l'Est

Les migrations qui eurent lieu entre le ont mené à la création de zones de peuplement allemandes à l'est de l'Europe jusqu'en Russie. À partir du , la Poméranie, la Prusse, la région des Sudètes, la Transylvanie, la Bessarabie, la Galicie, le Sud-Tyrol, la Carniole et la Basse-Styrie possédaient de nombreuses localités à majorité germanophone. .

Au début du , il existait des populations allemandes jusque dans le Caucase et le long de la Volga. Après la Première Guerre mondiale, les pertes territoriales de l'Allemagne, la désintégration de l'Autriche-Hongrie et l'instauration du communisme en Union soviétique signifiaient que de nombreux Allemands se trouvaient en minorité dans de nouveaux États.

Soutien des populations germanophones à l'invasion nazie

Dès le , les nationalistes allemands utilisèrent l'existence d'importantes minorités allemandes dans les pays voisins comme base pour leurs revendications territoriales. Relevant du pangermanisme, ce nationalisme revendiquait l'unification de toutes les personnes germanophones dans une même communauté, ces personnes étant censées constituer un peuple (Volksdeutsche) culturellement et racialement unifié. La propagande nazie contre la Tchécoslovaquie et la Pologne prétendait que les Allemands de ces territoires étaient persécutés. Lors de l'annexion par l'Allemagne nazie de la Tchécoslovaquie puis de la Pologne ainsi que d'autres nations européennes, certains membres des minorités germanophones non juives aidèrent les forces d'invasion et l'occupation qui suivit. Ces actes provoquèrent l'inimitié des autres populations et furent ensuite utilisés pour justifier les expulsions de l'après-guerre.

Pologne

À la suite de la Première Guerre mondiale, la Pologne a reçu des territoires précédemment situés dans l'Empire allemand, qui étaient devenus prussiens lors des partages de la Pologne. Lors du recensement de 1931, il y avait moins de 3 % d'Allemands dans la population totale de la Pologne. Cependant, dans les territoires frontaliers du corridor de Dantzig, la proportion atteignait 20 % et, dans la ville libre de Dantzig, 96 % de ses citoyens étaient de langue maternelle allemande. Les activistes des groupes et Jungdeutsche Partei s'opposaient à toute forme de coexistence avec l'État polonais allant jusqu'à condamner les Allemands parlant polonais ou ayant des contacts avec la culture polonaise.

Les historiens estiment que 25 % des Allemands de Pologne appartenaient à des organisations qui soutenaient l'invasion allemande. Le (auto-défense) et les organisations nationalistes allemandes créées en Pologne (Volksdeutscher Selbstschutz) prirent une part active aux actions (sabotage, etc.) qui visaient la population polonaise. Le Selbstschutz participa en particulier à l'élimination de l'élite polonaise dans le cadre de l'opération Tannenberg qui fit près de . Cette organisation aurait compté jusqu'à soit 10 % des Allemands polonais Rezensionen (PDF)..

Roumanie

Jusqu'en , la Roumanie, gouvernée de manière autoritaire depuis 1938 par le roi pro-allié , et dont les Alliés ont garanti les frontières le , est en état de quasi-guerre civile avec le mouvement d'extrême droite de la « Garde de fer » dont le fondateur, Corneliu Codreanu, est arrêté, emprisonné et exécutéNicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977. De la minorité des Roumains de langue maternelle allemande, forte de Recensământul general al populației României din 29 Decemvrie 1930, , ., émerge une filiale locale du parti nazi, menée par Andreas SchmidtAndreas Schmidt, né le à Manarade (Transylvanie, Autriche-Hongrie), mort en 1948, à Vorkouta (Goulag, URSS)., leader nazi (Volksgruppenführer) engagé dans la Waffen-SS, qui, après l'abdication du roi en , demande et obtient du « Pétain roumain » (comme s'auto-proclamait lui-même le maréchal Antonescu alors devenu chef d'État) que les Allemands de Roumanie deviennent ressortissants du Reich et ne soient pas mobilisés dans l'armée roumaine, mais enrôlés dans la Wehrmacht qui venait d'occuper le pays. Certains rejoignirent la SS-Freiwilligen-Grenadier-Division. Les Allemands de Roumanie ont eu des attitudes divergentes politiquement : parmi les mineurs du Haut-Jiu et les bûcherons de Transylvanie et de Bucovine, de tradition socialiste, certains refusèrent et rejoignirent la résistance contre le régime fasciste, mais la plupart des Allemands obéirent aux accords entre le Troisième Reich et la Roumanie qui entre alors dans l'AxeGrigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou () aux hostilités de Russie (), Egloff, Fribourg/Suisse, 1944 et Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977.

vignette|La région des Sudètes (zones en noir) peuplée par des populations allemandes en Bohême-Moravie au début du .

Tchécoslovaquie

Les populations allemandes de Tchécoslovaquie se trouvaient principalement dans la région des Sudètes à la frontière avec l'Allemagne. Ces Tchécoslovaques de langue maternelle allemande habitaient la région depuis le Moyen Âge et représentaient un quart de la population totale, plus que les Slovaques. La région des Sudètes était également la principale zone industrielle du pays. D'après la constitution de 1920, les droits de la minorité allemande et sa culture étaient protégés. L'opposition entre les Allemands et les Tchèques est latente tout au long des années 1920. Cependant, pour des raisons de sécurité, les territoires frontaliers furent expropriés et les soldats tchèques furent stationnés dans des zones uniquement habitées par des Sudètes. De plus, les Allemands souffrirent plus de la Grande Dépression du fait de la dépendance de leur économie à celle de l'Allemagne.

Les sentiments nationalistes jouèrent un rôle important dans la politique des Sudètes durant les premières années de la République et les partis allemands pratiquaient couramment l'obstruction parlementaire. En 1926, le chancelier allemand Gustav Stresemann conseilla aux Sudètes de coopérer avec le gouvernement de Prague. Par conséquent, la plupart des partis acceptèrent de participer à la vie politique et ses représentants acceptèrent d'entrer au gouvernement. En 1929, seul un petit nombre de députés des Sudètes restait dans l'opposition, la plupart membres du Parti nazi des Sudètes.

Le , Konrad Henlein créa une nouvelle organisation politique, le Front patriotique des Sudètes qui déclarait sa loyauté à l'État tchécoslovaque mais souhaitait une large décentralisation. Il absorba la plupart des partis nationalistes dont le parti nazi. En 1935, il devint le Parti allemand des Sudètes (, SdP) et commença une campagne de propagande active. Aux élections de mai, il reçut 60 % des suffrages allemands aux dépens des chrétiens-sociaux et des sociaux-démocrates qui perdirent la moitié de leurs représentants.

Le SdP devint le pivot des forces nationalistes. Le parti se présentait comme œuvrant pour un règlement équitable des revendications allemandes des Sudètes, dans le cadre de la démocratie tchécoslovaque. Heilein maintint cependant des contacts secrets avec l'Allemagne nazie et reçut une aide financière de Berlin. Le SdP souscrit à l'idée d'un führer et adopta les méthodes nazies avec des bannières, des slogans et des partisans en uniforme. Les concessions offertes par le gouvernement comme une plus grande décentralisation et la participation du SdP au gouvernement furent refusées. En 1937, la plupart des dirigeants du SdP soutenaient les objectifs pangermanistes d'HitlerCzech Republic - Sudetenland.

Transferts de population entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique gauche|vignette|L'évacuation des Allemands de Bessarabie en , conformément au pacte Hitler-Staline, après l'annexion de la Bessarabie par l'URSS.

Les populations allemandes habitant les territoires occupés par l'Union soviétique en 1939-1940 à la suite du Pacte germano-soviétique comme la Bessarabie ou les Pays baltes furent transférées en Allemagne et en Pologne occupée. La majorité des Germano-Baltes fut transférée avant l'occupation soviétique des États baltes. Ces Volksdeutsche furent réinstallés en Pologne dans des territoires dont les populations polonaises avaient été expulsées.

Évacuation et fuite Lors de la Seconde Guerre mondiale, des populations allemandes furent installées sur les territoires de l'est dans le cadre du Lebensraum. Cependant les défaites successives de la Wehrmacht ont amené l'Armée rouge aux portes de l'Allemagne. Les plans d'évacuation des populations allemandes des territoires d'Europe de l'Est furent préparés par les autorités nazies à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, dans de nombreuses zones, l'évacuation fut retardée jusqu'au dernier moment, lorsqu'il fut trop tard pour la réaliser de manière ordonnée. Le gros des évacuations commença en lorsque les troupes soviétiques approchèrent de la Pologne occupée.

Politiques d'évacuation allemandes