L’expédition Crawford, également connue sous la dénomination d’expédition de la Sandusky et défaite de Crawford, est une campagne de la guerre d'indépendance des États-Unis qui se déroule en 1782 sur le front de l'Ouest, lors de la phase finale du conflit. Conduite par le colonel William Crawford, le but de celle-ci était de détruire les villages des Amérindiens ennemis le long de la rivière Sandusky dans la vallée de l'Ohio (lOhio Country), afin que cessent leurs attaques sur les colons américains. Cette expédition s'inscrit dans une longue série de raids contre les villages ennemis menés par les deux camps tout au long de la guerre.

William Crawford conduisit une troupe de 500 miliciens, provenant surtout de Pennsylvanie, à l'intérieur du territoire amérindien dans l'intention de les surprendre. Les Amérindiens et leurs alliés britanniques de Détroit avaient cependant déjà connaissance de cette expédition et avaient regroupé des forces pour s'y opposer. Après une journée de batailles indécises près des villages de la Sandusky, les Américains se retrouvèrent encerclés et tentèrent de battre en retraite. La retraite se transforma en déroute, mais la plupart des Américains parvinrent à rentrer en Pennsylvanie. 70 Américains furent tués ; les pertes amérindiennes et britanniques étant, quant à elles, minimes.

Lors de cette retraite, le colonel William Crawford et un certain nombre de ses hommes furent capturés. Les Amérindiens exécutèrent nombre de leurs captifs en représailles du massacre de Gnadenhütten qui avait eu lieu cette même année, au cours duquel une centaine de civils amérindiens membres d'une mission chrétienne (dont une majorité de femmes et d'enfants) avaient été sauvagement assassinés et scalpés. par des miliciens de Pennsylvanie commandés par le colonel , également présent lors de cette expédition Crawford. L'exécution de William Crawford fut particulièrement brutale : il fut torturé pendant des heures avant d'être brûlé vif. Son exécution sera largement commentée aux États-Unis, ce qui ne fera qu'empirer les relations déjà tendues entre Amérindiens et colons américains.

Contexte Lorsque la guerre d'indépendance américaine commence en 1775, la rivière Ohio marque une frontière ténue entre les colonies américaines et les Amérindiens de la vallée de l'Ohio. Shawnees, Mingos, Lenapes et Wyandots sont divisés sur la position qu'ils doivent tenir lors de cette guerre. Certains chefs amérindiens suggèrent la neutralité alors que d'autres entrent en guerre au côté des Britanniques car ils voient là l'occasion de stopper l'expansion des colonies américaines et de reconquérir des terres prises par les colons..

La guerre de frontière s'intensifie en 1777 après que les Britanniques de Fort Pitt (actuellement Pittsburgh) commencent à recruter et armer des troupes amérindiennes pour attaquer les colonies américaines.. Un certain nombre de colons américains des actuels États du Kentucky, Virginie-Occidentale et Pennsylvanie seront tués lors de ces raids. L'intensité du conflit s'accroît après que des miliciens américains ont assassiné Cornstalk, le principal défenseur de la neutralité chez les Shawnees, en . Malgré cette violence, nombre d'Amérindiens de l'Ohio espèrent toujours pouvoir rester hors du conflit, ce qui se révèle impossible puisqu'ils se trouvent entre les Britanniques basés à Détroit et les Américains se trouvant le long de la rivière Ohio.

En , les Américains lancent leur première expédition dans la vallée de l'Ohio dans l'espoir d'empêcher les activités britanniques dans cette région. Le général Edward Hand conduit 500 miliciens de Pennsylvanie dans une marche hivernale surprise de Fort Pitt à la rivière Cuyahoga, où les Britanniques entreposent les marchandises qu'ils distribuent aux Amérindiens qui participent aux raids contre les colons. Cependant, les conditions météorologiques exécrables empêchent l'expédition d'atteindre son objectif. Sur le chemin du retour, certains hommes attaquent de paisibles Amérindiens Lenapes, tuant un homme, quelques femmes et des enfants, dont certains membres de la famille du chef des Lenapes, Hopocan. À cause du meurtre de non-combattants, cette expédition, par dérision, sera surnommée la squaw campaign (campagne des femmes amérindiennes) ; ..

Malgré l'attaque envers sa famille, Hopocan déclare qu'il ne cherchera pas vengeance.. Au contraire, en , il sera l'un des signataires du traité de Fort Pitt entre les Lenapes et les États-Unis. Les Américains espèrent que cet accord avec les Lenapes permettra aux troupes américaines de passer par le territoire Lenape pour attaquer Détroit, mais l'alliance se détériore après la mort de White Eyes, le chef Lenape qui avait négocié le traité. Hopocan se retourne alors contre les Américains et emmène ses troupes à l'ouest de la Sandusky, où il cherche alors le soutien des Britanniques de Détroit. Calloway argumente que Hopocan a souvent été présenté par les chroniqueurs comme « pro-britannique » au début de la guerre, alors que Hopocan était un partisan de la neutralité des Lenapes jusqu'aux environs de 1779..

Durant les années de guerre qui suivent, les Américains et les Amérindiens lancent des raids les uns contre les autres, visant en général les villages. En 1780, des centaines de colons du Kentucky sont tués ou capturés lors d'une expédition britannico-amérindienne, l'expédition du Kentucky. Grenier prétend que . Le Virginien George Rogers Clark y répond en conduisant une expédition qui, en , détruit deux villages Shawnee le long de la Mad River mais qui cause en revanche peu de dommage à l'effort de guerre amérindien.. Après ce raid, Clark recrute des hommes en vue d'une expédition sur Détroit, mais les Amérindiens défont une centaine de ses hommes le long de l'Ohio, ruinant ainsi sa campagne. La plupart des Lenapes étant alors pro-britanniques, le colonel américain Daniel Brodhead conduit une expédition en vallée de l'Ohio courant avril 1781, détruisant le village Lenape de Coshocton. Les survivants s'enfuient vers les villages de la Sandusky..

Entre les combattants de la Sandusky et les Américains de Fort Pitt se trouvent plusieurs villages de Lenapes convertis au Christianisme. Ces villages étaient administrés par des missionnaires de la Herrnhuter Brüdergemeine, David Zeisberger et John Heckewelder. Bien que non-combattants, les missionnaires penchent pour la cause américaine et tiennent informé Fort Pitt des actions hostiles des Britanniques et de leurs alliés amérindiens. Afin d'éviter toute nouvelle communication entre les missionnaires et l'armée américaine, les Wyandots et les Lenapes de la Sandusky déplacent par la force les missionnaires ainsi que leurs convertis vers un nouveau village, Captive Town, le long de la Sandusky en ..

En mars 1782, 160 miliciens de Pennsylvanie commandés par le lieutenant-colonel parcourent la vallée de l'Ohio, dans l'espoir de trouver les guerriers amérindiens qui sont responsables des raids contre les colons de Pennsylvanie. Exaspérés par le meurtre sinistre d'une femme et de son bébé., les hommes de Williamson capturent une centaine de Lenapes chrétiens du village de Gnadenhütten. Les Lenapes chrétiens étaient revenus à Gnadenhütten depuis Captive Town afin de récupérer les récoltes qu'ils avaient été forcés de laisser derrière eux. Accusant ces derniers d'avoir aidé les Amérindiens hostiles dans leurs raids, les Pennsylvaniens massacrent et scalpent une centaine d'Amérindiens et de métis chrétiens, en majorité des femmes et des enfants (dont le fils du missionnaire Schebosch), avec des tomahawks.. Seuls deux enfants échappent au massacre, les blessés survivants étant brûlés vifs dans l'incendie du bâtiment où a lieu le carnage. Le massacre de Gnadenhütten, comme on le nommera ensuite, aura de sévères répercussions sur la prochaine expédition américaine menée en vallée de l'Ohio.

Planification vignette|upright|Manquant de ressources pour lancer une campagne de l'Armée continentale, le général William Irvine aida les volontaires à préparer leur expédition.

En septembre 1781, le général William Irvine est nommé commandant de l'Armée continentale sur le théâtre opérationnel de l'ouest, dont le quartier général est à Fort Pitt.. Bien que l'armée britannique sous le commandement de Charles Cornwallis se soit rendue à Yorktown en , la guerre sur la frontier de l'Ouest continue. Irvine apprend rapidement que les Américains vivant sur la frontier veulent que l'armée lance une expédition contre Détroit afin d'en finir avec le soutien que les Britanniques apportent aux Amérindiens lors de leurs raids. Irvine étudie cette possibilité et écrit à George Washington, le commandant en chef américain, le :

Washington est du même avis qu'Irvine ; Détroit doit être capturée ou détruite afin que cesse la guerre dans l'ouest.. En février 1782, Irvine fait parvenir à Washington un plan d'offensive détaillé. Irvine estime qu'avec , cinq canons et une colonne d'approvisionnement, il sera en mesure de prendre Détroit.. Washington répond que le Congrès étant ruiné, ce dernier n'a pas les moyens de financer une telle campagne et que par conséquent seules des opérations offensives à petite échelle sont envisageables..

Sans moyens de la part du Congrès ou de l'Armée continentale, Irvine autorise alors des volontaires à organiser leur propre offensive. Détroit est trop éloignée et trop forte pour une opération à petite échelle, mais des miliciens comme David Williamson pensent qu'une expédition contre les villages amérindiens de la Sandusky est faisable.. Il s'agira d'une opération à faible budget : chaque volontaire fournira son propre cheval, son fusil, ses munitions et rations ainsi que d'autres équipements.. Leur seul dédommagement sera une exemption de deux mois de service dans la milice, ainsi que ce qu'ils pourront piller dans les villages amérindiens.. À cause des raids amérindiens il ne manque pas de volontaires..

À cause des réserves de Washington, Irvine pense qu'il n'est pas autorisé à conduire lui-même l'expédition, mais il fait son possible pour en influencer le calendrier. Il écrit des instructions détaillées à l'intention du commandant des volontaires (qui n'a pas encore été désigné) :

Préparatifs vignette|upright|gauche|Le colonel William Crawford.

Le , les volontaires commencent à se rassembler au point de rendez-vous à Mingo Bottom (aujourd'hui Mingo Junction), du côté amérindien de la rivière Ohio. Ce sont surtout de jeunes hommes d'origine irlandaise ou écossaise, qui viennent des comtés de Washington et Westmoreland en Pennsylvanie.. Beaucoup sont des vétérans de l'Armée continentale ; .. Leur nombre exact est inconnu, un officier écrit au général Irvine le qu'ils sont 480 volontaires, cependant des hommes supplémentaires se joignent au groupe par la suite, portant leur total à plus de 500. Après examen des fiches de pension et autres papiers, Brown conclut que 583 hommes ont pu prendre part à l'expédition, cependant un certain nombre d'entre eux déserteront avant qu'ils n'atteignent la Sandusky.. Devant la nature périlleuse de leur tâche, nombre de volontaires rédigeront leurs dernières volontés et testaments avant le départ..

Comme il s'agit d'une expédition de volontaires et pas d'une opération de l'armée régulière, les hommes élisent leurs officiers. Les deux candidats à ce poste sont David Williamson, le colonel de la milice qui commanda l'expédition de Gnadenhütten et William Crawford, un colonel en retraite de l'Armée continentale. Crawford, ami et agent de George Washington, est un soldat expérimenté et un homme de la frontier. Il est un vétéran de ce genre d'expéditions : il a détruit deux villages mingos (Iroquois) lors de la guerre de Dunmore en 1774. et il avait également pris part à la « squaw campaign »..