Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil, seigneur de Maréfosse, né le à Pondichéry et guillotiné le à Paris, est un juriste, pamphlétaire et homme politique français.
Biographie Origines
Issu d’une vieille famille havraise, Jean-Jacques Duval – ou « du Val » – d’Éprémesnil descend d’Alain du Val de Coupeauville, père de Jacques, qui acquiert en 1645 la terre d’Éprémesnil, bailliage de Montivilliers en pays de Caux.
Jacques II (1672-1748), grand-père de l’avocat au Parlement, fait fortune comme agent de Law au Havre, puis comme directeur d’une des premières compagnies de commerce encouragées par Colbert, la compagnie du Sénégal. Il obtient en 1719, la qualité de seigneur d’Éprémesnil – qui ne lui confère pas pour autant la noblesse – . De son mariage, il a sept enfants.
Jacques III Duval d’Éprémesnil (1714-1764), l’aîné, est armateur, administrateur de la Compagnie des Indes à Lorient et voyage à travers le monde. On dit que, pour mieux connaître les principes de la religion des Indiens, il , pénétrant dont il décrit et dessine les cérémonies. Il est également l’auteur d’un Traité sur le commerce du Nord. Propriétaire aux Indes à la veille de la prise de Pondichéry par les Anglais, membre du conseil supérieur de Mahé (1742), de Chandernagor (1746) puis de Pondichéry, commandant général des établissements français des Indes orientales (1755) et gouverneur de Madras. Il épouse Anne-Chrétienne-Françoise Vincens dont il a un fils unique, Jean-Jacques, né en 1745 (baptisé le 30 janvier 1746) à Pondichéry. La prise de Pondichéry par les Anglais et l’abandon des florissants comptoirs de la route des Indes est une catastrophe vécue comme telle par la famille d’Éprémesnil.
Carrière et opposition parlementaire
Très actif, très entreprenant, Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil a la réputation de s’opposer sourdement, chaque fois que l’occasion se présente, aux ministres et à l’autorité monarchique. Il exprime sa fronde de toutes les manières possibles.
Il épouse une demoiselle Madeleine Desvaulx, fille du baron d’Oinville, qui meurt prématurément après lui avoir donné un fils, né le . Pour se distinguer de son père, celui-ci porte le nom de Jacques Duval de Maréfosse. Devenu entre-temps avocat au Parlement de Paris, Duval d'Éprémesnil est exilé en 1771 lors de la « réforme Maupeou ».
Procès et réhabilitation de Lally-Tollendal Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil est avocat au Châtelet de Paris à partir de 1766. Georges Duval de Leyrit, oncle de d’Éprémesnil et ex-gouverneur général de Pondichéry, accuse le dernier gouverneur des Indes, le comte de Lally-Tollendal d’avoir abusé de sa fonction et livré contre argent Pondichéry aux Anglais. À l’issue d’un procès mémorable plaidé en 1766 au Parlement de Paris, le comte est convaincu de haute trahison et décapité au sabre.
Soutenu par Voltaire dès 1773, Gérard de Lally-Tollendal, fils du comte exécuté, saisit le Parlement de Normandie pour examiner à nouveau cette cause ; d’Éprémesnil, agissant en mémoire de son oncle l’accusateur, s’interpose, recherche et obtient la non-recevabilité qui est confirmée par le Conseil d’État, déniant au jeune Lally, né hors mariage, sa qualité de fils légitime de Lally-Tollendal.
Liaison avec Madame Thilorier Membre de la loge maçonnique des Neuf Sœurs – qui est fort contestée par Louis XVI qui veut la dissoudre en 1779 –, il tombe amoureux de l’épouse d’un « frère » et ami, Jacques Thilorier, rencontrée en 1778 lorsque celle-ci est une des six « berceuses » de Nicolas Beaujon, et avec laquelle il a une liaison cachée.
Née Françoise-Augustine Sentuary, cette jeune Bordelaise défraie déjà la chronique : quelques années plus tôt, elle avait été une des « créatures » de Clugny de Nuits, contrôleur général des Finances à qui, selon la correspondance du maréchal de Saxe, elle soutire une pension de . Entraînée par sa sœur Michelle de Bonneuil, devient ensuite devenue une des « berceuses » de Nicolas Beaujon, qui a établi chez lui un sérail de jeunes et jolies femmes, bien nées qui faisaient les honneurs de sa maison. Chantée par Évariste de Parny, pose deux fois pour Élisabeth Vigée Le Brun, également pour le pastelliste Jean-Baptiste Perronneau et d’autres artistes.
Devenue veuve en 1783, elle cherche et réussit au mois d’ à se faire épouser par d’Éprémesnil, dont elle vient de mettre au monde l'enfant. Chamfort raconte drôlement que, pour arriver à ses fins, elle lui aurait fait découvrir la pierre philosophale, en échange de quoi il aurait consenti à l’épouser, malgré la réputation de libertinage attachée à sa réputation et à celles de ses deux autres sœurs qui, comme elle, ont fait le bonheur des poètes érotiques et des peintres.
Disciple de Mesmer .
Promoteur et disciple de Franz Anton Mesmer, Jean-Jacques Duval d’Éprémesnil contribue à faire connaître la pratique thérapeutique du magnétisme animal, un fluide aux effets bénéfiques pour les personnes souffrant de troubles somatiques ou nerveux. Derrière les aspects plus ou moins sérieux de la théorie médico-psychologique du magnétisme, se développe une pratique lucrative dont Mesmer tire d’énormes bénéfices. Il a l’idée d’enseigner sa pratique, dont les cours coûtent fort cher. Les disciples peuvent alors enseigner à leur tour. D’Éprémesnil, avec ses amis l’avocat Nicolas Bergasse et le vicomte de Puységur, sont parmi les premiers élèves de Mesmer. Ils peuvent enseigner à leur tour et soigner leur entourage. Bergasse magnétise lui-même de belles indolentes, rue du Coq-Héron, et d’Éprémesnil, qui a magnétisé , se fait le défenseur des théories de Mesmer lorsqu’elles commencent à être attaquées par l’Académie de médecine.
On reproche à Mesmer d’être un charlatan, et on ne prend pas au sérieux ces séances individuelles ou de groupe au cours desquelles les mondains des deux sexes se touchent mutuellement autour d’un baquet. D’Éprémesnil publia ainsi des « Réflexions préliminaires » sur le bien-fondé du mesmérisme, en réponse aux critiques contenues dans la pièce intitulée Les Docteurs modernes, jouée au Théâtre-Italien le . À cette occasion, il monte dans les loges supérieures du théâtre et déverse sur le parterre une pluie de tracts favorables à Mesmer, qu’il ne supporte pas de voir ridiculiser. Mesmer est néanmoins bientôt exilé, emportant, dit-on, avec lui, une somme avoisinant .
Spéculateur et affairiste La spéculation immobilière parisienne a pris son plein essor déjà sous Louis XVI, où plusieurs quartiers sont lotis. Certains terrains proches des grands boulevards, et surtout la chaussée d’Antin et le secteur Saint-Lazare sont très recherchés. D’Éprémesnil, qui fréquente la société interlope du cardinal de Rohan (Daudet de Jossan, la comtesse de Lamotte-Valois, le sieur Augeard, etc.), s’entend avec Rohan dans un projet concernant l’hôpital des Quinze-Vingts que les promoteurs ont prévu de déplacer et de reconstruire dans un nouveau quartier pour bénéficier d’énormes plus-values.
Devenu adepte et ami de Cagliostro – le « grand Copte » – avec lequel il développe une franc-maçonnerie égyptienne, il participe à sa défense lorsque celui-ci est compromis, comme Rohan, dans l’Affaire du collier de la reine, dont le procès a lieu en 1786. D'Éprémesnil se montre fort critique avec Marie-Antoinette sur une autre affaire, lorsque celle-ci veut passer outre aux décisions du Parlement et lui faire rendre une décision favorable à la réhabilitation du comte de Lally-Tollendal.
Dans les mêmes années, il prend parti dans l’épineuse affaire Kornmann, tout aussi retentissante que les précédentes, dans laquelle s’opposent Beaumarchais, défenseur de , et son ami et condisciple de Mesmer, Nicolas Bergasse, défenseur de . D'Éprémesnil fait partie du camp de ceux qui considèrent que cette dame, s'étant rendue coupable d’un adultère, est dans son tort. Sachant que d’Éprémesnil avait lui-même entretenu (pour reprendre l’expression amusée de Chamfort), un avec , Beaumarchais s'apprête à publier un manifeste cinglant à ce sujet lorsque , sœur de l’ex-, vint le prier de n’en rien faire.
Prémices de la Révolution française
Vers la convocation des États généraux vignette|Arrestation de d’Éprémesnil et de Goislard de Monsabert, au Parlement de Paris, le par les Gardes françaises (Abraham Girardet). Duval d’Éprémesnil éprouve le besoin irrépressible de se mettre en avant et de marquer son opposition à l’autorité monarchique. En ce sens, il passe alors à juste titre pour « révolutionnaire ». Mais son opposition se révèle en fait corporatiste, celle de grands propriétaires terriens qui ne supportaient plus d’être soumis à la fiscalité commune quand la vieille noblesse y échappait. C’est cette « injustice » qui semble avoir été, en 1788, le moteur de son opposition frontale à Versailles.
Conseiller aux enquêtes au Parlement de Paris, il se montra l’un des parlementaires les plus opposés aux assemblées provinciales et à la subvention territoriale. Louis XVI ayant voulu faire enregistrer un nouvel emprunt en 1787, d’Éprémesnil demande la convocation des États généraux, ce qui, du jour au lendemain, en fait le héros des « révolutionnaires ». Ayant découvert le projet secret du gouvernement tendant à remplacer le Parlement par une Cour plénière, décidé à révéler en séance les agissements des ministres, il est arrêté en avec Goislard de Monsabert, au milieu de ses collègues, puis exilé à l’ile Sainte-Marguerite dans la Méditerranée. Toutefois, le projet du gouvernement échoue et d’Éprémesnil rentra au Parlement après quatre mois d’emprisonnement, dans une citadelle battue par les flots où était venue le rejoindre son épouse. Ils remontent ensemble à Paris, auréolés d’une réputation flatteuse de courageux opposants au despotisme. À Lyon, ils sont couronnés de roses et reçus à diverses cérémonies officielles puis, sur la route du retour, accouche d’un fils le , son mari y voyant un heureux présage, ainsi qu’il l’écrit à son vieil ami le comte d’Antraigues.
De retour à Paris, , qui s'est fait remarquer lors de l’exil de son mari, par des lettres adressées aux ministres, alimente à nouveau la chronique en . Citée dans l’affaire du comte de Kersalaun sur lequel on a trouvé une lettre où elle prend vivement parti contre le ministre Breteuil, elle manque d'être envoyée à la Bastille par lettre de cachetBHVP, Ms.697, ; Mémoires secrets du 10 septembre, 8 octobre et ..
À la veille de la discussion au Parlement sur la question du vote par ordre ou par tête, les partisans du vote par tête la chargent d’influencer son mari pour qu’il défende cette position et entraîne avec lui la majorité de ses collègues à se rallier à Necker. L’arrêt du , qui doit être soumis au Parlement, passerait certainement, savait-on, si d’Éprémesnil le proposait. Les présidents Bochard de Saron et Le Peletier de Rosanbo viennent au domicile de leur collègue, le conjurant de ne pas appuyer cette proposition qui démonarchiserait la France. Dès qu’ils ont le dos tourné, sur son mari, enjoint à celui-ci de favoriser le vote par tête. En séance du Parlement, d’Éprémesnil, allant dans le sens de son épouse, défend le lendemain ce principe qui est adopté à la majorité des voix, ouvrant une brèche immense aux partisans d’un changement profond des institutionsMémoires du comte Ferrand, publiés par le vicomte de Broc, Paris, 1897, ..
Député de la Noblesse