thumb|Carte publiée en 1931, pour permettre au grand public de suivre la progression de la mission. thumb|Les autochenilles avec remorques du groupe Pamir sur une route d'Asie centrale vues par un mensuel de 1931. La croisière jaune, qui se déroule du au , connue également sous le nom de « Expédition Citroën Centre-Asie » ou encore « G.M. Haardt – Audouin-Dubreuil », est l'un des raids automobiles organisés par André Citroën, et reliant Beyrouth à Pékin en 315 jours. Il s'agit de la troisième expédition motorisée du genre, la première étant la traversée du Sahara et la seconde, la croisière noire.
Elle permet à la marque d'être lauréate du prix Henry-Deutsch-de-la-Meurthe de l'Académie des sports en 1932 (fait sportif pouvant entraîner un progrès matériel, scientifique ou moral pour l’humanité).
Face aux retombées positives de la croisière noire, dès 1928, Georges-Marie Haardt prépare son projet d'ouvrir la « Route de la soie » à la circulation automobile : de Beyrouth à Pékin en passant par le Turkestan, le Xinjiang et le désert de Gobi. L'itinéraire de retour prévu vers Beyrouth passe par Hanoï, Saïgon, Bangkok, Calcutta, Delhi, Quetta, Ispahan, Bagdad et Damas.
vignette|upright=1.0|Autochenille C4 P17 de 1930.
Les prémices vignette|upright|Préparatifs de l'expédition. De gauche à droite : John Oliver La Gorce, vice-président de la National Geographic Society, Georges-Marie Haardt, organisateur et membre de l'expédition, Gilbert Hovey Grosvenor, président de la National Geographic Society, et Maynard Owen Williams, journaliste et membre de l'expédition, devant le siège de la National Geographic Society, le . Le projet et ses objectifs thumb|Les véhicules pendant les hivers 1929 - 1930, lors des essais dans le causse Méjean qui ressemble au relief de l'Asie centrale. Tout comme lors de la croisière noire, les objectifs d'André Citroën et de Georges-Marie Haardt sont de démontrer leur supériorité technique à organiser et accomplir un raid dans des conditions difficiles et où personne n'a réussi auparavant. Il s'agit même, lors de la croisière jaune, de concevoir une expédition encore plus audacieuse. Cette troisième expédition serait le moyen de témoigner de la réussite des hommes, mais surtout de l'automobile, à « abolir les frontières géographiques, culturelles et politiques dans le monde ».
Les préparatifs Pas moins de trois ans ont été nécessaires pour mettre au point cette nouvelle expédition. En effet, il faut choisir l'itinéraire, en faire une reconnaissance préalable et obtenir toutes les autorisations nécessaires pour, non seulement la traversée de différents États, mais également pour avoir le droit d'installer des campements et des points de ravitaillement.
Cela ne se révéla pas forcément des plus aisés. En effet, l'expédition est très mal vue des autorités chinoises qui croient à une mission militaire déguisée. Néanmoins, après de nombreuses discussions pour les convaincre du bien-fondé du projet, le gouvernement nationaliste de Nankin, avec le maréchal Tchang Kaï-chek, accepte à condition que l'expédition soit renommée en « Grande Expédition sino-française de la 19 année » et que des scientifiques chinois rejoignent l'expédition. Par ailleurs, les scientifiques français n'ont pas le droit d'effectuer de fouilles archéologiques, d'établir des cartes de la région ou toutes autres « activités de nature à affecter la souveraineté ou la sécurité du territoire ».
Pendant ce temps, en France, les essais des véhicules se déroulent dans la région des Grands Causses. Basés dans un garage de la marque à MeyrueisGrand Garage Malafosse, concession Citroën de Meyrueis (Lozère) depuis 1919 (tenue par Paul Malafosse et Léon Giraud) ., ils rencontrent sur le causse Méjean des conditions similaires à celles des contrées d'Asie centrale, traversées par l'expédition.
Expédition Participants et matériels Haardt et Louis Audouin-Dubreuil font évidemment partie de l'expédition, comme ils l'ont été dans les précédentes éditions. Victor Point est quant à lui nouveau dans ce genre d'aventure. Deux groupes de 43 hommes et 14 autochenilles sont constitués pour parcourir des itinéraires différents. Le groupe « Pamir », composé de 24 hommes et dirigé par Haardt et Audouin, part de Beyrouth et voyage d'ouest en est ; le groupe « Chine », composé de 19 hommes et dirigé par Point, part de Tianjin, voyageant d'est en ouest. Les deux groupes doivent se retrouver au Xinjiang, et se diriger ensemble vers Pékin (le groupe Chine fait ainsi demi-tour, mais emprunte avec le groupe Pamir un itinéraire différent).
Le groupe « Pamir », dont Henri Pecqueur, secrétaire général et trésorier-payeur de l'expédition, Alexandre Iacovleff, peintre déjà présent durant la croisière noire, Georges Le Fèvre, écrivain et historien, Joseph Hackin, archéologue et conservateur du musée Guimet et Maynard Owen Williams, écrivain et photographe, font partie, André Cecillon, mécanicien, est équipé de sept nouvelles autochenilles Citroën-Kégresse (6 Type P17 et 1 Type P14 équipé de la TSF) plus légères à quatre cylindres, tractant chacune une remorque, alors que le groupe « Chine », dont sont membres Charles Brull ingénieur et directeur des laboratoires Citroën, Georges Specht cinéaste, Jean Carl archéologue, André Reymond naturaliste, ainsi que le docteur Robert Delastre et l'opérateur radio Roger Kervizic, utilisent celles déjà connues, plus lourdes, de type militaire P21 à moteur 6 cylindres. Chaque automobile, distinguée tout comme lors de la croisière noire, par un emblème d’identification, a une fonction spécifique : cuisine, radio, cinéma, commandement, … L’autochenille équipée de la radio possède une génératrice et un émetteur à ondes courtes. De petites stations radio placées le long du parcours permettent de relayer le signal radio de la croisière jaune jusqu'à Paris.
L'expédition est par ailleurs soutenue par les gouvernements français et britannique, ainsi que par la National Geographic Society. La compagnie des actualités cinématographiques Pathé Nathan se joint à l'expédition pour le tournage d'un film de l'expédition, La Croisière jaune, comme cela avait été le cas lors de la croisière noire.
L'ingénieur d'origine russe Vladimir Petropavloski, naturalisé britannique et ayant servi dans les services secrets britanniques, ainsi que le prêtre jésuite Pierre Teilhard de Chardin, également géologue, paléontologue et philosophe, font également partie des participants. Ces deux Européens vivent en Chine et doivent rejoindre l'expédition.
Itinéraire center|thumb|Profil des altitudes et des distances suivies par l'expédition, de Beyrouth à Pékin. Schéma publié en décembre 1931 dans la revue mensuelle Le Monde colonial illustré. L'itinéraire initial prévoit de traverser l'Europe et l'Asie par le centre, en évitant les monts du Caucase. Par la suite, l'expédition est censée suivre le , traversant ainsi le Turkestan avant de reprendre la voie établie par Marco Polo, la Route de la soie, menant vers l'Est de la Chine. Néanmoins, les incertitudes politiques en URSS, dues aux récentes tensions entre Paris et Moscou, obligent Citroën à revoir ses plans. Il décide donc de faire un détour par l'Afghanistan, les obligeant à traverser le Cachemire à d'altitude. Cette option se révèle être encore plus dangereuse que la précédente.
Néanmoins, en février 1931 à seulement 6 semaines du départ de l'expédition, des observateurs internationaux indiquent qu'une révolution en Afghanistan vient d'éclater dans le nord du pays, engendrant ainsi la fermeture du col du Wakhjir. Il s'agit d’un passage obligé étant donné que 50 tonnes de carburant et de réserves y sont stockées. Annuler ou reporter l’expédition étant impossible, car cela engendrerait un coût trop prohibitif, la seule alternative possible est d’atteindre le Turkestan chinois via les Indes et l'Himalaya central.
Haardt se rend dès lors à Londres demandant assistance aux autorités britanniques et notamment celle du général Swinton. Ce dernier a tout au long de sa carrière, tissé des liens relationnels avec diverses personnalités politiques de haut niveau. Déjà très impliqué lors de la croisière noire, ses relations auprès du Foreign Office, du War Office, de l’India Office et de l’Air Office lui permettent d’acquérir toutes les autorisations nécessaires pour le nouvel itinéraire. L’influence de Swinton est telle, qu’il octroie rapidement à l’expédition d’emprunter la route Gilgit à travers les montagnes, route exclusivement empruntée par le personnel diplomatique et militaire anglais. C’est également grâce à Swinton que Haardt et Citroën ont obtenu le soutien du colonel Vivian Gabriel, connaisseur des Indes et de ses habitants. Ce dernier est chargé d’effectuer des reconnaissances au col de Gilgit et transmettre tous les trois mois, son rapport à Haardt.
Déroulement
Groupe Pamir
Passage dans les pays du golfe Persique thumb|Le groupe Pamir à la frontière entre la Syrie et l'Irak. thumb|Le groupe Pamir en Afghanistan, entre Farah et Girisk. thumb|Le franchissement du col de Burzil à 4 200 mètres d’altitude. Le , les préparatifs de l’expédition sont terminés et le groupe Pamir de Haardt quitte Beyrouth pour se diriger vers la capitale afghane Kaboul en passant par Damas, Bagdad, Téhéran (atteinte le ), Hérat et Kandahar. Le , l’expédition atteint Kaboul avant de traverser les hauts plateaux et la plaine de Jalalabad. L’expédition, mais cela n’est pas une surprise, est rude. Les températures élevées atteignant parfois les 50 °C font évaporer le carburant et limitent la puissance des automobiles. Les nuits sont encore plus dures en raison de la chaleur emmagasinée dans les roches durant la journée et qui se diffuse.
Sitôt passé le col de Khyber, les autochenilles circulent sur une voie goudronnée jusqu’au poste frontière de Landi Khana, au nord-ouest des Indes britanniques. Le groupe Pamir est accueilli par un détachement de Gurkhas, présentant les armes à l’expédition française. Par la suite, un déjeuner au mess des officiers les attend dans le fort voisin, à Landi Kotal où se trouve le général de garnison Sandeman ainsi que le colonel Gabriel. Le déjeuner ainsi terminé, la colonne française reprend le cours de l’expédition en direction de l’est, sur la route de Peshawar. Là, les régiments des Khyber Rifles et de la Royal Air Force offrent l’hospitalité à l’expédition, et mettent à leur disposition leurs ateliers afin que les autochenilles puissent subir quelques réparations nécessitant des outils lourds.
Traversée du col de Gilgit
Ensuite, le groupe traverse le Pendjab vers Rawalpindi. Dès lors, les autochenilles réduisent leur progression, du pied de l’Himalaya jusqu’à la capitale du Cachemire, Shrinagar, où l’expédition est accueillie par le maharadjah Hari Singh. Le lieu est connu pour son « climat de montagne vivifiant », ses hôtels et résidences de villégiatures où les officiers britanniques avaient l’habitude de se ressourcer. Le maharadjah les invite à s’y installer quelques jours, dans un house-boat de luxe servi par 50 sikhs. Il les convie également à une « garden-party » dans les jardins de Shalimar, situés dans un ancien palais moghol. La portion de l’itinéraire prévu après Shrinagar est la plus difficile de l’expédition étant donné qu’ils allaient devoir traverser l’Himalaya. En effet, leur périple les amène à franchir le col de Burzil situé à vers Gilgit.