Tak'alik Ab'aj (; en maya quiché takʼaˈlik aˀ'ɓaχ (voir ; ) est un site archéologique précolombien au Guatemala. Il était auparavant dénommé Abaj Takalik ; son nom ancien était peut-être Kooja. Il s'agit d'un des sites mésoaméricains avec à la fois des caractéristiques Olmèques et Maya. Le site était florissant pendant les périodes préclassiques et classiques, entre le et au moins le , et était un centre important pour le commerceLove 2007, p. 297. Popenoe de Hatch 2005, pages 992 et 994. et les échanges avec Kaminaljuyú et Chocolá. Des recherches ont montré que c'est l'un des sites comprenant des monuments avec sculptures les plus étendus de la plaine côtière en Amérique Centrale qui borde le PacifiqueSharer & Traxler 2006, p. 236.. Parmi les sculptures de style olmèque, on a découvert une potentielle tête colossale ainsi que des pétroglyphesLove 2007, p. 288.. La concentration de sculptures de style olmèque sur le site est parmi les plus importantes de ce que l'on peut trouver hors du Golfe du Mexique. Lors de sa session, en , l'UNESCO inscrit le parc archéologique national Tak'alik Ab'aj sur la liste du patrimoine mondial.

Takalik Abaj est représentative du premier essor de la culture maya qui intervint vers 400 Sharer & Traxler 2006, p. 33.. Sur le site se trouvent une tombe royale maya et des exemples d'inscriptions hiéroglyphiques maya qui sont parmi les plus anciennes de la région maya. Les fouilles continuent sur ce site, en effet l'architecture monumentale et la persistance de la tradition de la sculpture dans une multitude de styles tend à suggérer que le site revêtait une certaine importanceAdams 1996, p. 81..

Des découvertes sur le site indiqueraient des contacts et liens avec la métropole distante de Teotihuacan dans la vallée de Mexico, ce qui sous-entendrait que Takalik Abaj fut conquise par cette ville ou ses alliésPopenoe de Hatch & Schieber de Lavarreda 2001, pp. 993–4.. Takalik Abaj était reliée à des longues routes maya de commerce, routes qui changèrent au fil des années mais qui permettaient à la ville de faire partie d'un réseau d'échanges dont faisaient aussi partie les régions montagneuses au Guatemala ainsi que la plaine côtière du Pacifique entre le Mexique et le Salvador.

Takalik Abaj était une ville de taille importante dont l'architecture principale se concentrait autour de quatre groupes principaux parsemant neuf terrasses. Bien que certaines d'entre elles étaient naturelles, d'autres étaient des constructions artificielles qui nécessitaient un énorme investissement en temps et en matériauxWolley Schwarz 2001, pp. 1006, 1009.. Le site possédait un système sophistiqué d'écoulement des eaux et un grand nombre de monuments sculptés.

Étymologie

Tak'alik Ab'aj' signifie "pierre levée" dans la langue locale maya K'iche', ce qui combine l'adjectif tak'alik qui signifie "levée" ou "dressée" et le nom abäj qui signifie "pierre"Christenson; Cassier and Ichon 1981, p. 26.. L'archéologue américaine Suzanna Miles avait initialement nommé le site Abaj TakalikCassier & Ichon 1981, p. 26. Le prénom de Miles est écrit Suzanna (Kelly 1996, p. 215.), Susanna (Sharer & Traxler 2006, p. 239.) ou Susan (Cassier & Ichon 1981, p. 26.) suivant l'ordre des mots en espagnol. Cependant, ceci était grammaticalement incorrect dans la langue K'iche'Cassier & Ichon 1981, p. 26.; le gouvernement guatémaltèque a désormais officiellement corrigé le nom en Tak'alik Ab'aj'. L'anthropologue Ruud Van Akkeren a avancé que le nom ancien de la cité était Kooja, ce qui est le nom d'une des lignées de plus haut rang chez les élites des mayas Mam ; Kooja signifie "halo lunaire"Van Akkeren 2005, pp. 1006, 1013..

Emplacement

Le site se situe dans le sud-ouest du Guatemala, à environ 45 km de la frontière avec l'état mexicain du ChiapasSharer 2000, p. 467.Sharer & Traxler 2006, p. 239. et à 40 km de l'Océan PacifiqueCassier and Ichon 1981, p. 24..

Takalik Abaj est au nord de la municipalité de El Asintal, tout au nord du département de Retalhuleu, à environ 190 km de GuatemalaZetina Aldana & Escobar 1994, p. 3 ; Kelly 1996, p. 210 ; Cassier & Ichon 1981, p. 24.. Le site intersecte cinq plantations de café sur les contreforts des montagnes de la Sierra Madre : les plantations Santa Margarita, San Isidro Piedra Parada, Buenos Aires, San Elías et DoloresZetina Aldana & Escobar 1994, p. 3. Cassier & Ichon 1981, p. 24.. Takalik Abaj est sur une crête d'axe nord-sud, qui descend vers le sudKelly 1996, p. 210.. La crête est entourée à l'ouest par la rivière Nimá et par la rivière Ixchayá à l'est ; ces deux rivières partent du sommet de la région montagneuse du GuatemalaZetina Aldana & Escobar 1994, p. 3.. L'Ixchayá coule dans un ravin profond mais on trouve un endroit pour la traverser près du site. Le fait que Takalik Abaj se trouve près de ce croisement a sans doute joué un rôle important dans la fondation de la ville, permettant à la ville d'être sur des routes de commerce importantes et d'en contrôler l'accèsPopenoe de Hatch & Schieber de Lavarreda 2001, p. 991..

Takalik Abaj se situe environ 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une écorégion de forêt subtropicale humideZetina Aldana & Escobar 1994, p. 3. Rizzo de Robles 1991, p. 32.. La température fluctue usuellement entre 21 et 25°C, et l'évapotranspiration potentielle est en moyenne de 0.45García 1997, p. 171.. La pluviométrie de la région y est importante, variant entre 2 136 mm et 4 372 mm, avec une moyenne de 3 284mm par anZetina Aldana and Escobar 1994, p. 18.. Parmi la flore locale, on trouve des Pascua de Montaña (Pogonopus speciosus), Chichique (Aspidosperma megalocarpon), Tepecaulote (Luehea speciosa), Caulote (Guazuma ulmifolia), Hormigo (Platymiscium dimorphandrum), acajou amer (Cedrela odorata), noix-pain (Brosimum alicastrum), tamarinier (Tamarindus indica) et Papaturria (Coccoloba montana)Rizzo de Robles 1991, p. 33..

La route 6W passe par le site, continuant sur 30 kilomètres entre la ville de Retalhuleu et Colomba Costa Cuca dans le département de Quetzaltenango.

Takalik Abaj se situe à environ 100 kilomètres du site archéologique contemporain de Monte Alto, à 130 km de Kaminaljuyú et 60 km de Izapa au Mexique.

Ethnies

Les variations de styles d'architecture et d'iconographie à Takalik Abaj suggèrent que le site a été occupé par plusieurs groupes ethniques. Les découvertes archéologiques de la période du préclassique moyen tendent à indiquer qur la population de Takalik Abaj aurait pu être affiliée à la culture olmèque des régions basses côtières du golfe du Mexique, que l'on pense être des locuteurs d'une langue Mixe–Zoque. Dans la période du préclassique tardif, les styles artistiques olmèques se changèrent en des styles maya, et l'on présume que ce changement s'accompagna d'un influx d'habitants d'ethnies maya, qui parlaient une langue mayaPopenoe de Hatch 2005, p. 996.. On trouve des indications dans les chroniques indigènes que les habitants du site auraient pu être les Yoc Cancheb, une branche des maya Mams. La lignée Kooja des Mam, une lignée noble antique, aurait pu trouver son origine à Takalik Abaj pendant la période classiqueVan Akkeren 2006, p.227..

Économie et commerce

Takalik Abaj fait partie d'un groupe de sites antiques situés sur ou à proximité de la plaine côtière d'Amérique Centrale bordant le Pacifique et qui étaient d'importants centres politiques, cérémoniaux, et commerciaux. Il semble que le site prospéra avec la production de cacao et les routes de commerce qui traversaient la régionSharer 2000, p. 455.. Lors de la conquête du Guatemala par les Espagnols au XVIe siècle, la région était toujours notable pour sa production de cacaoCoe 1999, p. 64..

Des études sur de l'obsidienne retrouvée à Takalik Abaj indique que la majorité provenait de sites dans les régions montagneuses du Guatemala, comme El Chayal et San Martín Jilotepeque. Des quantités moindres d'obsidienne provenaient d'autres sources comme Tajumulco, Ixtepeque et PachucaCrasborn 2005, p. 696.. L'obsidienne est une roche volcanique vitreuse qui était utilisée dans toute la Mésoamérique [Utilisation de l'obsidienne en Mésoamérique] pour faire des outils et armes durables, comme des couteaux, des pointes de lance ou de flèches, des outils pour les saignées rituelles, des lames prismatiques pour le travail du bois, ainsi que beaucoup d'autres outils du quotidien. L'utilisation de l'obsidienne par les Mayas a été comparée à l'utilisation de l'acier dans le monde moderne, et son commerce était courant dans toute la région maya et ailleursCoe 1999, p. 30. Sharer and Traxler 2006, p. 37.. La proportion d'obsidienne provenant de différentes sources varia au cours du temps :

+ Variation des sources d'artefacts d'obsidienne à Takalik Abaj Périod Date Nombre d'artefacts El Chayal (%) San Martín Jilotepeque (%) Pachuca (%) Préclassique ancien -1000 à -800 av. J.C. 151 33,7 52,3 – Préclassique moyen -800 à -300 av. J.C. 880 48,6 39 – Préclassique tardif -300 av. J.C. à 250 ap. J.C. 1848 54,3 32,5 – Classique ancien 250 à 600 ap. J.C. 163 50,9 35,5 – Épiclassique 600 à 900 ap. J.C. 419 41,7 45,1 1.19 Postclassique 900 à 1524 ap. J.C. 605 39,3 43,4 4,2

Histoire

Le site a une longue histoire et fut continuellement occupé, et sa période d'occupation la plus active s'étend du préclassique moyen au postclassique. Les traces les plus anciennes d'occupation de Takalik Abaj date de la fin du préclassique ancien, vers 1000 Cependant, le site ne devint florissant que vers le préclassique moyen ou tardif, avec une croissance importante dans les constructions de bâtiments. À partir de cette période, l'occupation du site est continue et une certaine culture locale se forme, ce qui se traduit par exemple par la persistance d'un style local de céramique (appelé Ocosito) qui fut utilisé jusqu'à la période épiclassique. Le style Ocosito était usuallement fait avec une pâte rouge et de la pierre ponce, et se trouvait dans une zone qui s'étendait à l'ouest au moins jusqu'à Coatepeque, au sud vers la rivière Ocosito, et à l'est vers la rivière Samalá. Pendant la période de la fin du Classique, des poteries associée à un style de céramique K’iche’ montagnard commençait à faire son apparition parmi les gisements de céramique Ocosito. Les céramiques Ocosito se virent supplantées entièrement par la tradition de céramique K’iche’ vers la période du postclassique ancienPopenoe de Hatch 2005, pp. 992–3. Schieber de Lavarreda & Claudio Pérez 2005, p. 724..

+Chronologie approximative de l'occupation du site de Takalik Abaj Période Subdivision Dates RésuméPréclassique Préclassique ancien -1000 à -800 av. J.C. Population éparse Préclassique moyen -800 à -300 av. J.C. Olmèques Préclassique tardif -300 av. J.C. à 200 ap. J.C. Maya antiqueClassique Classique ancien 200 à 600 ap. J.C. Conquête par peuple lié à Teotihuacan Épiclassique Épiclassique 600 à 900 ap. J.C. Regain local Classique terminal 800 à 900 ap. J.C.Postclassique Postclassique ancien 900 à 1200 ap. J.C. Occupation Kʼicheʼ Postclassique tardif 1200 à 1524 ap. J.C. Abandon du siteNote : les intervalles temporels utilisés à Takalik Abaj diffèrent quelque peu des intervalles typiquement utilisés dans la périodisation standard usuellement appliquée à la Mésoamérique.

Préclassique ancien