Charles Louis Hueber, né le à Gebweiler (Guebwiller), Alsace-Lorraine et mort le à Strasbourg, Alsace annexée, est un homme politique et syndicaliste allemand et français, député, maire et conseiller général de Strasbourg.

Biographie

De la naissance au front

Origines et formation Charles Louis Hueber est né en 1883 à Gebweiler (aujourd'hui Guebwiller dans le département du Haut-Rhin) dans l'Alsace-Lorraine, au sein d’une Alsace allemande depuis le traité de Francfort de 1871. Hueber est issu d'une famille prolétaire, son père est journalier puis peintre et sa mère fileuse ; la fratrie est composée de 6 enfants. Il fréquente les bancs de la Volksschule (école primaire) de sa ville natale puis suit un apprentissage pour le métier de Maschinenschlosser (mécanicien-ajusteur). Il réalise sa Wanderschaft (corresponds au Tour de compagnonnage en France) chez le Schlossermeister (maître serrurier) Joseph Franck à la Robertsau (Strasbourg), chez Heinrich Lanz à Mannheim et à lElektrizitätswerk (centrale électrique) de Guebwiller.

Contacts avec le mouvement social-démocrate et service militaire Charles Hueber aurait adhéré au SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands - Parti social-démocrate d’Allemagne) à l'âge de 15 ans en 1897. C’est dans sa ville natale qu’il aurait fondé en 1900 la première section alsacienne de la Fédération allemande des travailleurs de la métallurgie. Hueber n’est alors âgé que de et est déjà actif sur les plans politiques et syndicaux dans les régions de Guebwiller et de Mulhouse jusqu'à sa conscription. En octobre 1903, il effectue son service militaire au à Durlach, qu'il terminera en septembre 1906 avec le grade de Gefreiter (caporal). La même année, il se marie avec Louise Marie Meyer (ouvrière, décédée en 1975)La femme de Hueber n'est pas inactive dans la sphère politique puisqu'elle est responsable de la Frauen und Jugendorganisation (organisation de femmes et de jeunes du SPD) lors du séjour du couple dans le Bade lors des années 1910. Elle participe également avec son mari au Congrès de Strasbourg de la SFIO en février 1920. et un enfant nommé Marie Louise (décédée en 1986) naîtra de cette union l'année suivanteLa fille de Hueber se marie en août 1933 avec Eugène Hugel, proche de Charles Hueber, secrétaire personnel de ce dernier, rédacteur à la mairie de Strasbourg, membre de l'Erwinsbund. Pendant l'annexion nazie, il sera chef du personnel de la ville et Ortsgruppenleiter (chargé de la surveillance et de la direction politique) de Strasbourg-Neudorf. Révoqué à la Libération, il devient directeur d'usine après la guerre..

Prises de responsabilités et enrôlement dans l'armée Après son service militaire, il passe brièvement par Belfort où vit une partie de sa famille et où naît sa fille. À partir de 1907, il devient permanent du syndicat des métallurgistes à Söllingen (grand-duché de Bade) jusqu’en 1910. Il travaille également dans d'autres endroits de la région proche, à Karlsruhe, Durlach et Pforzheim. Durant la même année, sur la proposition du futur maire de Strasbourg Jacques Peirotes lui-même, Hueber est nommé secrétaire permanent du SPD en Alsace-Lorraine avec le soutien de Peirotes et de Bernhard Böhle, malgré sa faible connaissance de la langue française. Cette décision est approuvée par Friedrich Ebert, alors secrétaire à l'organisation du parti. Il est candidat du SPD en 1912 au Reichstag dans le 12 Saargemünd-Forbach ( circonscription Sarreguemines-Forbach) et recueille sur soit 22,35 % des voix. Il est le seul, selon François Roth, à apporter un peu d'animation à la campagne électorale socialisteROTH François, La Lorraine annexée. Étude sur la Présidence de Lorraine dans l’Empire allemand (1870-1918), Thèse de doctorat, Mémoire n° 50, Annales de l’Est/Université de Nancy II, Nancy, 1976, p. 575.. Hueber est par ailleurs assez présent dans la région de Sarreguemines de 1912 jusqu'à la Première Guerre mondiale afin de soutenir les efforts de propagande des sociaux-démocrates locaux. En 1914, il est en outre présent dans la région comme orateur pacifiste farouche dans les meetings contre la guerre. Hueber doit participer au Congrès de Vienne de la Internationale, mais la guerre éclate en août.

Lors de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé dans l’armée allemande et est stationné dans les environs de Verdun au début du conflit. Il est promu Unteroffizier (caporal) en janvier 1915. Il rentre à Strasbourg en septembre 1915 où il restera jusqu'à l'armistice. Hueber est à nouveau promu en janvier 1917 au grade de Sergeant. Il est affecté tout au long du conflit dans des unités de réserve du d'artillerie à piedhttp://genwiki.genealogy.net/Fu%C3%9F-AR_10 Niedersächsisches Fußartillerie Regiment Nr. 10 stationné à Strasbourg, hormis lors de son séjour à Verdun où il fait partie de la Parkkolonne (unités du train) de la d'artillerie à pied (4. Fußartillerie Brigade)Brigade dont fait partie le d'artillerie à pied de Basse-Saxe., mais n'a jamais fait partie d'unités reconnues comme combattante. En revanche, il est décoré de la Croix du Mérite d'aide à la guerre en septembre 1918.

À la sortie de la guerre, il fait l'objet de nombreuses accusations à cause d'un prétendu enrichissement soudain durant le conflit, dû notamment à la pratique du marché noir de denrées alimentaires. Une commission d'enquête de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) étudie son cas, mais faute de preuves tangibles, aucune poursuite n'est intentée contre Charles Hueber.

Du « Soviet de Strasbourg » à la rupture avec le Parti communiste

République des conseils à Strasbourg À la sortie de la guerre, Charles Hueber prend pleinement part à la Révolution de novembre 1918 à Strasbourg et demeure un des dirigeants du Soldatenrat (Conseil de soldats) jusqu’à la fin de la République des conseils et l’arrivée des troupes françaises le . Hueber navigue alors entre le courant « neutraliste » - c'est-à-dire que pour eux l'Alsace-Lorraine doit devenir un État indépendant et souverain en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes - et le courant plus révolutionnaire et internationaliste symbolisé par l'expression « Nicht deutsch, nicht französich, nicht neutral » (Ni allemand, ni français, ni neutre). Il prononce les au Palais des fêtes de Strasbourg ces phrases restées célèbresVoir notamment : « Besprechung wegen der Uebergabe der Stadt Straßburg » in Straßburger Neueste Nachrichten, 269, 18 novembre 1918, . Consultable en ligne sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94318473/f2.item :

Après l'arrivée progressive des troupes françaises en Alsace-Lorraine à la fin novembre 1918, la position de Hueber concernant la question de l'Alsace-Lorraine va changer, puisque ses projets pour une Alsace-Lorraine indépendante sont réduits à néant par la présence des soldats français. Il s'agit maintenant de dénoncer l'impérialisme de la bourgeoisie française responsable de l'occupation de l'Alsace-Lorraine par l'État français, qui ne peut être mieux combattu que par la séparation de l'Alsace-Lorraine de la France.

Liens avec le « trio badois » neutraliste Charles HueberSur ce point voir la thèse de Chantal Metzger et notamment la partie « Le Comité exécutif de l'État libre d'Alsace-Lorraine » : METZGER Chantal, L'Alsace entre la France et l'Allemagne : La défense des intérêts alsaciens, Tome 1, Thèse de doctorat, Université de Metz, 1980, à 168. Consultable en ligne sur : http://docnum.univ-lorraine.fr/public/UPV-M/Theses/1980/Metzger.Chantal.LMZ8014_1.pdf aurait été en relation avec ce qu'on appelle le « trio badois » composé de Alfred « comte de » Rapp (1875-?), René César Jean Eugène Alexandre Ley (dit baron de Lore) (1889-1943) et de Kaspar-Heinrich Muth (1886-?), basés à Munich puis Baden-Baden après l'armistice, fervents partisans du neutralismeSur ce sujet, voir : BAECHLER Christian, « La question de la neutralité de l’Alsace-Lorraine à la fin de la Première Guerre mondiale et pendant le Congrès de la paix (1917-1920) » in Revue d’Alsace, tome 114, fascicule 592, Strasbourg, 1988, p. 185 à 208. Consultable en ligne sur : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9406978q/f203.item. Ils créent lExecutivkomitee der Republik Elsass-Lothringen (Comité exécutif de la République d'Alsace-Lorraine) puis fondent le Elsass-Lothringischen Autonomisten- und Nationalisten Partei (Parti nationaliste et autonomiste alsacien-lorrain) en en réaction à la création du Commissariat général d'Alsace-Lorraine et appellent au soulèvement de la population alsacienne-lorraine contre la France. Ces organisations sont soutenues, du moins au début, par la République de Weimar. Selon les divers rapports de police à ce sujet, Hueber aurait touché de l'argent, il est fait mention de mille francs par mois, de la part du trio badois pour les années 1918-1919. De plus, il est également mentionné que Hueber est un des hommes de confiance du trio dans les syndicats ouvriers. En revanche, il est toujours bien précisé que Hueber souhaite rester discret sur le sujet et ne veut pas se rendre à Baden-Baden pour éveiller les soupçons. Hueber n'est pas un cas isolé, puisque plusieurs socialistes alsaciens-lorrains entretiennent des liens forts avec le trio badois, c'est le cas par exemple de Louis Koessler, rédacteur au journal socialiste Die Freie Presse. En , le trio badois est condamné par contumace par la justice française à la déportation à vie et ne jouera plus un rôle important en Alsace-Lorraine après cela, n'étant également plus soutenu par la République de Weimar.

Adhésion à l'Internationale communiste