vignette|Débarrassées de leur gangue d'arène, les Pierres Jaumâtres sont marquées par des encoches de pédogenèse résultant de l'attaque de leur partie enterrée par les acides humiques et fulviques. Les encoches, visibles aussi bien sur le « rocher-champignon » que les blocs adjacents, correspondant au niveau du sol fossile (notion de paléosol).

En géomorphologie, un chaos — de blocs ou de boules — (ou mer de blocs : felsenmeer) désigne un modelé de déchaussement de blocs ou de rochers dégagés par l'érosion. Ces formes font partie des produits de la météorisation comme les tors (rochers en position de sommet ou de versant d'interfluve, à la différence du chaos en fond de vallée ou du champ de blocs en pied de falaise rocheuse ou entre les pointes rocheuses et les platiers), les arènes et à une échelle supérieure les inselbergs. Elles sont associées à des formes mineures d'érosion (micromodelés tels les taffoni, les vasques — microformes les plus répandues sur les rochers granitiques, les cannelures, etc.) dont la datation et l'interprétation sont parfois réalisées mais restent difficiles en raison de la multiplicité des facteurs qui conditionnent leur genèse et la vitesse de leur évolution (la vitesse de la désagrégation pouvant atteindre parfois plusieurs millimètres ou même plusieurs centimètres par millénaire au cours de l'Holocène dans les milieux tempérés océaniques)La première difficulté concerne le choix et l'utilisation des marqueurs chronologiques de la vitesse de l'érosion qui prennent comme point de départ des séquences de météorisation un événement produisant une rupture dans les conditions de la morphogenèse : . Cf Dominique Sellier, , p. 103.

Les paysages de chaos s'expriment sous toutes les latitudes et dans des roches de nature très différente. Ces blocs, sculptés par les agents météoriques selon des systèmes de diaclases subhorizontaux et subverticaux, donnent des reliefs qui surprennent par leurs arrangements défiant les lois de l'équilibre (typiquement les pierres branlantes) et leurs formes qui ont fécondé l'imaginaire populaire, d'où leurs microtoponymes et leur association à des légendes locales. Ils ont de plus en plus une vocation touristique (paysage, escalade) voire à être classés comme géotopes..

Appellations et échelles Les chaos, les pierriers, les champs de blocs ou de blocaille, felsenmeers (mers de blocs) ou encore blockfields sont des termes utilisés par les géomorphologues sans que les limites entre ces appellations soient toujours claires tant sur les origines (météorisation, cryoclastie, etc.) que sur les échelles. Un felsenmeer par exemple est une couverture superficielle de blocs jointifs. Le terme n’est pas génétique : différents processus peuvent être responsables de sa formation comme la cryoclastie.

Les surfaces concernées dépendent bien sûr des affleurements rocheux eux-mêmes mais également des processus de déplacement mis en œuvre (gravité, glace, etc.). La longévité de ces modelés est elle aussi variable tant du point de vue des processus naturels que de l’exploitation humaine (carrière, tourisme). La question de la genèse des champs de blocs est complexe, les convergences de formes compliquent sans doute les interprétations.

Le toponyme chaos a été beaucoup utilisé en exogéologie pour nommer par exemple des régions chaotiques de Mars et de la lune de Jupiter, Europe Robert Roy Britt, Les Chaos sur Mars (Space.com) Chaos on Mars HiRISE image (NASA)

La formation Plusieurs types de phénomènes prévalent à la formation de chaos rocheux.

Sur les versants, les accumulations de débris (au sens géomorphologique) sont de dimensions et de formes diverses correspond à des éboulements en masse, tabliers d'éboulis, des cônes, des glissements de masse et des chaos de blocs, et des blocs isolés. La composition et la granulométrie de ces formations dépendent des caractéristiques lithologiques, mécaniques (cohésion, densité, discontinuités, etc.) et tectoniques des matériaux. En positions sommitales, la météorisation sous certaines conditions, produit des chaos de blocs. Ces formations peuvent être plus ou moins ennoyées dans les manteaux d'arènes ou déplacées. Les facteurs sont : la présence d'eau météorique (pH et température), de nappes d'eau souterraines, le mode de circulation de l'eau, les cycles de gel-dégel, la topographie (pentes des versants, escarpements), etc. les formations en boules des roches cristallines : le processus de météorisation du granite sain conduit à la désagrégation des minéraux constitutifs du granite qui donnent des sables (issus des quartz et des feldspaths) et de l'argile (issue des micas) à la faveur des discontinuités (diaclases, filons, etc.) empruntées préférentiellement par l'eau. Ce processus débute dès le refroidissement du magma pour les granites : lors de son refroidissement, il se forme des fissures de retrait majoritairement orthogonales, les diaclases, qui débitent le massif granitique en blocs parallélépipédiques. Les eaux de surface s'infiltrent plus ou moins profondément et provoquent l'altération des feldspaths par hydrolyse en argile, entraînant en surface la désagrégation du granite en arène granitique. Ensuite, le départ de cette argile, facilement mobilisable, provoque la désagrégation de la roche avec libération du quartz et des micas. Lorsque les argiles de décomposition des feldspaths sont, avec le quartz et le mica, entraînés par les eaux qui circulent dans les diaclases, l'arène peut être dégagée et il ne reste plus que les boules de granite (issues de la transformation des blocs parallélépipédiques en profondeur) qui donnent progressivement les chaos..

Des portions de granite sain subsistent dans le manteau d'arènes. Lorsque celui-ci est dégagé par l'érosion, il reste les blocs arrondis qui constituent le modelé en chaos ; la dissolution karstique ; les héritages glaciaires et périglaciaires (cf. les felsenmeers des anglo-saxons) : les paysages polaires sont riches en champs de blocs. La présence des chaos de blocs en place a servi initialement à définir les limites des régions englacées, les glaciers emportant les arènes et déplaçant les blocs et en particulier les tors. Cependant, il n’est pas toujours concevable d’envisager une reconstitution des paysages de blocs sur la durée de l’Holocène () tant les processus de météorisation sont lents et peu efficaces en contextes polaires et subpolaires. Par contre, les fentes de détente post-glaciaire (dues à la libération par les glaces des versants de vallée) au Spitzberg ont parfois livré des blocs gigantesques en quelque Marie-Françoise André, La livrée périglaciaire des paysages polaires : l'arbre qui cache la forêt ? Géomorphologie : relief, processus, environnement, 1999, vol. 5, 3 : 231-251 ; en situation littorale, au pied de falaises, sur les platiers (ex. commune de Guéthary, Pyrénées-Atlantiques).

Chaos granitiques vignette|La prédominance de diaclases verticales et le déblayage de l'arène favorisent la formation du modelé en « château » (« couronne du roi Gradlon », microtoponyme au niveau de la grève Blanche de Trégastel, sur la Côte de granit rose). Les chaos granitiques évoluent à la faveur de la cristallisation et du refroidissement en profondeur d'une intrusion granitique, créant un réseau de failles de retrait majoritairement orthogonales en profondeur : ces diaclases débitent alors le granite intrusif en blocs parallélépipédiquesSchéma de la formation d'un chaos, sur geowiki.frGenèse d'un chaos granitique : schéma. Lorsque l'érosion des roches avoisinantes plus tendres fait affleurer le pluton granitique, les eaux de surface érodent ce massif granitique. L'érosion en profondeur hydrolyse les feldspaths en argiles, ce qui désagrège le granite en arène granitique, l'érosion en surface par l'eau qui s'infiltre dans des crevasses plus ou moins larges finit par faire éclater la roche. Cette « pourriture » tertiaire (arénisation) suivie de la gélifraction quaternaire conduit à dégager des blocs parallélépipédiques de granite qui continuent à s'éroder en « peau d'oignon » (désquamation). Il en résulte des pierres de toutes tailles, des boules de pierre (formation de tors) qui finissent par s'amasser les unes aux autres dans des équilibres parfois précaires ou se désolidariser complètement et s'accumulerSchéma d'un chaos en « château fort » et d'un « chaos de pente », sur geowiki.fr pour former un chaos granitique en « château fort » (les diaclases essentiellement verticales donnent au rocher l'allure d'une fortification hérissée de créneaux lorsque le ruissellement se produit sur des pentes fortes, cas fréquent dans les domaines méditerranéens et en climat tropical à saison sèche marquée) tandis que le glissement des blocs sur les versants forment les « chaos de pente »Pierre Thomas, L’altération des roches silicatées : l.

Exemples : les chaos granitiques de la Côte de granit rose ; le chaos de la Rivière d'argent à Huelgoat (Bretagne) ; les chaos granitiques du mont Lozère, Margeride, etc., (Massif central) ; les « compayrés » du Sidobre, Tarn : la rivière de pierres du Mont Sidobre, le Roc de l'Oie et le rocher du Peyro Clabado (tor); les Pierres jaumâtres, mont Barlot (Toulx-Sainte-Croix, Creuse)Anthony Perrot, les Pierres Jaumâtres en Creuse; le chaos granitique de Guérande, Loire Atlantique ; le chaos granitique de Piquet (basse vallée de l’Yon et de la Sèvre nantaise)Fiche des Sites remarquables du patrimoine géologique vendéen : boules granitiques de toutes dimensions due à une fracturation régulière et une érosion fluviatile, formes mineures : marmites de géantsBocquier E., 1901 – Monographie de Chaillé-sous-les-Ormeaux. Imp. Servant-Mahaud, La Roche-sur-Yon, vol. 1, 89 p.; le tor de la Roche des Fées (Gazon du Faing, Vosges) : blocs et boules résiduels en bas de versant indiquent une action périglaciaire lors de la dernière glaciationJean-Claude Flageollet, Morpho-structures vosgiennes, Géomorphologie : relief, processus, environnement, 2, 2008 : ; les gorges du Corong dans les Côtes d'Armor ; les gorges de Toul-Goulic (ou perte du Blavet) dans les Côtes-d'Armor ; les taffoni en Corse ; les castle-koljés en Afrique du Sud : résidus d'inselberg ou formes de déchaussement de grande tailleA. Godard, 1977; les célèbres formations granitiques de l'archipel des Seychelles (groupe des îles intérieures). le parc naturel "The Baths" aux Îles Vierges britanniques (Caraïbes)

Chaos basaltiques Lors de l'action des processus érosifs associés aux necks, dykes et éboulisations, les roches basaltiques se présentent sous la forme de chaos. Ils apparaissent plus remarquables lors de coulées de lave rugueuses et craquelées, a'a des Hawaïens ou cheires des Auvergnats, qui ont l'aspect "d'un champ de mâchefer", où des blocs de lave de tailles diverses sont remaniés par érosion et deuxièmement, en contrebas d'orgues basaltiques, issus du refroidissement brutal d'une coulée de lave puis soumise aux processus de météorisation qui produit des chaos de blocs dont la taille dépend de la prismation initiale (au même titre que les diaclases d'un granite ou d'une roche carbonatée).

Chaos de grès Les grès sont des roches détritiques consolidées, constituées par des sables cimentés. Le ciment, siliceux ou calcaire et, les sables d’âges et d’origines variés, différencient divers types de grès : quartzeux, ferrugineux, etc. La grésification, souvent par variation de niveau de la nappe phréatique, donne des roches plus ou moins résistantes. L’érosion exploite les discontinuités de ces roches poreuses et souvent litées, débitant des bancs, des blocs, du sable.

Exemples :