vignette| Rembrandt, La Pièce aux cent florins (vers 1648) : cette estampe sur papier (), une eau-forte inspirée d'une parabole du Nouveau Testament, reste l'une des plus célèbres de l'artiste hollandais (Amsterdam, Rijksmuseum) « The Hundred Guilder Print » # RP-P-OB-602, notice objet sur le catalogue numérisé du Rijksmuseum..

L’eau-forte désigne à la fois un procédé de gravure en creux dit taille-douce sur une plaque métallique, un tracé traité par un acide et enfin l'estampe ainsi obtenue par impression.

Parmi les procédés associés à cette technique, on trouve l’aquatinte, la gravure au lavis et la manière de crayon.

L’artiste pratiquant l’eau-forte est appelé un aquafortiste.

L'eau-forte apparaît en Occident à la toute fin du , et doit beaucoup aux orfèvres. Elle connaît un premier âge d'or au s avec des artistes comme Albrecht Dürer et Rembrandt, puis une forme de renaissance entre 1850 et 1930.

De nos jours, l'eau-forte est encore pratiquée parmi de nombreux artistes contemporains.

Définition et principe vignette|redresse| Andrea Mantegna, La Mise au tombeau « en largeur », vers 1470-1475, une estampe de qui représente déjà en termes à la fois artistique et technique un sommet de la pointe sèche (Washington, National Gallery of Art)« Mantegna : Exposition du musée du Louvre : La Mise au tombeau », notice sur le site du musée du Louvre, 26 septembre 2008 - 5 janvier 2009.. L'expression « eau forte », sans le trait d'union, du latin aqua fortis, passé par l'italien avec acqua forteÉtymologie du syntagme « eau(-)forte » : vers 1543, in Édit sur le métier d'orfévrerie, base du CNRTL., désignait entre la fin du Moyen Âge et les débuts de la Renaissance, l'acide nitrique, durant les étapes liées au processus alchimique. Cet acide azotique aux propriétés décapantes et corrosives, permettait entre autres de séparer l'or de l'argent (ou de tout autre métal) grâce à l'eau régale, seule capable de dissoudre l'or, et donc de le purifierAu siècle, Albert le Grand semble avoir été le premier en Occident à expliquer ce processus — in: Roger Dolique, L'Arsenic et ses composés, coll. « Que sais-je ?», Paris, Presses universitaires de France, 1968, et suiv. — lire le compte-rendu sur Persée.. Ces qualités permettent par ailleurs aux orfèvres, entre autres artisans d'art, de travailler aussi bien l'or que le cuivre : ce dernier métal, abondant, malléable, facilement transformable en feuille peu épaisse, peut alors être ciselé et accueillir des tracés à l'aide d'outils tels le burin« Eau(-)forte,(Eau forte, eau-forte), subst. fém. », définitions lexicales sur la base CNRTL.. Le cuivre a tendance au contact de l'air à s'oxyder formant par exemple le vert-de-gris. En manipulant l'acide nitrique, plus ou moins dilué, on peut alors contrôler le processus de corrosion : une plaque de cuivre vierge, immaculée, devenue sensible à la moindre rayure, offre alors à l'acide la possibilité de mordre, autrement dit, d'attaquer le métal, à condition qu'un tracé y soit préalablement dessiné.

Le cuivre est gravé en creux, en taille-douce, et très rarement en relief (ou taille d'épargne). Cette première étape s'appelle la taille directe, exécutée à l'aide du burin ou de la pointe sèche. Une plaque gravée ainsi peut être encrée et donner naissance à une estampe aux tracés nets et précis, en quelque sorte une « ligne claire », n'empêchant nullement des effets tels que le hachurage, le pointillé, etc., et donc de demi-teintes.

Mais en convoquant l'acide, le procédé devient alors indirect : c'est une seconde étape, qui permet de creuser plus ou moins certains tracés, et d'obtenir des effets de contraste remarquables. Le rendu au niveau de l'image obtenue explique sans doute le succès de cette technique. .

Cette technique de gravure où l’image est creusée sur une plaque de métal à l’aide d’un acide, diffère sensiblement en fonction des outils et de certains produits, qui sont alors utilisés durant le processus : avant même l'utilisation de l'acide, la plaque de métal doit être préparée, elle est en effet préalablement recouverte d’un vernis à graver faisant office ici de cache ou de modérateur, et permettant de contrôler l'action corrosive ; l’artiste dessine ensuite son motif à la pointe métallique ; puis la plaque est placée dans un bain d’acide qui les zones à découvert et laisse intactes les parties protégées par le vernis incorruptible. Après nettoyage du vernis, la plaque est encrée puis mise sous presse : le tirage d'une épreuve peut alors commencer« Technique de gravure à l'eau forte », vidéo explicative sur le site henry-biabaud.guidarts.com..

Traduction comparée En anglais, l'eau-forte se dit etching, du verbe to etch, « graver, entailler » « etching », définition du Wiktionary., mais ici spécifiquement dans le cas d'un métal gravé destiné à être vernis puis mordu par un acide dans le but de produire une estampe (a print). En revanche, pour signifier la taille-douce, la langue anglaise utilise le mot intaglio, venu de l'italien, littéralement « entaille », et regardant toute action de graver quel que soit le support (glyptique, verre, bois et métal).

Dans le monde germanique, le mot équivalent à eau-forte est Radierung, du latin radere (gratter, enlever, retirer).

En italien, le mot est acquaforte, et en espagnol, aguafuerte, proches donc de l'occurrence française.

Enfin en arable littéraire, la gravure se dit al naqsh (النقش), littéralement « l'empreinte », et l'action de graver sur le métal, alnaqsh ealaa almaedin (النقش على المعدن)« Gravure : gravure sur métal », Dictionnaire français-arabe, Larousse en ligne..

Histoire de l'eau-forte Des origines arabo-andalouses vignette|upright=0.50| Épée Jineta, c. - siècle, culture Nasrides, royaume de Grenade (Madrid, musée archéologique national de Madrid). Lors de la conquête de l'Espagne par les Arabes, la richesse de l'orfèvrerie des rois wisigoths étonna les conquérants. L'écrivain arabe Al Maqqari rapporte que lorsque Tarik Ben Ziyad s'empara de Tolède, en 712, il mit la main sur d'innombrables objets d'orfèvrerie, et comme défiant toute description, à cause de la richesse de la matière et de leur admirable exécution. De l'autre côté de la Méditerranée, la Damas des Omeyyades devient également un centre important de production d'objets issus de l'orfèvrerie. Outre le travail sur l'or et l'argent, c'est le cuivre qui fondu, afin d'être moulé ou ciselé, permet de mesurer le niveau de technicité des artisans arabo-musulmans. Au siècle, le géographe Ibn Saïd peut témoigner, quant aux armes, armures et équipements militaires de toutes sortes, comme les boucliers, épées, épieux, carquois, flèches, selles, mors, brides et autres harnachements de chevaux, que les fabriques d'Al-Andalus surpassent celles des autres contrées du mondeCharles Davillier, Recherches sur l'orfèvrerie en Espagne au moyen âge et à la renaissance ; documents inédits tirés des archives espagnoles, Paris, A. Quantin, 1879, et suiv. — sur archive.org.. Le rôle des Juifs arabes n'est ici pas à négliger : cette communauté, se spécialisant dans le travail des métaux précieux, permit sans doute, avant même leur expulsion d'Espagne, la transmission des savoirs métallurgiques et chimiques en Europe Baptiste Buob, « Sable, moules, modèles et matrice », in: Techniques et culture, 2013, 61, — sur HAL Open Science. : les portes d'entrées de ces savoirs sont avant tout Venise, Gênes et Florence, les républiques italiennes deviennent dès le siècle, l'interface marchande entre l'Europe, les mondes arabes et byzantins. Il n'est dès lors pas étonnant de retrouver dans le sud de l'Allemagne et au nord de l'Italie, au cœur du Saint-Empire, les premières tentative de gravures imprimées à partir de support en métal, et l'utilisation de vernis et d'acide.

Premiers essais vignette|redresse|gauche| Coffret damasquiné, début du siècle, attribué à l'atelier de Diego de Çaias, fournisseur espagnol attaché à la cour de France (Rouen, musée Le Secq des Tournelles)« Le coffret damasquiné », notice objet, Réseau des Musées Normandie..

La procédé de gravure à l'eau-forte sur métal est employée avant tout comme technique décorative pour orner les lames d'épées et les armures, entre autres à partir du damasquinage. Initialement, cette technique était considérée comme une alternative à la gravure au burin, car elle était plus rapide et pratique, au détriment de la précision. De quoi était composé cet acide ? Vers 1400, en Europe, il semble exister deux types de mordant acide : un mordant plus agressif, à base de salpêtre et de vert de cuivre ; et un mordant plus doux, à base d'un mélange de cendres et de sel brûlé dissous dans du vinaigre. Le métal était ainsi corrodé, noirci, désépaissi, afin de créer des bas-reliefs sur fond sombre. Pour protéger le métal de la corrosion, on appliquait une peinture, obtenue à partir d'un pigment ou de blanc de plomb mélangé à de l'huile de lin, là où le motif ou l'écriture devait rester en relief. Si le dessin était minutieux et précis, toute la surface était recouverte d'un vernis protecteur (une sorte de colle), puis gravée à la pointe pour enlever ce vernis. Ensuite, on appliquait une enduite douce, à séchage très long, pouvant durer jusqu'à un mois, car ce premier acide, peu corrosif, mettait du temps à agir. Pour la réalisation d'armures armoriées, au lieu d'étaler la peinture sur toute la surface, les motifs étaient dessinés à la peinture à base de lin, protégée de la corrosion, puis le fond était peint à l'eau-forte à base d'acide nitrique. Ce dernier était souvent coloré en bleu, brun ou or pour enrichir le décor. Cette technique, moins précise que la précédente, était néanmoins efficace et rapide, notamment pour la réalisation d'armures Dirk H. Breiding, « Arms and Armor in Renaissance Europe », New York, Metropolitan Museum of Art, octobre 2002..

On prête ainsi, dès la fin du , à l'armurier Daniel Hopfer, le fait d'avoir le premier appliqué cette technique de l'eau-forte dans le domaine de l’image imprimée. Urs Graf (1485-1527), qui fut actif à Zurich et à Bâle, produit quelques eaux-fortes que l'on a daté de 1513, et Albrecht Dürer (1471-1528), originaire de Nuremberg, et qui fit le voyage en Italie, en exécute un petit nombre dès 1515 et qui expérimenta le fer avant le cuivre. Ces trois artistes font partie des premiers à exploiter cette technique pour ses caractéristiques propres. Parmi les précoces disciples de ce dernier, citons Lucas van Leyden.

, laissant un belle production en dépit de sa courte carrière. Il est le premier à comprendre qu'avec ce nouveau procédé, on pouvait demander des effets différents. Par la suite, grâce à Antonio da Trento, grand interprète du Parmesan, la technique fut exportée en France et utilisée par l’école de Fontainebleau..

Un âge d'or : le Grand Siècle

Le paysage transfiguré par l'eau-forte Le néerlandais Hercules Seghers (1589-1638), en gravant à l'eau-forte principalement des paysages montagneux désolés introduit à une nouvelle manière de représenter la nature. Son influence va être déterminante sur les compositions des graveurs mais aussi des peintres paysagistes tout au long du siècle d'or hollandais.

Au , les peintres Claude Gellée (1600-1682), Adriaen van Ostade (1610-1685), Jacob van Ruisdael (1628-1682), utilisent tout particulièrement l’eau-forte pour leurs gravures de paysages.

En Italie, à Bologne, des artistes de l’atelier des Carrache cherchent à opérer une synthèse entre l’art du début du siècle et la sculpture antique, mettant fin aux recherches plastiques du maniérisme. Parmi eux, Guido Reni ou Le Guerchin trouvent dans l’eau-forte un instrument de diffusion de leurs compositions et un prolongement de leur travail graphique« L'eau-forte. Outil du peintre de Parmesan à Tiepolo », dossier pédagogique, exposition du 22 mars au 20 juillet 2025, musée des beaux-arts de Caen..

Un innovateur : Jacques Callot