Æthelwulf est roi du Wessex de à sa mort, le .
Fils du roi Ecgberht, il devient le souverain du Kent et des autres royaumes du sud-est de l'Angleterre en 825, après la victoire de son père à la bataille d'Ellendun. Il succède à son père à la tête du Wessex à sa mort. Son règne connaît quelques attaques vikings et voit le maintien de bonnes relations avec le royaume anglo-saxon voisin de Mercie. Ses dernières années sont marquées par un pèlerinage à Rome en 855 et par la révolte de son fils aîné Æthelbald à son retour en Angleterre. Afin d'éviter une guerre civile, Æthelwulf partage son royaume avec lui.
Æthelwulf souffre jusqu'à la fin du d'une piètre réputation chez les historiens, qui le considèrent comme un roi médiocre, dominé par sa piété. Cette image est progressivement réévaluée, et les chercheurs soulignent désormais ses compétences de monarque. Sous son règne, la maison de Wessex gagne en puissance et en prestige, et c'est sur les fondations posées par Æthelwulf que son fils Alfred le Grand peut bâtir ses succès.
Contexte
vignette|gauche|redresse=1.4|alt=Une carte du Sud de l'Angleterre présentant les lieux mentionnés dans l'article.|Le Sud de l'Angleterre sous le règne d'Ecgberht.
Au début du , l'Angleterre est presque entièrement occupée par une série de royaumes anglo-saxons dont les plus importants sont le Wessex et la Mercie. Cette dernière joue un rôle prédominant tout au long du sous les règnes d'Æthelbald (r. 716-757) et Offa (r. 757-796), mais le Wessex parvient à conserver son indépendance, contrairement à l'Est-Anglie ou au Kent. Son roi Beorhtric (r. 786-802) épouse une fille d'Offa en 789, et les deux rois s'associent pour chasser d'Angleterre le prince Ecgberht. Ce dernier, qui s'est réfugié à la cour de Charlemagne, profite de la mort de Beorhtric pour s'emparer du trône du Wessex en 802. Ses chances de fonder une dynastie semblent alors réduites : cela fait deux siècles qu'aucun fils n'a succédé à son père sur le trône du Wessex, et sa légitimité repose sur un lien de parenté éloigné avec un frère du roi Ine, mort en 726.
Les vingt premières années du règne d'Ecgberht ne sont quasiment pas documentées. La Chronique anglo-saxonne passe probablement sous silence l'élimination des proches de Beorhtric et des rivaux dynastiques d'Ecgberht. Au nord, le roi Cenwulf de Mercie (r. 796-821) connaît des difficultés avec ses vassaux kentiques, ainsi qu'avec l'archevêque de Canterbury Wulfred. Des relations avec le Kent sont rétablies sous le règne de ses successeurs Ceolwulf (821-823) et Beornwulf (823-826), qui place Baldred sur le trône de ce royaume.
L'Angleterre connaît les premiers raids vikings dans les dernières années du , mais aucune attaque n'est mentionnée entre 794 et 835, date à laquelle l'île de Sheppey, dans le Kent, est ravagée par les Danois. L'année suivante, Ecgberht subit une défaite contre les Vikings à Carhampton, dans le Somerset, mais il triomphe d'une coalition entre Cornouaillais et Vikings à Hingston Down en 838. Le royaume de Cornouailles est alors réduit au statut de client du Wessex.
Biographie
Origines
Æthelwulf est le fils du roi du Wessex Ecgberht (r. 802-839). Le nom de sa mère est inconnu, et on ne lui connaît ni frères ni sœurs. Sa date de naissance ne figure pas non plus dans les sources. Les historiens considèrent généralement qu'il a la cinquantaine lorsqu'il se remarie, en 856, mais l'historien D. P. Kirby estime qu'il peut être né plus tard et n'avoir qu'une quinzaine d'années en 825.
825 marque la première apparition d'Æthelwulf dans les sources. Cette année-là, son père remporte la bataille d'Ellendun face au roi Beornwulf de Mercie. Ecgberht envoie alors une large armée dans le Kent pour en chasser Baldred, le fantoche installé au pouvoir par Beornwulf. Cette armée est menée par Æthelwulf, l'évêque de Sherborne Eahlstan et l'ealdorman du Hampshire Wulfheard. D'après la Chronique anglo-saxonne, l'expulsion de Baldred prend place en 825, mais les chartes suggèrent que Beornwulf reste considéré comme le suzerain du Kent jusqu'à sa mort, l'année suivante. Son successeur Ludeca ne semble pas avoir été reconnu dans le Kent. Néanmoins, dans une charte de 828, Ecgberht signale avoir placé son fils sur le trône de Kent d'une manière qui laisse entendre que cette nomination est relativement récente. Quelle que soit la date de cet événement, Æthelwulf devient le souverain du Kent sous l'autorité de son père, mais aussi du Surrey, du Sussex et de l'Essex, autant de régions qui gravitaient dans l'orbite mercienne avant Ellendun.
Plusieurs chartes témoignent du règne d'Æthelwulf dans le Kent. Sur certaines, comme celle qui officialise une donation à l'évêque de Rochester Beornmod, c'est Ecgberht qui agit, mais avec la permission de son fils. Contrairement à leurs prédécesseurs merciens, qui gouvernent la région à distance, Ecgberht et Æthelwulf s'appuient sur les ealdormen de la région et les soutiennent. Leur attitude vis-à-vis du clergé est moins facile à cerner. Ils semblent avoir cherché le soutien de l'archevêque de Canterbury Wulfred, mais les liens de celui-ci avec la Mercie constituent probablement un problème pour eux. La frappe de monnaies par l'archevêché est interrompue pendant plusieurs années, et Æthelwulf fait saisir un domaine à East Malling en prétextant qu'il s'agissait d'une donation de Baldred. La seule donation dont bénéficie Wulfred après 825 provient du roi mercien Wiglaf.
vignette|redresse|La charte S 1438 enregistre les décisions du concile de Kingston de 838.
En 838, Ecgberht organise un concile à Kingston upon Thames. En échange d'une promesse d' pour lui-même, son fils et leurs héritiers, il rend le domaine d'East Malling à l'archevêque Ceolnoth, le successeur de Wulfred. Il est possible qu'Æthelwulf ait été sacré par Ceolnoth à cette occasion. Ecgberht s'assure ainsi un soutien important pour Æthelwulf, qui devient le premier fils à succéder à son père sur le trône du Wessex depuis 641. Ce concile voit également les monastères du Kent choisir Æthelwulf comme seigneur, en échange de quoi ce dernier s'engage à ce qu'ils puissent élire librement leurs abbés après sa mort. Les efforts déployés par Wulfred pour lutter contre la mainmise séculière sur les abbayes sont ainsi réduits à néant par Ceolnoth, d'autant que l'engagement pris par Æthelwulf n'est guère susceptible d'être respecté par ses successeurs. Confrontées aux attaques des Vikings, les abbayes du Kent n'ont cependant guère le choix : elles ont besoin d'un protecteur, et les Saxons de l'Ouest semblent davantage susceptibles de remplir ce rôle que les Merciens.
Les conquêtes d'Ecgberht lui ont également apporté les moyens financiers d'assurer le trône du Wessex à ses descendants. Cette stabilité dynastique encourage le développement du commerce et de l'agriculture, ce qui contribue également à remplir les caisses royales. La soumission des monastères du Wessex au pouvoir royal en échange de sa protection, entérinée par un accord avec l'archevêque Ceolnoth en 838-839, constitue une autre source de revenus. À cette date, il n'est pas pour autant acquis que l'hégémonie du Wessex sera plus durable que celle de la Mercie.
Roi du Wessex
Æthelwulf devient roi du Wessex à la mort de son père, en 839. Ayant bénéficié de l'expérience acquise en tant que sous-roi du Kent, il nomme à son tour son fils Æthelstan à ce poste, mais avec une liberté réduite : Æthelstan ne semble pas avoir eu le pouvoir d'émettre ses propres chartes, bien qu'il apparaisse comme témoin sur celles de son père. Æthelwulf exerce un contrôle accru sur le sud-est, où il se rend régulièrement. Néanmoins, le Wessex et le Kent restent des entités distinctes, et les conseils organisés dans l'un ou l'autre ne réunissent que la noblesse du royaume concerné. Comme son père, il gouverne le Kent par l'intermédiaire d'ealdormen (par exemple Ealhhere, mort en 853, son frère Æthelmod, ou bien Eadred), dont il s'attache les services en leur accordant des responsabilités et en leur offrant des terres. Il leur arrive même d'apparaître avant les fils du roi dans les listes de témoins de certaines chartes, signe de leur importance. En revanche, il accorde moins son soutien à l'Église qu'Ecgberht. Les archevêques de Cantorbéry restent néanmoins de fidèles alliés pour lui. C'est sous son règne que la fonction de prêtre royal est attestée pour la première fois, et les moines de l'abbaye de Malmesbury le considèrent par la suite comme un important bénéficiaire de leur établissement.
vignette|gauche|Æthelwulf dans un manuscrit généalogique du (British Library, Royal MS 14 B ).|alt=Une enluminure circulaire représentant un homme barbu coiffé d'une couronne, assis sur un bâtiment miniature et brandissant un panier dans sa main.
Æthelwulf maintient de bonnes relations avec la Mercie. La ville de Londres, traditionnellement attachée à la Mercie, lui revient peu après l'avènement d'Æthelwulf, après être passée un certain temps sous le contrôle du Wessex. Le roi mercien Beorhtwulf, qui arrive au pouvoir en 839 ou 840, relance la production monétaire à Londres. Les deux royaumes émettent une série de monnaies communes vers le milieu des années 840, signe de leur entente, voire d'une possible aide apportée par Æthelwulf à la reprise des émissions merciennes. Le Berkshire, encore mercien en 844, passe dans l'orbite du Wessex avant 849, mais l'ealdorman local, également nommé Æthelwulf, reste en place. Après la mort de Beorhtwulf, en 852, la coopération entre les deux royaumes se poursuit sous le règne de son successeur Burgred, qui épouse la fille d'Æthelwulf, Æthelswith, en 853. La même année, Æthelwulf apporte son soutien à une offensive mercienne contre les Gallois.
Contrairement à la Mercie et au Kent, où les chartes royales sont produites dans divers monastères, chacun avec son propre style, le Wessex bénéficie d'une tradition diplomatique unifiée au service direct du roi. La majeure partie des chartes d'Æthelwulf proviennent de domaines royaux situés dans le cœur historique du Wessex, soit les comtés du Hampshire, du Somerset, du Wiltshire et du Dorset. Cette tradition diplomatique particulière, qui a peut-être émergé sous le règne d'Ecgberht, devient particulièrement visible dans les années 840 avec Félix, le secrétaire franc d'Æthelwulf. La présence d'un Franc à la cour d'Æthelwulf témoigne des contacts soutenus qu'entretient le Wessex avec l'empire carolingien. Les Annales de Saint-Bertin s'intéressent tout particulièrement aux attaques vikings dont est victime la Grande-Bretagne, et l'abbé Loup de Ferrières écrit à Æthelwulf pour le féliciter de sa victoire sur les Vikings en 852, tout en lui demandant du plomb pour la réfection du toit de son église ; il demande à son ami Félix d'organiser le transport de ce matériau. Ces contacts pourraient expliquer pourquoi, contrairement à Cantorbéry et aux abbayes du sud-est, le Wessex ne voit pas la qualité du latin de ses chartes chuter au milieu du .
Face aux Vikings
Les années 840 sont marquées par l'intensification des raids vikings de part et d'autre de la Manche. Æthelwulf subit une défaite en 843 face à une armée descendue de trente-cinq navires danois à Carhampton, dans le Somerset. Sept ans plus tard, en 850, les Anglais menés par son fils Æthelstan et l'ealdorman du Kent Ealhhere remportent une victoire sur mer au large de Sandwich : ils s'emparent de neuf navires ennemis et font fuir les autres. Ealhhere est récompensé par le roi, qui lui concède un vaste domaine dans le Kent. Cette victoire marque la dernière mention d'Æthelstan, qui est vraisemblablement mort peu après. Malgré cette victoire, une armée danoise est capable d'hiverner à Thanet cette année-là. C'est là qu'Ealhhere trouve la mort en 853, en affrontant les Vikings. Un autre ealdorman, Huda du Surrey, est tué lors de cet affrontement.