La Corde (Rope) est un film américain d'Alfred Hitchcock sorti en 1948.
Il s'agit du premier film tourné en couleurs par Alfred Hitchcock. Ce film, qui se déroule à huis clos, est notamment célèbre pour son utilisation du plan-séquence, avec des transitions qui donnent l'impression qu'il n'y en a qu'un.
Synopsis vignette|Farley Granger, James Stewart et John Dall.
Dans leur appartement de New York par un soir ordinaire, deux étudiants Brandon Shaw et Philip Morgan (probablement amants) étranglent avec une corde David, un de leurs amis. Ils ont accompli ce meurtre pour mettre en pratique la théorie nietzschéenne de leur professeur Rupert Cadell, qui reconnait aux êtres supérieurs le droit de tuer les êtres inférieurs. Puis, comble du cynisme, ils préparent un dîner auquel sont conviés le soir même sur le lieu du crime, la famille de la victime, sa fiancée, son meilleur ami, ainsi que Rupert Cadell. Afin d’éprouver des sensations fortes, les meurtriers ont à peine dissimulé le cadavre dans une malle en plein milieu du salon de réception. Le professeur observe le comportement étrange des jeunes gens au cours de la soirée. Brandon est sûr de lui et persuadé que le crime restera impuni, alors que Philip est nerveux et apeuré par cette mise en scène macabre. Peu à peu, Cadell va commencer à soupçonner l'impensable...
Fiche technique Titre original : Rope Titre français : La Corde Réalisation : Alfred Hitchcock Scénario : Arthur Laurents, Hume Cronyn et Ben Hecht (non crédité) d'après la pièce Rope de Patrick Hamilton ; Musique : David Buttolph d'après Francis Poulenc Décors : Perry Ferguson Photographie : Joseph Valentine et William V. Skall Montage : William H. Ziegler Maquillage: Perc Westmore, Edward Voight Production : Sidney Bernstein (non crédité) et Alfred Hitchcock Direction de production : Fred Ahern Société de production : Transatlantic Pictures Société de distribution : Warner Bros. Budget : $ Pays de production : Langue originale : anglais Format : couleur (Technicolor) – 1,37:1 – 35 mm – mono (RCA Sound System) Genre : thriller Durée : 80 minutes Dates de sortie : Canada : États-Unis : France : Classification : France : interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles., puis reclassé tous publics Affiches : Bill Gold (États-Unis), Boris Grinsson, Roger Soubie, Jouineau Bourduge (France), Enzo Nistri (Italie) thumb|right|250px|James Stewart thumb|right|250px|John Dall, Farley Granger et James Stewart.
Distribution James Stewart (VF: Claude Peran) : Robert Cadell (VO: Rupert Cadell) John Dall (VF: Pierre Louis) : Bernard Shaw (VO: Brandon Shaw) Farley Granger : Philippe Morgan (VO: Philip Morgan) Cedric Hardwicke (VF: Camille Guérini) : Henri Kentley Constance Collier : (VF: Germaine Michel) : Anita Walter (VO: Anita Atwater) Joan Chandler : Janet Walker Douglas Dick : (VF: Jacques Berthier) : Gérard Lawrence (VO: Kenneth Lawrence) Edith Evanson : (VF: Mona Dol) : Madame Wilson Dick Hogan : David Kentley Non crédité Alfred Hitchcock (Rôle muet) : Un passant dans la rue
Commentaire Le film est basé sur la pièce Rope's End de Patrick Hamilton, inspirée du meurtre commis en 1924 par Nathan Leopold et Richard Loeb. Il a pour particularité d'être filmé en huis clos dans un décor d'appartement bourgeois, en donnant l'impression d'un unique plan-séquence, ce qui accentue la proximité déjà marquée avec le type théâtral, le film étant tourné à la manière d'une pièce du genre. Hitchcock a utilisé la technique du ten minutes take (dix minutes étant la durée d'une bobine), les raccords entre les huit plans-séquencesQuand Hitchcock tirait sur la corde sur www.leparisien.fr consulté le 10 juin 2013 étant relativement discrets pour donner aux spectateurs l'illusion d'un unique plan-séquence pour tout le film, et se faisant grâce à des artifices comme le mouvement de l'acteur plaqué dos à la caméra et s'en éloignant ou par des coupes franches tout à fait classiques. Le paradoxe est que les coupes « masquées » sont extrêmement visibles et ont été largement commentées, alors que les coupes franches sont passées inaperçues et ne sont presque jamais relevées dans les commentaires sur le film (Hitchcock lui-même n’en parle jamais dans ses interviews). Comme le souhaitait Hitchcock, cette expérience prouve que le « découpage technique » reste secondaire pour le spectateur qui ne perçoit généralement pas cette particularité quand il voit le film pour la première fois, et a donc l'impression d'assister à une unique prise en continu. Le film comporte, dans son ensemble, onze plans.
Le film comporte des références à Crime et Châtiment, ainsi qu'à un film précédent de Hitchcock : Les Enchaînés avec Ingrid Bergman et Cary Grant.
Le réalisateur a expliqué qu'il n'y avait aucun moyen d'apparaître en caméo comme il le faisait régulièrement dans ses films, puisqu'il n'y a que neuf personnages qui ne quittent jamais l'appartement où se déroule l'action. La solution qu'Hitchcock a trouvée fut donc bien originale : en effet, à la minute, on peut apercevoir à travers la fenêtre de l'appartement un néon rouge qui forme le logo de la marque « Reduco », en clin-d'œil au caméo qu'il avait fait pour le film Lifeboat et dans lequel il apparaissait dans un journal, sur une publicité pour l'amincissement. Il apparaît néanmoins à la fin du générique d'introduction, marchant sur le trottoir, un journal à la main, accompagné d'une dame.
Le film La Corde marque la première collaboration entre James Stewart et Alfred Hitchcock qui, par la suite, se retrouvèrent dans Fenêtre sur cour, L'Homme qui en savait trop et Sueurs froides/Vertigo.
Le film est cité dans The Celluloid Closet.
Liste des plans du film SegmentDuréeMinutageDébutFin102:3000:00:00Début du film - générique Plan sur les rideaux 209:3400:02:30Coupe franche - Gros plan strangulationFondu sur le dos de Brandon307:5100:11:59Fondu depuis le dos de BrandonGros plan sur Kenneth : 407:1800:19:45Coupe franche, les hommes se tournent vers JanetFondu sur le dos de Kenneth507:0800:27:15Fondu depuis le dos de KennethGros plan sur Phillip : 609:5700:34:34Coupe franche - Gros plan sur RupertFondu sur le dos de Brandon707:3300:44:21Fondu depuis le dos de BrandonPlan sur Phillip, Rupert et Brandon807:4600:51:56Coupe franche - Mrs. Wilson : Fondu sur Brandon910:0600:59:44Fondu depuis le dos de BrandonGros plan sur la main de Brandon tenant une arme dans sa poche1004:3701:09:51Coupe franche - Gros plan sur RupertFondu sur le couvercle du coffre1105:3801:14:35Fondu depuis le couvercle du coffreFin du film
Analyse
Le film met en scène, dans le personnage de Brandon, une incarnation du cynisme absolu, pour lequel la vie humaine n’a aucune valeur face à la jouissance personnelle du danger et face au désir de mettre en pratique des théories spéculatives et provocatrices sur le meurtre.
De plus, le film se construit sur le contraste atroce de la soirée festive où les parents et la fiancée de la victime festoient sur le cadavre de cette dernière. L'impression est très puissante, et l'enjeu est de savoir si le cadavre sera découvert ou non. Mais l'effet sur le spectateur est troublant : malgré l’horreur de la situation, on aurait presque envie que le cadavre ne soit pas découvert.
Au-delà de l'anecdote, on reconnaît les théories complémentaires de l'« Übermensch » (en français « surhomme ») introduite par Friedrich Nietzsche et de l'« Untermensch » (en français « sous-homme »), termes introduits par l'idéologie nazie. Dans le film, l'« Übermensch » est campé par Brandon Shaw l'assassin cynique de David décrété « Untermensch » par le premier. Rupert Cadell, malgré une condamnation sans ambiguïté du meurtre, a joué le rôle de théoricien racialiste à l'influence néfaste. Le personnage de monsieur Kentley interprète mal la théorie de Nietzsche en la présentant telle qu'elle a été détournée par les nazis, puisque le philosophe allemand voyait en réalité dans le Surhomme , et ne distinguait pas par là entre hommes inférieurs et supérieurs par nature.
Homophobie Le film est une des nombreuses œuvres des années 1940 et 1950 présentant des homosexuels comme pervers et désaxés, traitement que l'on retrouve par exemple dans M'sieur la Caille, Maigret au « Picratt's » ou Razzia sur la chnouf.
Galerie
Notes et références
Voir aussi Bibliographie , SERDOC, Lyon, , 41 p., Noël Simsolo, « The Rope », in Alfred Hitchcock, Éditions Seghers, collection « Cinéma d'Aujourd'hui » # 54, Paris, 1969, 192 p., Arthur Wilson, « Rope », in The Warner Bros. Golden Anniversary Book, Dell/Film and Venture Corp., New York, 1973, 192 p., Leonard Maltin, « Rope », in Leonard Maltin's 2001 Movie & Video Guide, Signet, New York, 2000, 1648 p., , Henri Guiyesse, « Corde (La) », in Guide des Films A-E (sous la direction de Jean Tulard), Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », Paris, 2005, 1195 p., ,
Liens externes
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