L’Adiabène (grec ancien Ἀδιαβηνή, Adiabène, lui-même dérivé de l'araméen ܚ ܕ ܝ ܒ ܐ, Ḥaḏy'aḇ ou Ḥḏay'aḇ) est une région de l'Assyrie en Mésopotamie située entre le Grand Zab et le Petit Zab, deux affluents du Tigre. Elle est située autour de la ville d'Arbèles (proche de l'actuelle Erbil en Irak).

L'Adiabène est aussi le nom d'une satrapie de l'Empire perse, qui devint un royaume après sa conquête par l'Empire parthe. Le plus souvent le royaume d'Adiabène était vassal de l'Empire parthe, mais il a aussi parfois été vassal de l'Arménie. Située aux lisières de trois puissances (l'Empire romain, l'Empire parthe, l'Arménie), l'Adiabène a souvent su jouer sur ces trois grands « protecteurs » pour se ménager le plus grand espace d'indépendance.

Au , le royaume d'Adiabène s'est peu à peu étendu vers l'ouest en empiétant surtout sur l'Arménie et l'Osroène, jusqu'aux villes de Carrhes et d'Édesse. À cette époque, il a peut-être aussi contrôlé Hatra J. Teixidor, The Kingdom of Adiabene and Hatra, Berytus, 17, 1967-1968. (région au nord de l'Irak, près de Mossoul).

L'Adiabène est surtout connue à partir des années 30, lorsque ses souverains (dynastie Monobaze) se convertissent au judaïsme, allant même jusqu'à participer à la révolte juive en Judée contre l'Empire romain en 66–70.

Par la suite, l'Adiabène subit plusieurs invasions romaines, notamment sous Trajan (116-117), puis à la fin du (Septime Sévère). Au début du est créée la province romaine d'Assyrie, marquant la fin de l'Adiabène. Elle est finalement perdue pour Rome en 363, sous le règne de l'empereur Jovien, au profit de la dynastie perse des Sassanides.

Histoire de l'Adiabène thumb|upright=2.0|Le cœur historique de l'Assyrie (en rouge), et l'Empire assyrien lors de son extension maximale sous le règne d'Assurbanipal au milieu du (en orange). L'Adiabène occupe une région de Mésopotamie située entre le Grand Zab (Lycus, « loup ») et le Petit Zab (Caprus, « sanglier »), deux affluents du Tigre. C'est pour cela que cette région était aussi appelée « pays des deux Zab ». Selon Strabon, ses villes principales étaient Arbèles et Ninive. Ammianus Marcellinus y ajoute Ecbatane et GaugamèlesAmmien Marcellin, Res Gestæ, xviii, vii, 1. Richard Gottheil « Adiabene » sur Jewish Encyclopedia.

Selon l'encyclopædia Iranica, les archives parthes ont été systématiquement détruites par les Sassanides. De plus, les archives d'Édesse ont aussi été détruites lors de la guerre parthique de Trajan, lorsque la ville a été rasée par Lusius Quietus, La plus grande partie de nos connaissances actuelles des limites de l'Adiabène proviennent des géographes de la Grèce antique et de Rome. Ainsi StrabonStrabon, Géographie, 11,503, 530; 16,736, 742., PtoléméePtolémée, Géographie, 6,1, 2. et Pline l'Ancien qui dans son «Histoire naturellePline l'Ancien, Histoire naturelle ; 5,66 6,25, 28, 41, 44, 114.» mentionne explicitement « l'Adiabène Arménienne qui était appelée Assyrie ».. Les écrivains byzantins plus tardifs se réfèrent quelquefois à l'Adiabène. Les détails historiques les plus précis se trouvent dans les écrits de Flavius Josèphe (Antiquités 20) et Tacite (Annales 12).

Périodes assyrienne puis perse Le cœur de l'Adiabène (les villes d'Arbèle et de Ninive) fait partie du cœur historique de l'Assyrie, un royaume puissant formé à partir de la région d'Assur au millénaire av. J.-C. et devenu par la suite un empire.

Aux , l'Assyrie contrôle des territoires s'étendant sur la totalité ou sur une partie de plusieurs pays actuels tels que l'Irak, la Syrie, le Liban, la Turquie ou encore l'Iran.

Au , l'Adiabène est l'une des satrapies de l'empire des Achéménides (Empire perse).

Période hellénistique

C'est dans la région de l'Adiabène qu'a lieu la bataille de Gaugamèles (), décisive pour la conquête de la Perse par Alexandre le Grand. Après la conquête et la mort d'Alexandre, elle est intégrée à l'Empire hellénistique des Séleucides, puis en devient l'une des satrapies.

thumb|upright=1.7|Carte situant l'Adiabène, la Gordyène (ou Corduène), l'Osroène, la Sophène, la Commagène et l'Atropatène à l'époque de l'apogée de l'Arménie sous Tigrane II.

Dans la deuxième partie du , l'Adiabène devient un royaume vassal de l'Empire parthe. Les Parthes ont dépossédé les Séleucides de leurs territoires d'abord en Iran et par la suite en Mésopotamie. Les Arsacides, la dynastie parthe régnante, laissaient une grande liberté à leurs feudataires. Ainsi le satrape d'Adiabène était généralement autorisé à s'appeler lui-même "roi" et était reconnu comme tel par ses contemporains. Il n'a pas exercé le privilège de frapper sa propre monnaie, alors que certains de ses pairs ont laissé beaucoup de preuves d'activité numismatique. Néanmoins, de minuscules productions métalliques, sans aucune indication de l'autorité responsable, mais datant de l'époque parthe et probablement utilisées pour les transactions mineures sur le marché local, ont été trouvées sur le site de NiniveVoir G. Lekider dans Iranica Antiqua, 7, 1967, 4 ; cf. Revue numismatique, 1962, 51. (près de l'actuelle Mossoul).

Sous (95 à ), l'Adiabène devient vassale du royaume d'Arménie pendant plus de vingt ans.

En , rejette la vassalité de l'Arménie envers les Parthes, il récupère des territoires qu'il avait dû leur céder., pille le pays partheStrabon, Géographie, XI, 14.16., et impose sa suzeraineté sur plusieurs territoires parthes, dont l'Adiabène, l'Osroène (pays d'Édesse), la GordyèneLa Gordyène ou Corduène était le pays des Cardouques, ancêtres des Kurdes ; cf. René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 87. et l'Atropatène, l'Arzanène (pays d'Ardzène, vers le haut du Tigre) et la Mygdonie (ou pays de Nisibe)René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 87.. « Les dynastes ou rois de ces provinces conservent leur couronne, mais comme vassaux du nouveau “Grand Roi”». Tigrane prend en effet le titre de « roi des rois », réservé aux souverains parthesGérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Privat, Toulouse, 2007, .. Mais en , Pompée envahit l'Arménie qui devient alors un protectorat romainEncyclopædia Iranica, Article Arménia and Iran ii. The Pre-Islamic Period, par M. L. Chaumont.. Les Parthes en profitent pour se jeter sur l'Arménie. D'une traite, ils pénètrent jusque sous les murs d'Artaxata, et lorsqu'ils doivent ensuite se replier, ils récupèrent la souveraineté sur plusieurs territoires dont l'Adiabène et la CorduèneD'après Appien, Guerres mithridatiques : la Gordyène et la Sophène avaient été données par Pompée à Ariobarzane de Cappadoce.. Par la suite, les Romains interviennent pour chasser les Parthes de Corduène, montrant ainsi qu'ils prennent au sérieux la protection de Tigrane le Grand devenu leur roi clientRené Grousset, op. cit., 99. (accords d'Artaxata). Toutefois, les Parthes s'en emparent à nouveau deux ans après.

Bataille de Carrhes

Le général romain Crassus arrive en Syrie en et franchit l’Euphrate, frontière que le roi parthe avait pourtant signifiée à PompéePlutarque, Vie de Pompée, 36.. L'année suivante la guerre reprend. Crassus franchit l’Euphrate à ZeugmaDion Cassius, Histoire romaine, livre XL, 17.. De son côté, le roi parthe scinde son armée en deux et envoie son infanterie ravager l’Arménie, pour la punir de son alliance avec les Romains, tandis qu’il confie sa cavalerie à Suréna pour qu’il empêche la progression des RomainsPlutarque, Vie de Crassus, 26.. La première partie de ce plan réussit, car informe Crassus que l’attaque qu’il subit l’empêche d’envoyer tout renfort aux RomainsPlutarque, Vie de Crassus, 27..

Sur le conseil d’un chef local, le roi d'Osroène Augarus ou AcbarusDion Cassius l'appelle Augarus, Appien le nomme Acbarus et Plutarque l'appelle Ariamnès en précisant qu'il est le chef d’un clan arabe.Plutarque, Vie de Crassus, 25, 27. (probablement un membre de la dynastie Abgar d'OsroèneProbablement Ma'Nu II Aloha (53-34) qui succède à Abgar II Bar Abgar ou ce même Abgar II.), faux allié des Romains qui mène un double jeu, les Romains se dirigent vers une zone de plaine désertique, que Dion Cassius décrit avec des bois et des inégalités propices à la dissimulation de troupesDion Cassius, Histoire romaine livre XL, 21.. C’est là qu’attendent les forces de Suréna. Harcelé par les archers à cheval de l'armée parthe et pour éviter l’encerclement, le fils de Crassus, Publius Crassus contre-attaque avec dont ses cavaliers gaulois. Les Parthes prennent la fuite, Publius les poursuit avec sa cavalerie, suivie au pas de course par 8 cohortes et 500 archers, soit plus de six mille hommesTheodor Mommsen, Histoire romaine, livre V, IX.. Mais une fois Publius Crassus éloigné du gros de l’armée romaine, les cavaliers parthes arrêtent de fuir et font face. Les cataphractaires parthes (la cavalerie lourde) postés en réserve et vers lesquels la fuite des Parthes a conduit les forces de Publius Crassus surgissent alors. Ils chargent la cavalerie romaine, qui est trop légère pour résister, tandis que le reste de la cavalerie parthe encercle et crible de flèches les RomainsPlutarque, Vie de Crassus, 31-32.. Cernés, ils sont anéantis. Publius Crassus et ses officiers se suicident ou sont tués. Les Parthes ne font que 500 prisonniers. Seuls quelques messagers envoyés chercher le secours de Crassus en réchappentPlutarque, Vie de Crassus, 33.Dion Cassius, livre XL, 21..

Informé trop tard de la situation de son fils, Crassus fait avancer ses soldats. Mais les Parthes attaquent maintenant le gros de l’armée romaine, brandissant la tête de Publius au bout d’une piquePlutarque, Vie de Crassus, 34., les « alliés » d'Osroène changent de camp et attaquent les Romains à revers, tandis que les cataphractaires chargent de front avec leurs longues piques et que les archers montés criblent de flèches les flancs romains. C'est une véritable déroute pour l'armée romaine, le massacre dure jusqu’au retrait parthe, à la tombée de la nuitPlutarque, Vie de Crassus, 35.Dion Cassius, livre XL, 22-24..

Les Romains lèvent le camp pour regagner Carrhes pendant la nuit sans attirer l’attention des Parthes, abandonnant sur place quatre mille blessés. Les Parthes attendent le jour pour procéder à la poursuiteDion Cassius, Histoire romaine livre XL, 25..Ils achèvent ou font prisonniers les survivants, capturent les trainards, et anéantissent même 4 cohortes qui s’étaient égarées pendant le repliPlutarque, Vie de Crassus, 36.. Les Romains sont assiégés dans la ville sans espoir de secours, et Crassus décide la retraite vers les montagnes pendant la nuit. Pressé par ses soldats au bord de la sédition, Crassus est obligé d’accepter une rencontre avec Surena. Le contact préliminaire dégénère. Dans l’affrontement, Octavius et Crassus périssent, tués on ne sait si par les Parthes ou par une main romaine pour leur éviter l’humiliation de la captivitéPeriochae de Tite-Live, résumé du livre 106.Plutarque, Vie de Crassus, 38-41.Dion Cassius, Histoire romaine livre XL, 26-27.. Les pertes romaines sont estimées à et prisonniers, contre de faibles pertes du côté parthe.

En conséquence de cette bataille, l'Osroène revient dans la sphère d'influence parthe et l'Euphrate est réaffirmé comme frontière entre les deux empires. D'autre part, les Romains conservent une crainte respectueuse des capacités militaires des Parthes.

Dynastie Monobaze

Conversion au judaïsme et conséquences

thumb|Entrée ouest du tombeau des Rois. . Ce tombeau est celui que la reine Hélène d'Adiabène fit construire et où ont été inhumés plusieurs des Monobaze. thumb|Entrée ouest du tombeau des Rois. . thumb|Le sarcophage d'Hélène d'Adiabène. thumb|Reconstitution du palais d'Hélène d'Adiabène à Jérusalem.